‹ De la variodermite (variole) et de son traitementChapitre 4 sur 12 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Nulle part, dans les écrits d'FTippocrate et de Galien, il n'est fait mention de la variole, et rien, dans les ouvrages des médecins grecs et romains, ne nous permet de croire que cette maladie fût connue des anciens.

Aharoun, prêtre et médecin d'Alexandrie, l'indiqua pour la première fois sous le nom de djidri, en G62. Au commencement du X e siècle, Buchtisha en donna une description plus précise ; mais Rhazès, à la même époque, tout en omettant la contagion, décrivit avec soin les diverses périodes de la maladie et donna d'excellents conseils sur le traitement.

Holwell et Sonnerat fout naître la variole dams les Indes ; Withetaw croit qu'elle prit naissance en Chine, et Prosper Alpino, en Egypte; mais l'opinion qui prévaut aujourd'hui, c'est qu'elle se montra pour la première fois en Arabie vers le commencement du VI e siècle.

Les Sarrasins importèrent la variole en Afrique, et plus tard en Europe, lorsqu'ils envahirent les provinces méridionales; de là elle s'étendit peu à peu vers le Nord, et à l'époque des croisades, c'est-àdire pendant les xi e et xn e siècles, ce fléau finit par infecter toute l'Europe. Nos vaisseaux la transportèrent dans le Nouveau Monde, et le premier Américain qui mourut de la variole fut le frère du malheureux Montezuma, empereur du Mexique. S'il fallait en croire les

historiens du temps, lavariole aurait déjà fait son apparition dans les Gaules à la fin du VI e siècle. Le Dictionnaire des sciences médicales cite cet exemple remarquable d'une variole mortelle survenue chez un personnage important, au moment de l'apparition de celte maladie en Europe: « Austrogilde, femme de Contran, roi de Bourgogne, fut attaquée de la petite vérole, et, se voyant mourir à l'âge de 30 ans, elle voulut entraîner après elle ses deux médecins, Nicolas et Donat, qu'elle accusait d'avoir hâté sa mort par des médicaments. Cette femme inexorable demanda leur mort à Gontran, qui eut l'atroce faiblesse d'exécuter à la rigueur cette horrible vengeance, et qui les fit mettre à mort sur le tombeau de sa femme. »

Après les immortels écrits des Sydenham, des Morton, des Borsieri, qu'il faut ici placer sur la même ligne; les travaux de MM. Rilliet et Barthez, Rayer, Serres, Bretonneau, Piorry, Bouillaud, Andral, Velpeau, N. Guillot, iNonat, Briquet, Lasègue, etc. etc., ont surtout ajouté à l'exactitude de la description ou aux progrès de la thérapeutique.

ÉTIOLOGIE.

La variole reconnaît pour cause essentielle et incontestable un principe contagieux, qui reproduit invariablement la maladie avec tous ses caractères, mais dont la nature intime, la formation première et le mode d'action, nous échappent. Le caractère contagieux se développe pendant la suppuration et persiste jusqu'à la i'essiccation. Il existe donc un virus varioleux capable de donner lieu à la variole. Ce virus n'agit pas dans tous les cas ; certaines causes en modifient l'action, et ces causes dépendent du virus lui-même ou bien du sujet qui lui est soumis.

Tout le monde est d'accord maintenant pour admettre la propagation de la variole d'individu à individu, au moyen du poison varioleux. Mais quelle est sa nature, quel est son mode d'action, dès qu'il est introduit dans l'économie? Ce sont là des mystères impénétrables, qui resteront probablement encore longtemps cachés aux

recherches des savants. Quoi qu'il en soit, le virus varioleux se communique par contact médiat ou immédiat, par contact direct ou indirect, et par inoculation.

Nous admettons des causes prédisposantes et des causes occasionnelles. Les causes prédisposantes dépendent soit de l'âge, du sexe, des différentes époques de l'année, soit de certaines causes dont la raison nous échappe.

Aucun âge n'est exempt de la variole ; le fœtus lui-même peut en être atteint. Dans ce cas, la maladie se transmet le plus souvent de la mère à l'enfant, et, «chose remarquable, dit M. Cazeaux, plusieurs faits semblent prouver qu'en certaines circonstances l'infection n'a lieu qu'après la guérison de la mère. » Dans d'autres cas, la mère ne ressent point les atteintes d'un mal dont l'enfant seul est frappé. M. Depaul a observé une femme enceinte qui, ayant eu autrefois la variole, donna le jour, pendant une épidémie, à un enfant portant des pustules en pleine suppuration. Ebell, Bousquet, Mauriceau, Fodéré, Bartholin, Watson, Ressler, citent des faits semblables, qu'ils ont observés dans leur pratique. Mauriceau raconte qu'il vint au monde avec des grains de variole sur le corps, dont il conserva toujours les traces. M. Lebert signale un fœtus de 4 mois qui, à la suite d'une variole légère qu'eut sa mère, fut expulsé de l'utérus et parut couvert de pustules varioliques conlluentes. On a fait de nombreuses théories pour expliquer comment a lieu la transmission du virus variolique de la mère à l'enfant, et comment la mère est exceptée d'une éruption qui frappe le fœtus. M. Barhetche ÎJnurnal de médecine de Bordeaux, 1845) admet l'action du virus variolique sur le sang et les solides du corps humain ; il doute pourtant qu'il agisse sur les produits de sécrétion ; pour lui, dès que la mère est atteinte de la variole, il y a chez elle altération du sang; mais celte altération n'existe pas lorsque, la mère se portant bien, le fœtus seul est malade. Le sang et les solides de la mère vaccinée résistent à l'agression d« virus, qui, charrié dans l'économie par la circulation, va s'éteindre sur l'enfant! D'autres médecins ont voulu

expliquer, par celle contagion dans le stiu maternel, l'action réfractaire que le virus avait sur certaines personnes. Cette explication nous paraît peu admissible; et, selon nous, il en est de la variole comme du choléra et de la peste : tout le monde peut en être atteint ; mais tout le monde, heureusement, n'est pas fatalement voué à cette maladie. La variole sévit surtout pendant l'adolescence et perd notablement de sa fréquence pendant l'âge mûr. Elle attaque indistinctement les personnes de tous les tempéraments, de toutes les constitutions ; mais l'aptitude à la contracter n'est pas la même chez tous ; les changements passagers qui s'opèrent dans la constitution sont probablement la cause de cette différence d'aptitude.

Bien qu'elle soit assez rare pendant la vieillesse, elle n'épargne cependant pas l'homme parvenu à cette dernière phase de la vie : Louis XV est frappé de la variole à 64 ans, Lacépède en meurt à 78.

La variole respecte généralement le premier âge : elle est fréquente de 6 mois à 5 ans, elle décline de 6 à 7 ans ; mais se calme jusqu'à 15, pour prendre une nouvelle activité jusqu'à 30 (Herpin et Mathieu).

On a fait des statistiques pour savoir si les deux sexes étaient également atteints par la petite vérole ; ces relevés n'ont servi qu'à montrer que la variole atteint indistinctement les deux sexes dans des proportions à peu près égales. Quant aux races, toutes contractent cette maladie avec la même facilité, et les rapports de nos chirurgiens de la marine, qui font mention d'épidémies de variole dans nos colonies, nous prouvent assez qu'elle frappe avec une égale intensité les races blanche, mulâtre et noire.

La petite vérole règne dans tous les climats et à toutes les époques de l'année, mais c'est surtout au printemps et en automne qu'elle sévit avec le plus de violence. D'après quelques remarques faites par Serres à la Pitié, l'humidité s'opposerait au développement de l'éruption, tandis qu'au contraire la chaleur et la sécheresse la favoriseraient. Cette opinion ne nous parait pas suffisamment prouvée, et cependant l'état hygrométrique de l'air influe

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d'une manière bien marquée dans le développement de celte maladie. Des observations ont souvent permis de constater l'apparition de varioles épidémiques après une sécheresse prolongée. Fouquet cite une épidémie de variole qui sévit à Montpellier eu 1771 par des chaleurs tellement fortes et une telle sécheresse, que toutes les sources tarirent. M. F. Bérard , dans sa relation de l'épidémie qui eut lieu en 1816 à Montpellier, insiste fortement, en traitant de l'éliologie, sur l'extrême sécheresse de l'année 1815. Enfin Rœderer, Wagler, Huxham et Halle, crurent aussi trouver, comme l'attestent leurs écrits, dans la sécheresse de l'atmosphère, la cause de varioles anormales qu'ils eurent lieu d'observer à diverses époques.

Nous allons maintenant parler des causes occasionnelles et de la contagion.

Toutes les parties du corps peuvent absorber le virus varioleux soit par le contact médiat, soit par le contact immédiat, comme nous l'avons dit plus haut. L'atmosphère est le principal véhicule du virus, probablement parce qu'il transporte des miasmes. On voit souvent, dans les localités assez éloignées les unes des autres, se développer une épidémie de variole sans que les premières personnes atteintes aient eu aucun rapport avec des sujets varioleux d'une localité voisine. On ne peut donc pas établir une ligne de démarcation fixe au delà de laquelle le virus varioleux n'étendrait plus son action. Williams affirme néanmoins que la sphère d'action du virus ne s'étend qu'à 10 ou 15 mètres; mais il n'a jamais pu prouver cette hypothèse.

Les vêtements, le linge, qui ont servi aux personnes atteintes de la petite vérole, peuvent transmettre la maladie, même après avoir été longtemps exposés à l'air. Mais, la cause principale de la contagion, c'est le contact direct : nous en avons de nombreux exemples dans les hôpitaux, où nous voyons souvent atteints de la variole les personnes qui sont appelées à soigner les malades. M. Aubry rapporte que lors de son séjour à Cayenne, et vers le déclin d'une épidémie de variole, deux garçons d'amphithéâtre furent, à la suite d'autopsie de varioleux, atteints de petite vérole bénigine.

Tout le monde sait que le virus-vaccin se conserve très-longtemps à l'abri du contact de l'air ; il en est de même du virus variolique. Nous empruntons deux exemples, dont l'un à Sédillot et l'autre à Guérard, qui prouvent que ce virus résiste à la putréfaction pendant de longues années et conserve son pouvoir de transmission : « Des fouilles faites dans le cimetière des Cordeliers, à Paris, amenèrent la découverte du cadavre d'une femme inhumée depuis plus d'un siècle, et qui présentait des pustules de variole dans un état de conservation tel, que le pus qui en fut retiré produisit, après inoculation, une éruption variolique» (Anglada, Traité de la contagion).

«Une femme morte de la variole fut inhumée dans une église; l'année suivante, et comme on terminait son tombeau, son cercueil fut ouvert par mégarde, des miasmes infects s'en exhalèrent aussitôt : un ouvrier périt immédiatement, plusieurs personnes s'évanouirent, et l'architecte Lorry, qui rapporte cet accident, fut pris de la variole» (Guérard, thèse de concours). Chaussier et Fodéré citent plusieurs exemples à peu près semblables; ce dernier, entre autres, pour prouver l'extrême facilité de la contagion, rapporte que «l'archiduchesse Joséphine, fille de l'impératrice Marie-Thérèse, étant allée visiter le caveau dans lequel avait été déposée, quelques jours auparavant, la femme de Joseph 11, morte de petite vérole, fut atteinte, à la suite de cette visite, d'une variole coufluente à laquelle elle succomba rapidement.

M. Lassaigne a fait avec beaucoup de soin l'analyse chimique du virus varioleux : sur 100 parties, il le trouve composé de :

Eau 90,2

Albumine 6,0

Matière grasse 2,5

Chlorhydrate de soude ]

Caséate d'ammoniaque )

Phosphate de soude )

Phosphate de chaux

— $2 — D'après celle analyse, nous pouvons voir que le virus varioleux a une grande analogie avec la sérosité du sang; il n'en diffère que par une moins grande proportion d'albumine et un peu plus de matière grasse. Quant au caséate d'ammoniaque, M. Lassaigne le regarde comme le produit de la fermentation du liquide. De leur côté, MM. Briquet et Pelletier ont examiné le virus varioleux avec le microscope ; il leur a paru tellement semblable au vaccin, que s'ils n'avaient pas pris le soin de le distinguer avant l'expérience, cette distinction leur eût été impossible après.

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