‹ De la vie et de l'intelligenceChapitre 69 sur 229 · Page · texte numérisé non relu

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Je passe à ce qui regarde Vhabitude. Il en est d'elle comme du sommeil : les effets en sont plus sensibles sur la vie animale, sans contredit. Ces mêmes effets sont pourtant très-marqués encore sur l'appareil digestif : la faim se tait ou se réveille à des heures déterminées par l'habitude; et ce qu'un regard superficiel nous découvre dans l'appareil digestif, un regard plus attentif nous le ferait découvrir, on nen peut douter, dans la respiration, dans la circulation, dans les sécrétions. Bichat a beau nous assurer du contraire '. Tout, dans le corps vivant, est soumis à l'habitude ; et il n'est aucune fonction , pour si organique ou si peu animale qu'on la suppose, celle même des sécrétions, qui ne se laisse modifier par elle et soumettre à des alternatives de calme et de stimulatiun plus ou moins réglées.

Je m'arrête un moment à deux articles où l'esprit ingénieux et fertile de Bichat trouve l'occasion de jeter, et, si je puis ainsi dire, d'improviser, en passant, deux de ses théories : la première relative au siège des passions, que Bichat place dans la vie organique, et la seconde à \ harmonie des fonctions

1. « La circulation, la respiration, l'exhalation, l'absorption, « la nutrition, les sécrétions ne sont jamais modifiées par l'ha- « bitude. » Pai:e 56.

de la vie animale, harmonie qu'il fait dépendre de l'égalité parfaite de leurs organes.

oc Tout ce qui est relatif aux passions appartient « à la \ie organique, dit Bichat'. Ce sont les sens « qui reçoivent l'impression, et le cerveau qui la « perçoit... Au contraire, il n'est jamais affecté dans « les passions; les organes de la vie interne en sont « le siège unique ^. »

Point du tout : le siège unique des passions est le cerveau. C'est du cerveau que part la passion, et c'est sur les viscères qu'elle porte son effet. Descartes avait déjà fait cette distinction.

« Bien que les esprits, dit Descartes, qui ébran- « lent les muscles viennent du cerveau, il faut « cependant assigner pour place aux passions l;i « partie qui en est le plus altérée ; c'est pourquoi « je dirais : le principal siège des passions, en tant a qu'elles regardent le corps, est dans le cœur, « parce que c'est le cœur qui en est le plus altéré ; « mais leur place est dans le cerveau , en tant « qu'elles affectent l'âme, parce que l'âme ne peut « souffrir immédiatement que par lui ^ »

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