COMPLICATIONS
Les complications de la variole sont nombreuses; les unes se présentent au début de l'éruption, les autres pendant le cours de la convalescence; toutes modifient plus ou moins la marche de la maladie.
Les inflammations, les contestions ou les hémorrhagies qui ont leur siège dans les organes importants, constituent les principaux accidents dont les diverses périodes de la variole peuvent être compliqués: aussi le médecin ne doit-il pas omettre d'interroger les principales fonctions. Il doit palper avec soin le bas-ventre, ausculter et percuter la poitrine, et moyennant ces précautions, peutêtre sera-t-il assez heureux pour reconnaître à son début et combattre avec succès l'une de ces phlegmasies latentes qui rendent la variole irrégulière, et qui en font souvent tout le danger. Parmi les complications, les unes paraissent purement accidentelles, les autres semblent être sous la dépendance du travail inflammatoire dont !a peau est le siège. Nous allons passer en revue toutes les complications légères ou graves qui viennent d'une manière évidente apporter quelque modification dans les différentes phases de la variole :
1° L'érysipèle peut se développer du douzième au quinzième jour de l'invasion dans les varioles confluentes; la tuméfaction persiste alors au lieu de disparaître. II détermine le développement d'une fièvre que l'on pourrait appeler tertiaire ou de complication, qui entraîne souvent la mort.
2° Les furoncles, les abcès sous- cutanés, les inflammations articulaires, sont assez fréquents dans la dernière période et dans la convalescence. Les suppurations, qui se développent souvent sans être précédées d'aucun symptôme local bien marqué, guérissent presque toujours : on les a considérées comme critiques et de favorable augure.
3° Le phlegmon est une complication plus fâcheuse.
4° On peut observer, surtout pendant la suppuration, des abcès métastatiques et l'appareil formidable des symptômes de l'infection purulente.
5° L'eclhyma, le rupia, le pemphigus, les pétéchies, annoncent un état général fort grave.
6° La gangrène, l'anasarque, sauf l'œdème du poumon, s'observent rarement du côté des muqueuses.
7° La conjonctivite, si ordinaire pendant le cours de la variole, ne doit pas être regardée comme une véritable complication ; mais nous citons comme telle :
8° La kératite, qui survient dans la dernière période, s'accompagnant souvent du ramollissement et mêuie de l'ulcération de la cornée , peut entraîner une hernie de l'iris ou la fonte de l'œil ;
9° L'otite, moins commune, apparaissant à une époque avancée, n'est jamais une complication grave ;
10° La stomatite, le ptyalisme, l'angine gutturale, les abcès des amygdales, les vomissements, la diarrhée, ne peu veut passer pour complication qu'autant que ces affections sont intenses et de longue durée;
11° L'une des complications les plus communes est l'inflammation de: la membrane muqueuse digestive, surtout dans sa dernière moitié. Les formes dysentériques et chroniques, plus fréquentes dans la variole que dans les autres fièvres éruptives, sont graves par elles-mêmes;
12° La laryngite, le croup, la bronchite, la pleurésie, la péricardite, la miliaire, sont très-rares ;
13 e La pneumonie, qui complique si souvent la variole, se montre quelquefois franche, c'est-à-dire avec tout le cortège des symptômes ordinaire; d'autres fois elle est latente, et il n'y a plus que la inalité et l'absence du bruit respiratoire qui puissent faire reconnaître la phlegmasie;
14° Des hémorrhagies peuvent avoir lieu par diverses voies, et le sang se faire jour par toutes les surfaces du corps dépouillées d'épidermes ;
15° La rougeole et la scarlatine peuvent être causes de complications; mais il est rare que deux fièvres éruptives suivent en même temps leur développement; ordinairement, quand l'une survient l'autre reste stalionnaire jusqu'à ce que la seconde soit terminée. Si ces deux affections se développent en même temps, les symptômes
propres à ces affections ne sont pas toujours distincts, et ils se suppléent l'un l'autre.
Il est d'observation que la variole aggrave les maladies dont elle se complique habituellement ; mais, en revanche, il peut arriver, fort rarement il est vrai, que sa présence suspende ou fosse disparaître quelque maladie rebelle et modifie avantageusement certaines constitutions par la forte révulsion qui s'établit à la peau.
M. Andral, dans sa Clinique, t. III, cite l'exemple curieux d'une pneumonie fort grave qu'une variole fit disparaître. On rapporte également que des névroses, comme la chorée, la coqueluche, l'hystérie, etc., ont été guéries, ou du moins sensiblement améliorées par cette maladie. Rilliet et Barthez pensent que la variole guérit la phthisie, se fondant sur ce qu'ils ont fréquemment trouvé des tubercules à l'état crétacé chez des sujets emportés par la petite vérole. MM. Blache, Guersanl et Baron, expriment une opinion contraire et croient même que les fièvres éruptives augmentent la prédisposition tubercleuse.
ANATOM1E PATHOLOGIQUE.
Si l'on examine avec soin l'épiderme, lors de la période vésiculaire, on voit que, tout en conservant son épaisseur normale, il s'est ramolli d'une manière très- notable -, il s'est séparé du derme, et un liquide d'abord transparent, formé dansses couches profondes, vient lui faire faire à l'extérieur celte saillie qui constitue la vésicule; la vésicule formée ne tarde pas à s'ombiliquer à la dépression centrale et due à la présence d'un filament qui, partant du derme, s'étend jusqu'à l'épiderme. Quelle est la nature de cette bride celluleuse? Pour les uns, c'est une papille du derme, dont le développement exagéré provient de l'inflammation; pour d'autres, c'est un follicule pileux; pour d'autres enfin, c'est le conduit excréteur d'une glande sébacée. Cette dernière opinion est la seule admise mainle-
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nant, et les travaux de Cotugno et de Petzoldt, l'ont fait prévaloir. Plus tard, et au moment où la vésicule va passer à l'état de pustule, le liquide qui y était contenu change de couleur et de nature, la suppuration s'établit, détruit le conduit excréteur, et l'ombilieation disparaît; c'est vers cette même époque qu'a lieu de la manière suivante la formation du disque membraneux. Le corps papillaire enflammé devient le siège d'une sécrétion pseudomembraneuse ; la pseudo-membrane, d'abord blanche peu résistante, revêt bientôt l'aspect d'un disque, ou mieux, d'un cône peu adhérent au derme, mais étroitement uni à l'épiderme. Le disque, dans un grand nombre de pustules, est annulaire; sou épaisseur est de 1 à 2 millimètres; sa partie centrale est déprimée et correspond à la partie ombiliquée de la pustule; son bord externe, plus saillant que l'interne, est comme enchâssé dans ce corps papillaire. Suivant Rilliet et Barthez, la sécrétion pseudo-membraneuse se ferait par points isolés , qui se rapprochent, se réunissent et viennent former le disque. Au-dessous du disque et sur le point du derme correspondant aux pustules, nous trouvons une saillie du corps papillaire, une injection plus ou moins forte des vaisseaux, des érosions et des dépressions. Dans certaines pustules ombiliquées, MM. Petzoldt et Rayer ont découvert de petits orifices qu'ils regardent comme les conduits excréteurs des glandes. M. Geadrin prétend avoir trouvé dans le derme un tubercule à structure aréolaire et rempli d'un liquide visqueux et transparent.
MM. Gluge et Gruby ont, à l'aide du microscope, étudié avec beaucoup de soin les boutons varioliques, et publié à ce sujet des travaux remarquables sur les altérations épilhéliales dans la variole(Aubry). M. Kuss, de Strasbourg (mémoire à l'Académie de Médecine), professe des idées nouvelles; il croit que les matières puriformeà qui distendent les couches cornées de l'épiderme ne résultent pas d'une sécrétion du derme, mais qu'elles sont dues à une métamorphose de la couche humide de l'épiderme, en particulier du corps muqueux
de Malpighi. Suivant M. Gendrin la peau des varioleux se putréfie très-vite et les vaisseaux capillaires sont excessivement perméables. MM. Trousseau, Tanchon , Bigot, ont signalé la coloration rouge der; vaisseaux veineux et artériels, et l'épaississement des parois que M. Rayer regarde comme provenant d'une altération cadavérique. Le sang que l'on trouve dans le cœur et les vaisseaux est noirâtre, peu consistant et rarement pris ou caillot. Quant à la rate, elle est gorgée de sang et augmentée de volume; il en est de même du foie. On rencontre fréquemment des pustules sur les muqueuses oculaire, buccale, nasale, œsophagienne, sur celles du larynx, delà trachée, de la verge et de la vulve. Colugno et Ouvrard affirment en avoir trouvé dans l'estomac, l'intestin grêle et le gros intestin. M. Gosselin a vu des petits foyers purulents dans la glande séminale (Bulletin général de thérapeutique , mai 1849).
Si la variole n'a pas été compliquée de phlegmasie, on ne trouve pas d'augmentation de fibrine dans le sang tiré de la veine, mais la couenne est molle et comme gélatineuse lorsqu'elle vient à se former.
Le cœur est flasque, ramolli; le chiffre des globules du sang est normal, excepté dans la variole hémorrhagique où leur diminution a été constatée (Andral et Gavarret).