Casimir Périer
quent à rien ; la désorganisation fut aussi complète qu en 93, mais bien plus rapide. La curée des emplois remplaça les confiscations; on ne pouvait plus les infliger aux ordres dg la noblesse et du clergé, puisqu’ils étaient dépouillés depuis longtemps.
Trente millions furent impudemment soustraits au Trésor pour en gratifier les industriels et les banquiers qui avaient servi l’émeute ' ; et les ministres doctrinaires, pairs ou députés, que le monarque détrôné avait lionorés de sa confiance ou de ses faveurs, ne se donnèrent pas le temps de se voiler la face ou de changer de masque pour passer à l’ennemi Les notabilités du nouvel ordre de choses furent des professeurs et des avocats, parce que le trafic de la parole y fut le commerce le plus encouragé et le pins productif. Le pédantisme des premiers, oracles gourmés exercés à parler seuls et sans contradiction, passa pour de l’éloquence, et la faconde lianale des seconds, pour de l’habileté : race souple et vénale de courtisans et de courtiers.
Cette prostitution de l’autorité aux mains les plus disposées à en abuser ne pouvait tarder longtemps à
1. M. Laffitte, soit pour son compte, soit au nom de quelques insolvables cautionnés ou commandités par lui, en eut la meilleure part. Ajoutez-y le prix de la foret achetée 13 millions par Louis-Philippe, les treize millions prêtés sans intérêt par la Banque, les quatre millions mis à la charge de l'État parle banquier ministre pour se dégager de sa garantie de Pindemnité de Saint-Domingue elles 50 0/0 de déficit sur les cinq ou six millions déposés dans sa caisse pour les légataires de Napoléon, et Ton se convaincra que 1830 fut pour ce banquier une spéculation de plus de trente millions, sans compter les dons du prince, etc.
2. MM. Decazes^ Molé, Louis et leur suite ont été des transfuges fort appréciés du nouveau régne. Talleyrand ne faisait que suivre une habitude déjà invétérée. C’était son génie. Quant au gendre de Necker, M. le duc de Broglie, il fut fidèle aux traditions de ce ministre fatal à Louis XVL
produire ses fruits. Le ministre de 'la justice et des cultes, pris en flagrant délit de prévarication et de vénalité, ne put être, soustrait à l’arrêt flétrissant d’une cour d’assises. Son successeur, avocat comme lui, fut surpris par des agents de police dans la perpétration d’un acte humiliant de dépravation, dont son dépit et son emportement hâtèrent la publicité. Il est mort des suites de ce scandale ; les obsèques somptueuses qu’on lui décerna ne servirent qu’à donner plus de retentissement à cette infamie, en provoquant les sarcasmes de la multitude. Un autre membre du cabinet, poursuivi pour attentat aux mœurs et détournement de mineure, n’échappe à la honte d’une condamnation qu’en achetant le désistement de la plainte déjà acquise à la procédure. Celui des ministres porté le plus notoirement du prolétariat au Conseil, n’en sort que pour étaler dans ses voyages un luxe de satrape ; et lorsque, dans ses discours, il attesta la Providence et la morale, un rire ironique universel accueillit ses éloquentes paroles.
Le plus grave de ces hommes d’État demande avec enjouement à ses électeurs, auxquels il était inconnu avant leur vote, s'ils se sentent ayrrompiis? Cet à-propos, d’im atticisme douteux, serait de bon goût peutêtre, si les suffrages étaient spontanés, libres de tonte influence officielle et inaccessibles à la-brigue. Mais cette perfection désirable est trop éloignée de nos pratiques habituelles pour que sa supposition ne provoque pas le sourire aux lèvres de l’électeur le plus crédule. L’austérité sied à l’homme public comme au magistrat ; mais elle oblige, comme la noblesse ; et, lorsque le secrétariat d’un ministre est un tripot d’affaires dont les tribunaux signalent la corruption, il est difficile d’accorder
la tolérance de celui qui peut y porter remède, avec la vertu dont il fait profession. JLe dédain des petits profits n’est pas précisément du désintéressement; il est souvent le signe d’une ambition qui ne se rassasierait pas de si peu ; et le vertueux Robespierre n’est pas un type d’austérité pur d’hypocrisie et de convoitise. La pruderie qui s^effarouche d’une liberté trop familière peut souvent avoir à cacher quelque profonde dépravation.
Dans tous les temps et dans tous les pays, la séduction s’est entendue avec la flatterie pour corrompre les dispensateurs des grâces et des richesses. Pour elles, il n’y a ni portes closes ni bureaux inaccessibles — le Tentateur n’a-t-il pas bien osé s’attaquer à Dieu même?
Mais partout la corruption est désavouée, et jamais on n’a bravé la pudeur publique en la protégeant ouvertement. Cette gloire exceptionnelle était réservée à. la politique doctrinaire. Sous le règne de Louis-Philippe, des révélations inattendues sont venues confirmer les accusations les plus formelles de péculat et de vénalité. Les registres des agents de change et des banquiers, le cynisme des aveux et des exigences les moins déguisées, l’autorité des legs le plus clairement motivée, n’ont pas même inquiété certains fonctionnaires dans l’exploitation de leur industrie. Tout agent compromis ou diffamé en devenait plus cher à l’administration supérieure, soit qu’elle crût pouvoir compter sur le dévouement des coupables qu’elle couvrait de sa protection, soit qu’elle jugeât plus digne d’elle et plus habile d’affronter la conscience publique, que de céder à ses murmures ‘ .
1. Tous ces faits sont assez publics j)our qu’il soit permis de s'abstenir d’y ajouter des noms propres. Mais il est à remarquer que les
Comment s’étonner après cela qu’il se soit glissé des escrocs de profession dans la familiarité du palais et des grecs parmi les aides de camp des princes? L’écuyer d’une grande princesse n^était-il pas un duc et pair, chef d’une nombreuse famille, perlant un nom, je ne puis dire des plus anciens et des plus illustres, mais du moins des plus favorisés de l’ancien régime; et ce serviteur de la cour nouvelle en a-t-il moins été un infâme assassin? Cette âme vile , enflée des égards qu’avait obtenus le mérite de son rang, avait-elle imaginé que de plqs grandes faveurs et la possibilité d’un mariage morganatique justifieraient son crime? Non, son éducation et ses sentiments libéraux ne suffiront jamais à expliquer son ambition et sa folie furieuse.
La politique extérieure et la guerre meme, dont les succès ont le privilège ordinaire do faire illusion sur tant de renommées équivoques, n’ont pas servi , plus que son administration intérieure, à jeter un peu de lustre sur le règne du fils dePhilippo-Égalité. Timide vassal du cal)inet anglais, qui n’avait pas dédaigné de lui tendre la main pour sortir dos barricades, il s’empressa de lui donner des gages de sa reconnaissance, et allait, au mépris de l’orgueil national, lui abandonner l’Algérie, si le ministère Peel, jugeant l’entretien d’une armée d’Afrique plus onéreux à la France que dangereux pour l’Angleterre, n’eùt compati aux angoisses du roi constitutionnel. Mais par combien d’autres bassesses a-t-il reconnu cette condescendance !
prévarications d’un directeur des colonies, dénoncées à la tribune, ayant forcé le ministre à le renvoyer, on lui accorda la pension de retraite allouée aux loyaux serviteurs et la croix de commandeur pour consolation.
La Belgique, révoltée à notre exemple, s’offrait à la France révolutionnaire. Mais l’Angleterre y vit la rare occasion de se servir de Louis-Philippe, comme d’un instrument fourni par le hasard, pour arracher cette proie à son allié le souverain de la Hollande, et de disposer elle-même du trône vacant pour y placer le prince époux que la mort de la princesse Charlotte avait laissé à sâ.charge. Elle signifia donc à Louis-Philippe de lui en assurer la possession en s’emparant, comme l’instrument naturel des révolutions, de la place d’Anvers, dernier refuge en Belgique du monarque dépossédé. Pour prix do sa complaisance on voulut bien agréer la main de sa fille pour le prince Léopold, en quête d’une seconde femme.
Ce que cette négociation réunit d’intrigues de coulisses et de hontes diplomatiques, surpasse tout ce que l’histoire du macliiavélisme italien au moyen âge offre de plus bizarre et de plus subtil. A la faveur d’une suite de protocoles dont Talleyrand édifia la cité de Londres, on obtint le désistement du roi de Hollande, et l’on traça le plan d’une comédie burlesque, dans laquelle se déploya tout l’appareil d’un armement sérieux et formidable.
Telle est l’origine du fameux siège d’Anvers, parodie jouée en présence de deux armées rassemblées pour assister, l’arme au hras, à ce spectacle sans but et sans raison d’être. La résistance des assiégés était notée d’avance comme une marche guerrière composée selon les règles de l’art. Mais l’attaque et la défense étaient sérieuses pour les acteurs, qu’on s’était bien gardé de mettre dans la confidence. Des parallèles furent tracées et des tranchées ouvertes où les princes d’Orléans sont
allés déployer, à la vue des camps saisis d’admiration, leur jeunesse martiale et leur industrie militaire. Les remparts furent foudroyés, la garnison décimée et la place démantelée. Nombre de braves tombèrent de part et d’autre, et leur sang paya le bâton de maréchal décerné au général en chef. Le génie, qui présidait à cette mise en scène militaire se surpassa dans l’art de réduire les places imprenables.
Cet étrange événement, perdu dans les ignominies dont se compose le règne de Louis-Philippe, semble être passé inaperçu, puisque l’histoire contemporaine se borne à l’enregistrer sans le flétrir. Et pourtant dans cet^e partie d’échecs jouée par la diplomatie anglo-française devant une galerie de souverains, les joueurs avaient impudemment substitué des têtes humaines aux pièces de réchit[uier; c’étaient de véritables soldats français ou alliés de la France qu’.ou immolait ainsi, comme des gladiateurs du cirque, pour l’amusement des spectateurs. Ce crime est sans excuse; il suffirait à l’auteur des protocoles de Londres d’en avoir été le simple instrument pour que son nom dût être noté d’infamie : or on l’a félicité d’en avoir été l’instigateur! Tout dans ce simulacre de siège, dans les combinaisons qui l’ont préparé 'et dans le pacte qui l’a suivi, témoigne de la profonde immoralité des cabinets qui l’ont toléré et do l’indignité des agents cjui l’ont conseillé.
Dieu garde le pays d’une seconde entente cordiale avec l’Angleterre, semblable à celle dont Louis-Philippe se fit un mérite aux yeux du parti qui l’avait choisi. Les historiens éminents qui se sont faits ses ministres rendront du moins ce service à la France de déguiser les vérités qui la feraient rougir d’une suite d’actes de lâchetés
et de fourberies auxquels les plus.vicieux gouvernements n’ont jamais pu raccoutumer. M. Guizot pourra continuer d’exalter sa dextérité diplomatique dans sa négociation du mariage espagnol qui, aspirant à la main d’une reine et narguant l’opposition britannique, s’est rabattue sur celle d’une infante. Il sera toujours profitable àun habile do se féliciter même d’un échec; et ce qui aurait fait la honte du diplomate fait la gloire de l’orateur.
On en peut dire autant de la question d’Orient; mais si notre allié Méliémet-Ali a eu à se plaindre d’uii lâche abandon, les menaces et les armements de M. Thiers ont vertement appids aux Anglais qu’on n’était pas leur dupe.
Ce parti pris de concessions à l’amour de la paix avait cela de profond et d’habile qu’il n’était que la conséquenca rigoureuse d’un sytème préconçu. Les cantons suisses avaient eu l’espérance et peut-être le droit d’obtenir notre assistance dans la guerre dite du Smidei'biind^ mais leur liberté et leur religion ont dù disparaître sous la pression du pacte fédéral protégé par l’Angleterre et le protestantisme de M. Guizot.
La centralisation de la Confédération fut une œuvre révolutionnaire comme l’avènement des orléanistes; c’est . dans cette entente secrète, sinon cordiale, que consiste la seule alliance durable sur laquelle repose la destinée finale de l’Europe civilisée. L’établissement de 1830 n’est lui-même qu’un épisode de la révolution sociale qui se }:irépare et les gouvernements qui lui succéderont en France ne pourront que l’ajourner eu s’elForçant de la contenir, quand ils se feront volontairement ses complices ou ses instruments.
Sous la Restauration, toutes les forces morales sur
lesquelles s’appuient les gouvernements qui n’ont pas perdu le sens instinctif de la conservation, ont été négligées et abandonnées sans direction à ses ennemis, lesquels n’ont pas manqué de s’en faire autant d’armes offensives pour tromper et corrompre l’opinion. L’enseignement public, les livres propagés par les journaux politiques et la presse périodique n’ont cessé de battre en brèche la légitimité du pouvoir et la religion du pays. Celles-ci ont été mal défendues, puisqu’elles ont succombé ; mais la victoire remportée par les doctrinaires n’a été peureux qu’une mystification, puisqu’elle a été obtenue au profit exclusif de la Révolution.
L’enseignement, la croyance, la littérature et la presse ne se sont pas même soutenus, sous Louis-Philippe, au niveau auquel on les avait fait descendre, et leur progrès ne fut que celui de leur abaissement. L’autorité ne fit que continuer à se dégrader, l’instruction publiqiie put répandre plus libéralement et sans craindre la concurrence cléricale, les notions philosophiques qui livrent au mépris de la jeunesse, comme des inventions hùinaines, les inspirations de la conscience et l’esprit de famille.
Un examen spécial du fonctionnement de ces trois arcs-boutants de notre nouveau mécanisme social ne serait peut-être pas inutile à l’architecte assez clairvoyant pour soupçonner qu’il menace ruine, et assez courageux pour entreprendre de le consolider. Sans nous associer à ses espérances, nous partageons ses alarmes, et nous croyons remplir un devoir de signaler à ses explorations quelques-unes des véritables causes de notre décadence. La civilisation même, haletante sous le progrès, ne se nourrit que de poisons depuis que
renseignement est exclusivement révolutionnaire, et la presse irréligieuse et servile.
Ce ne sont pas toujours les révolutions qui renversent les empires, ni les usurpations qui asservissent les peuples : on en pouiTait citer qui ont affermi les pouvoirs ou régénéré les nations. Mais ces exceptions sont rares ; elles supposent une institution préexistante, assez forte pour résister à rébranlement de l’édifice entier, et douée d’un principe de vie assez énergique pour rester debout au milieu des ruines, en attendant qu’elle serve d’appui à de nouvelles constructions. Tel fut le sénat romain après l’expulsion des Tarquins, et la chambre des pairs d’Angleterre après l’exil des Stuarts. Telle fut aussi la dictature militaire du soldat qui sauva la France de sa révolution. Là une aristocratie intelligente concentra dans ses mains le pouvoir qu’elle partageait jusqu’alors avec le prince. Ici le privilège du sabre et le culte des vertus guerrières rempli, rcnt tout le vide que laissait l’absence du clergé et de la noJ>lcsse. Ni les uns ni les autres n’avaient à argumenter sur la nature de leur droit, ni à transiger avec des forces résistantes ou auxiliaires ; ils personiiiftaiept une puissance réelle et indépendante, actuelle et incontestée. Ils ne faisaient que substituer une autorité présente à une autorité absente ; aussi l’obéissance spontanée des peuples est-elle venue en aide à l’aristocratie protectrice, comme au despotisme libérateur. Mais hors de ces conditions, les révolutions sont inertes ou nuisibles ; elles succombe^it ou abusent, énervent ou défi uisent.
Celle de Juillet reposaitsur une doctrine dissolvante ([ui ne contient aucun principe organisateur. La souve-
lo
raineté du peuple, étant une négation, ne peut conférer logiquement aucune autorité permanente, et le pouvoir qui consent à lui devoir son origine, se condamne à ne vivre que de ruses et de parjures. Il faut que cette doctrine trompe pour être conséquente, et qu’elle se mente à elle-même pour se conserver. Aussi flotte-t-elle nécessairement entre la crainte et le besoin de la justice, la justice, sans laquelle aucun gouvernement ne dure, et qui est encore invoquée par ceux qu’elle accuse.^
Qu’on ne s’étonne donc pas qu’un état de société fondé par le sophisme continue d’être soutenu, servi et défendu par des sophistes. Nous n’entreprendrons pas de relever les contradictions qui ressortent sans cesse de leurs maximes et de leurs actes, de leur orgueil tout démocratique et de leur despotisme pratique. Mais nous croyons que pour bien comprendre cette tyrannie subtile et ce règne de dépravation cynique, il n’est pas inutile d’explorer les livres qui l’ont préparé et les sources de l’enseignement qui s’est manifesté par ses fruits.
C’est cette considération qui nous a déterminé à donner un aperçu des ouvrages c[ui nous ont paru avoir exercé une action directe sur les destinées de la Restauration. L’un est l’apothéose de la Révolution, et l’autre la déificalion de l’homme qui se l’est appropriée par ses exploits et son génie. Mais il en existe un troisième, le promoteur en quelque sorte et le produit des deux autres, c’est la philosophie sophistique, c’est l’égoïsme travesti en code, c’est la Doctrine. Nous la comprendrons mieux en la personnifiant.
DES LIVRES QUI ONT LE PLUS INUi A LA RESTAURATION
Quand j’aurai une province à châtier, je vous la donnerai à gouverner.
Paroles de Frédéric H aux doct?'uiai?'es, ses amis.
Après avoir signalé les doctrines qui per[)éluent l’esprit de révolution, il n’est pas inutile d’analyser les écrits qui les ont propagées. Le but secret de leurs auteurs et les rôles politiques qu’ils ont joués expliquent, mieux peut-être qu’une critique raisonnée, le néant de leurs principes et le peu de foi qu’ils y avaient eux-mêmes. Ils ont convoité d’abord avec artleur la part de richesse et de pouvoir qu’ils se faisaient à la mesure de leur incommensurable orgueil ; et comme ils ont vu que les révolutions en avaient gratifié de plus médiocres qu’eux et de plus méchants peut-être, ils ont espéré qu’une révolution nouvelle leur ferait aussi une large place. Ils se mirent donc à encenser l’idole révolutionnaire, à flatter la jeunesse, à farder les traits hideux de la Convention, à donner le change aux préjugés populaires en leur accordant le droit de bourgeoisie ; sauf à se désavouer lorsqu’ils en seraient à l’application. Et dans cette prévision, ils ont enveloppé eur pensée de la phraséologie ordinaire aux discou-
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reiirs pour qui la philosophie et l’iiistoire sont lettres mortes et qu’il est réservé au commentateur de vivifier.
Nous croyons avoir démontré au premier livre des Ruines de la monarchie française , qu’il n’a pas existé en France de races ])rimitives dont on ait pu constater la filiation jusqu’à nos jours, et dans le second livre du même ouvrage que toute capacité non appliquée est une abstraction exclusive des ca[>acités pratiques, spéciales et éprouvées, auxquelles seules le pouvoir doive sa protection, et la société sa confiance. Mais pour bien juger de la portée de ces hypothèses philosophiques, il faut les étudier dans le laboratoire où elles ont été transmuées en système de gouvernement ; c’est ce qui nous a déterminé à lire les uns après les autres tous les écrits de M. Guizot, ceux mêmes où sa doctrine à peine en germe s’infiltre inaperçue, peut-être, de son auteur. On ])eut condamner et haïr les principes, mais non méconnaître l’unité de pensée et la persévérance logique qui ont présidé à leur propagation.