‹ De la variodermite (variole) et de son traitementChapitre 6 sur 12 · VARIÉTÉS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS

Varioles confluentes, varioles irrégulières (anormales); varioles malignes (graves, typhoïdes, compliquées).

La variole confluenle, dont nous avons déjà parlé plus haut, présente les mêmes symptômes que nous venons de décrire dans la variole bénigne et régulière; seulement ils sont exagérés. La variole confluente simple est celle qui , suivant régulièrement ses phases, ne voit sa marche entravée par aucune espèce de complications; le contraire existe pour la confluente grave. L'éruption est plus précoce que dans la variole discrète : elle a lieu le plus souvent vers le deuxième jour de l'invasion; les phénomènes généraux ne cessent pas tous après l'éruption. Les pustules qui succèdent aux vésicules ne font que peu de saillie au-dessus de la peau : elles sont tellement rapprochées qu'elles se confondent en une sorte de pellicule rouge, commune; le gonflement de la peau, sa rougeur, sont peu considérables. C'est pendant celte période que se montre une salivation très-abondante, quelquefois fétide, accompagnée de dysphagie et

causée par le développement de pustules sur la muqueuse buccale; elle dure de six à huit jours, et souvent l'éruption s'étend jusqu'au larynx et à la trachée; le timbre de la voix est alors changé et il survient une touxrauque, déchirante, presque croupale; l'éruption achevée, la fièvre primaire diminue ou disparait complètement. La suppuration est complète vers le dixième jour ; au vingtième, débute la desquamation , les croûtes tombent par larges écailles jusqu'au trentième et même jusqu'au quarantième jour; soulevé par le pus, l'épidémie se détache sur les membres et le tronc en vastes lambeaux : les malades exhalent une odeur repoussante, cadavérique. Enfin c'est principalement dans la variole confluente grave, à la fin de la période de desquamation (quand la mort n'est déjà pas venue pendant la période d'invasion) que survient la fièvre, compliquée d'une diarrhée rebelle , et le malade, affaibli, finit bientôt par succomber.

Varioles anormales ou irrégulières. La variole anormale se reconnaît à la perversion de ses périodes, au caractère extraordinaire de son éruption, à l'irrégularité de sa marche. Ainsi tous les prodromes peuvent manquer, ce qui est cependant très-rare, et l'éruption être primitive. D'autres fois l'éruption suit brusquement l'invasion, comme nous en avons cité un exemple. L'éruption varie dans son ordre d'apparition et sa durée, dans le nombre, la disposition, la couleur des vésicules et des pustules; dans la nature du produit sécrété, la forme des croûtes et la desquamation. Parfois l'éruption semble être d'emblée vésiculeuse ou pustuleuse; quelquefois elle marche très-irrégulièrement, et l'état papuleux a une longue durée. Les pustules qui n'ont rien de fixe quant à leur nombre, sont parfois étiolées, sans auréole, et la mort devance la fin de la suppuration. D'autres fois les pustules, bien qu'isolées et larges, restent plates et peu remplies: on les a vues contenir un liquide épais et visqueux sans pseudo-membranes. Le gonflement dans la variole anormale est plus hâlif, plus rapide, plus irrégulier; son développement sur

les membres a lieu pendant la période vésieuleuse. Les varioles ii régulières sont dues à des conditions générales de santé, à des maladies antérieures, à certaines cachexies, à des circonstances hygiéniques et épidémiques. Alors elles présentent autant d'aspects différents qu'il y a de variétés dans l'état général du sujet; ou bien elles sont dominées par des maladies concomitantes ou par des complications générales ou locales dont nous parlerons un peu plus loin. Quant à la variola sine variolis de Sydenham, elle prend place parmi les varioles anormales : nous ne faisons que la mentionner, car nous croyons qu'il faut beaucoup de bonne volonté pour admettre cette maladie, si l'on fait de l'éruption le caractère pathognomonique de la varile.

La varioloïde et la varicelle ne sont autre chose que la variole modifiée; elles sont caractérisées par une éruption, le plus souvent pustuleuse, qui ne s'accompagne ni de fièvre secondaire ni de gonflement des extrémités.

Varioles malignes.

Les auteurs ne définissent pas la variole maligne de la même manière. PourTissot, c'est une variole sanglante, hémorrhagique, scorbutique, dans le cours de laquelle se présentent des accidents ataxiques ou adynamiques; pour Mead, la variole maligne est celle qui, s'accompagna ni d'une fièvre maligne, ne s'appuie qu'incompléiement et n'arrive pas à maturité. Suivant la définition de MM.Monneret et Fleury, nous appellerons variole maligne celle dont le caractère grave reconnaît pour cause soit l'intensité de l'éruption et celle des symptômes locaux, sans complication aucune, soit une complication locale ou générale. La gravité consiste surtout dans une altération du sang ou dans un trouble profond de l'innervation.

On a signalé spécialement dans celte variété la forme hémorrliafjiqite, caractérisée par l'éruption de pustules entremêlées de pétéchies et qui se remplissent de sang. Le sang peut être exhalé par

la peau excoriée et sur toutes les surfaces muqueuses. Les symptômes précurseurs sont graves, pénibles, lents à se produire :. forte douleur lombaire, délire, agitation extrême; fièvre intense avec un pouls petit et faible; éruption difficile et longue de vésico-pustules petites et plates, qui deviennent noires, gangreneuses, pleines de sang. L'apparition de taches pourprées est le présage de la mort. A la forme adynumique et typhoïde se rattachent comme collection de symptômes : sécheresse et fuliginosité des dents et de la langue;, soif vive, haleine et sueur fétides, météorisme, diarrhée, pouls petit, soubresauts des tendons , gangrène de différentes parties du corps, etc. Enfin la prédominance des symptômes nerveux constitue la forme ataxique. Borsieri a décrit une variole érysipélateuse grave, dont l'exanthème s'offre sous la forme de larges pustules ou sous celle de petits boutons, et le malade succombe dans le délire et le coma vers le dernier jour de l'éruption ou les deux premiers de la suppuration. La variole morbilleuse (Borsieri), aussi grave que la précédente, en diffère cependant par l'érysipèle qui reste limité à la face. Nous trouvons, dans Y Encyclopédie des sciences médicales, une troisième variété que Sydenham a eu occasion d'observer dans les épidémies de 1670, 1671, 1672. Le corps était chargé de pustules rouges, entre lesquelles s'élevaient des vésicules semblables aux phlyclènes de la brûlure et pleines d'une sérosité limpide. Cette sérosité roulait abondamment lorsque la pellicule qui couvrait les vésicules était rompue, et les parties sous-jacenles paraissaient noires et sphacélées. Le visage devenait noir comme de la suie, et la mort arrivait du quatorzième au dix-septième jour par la complication de la gangrène et de la dysenterie.

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