‹ De la vanité des institutions fondées par le sophismeChapitre 8 sur 42 · Histoire du droit romain^ par M. de Savi^oy · texte numérisé non relu

Histoire du droit romain^ par M. de Savi^oy

02 DES LIVRES OUI OiNT LE PLUS NUI A LA RESTAURATION de peindre en beau, ne plaît pas toujours à ceux qui ont le droit d’y regarder de près ; et comme toute médaille a deux faces, nous prendrons la liberté de montrer celle que l’on cache aux curieux qui ignoreraient que de ce côté-là seulement se trouve l’explication du type banal de l’empreinte.

Ce n’est donc plus du supplément des Méinoh'es, mais du revers de la médaille qu’il s’agit.

* Nous sommes forcé d’avouer que l’aspect sous lequel nous sont apparues la Révolution et ce qu’on a appelé la Docùnne ne ressemble en rien à la ligure de fantaisie qu’on étale à l’exposition ; nous avons des doutes sur la fidélité des traits prêtés à la monarchie de Juillet par un peintre qui fut son ministre le plus intime. En attendant que M. Guizot nous fasse revenir de nos préjugés, ce dont nous lui serons sincèrement reconnaissant, nous allons essayer de compléter aujourd’hui la revue de ses œuvres. C’est une diversion pleine d’intérêt; on ne nous refusera pas le mérite d’en sentir le prix, puisque, malgré l’incompatibilité de nos croyances, et pour cela même, nous avons été peut-être le plus sérieux et le plus infatigable de ses lecteurs.

Lorsque M. Guizot publia son double manifeste contre le ministère qui remplaçait celui de M. Decazes, Louis XVnr régnait encore ; mais averti par les notes réitérées du Congrès, et justement indigné de l’attentat signiticatif qui levait tous ses doutes, il venait de retirer sa conüance aux étranges interprètes de sa Charte. Les doctrinaires, cramponnés au cabinet, eurent beau pro tester contre une réaction qui était bien plus dans le réveil de la conscience publique que dans l’initiative de la volonté royale, il leur fallut rendre les portefeuilles

qu’ils espéraient s'inféoder. Ils ne le firent pas toutefois avec résignation : en livrant la place, il en gardèrent les clefs et en occupèrent toutes les avenues ; puis, jugeant qu’il leur restait assez de partisans pour l’investir, ils en firent le siège et ouvrirent le feu sans sommation préalable.

Le premier projectile, élaboré par M. Guizot, fit explosion sous la pression d’un dépit peu déguisé ’ ; mais une attaque plus combinée, tirée de la quintescence même de la doctrine, rectifia ce que la première version avait d’irrégulier ^ : il eût été plus franc et plus net de déclarer que M. Decazes étant le seul ministre qui eût la confiance des doctrinaires, devait seul avoir celle du roi ; mais on voulait avant tout prévenir tout rapprochement entre les Gaulois et les Francs.

L’à-propos était peut-être mal choisi pour reproduire la fable des vainqueurs et des vaincus de la Révolution. MM. Corbière, Peyronnet et Yillèle n’étaient pas des feudataires dont les pères se fussent exercés derrière leurs créneaux à tirer sur le peuple. Armoricain, Gaulois ou Provençal, aucun d’eux ne pouvait être soupçonné de descendre de la race des Francs, et sans la Révolution qui les avait fait sortir de leur modeste obscurité, il est douteux qu’ils se fussent trouvés assez rapprochés de la cour pour figurer parmi les personnages qui seuls autrefois pouvaient aspirer au portefeuille. Députés de leurs tiépartements, ils étaient l’expression sincère d’une notable partie de leurs conci-

Du gouvernement de la France d'après la liesiaiu'aiion et du

TLRF ACTUEL.

2 . Des moyeyis de gouvernement et d'' opposition dans tétat actuel de la France.

toyens, car nulle élection, depuis celle de l’an V, n’avait été plus libre et plus spontanée.

Mais le ministère déchu se sentait soutenu par l’opposition parlementaire, qui avait accueilli par des ovations le vaillant qui se donnait pour son champion. La fable des Francs et des Gaulois avait fait son chemin, et le bourgeois libéré, plus naïf que le villageois dont la candeur lui fait pitié, était tout fier d’avoir reconquis son rang. Qu’on juge du succès de l’axiome mis en lumière par M. Guizot, qu’il fallait appartenir à la Révolution pour être apte à gouverner le royaume des Bourbons ! Il ne fut donc pas difficile de persuader à cette élite de dupes, que les nouveaux ministres, tout humble produit qu’ils fussent d’un vote populaire, avaient leurs portefeuilles bourrés de titres féodaux et de billets de confession. La terreur de la glèbe et de l’inquisition s’était emparée de nos esprits forts. Ils y crurent, qtda absiirdiim, et se mirent à l’oeuvre pour repousser ces Francs absents^ mais convaincus par la Marseillaise de méditer de re?idre à V antique esclavage la France, devenue libre et invincible depuis qu’elle avait l’honneur d’être commandée par des avocats et des professeurs. Qui donc aurait l’audace d’attenter à ses droits ? ces droits de l’homme, si grands devant le percepteur qui le somme de payer la taxe, et devant le billet de garde qui le relance dans sa boutique ?

Tout enflés qu’ils fussent de leurs succès faciles sur cette classe moyenne, à laquelle ils persuadèrent qu’elle était la véritable aristocratie, celle des intelligences, et que tous les sages, tous les génies, tous les héros, la reconnaissaient pour leur mère, les doctrinaires ne s’endormaient pas cependant sur les lauriers moissonnés par

leurs plumes changées en sapes. Ils avaient goûté du pouvoir : c’est de pouvoir qu’ils étaient affamés.

Le ministère Villèle était un obstacle qu’il fallait renverser, dût le trône tomber avec lui. Son administration plus lionne te et plus éclairée que la précédente menaçait de se populariser ; il était donc d’une tactique savante de la harceler sans cesse, d’épier ses fautes pour les amplifier, et de dénoncer ses tendances sinon ses actes.

M. Guizot, toujours sous les armes, saisissait les moindres occasions, les plus futiles prétextes, pour envenimer les mesures les plus inoffensives. C’est ainsi qu’il s’indigna de ce que les familles chrétiennes réclamaient des aumôniers pour les collèges royaux ; il trembla pour la conversion des trois élèves protestants, sur cent catholiques, qui allaient se trouver exposés aux séductions du catéchisme ou de l’exemple ; il réclama la liberté de l’enseignement religieux, avec cette superbe indépendance qu’il avait déjà mise au service du monopole universitaire*.

Si, parmi les conspirations que la propagande révolutionnaire et les sociétés secrètes suscitaient de toutes parts, quelques conjurés plus imprudents que les autres, étaient traduits devant les tribunaux, M, Guizot se déclarait leur protecteur; contre les atteiitats de la justice^, il laissait leur défense aux avocats qui avaient étudié le droit dans ses livres, mais à lui seul il réservait h honneur de transformer le délit en sentiment trop comprimé de patriotisme.

Qui eût pu pressentir, dans cet ami si désintéressé de

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