V.e Observation
Nous avions à l’hôpital , un homme d’un âge moyen , affecté de dégoûtans symptômes vénériens externes. 11 portait un bubon ouvert dans l’aîne droite, un ulcère sur le gland , deux poireaux au fondement, un autre ulcère à la gorge , des rbagades à la paume des mains , et un grand nombre de pustules dispersées çà et là sur tout le corps. On ne pouvait découvrir d’une manière certaine , ni la première époque de ces maux , ni les espèces de médications précédemment employées ; rien enfin qui pût éclairer dans la direction d’un nouveau traitement. On apprit seulement qu’il avait été soigné par une personne de l’art, sans savoir comment.
Ce fut par l’OriUM que l’on commença ; ce cas me paraissant très-propre à éclairer sur la valeur de ce remède. La vigueur et la docilité du malade , la multiplicité des désordres morbifiques, la facilité qu’on a dans les hôpitaux de faire toutes les tentatives médicalespossibles.
pourvu qu’elles s accordent avec la raison ef l'expérience : tout en lin rendait ce cas extrêmement précieux. On commença donc ce traitement par deux grains d’OpiUM , deux fois ie jour , accompagné d'une boisson abondante de décoction de roseau de montagne. On fit faire fréquemment dans le jour , par le malade luimême , des ablutions opiatiques, au moyen de linges trempés dans une solution d Opium , à la dose d’un demi-denier environ , sur une livre d’eau commune , sur toutes les parties extérieures où il y avait des ulcères , des poireaux et des pustules. Cette quantité de solution finie , on lui en donnait de nouvelle, afin qu’il pût continuer lesdites ablutions, pour ainsi-dire $ avec indiscrétion et selon son. caprice , ou suivant qu’il éprouverait aux parties maLades , plus de douleur et de chaleur.
Ces moyens rendirent le sommeil au malade. Les cavités des ulcères paraissaient graduellement fournir une matière moins abondante et plus louable ; les chairs du fond devenaient plus belles. Le ventre était tantôt libre , tantôt resserré. Les urines furent toujours abondantes. La transpiration était douce, l’esprit tranquille , l’appétit passable.
On continua le même traitement pendant un mois, en augmentant la dose de I’Opium tout au plus de quelques grains par jour , suivant que l’exigeait l’habitude du remède ; et
au bout de ce terme, il se trouva que le malade en avait employé cent cinquante grains à l’intérieur, et trois cent soixante à l’extérieur.
On ne pouvait pas se dissimuler qu’il n’allât mieux. Néanmoins on continua encore la même méthode pendant un mois, sans y rien changer. L’état du malade marchant à peu près sur le même pied que dans le premier mois , nous arrivâmes à la lin du second ; et alors nous trouvâmes presque tous les ulcères cicatrisés , les excroissances affaissées , les pustules dissipées. Je jugeai donc à propos de suspendre tout traitement , soit pour ne pas dépasser certaines limites, soit pour m’assurer si la maladie ne renaîtrait pas. Ainsi je gardai le malade à l’hôpital dans une abstinence absolue de remèdes, et seulementà l'usage d’un bon régime. Les ulcères qui n’élaient pas fermés, tel que celui du bubon qui fut le plus opiniâtre , se cicatrisèrent peu de jours après ; les poireaux qui restaient , rapetissés et desséchés , furent facilement enlevés avec l’instrument tranchant , et ne repoussèrent plus. Cet homme enlin sortit de l’hôpital très-bien guéri.