‹ De la vanité des institutions fondées par le sophismeChapitre 9 sur 42 · Observations sur %me ordonnance du 27 février · texte numérisé non relu

Observations sur %me ordonnance du 27 février

2. Des Conspirations et de la justice polttufue. Iu-12. 1821.

tous les prévenus, dans cet infatigable jouteur contre les lois répressives des licences de la presse, le promoteur de la loi de 1832 et de l’altération de l’institution du jury qui, avant lui, accordait encore la chance de trois voix à l’accusé, en en retranchant deux ? Il y aurait peut-être eu compensation si le ministère eût renoncé en même temps au droit de dresser les listes et à la faculté des récusations... Non : M. Guizot voulait être sûr de son fait ; il savait par expérience combien les jurés répugnent à voir des délits dans des subtilités qu’ils jugent avec raison hors de leur compétence. Il était donc essentiel de se barricader contre leur indulgence et de fermer toutes les issues par lesquelles on avait échappé soi-même à la pénalité. C’était être peu généreux, peu conséquent peut-être ; et pour l’admirateur quand même de toutes les institutions anglaises, il eût été plus honorable et j)lus digne de répudier celle du jury que de la travestir. Dans l’esprit de la législation britannique, une voix suffit pour absoudre ; d’après la variante introduite par M. Guizot, une voix de majorité suffit aussi, mais pour condamner.

On aurait droit de s’étonner de ces contradictions dans un génie qu’on suppose inébranlable dans ses desseins et inflexible dans ses doctrines ; mais nous venons justifier M. Guizot de cette calomnieuse réputation d’opiniâtreté, en apportant la preuve que les doctrines libérales ne sont pas les siennes ; qu’il en a professé de son plein gré avant toutes les autres, et sans y être obligé pour les besoins de la cause, de franchement absolutistes et de purement ministérielles : il y a là de quoi faire bondir d’indignation tout croyant à l’infaillibilité du maître ; nous en sommes nous-mêmes

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tout ébahi ; avouons d’ailleurs que les intelligences supérieures ont des voies inabordables au commun des mortels, et que seuls les esprits vulgaires et routiniers ne se contredisent pas.

A la suite d’un traité de M. Ancillon sur la souveraineté, traduit en 1816, a été publié un commentaire curieux, mais très peu connu, de M. Guizot, où la prérogative royale est soutenue avec une chaleur hautaine et provocante contre tout contrôle parlementaire. L’humeur du commentateur y déborde contre la Chambre de 1815, assez indocile pour amender des propositions approuvées par lui ; que dis-je ! il les avait soutenues et peut-être inspirées ou même rédigées. A sa colère à peine contenue contre le texte qu’il édite, on ne reconnaît pas le culte ordinaire des éditeurs pour l’auteur qu’ils ont jugé digne de leurs études ; mais le collaborateur des lois répressives de la presse et de la liberté individuelle s’y montre à découvert. '

Il y avait loin de ce séidisme ministériel au langage ultra-parlementaire de 1821. C’est alors que M. Guizot évoquait les anathèmes républicains contre un autre ministère ; et pourquoi? c’est que derrière ces ministres lui apparaissait cette même Chambre de 1815, dans laquelle son dévouement pour l’autorité n’avait vu qu’un, repaire de factieux, ou, ce qui eût été pis, d’émigrés, de gentilshommes, de royalistes.

Cette réimpression du livre de M. Ancillon n’avait évidemment pour objet que de fournir un prétexte à l’émission des doctrines du professeur, dont le nom n’avait pas encore assez d’autorité pour se passer de chaperon. Lntre les deux publicistes, dissidence radicale et antagonisme tranché ; mais, étrange contradic-

tion de leurs principes respectifs ! c’est le royaliste, c’est l’auteur orig^inal qui défend les liliertés et les intérêts populaires; c’est l’avocat de la Révolution qui procède par l’absolutisme. Ce qu’il dénonce, ce qu’il flétrit sous M. de "Villèle, lui-même l’avait préconisé sous M. Decazes; lui-même le pratiquera, lui-même l’amplifiera sous Louis-Philippe.

Cet écrit existe, quoique moins célèbre que les autres, et sous quelques aspects qu’on l’envisage, l’époque de son apparition fournirait une page curieuse aux Mémoires de son auteur. On se croyait donc bien en danger, pour brandir toutes les armes de l’arsenal parlementaire contre la personne exiguë du ministre le plus inolfensif, mais qui avait, outre le tort de provenir de la Chambre de 181 S, celui plus impardonnable encore d’avoir administré avec plus de talent, de loyauté et de modération qu’aucune des capacités inaugurées par la doctrine! Hélas ! ces réformateurs d’élite, qui ont gourmandé pendant quinze ans les vices de l’ancien régime et la caducité de la Restauration, se sont trouvés, en lui succédant, de vrais eunuques, des êtres plus nuis que les plus incapables de tous leurs devanciers.

II eût été très instructif de nous dire de quelles inspirations s’aida, à son dél/ut, un gouvernement qiîi a commencé par la profanation, par le sac des églises et de l’évêché. L’axiome mis en lumière par l’avocat qui fut un de ses premiers ministres, sur l’athéisme de la loi, ne suffirait pas à expliquer cette persécution; elle trahissait un antagonisme plus intime ; et quelques actes de propagande suivis bientôt d’alliances protestantes, encore inconnues parmi les fils aînés de l’Eglise, donnèrent lieu de soupçonner que le gouvernement de

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Juillet aurait eu quelque velléité de s’appuyer, faute do mieux, sur le parti de la Réforme.

La crainte de réveiller le sentiment catliolique par cette apostasie inopportune a-t-elle préservé la France de ce nouveau ferment de discorde? Il est certain que cette tentative eût révolté les consciences les plus calmes, réchauffé le zèle des plus tièdes, et, l’esprit d’opposition aidant, produit les conversions les plus inattendues. Mais Dieu n’ayant pas permis ce moyen de ranimer la foi de la France chrétienne, on en a été réduit à faire honneur de son abstention à la prudence, sinon à la peur, des vainqueurs de Juillet. Si nous ajoutons foi à certains bruits qui coururent alors, on en serait redevable aux sages représentations d’un membre du conseil, dont l’avis eut d’autant plus do poids qu’on s’y était moins attendu. Quel qu’en soit le mobile, il y a toujours du mérite à faire abstraction de ses propres croyances dans la conduite des affaires, surtout dans un siècle où la plupart des gouvernements qui se sont détachés de l’Eglise donnent l’exemple de l’intolérance la plus contradictoire, et de l’oppression la plus impolitique envers ceux, de leurs sujets qui lui sont restés fidèles.

Nous ne demandons pas mieux que de respecter, en matière de foi, les dissidences que l’autorité jirotège et cultive par les libéralités du budget ; mais depuis que l’esprit de propagande s’est emparé des sectes qui nous inondent, il nous est bien j^ermis d’user envers elles du libre examen dont elles n’ont pas apparemment entendu s’attribuer le monopole , pour observer que leur ostentation d’indépendance n’aboutit guère qu’à élargir alternativement les voies à l’anarchie et au des-

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iOO DES LIVRES QUI ONT LE PLUS NUI A LA RESTAURATION

potisme. Répudier le principe moral de l’autorité, c’est ne lui laisser d’autre arme défensive que la force brutale. On peut arriver par des inductions plus ou moins logiques à mettre en doute tous les principes sur lesquels se base l’ordre social, on peut nier que le désordre soit la conséquence de doctrines purement spéculatives ; mais quand on n’a rien fait pour le prévenir, il n’en faut pas moins pour le réprimer des lois d’exception et un code draconien. M. Guizot est sur ce point une autorité effrayante; il s’oublie jusqu’à dire que des hommes sont entrés aux affaires avec le goût de la justice, qui se sont vus forcés de la méconnaître pour se tirer d’embarras. Il appelle cela entrer dans la pratique des choses ^ .

Cela explique en effet pourquoi cet ancien collègue des fonctionnaires de la Restauration se vantait à la tribune de n’avoir pas épargné un seul préfet, et comment 'cet auteur de deux libelles contre des ministres, devenu ministre à son tour, fulminait contre la presse une loi qui lui aurait infligé à lui-même la peine du bannissement, si la loi pouvait avoir un effet rétroactif.

Mais avec de telles pratiques, que devient l’habileté dont on se fait un titre si impératif à la possession du pouvoir? Qu’est-ce qu’une capacité réduite aux expédients à l’usage des intelligences les plus vulgaires et à la mesure du grossier instinct de conservation, dont la brute est douée tout autant pour le moins qu’un philosophe?

Quelle leçon pour les beaux-esprits qui croient aux révolutions faites par l’intelligence, comme si elles ne

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