‹ De la vanité des institutions fondées par le sophismeChapitre 3 sur 42 · I.. REVELIÈRE · texte numérisé non relu

I.. REVELIÈRE

Dampierre, décembre 1879.

A QUOI SE UÉnUIT L.A UÉV OUUTIOIV DE 1830

Les déclamations de l’Assemblée constituante n’ayant seivi que de prélude a celles de la Convention, qui s’est appliquée à bafouer et à décimer ses j^rédécesseurs, ceux-ci ont eu honte de leurs mécomptes, et se sont résignés à subir les consolations et les démentis que leur offrit le sceptre impérial ; mais aucun d’eux n’a été corrigé par l’expérience ni désenchanté de ses illusions; dès que le gouvernement débonnaire de la Restauration eut relâché les nœuds d’or et de soie qui les attachaient à PEmpire, ils se sont réveillés comme d’un sommeil léthargique, pendant lequel ils n’avaient rien oublié et rien appris ; ce reproche, ils l’ont encouru à plus justre titie que ceux auxquels ils ont osé l’adresser.

Plusieurs de ces réformateurs émérites auraient hésité peut-être à risquer le repos de leur vieillesse s’ils avaient été seuls à se lamenter du retour de la royauté

héréditaire. Mais ils avaient fait école; leurs nombreux disciples, en se groupant autour d’eux, leur firent honte

Charte aurait contenté des esprits libres et modérés; ce fut au contraire ce qui humilia les plus résolus et encouragea les plus timides. La Charte leur servit à la fois d’abri et d’arme offensive : tandis qu’ils se retranchaient derrière les concessions déjà faites, ils en sapaient les hases pour que le trône, fondé sur elles, tombât avec elles.

On sait quelle fut la recrudescence des idées révo-

des sociétés secrètes dans les assemblées, et de la tribune dans les tavernes et les boutiques. Une secte de sophistes se faufila dans les salons et dans les cabinets, prêchant la modération et se proposant pour arbitre ; mais plus attentive à semer les défiances, à ébranler les convictions et à fortifier la révolte, en tempérant sa marche et en réglant ses mouvements. On crut donc le

dieuse et encore immaculée de 1789. Les fautes et l’aveuglement de la monarchie autorisaient et favorisaient cette expérience ; on se flatta d’autant plus de réussir cette fois à contenir la démocratie, qu’on avait déjà la main au pouvoir, que plus d’un ministère s’était appuyé sur la secte des doctrinaires, et que plusieurs ministres s’y étaient ouvertement affiliés. On était donc assuré que MM. Decaze, Louis, Pasquier et Molé passeraient à rennemi sans scrupule, et que plus' d’un officier supérieur, à l’exemple du maréchal Maison et du général Gérard, donnerait un relief soldatesque à la conjuration.

Mais ce qui accroissait surtout la confiance peu mar-

tiale des conspirateurs, c’est que le duc d’Orléans, sorti plus riche et plus prudent des catacombes de la première révolution, semblait avoir été conservé tout exprès pour servir de pivot, ou au pis aller de refuge à la seconde. Il souriait à tous les mécontents, serrait la main à tous les membres de l’opposition, pansait ses blessés et soudoyait ses condottiei'i ; on ne pouvait donc pas douter de lui.

Toutefois, ces habiles préparateurs de complots, ces serviteurs infidèles de la légitimité, ces gladiateurs du journal et de la tribune, ne sont pas dans l’iisago de payer de leurs personnes; il leur faut^ pour dénouer leurs trames, des hommes d’action, des bras nerveux et des séides sans arrière-pensée. Ces redoutables auxiliaires ont aussi leur expérience; ils ont apj^ris de leurs devanciers à peser la récompense dont on paye leurs services quand on n’a plus besoin d’eux; ils ne se contentèrent pas de vaines promesses, ils voulurent des gages et des places. Tous ne sont pas des dupes aussi crédules que Lafayette, ou des meurtriers aussi muets que Louvel.

Voilà tout le secret du succès et de l’impuissance de la faction d’Orléans. Vouée à la Révolution par tous les gages qu’elle lui a donnés, elle ne sera jamais <[ue son instrument et son jouet. Tous les efl'orts de Louis-Philippe n’iront jamais jusqu’à secouer le joug qui fait sa sûreté. Maintenir, en s’en prévalant, les abus, et enrôler tous les parasites de la Restauration, son habileté ne saurait aller au delà. Les gens de cœur s’éloignant avec dégoût de ses conseils, il est condamné à n’y réunir que des notabilités suspectes, des faiseurs sans vergogne ou des capacités doctrinaires.

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Lia Providence devait au monde ce dernier exemple de la vanité des théories philosophiques substituées à la loi naturelle qui régit les sociétés, et de l’impuissance des capacités qui prétendent discipliner et justilier les révolutions. Sans cette épreuve décisive, les sophistes auraient encore le courage de répéter que si la constitution de 1789 a dégénéré en démagogie, en cruautés sauvages et en dissolution sociale, c^est uniquement pour n’avoir pas été appliquée par des sages, des patriotes sincères et des génies d’élite , pareils à ceux qui l’avaient conçue. Ces citoyens désintéressés, ces philanthropes romanesques, ces réformateurs modérés se sont retrouvés en 1815 en plus grand nombre qu’en 1789, animés des mêmes intentions libérales, et de plus, avertis par le spectacle des excès auxquels ils avaient assisté, dont ils avaient souffert et qu’ils avaient énergiquement désavoués.

Eh bien! ces apôtres de la vérité, ces pères de la doctrine constitutionnelle ont été mis à même par l’auteur de la Charte de reprendre l’œuvre si violemment interrompue ])ar la hache de 1793, ou plutôt (pour se conformer à leur pieuse pensée) si étrangement dénaturée par leurs complices. Ils ont voulu, sincèrement sans doute, faire jouir la Restauration du fruit de leur expérience; et après que toute leur habileté n’eut abouti qu’à la renverser, ils ont essayé de persuader à ceux qui auraient pu douter de leur infaillibilité, qu’elle seule s’est trouvée incompatible avec les institutions concédées pourtant par elle-même et spontanément.

L’avènement de 1830 a fait disparaître tout ce que le principe monarchique avait de sérieux et ce que les souvenirs du passé pouvaient opposer d’obstacles à la

transformation du pays. Pour y parvenir il avait bien fallu subir l’alliance de cette redoutable faction sans laquelle il n’y a pas d’émeute et dont la force aveugle ne connaît pas de frein. Peut-être même a-t-elle fait hésiter les plus résolus ; mais on ne pouvait rien sans elle, et une fois soulevée elle eût fait de ses douteux auxiliaires ce que la Montagne a fait des Girondins. Cependant, grâce à l’énergie d’un ministre* que les subtilités doctrinaires n’avaient pas énervé, ils ont pu échapper à ce danger, et contenirJrédément démocratique qu’ils avaient imprudemment sollicité. Ils sont donc parvenus à fonder le gouvernement illégitime et débile qu’ils avaient rêvé ; ils l’ont soumis à toutes les épreuves qu’ils avaient médité d’affronter.

Le fils du régicide pour roi, des capacités de journal ou d’amphithéâtre pour ministres et la loquacité parlementaire pour appui : certes, rien ne manquait à nos expérimentateurs en récidive pour exercer lil)rement leur scalpel sur une société changée in anima vili. Ils en ont en effet disséqué subtilement les libres relâchées, ils en ont mis à nu les infirmités cachées ; mais s’ils ont réussi à prévenir les réactions de ce qui lui restait de vie^ c’est qu’ils ont opéré sur un malade réduit à l’insensibilité du cadavre, et tout leur art s’est borné à seconder les progrès de sa décomposition.

Jamais, en effet, la corruption, la bassesse et la sottise n’avaient obtenu une protection plus cynique, un triomphe plus universel. Toutes les administrations furent envahies à la fois par ces capacités cosmopolites qui ne sont propres à tout que parce qu’elles ne s’appli-

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