Ibid., p. C
lions, au passage de Descartes que je viens de citer ; encore ne sais-je pas bien si, dans l'expression de certains chagrins, ce serait une méprise que de porter sa main sur son iront; et même ne suis -je pas bien sûr que dans un effort, un effort heureux de génie, on ne ressente pas quelque émotion, quelque trouble , du côté du cœur. « L'invention « dépend de la patience, disait Buffon : il faut voir, « regarder longtemps son sujet; alors il se déroule « et se développe peu à peu ; vous sentez comme « un petit coup d'électricité qui vous frappe la tète « et en même temps vous saisit le cœur ; voilà le « moment du génie! »
Mais il est temps d'examiner un peu plus à fond toute cette question si délicate, et jusqu'ici restée si obscure, du siège et de Vaclion des passions.
Le cerveau', ou, plus exactement, Vâme, l'esprit de l'homme, qui réside uniquement et exclusivement dans le cerveau, a trois grands pouvoirs : la raison^ la volonté et YimagiJiation.
Je ne parlerai point ici de la raison , principe supérieur et duquel les deux autres émanent, mais dont je n'ai pas besoin dans la discussion pré-
1. Le cerveau proprement dit [lobes ou hémisphères cérébraux) , seule partie de l'encéphale qui soit le siège de l'intelligence. Voyez la première partie de ce livre.
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sente; je me borne à la volonté et à l'imagination.
Eh bien ! chacun de ces deux principes, chacun de ces deux pouvoirs a son domaine distinct, son domaine propre, et sur lequel il exerce plus spécialement son empire : la volonté sur la yie animale, et VimnginaiAon sur la vie organique.
Mon cerveau veut, ou, plus exactemenl, je veux par mon cerveau, et mon bras se meut, mes jambes s'agitent, mon corps tout entier change de place : en conclurai-je que le siège de la volonté est dans mon bras, dans mes jambes ou dans mon corps?
Pareillement, mon cerveau, ou, plus exactement, mon imar/ination, qui réside dans mon cerveau, est troublée par un événement pénible, par une nouvelle fâcheuse, et tout aussitôt mon cœur bat, ma digestion s'arrête : en dois-je conclure que le siège de \ imagination est dans le cœur ou dans l'estomac ?
Assurément non ; et ce serait trop raisonner comme Van Hehnont, qui plaçait l'âme dans l'estomac, parce que, disait-il, « dès qu'on reçoit une « mauvaise nouvelle on perd l'appétit '. »
\. «Il est constant que lame réside là où ses premières con- « ceptions se forment et où on sent ses premiers mouvements : « or est-il que c'est vers l'orifice supérieur de l'estomac qu'on « sent les premières agitations et impétuosités de l'àme;... car,
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Mais ce n'est pas tout : de même qu'il y a dans mon cerveau deux pouvoirs, deux forces, deux principes innés, Y imagination et la volonté; de même que chacun de ces deux principes a son domaine limité et circonscrit, la volonté dans la vie animale, et Vimar/ination dans la vie organique; de môme aussi il y a deux systèmes nerveux spéciaux, distincts, et chacun de ces deux systèmes est soumis exclusivement à chacun de ces deux pouvoirs, le système nerveux cérébro-spinal à \Rvo/o?Ué, et le système nerveux grand sympathique hV imagination.
On est étonné, que dis-je, étonné? on est confondu de voir un homme d'un esprit aussi judicieux que Bichat placer la peur dans l'estomac, la colère dans le foie, la bonté dans le cœur ', dans le cœur qui n'est quun muscle ! la joie dans les entrailles *, etc., etc.
Cependant il ne faudrait pas toujours s'en rap-
« si on reçoit quelque affligeante nouYelle^ on se sont à l'instant « oppressé i.t comme fraj'pé d'un coup de massue eu cet endroit, « en sorte que, quand ou serait prêt à se luettre à table avec un « grand appétit , on perd d'al'ord l'envie de boire et de manger, « ce qui montre évidemment que la nouvelle tombe directement
« au lieu où loge l'appétit, (jui est l'estomac » {Œuvres
de Van Hel/nonf, traduites par J. Le Conte, p. 223. )