Tuuie II, \\ 321 de mon édition
« la matière actuelle du corps vivant n'y sera bien- « lot plus, et cependant elle est dépositaire de la « force qui contraindra la matière future à marcher « dans le même sens qu'elle. Ainsi la forme de ces « corps leur est plus essentielle que leur matière « puisque celle-ci change sans cesse , tandis que « l'autre se conserve ' . »
Je remarque cette belle expression : la matière dépositaire de la force; et j'y reviendrai bientôt. 3Iaintenant suivons l'idée.
On connaît les expériences de Bonnet et de Spallanzani sur la reproduction des pattes de la Salamandre.
J'ai souvent répété ces expériences, et cela, sous ce point de ^ue surtout qui est admirable, la rf.puo- DUCTiON de la forme des parties anciennes par la forme des parties nouvelles.
Je coupe la patte d'une Salamandre; et cette patte se reproduit.
Cependant ce n'est pas une chos3 simple que la patte d'une Salamandre. Cette patte se compose d'un carpe, compose lui-même de sept os, d'un métacarpe composé de quatre os; de quatre doigts composés, chacun de deux et même de trois
1. H'i^iport Idstorique sur les proi/rès des sciences naturelles, p. 200.
phalanges, en tout vingt os'; et si je coupe le membre entier, c'est trois os, et trois grands os de de plus, qu'il faut ajouter, un pour le bras, et deux pour l'avant-bras. Eh bien , chacun de ces os , de ces vingt-trois os, a sa forme propre; l'un est rond, l'autre long; celui-ci a une tête, une face articulaire, des saillies, des trous, etc., d'une façon , et celuilà a tout cela d'une autre ; et Xa force qui les reproduit ne s'y trompe pas; elle reproduit le radius aA ec sa forme de radius, le fémur avec sa forme de fémur , chaque os du carpe a^ec sa forme particulière, etc., etc.; et il en est de même de \dipeau , des muscles, des vais!^eaux,{iie?> nerfs, etc.; car toutes ces parties se reproduisent, et chacune avec sa forme première de peau, de nerf, de muscle, de chaque ner/, de chaque muscle, etc., etc.
Trembley coupe un polype par morceaux, et chaque morceau redonne un polype entier. Bonnet coupe unenaïde par morceaux, et chaque morceau redonne une naide entière. Et ces nouveaux polypes ont tous la forme du premier polype, et ces nouvelles naïdes ont toutes la forme de la première naide.
l. Je suppose ici que c'est une patte de devaul niie j'ai coupée, la patte de derrière a un os de plus au mélar'jrijf, et uu dui(jt de l'ius.
Il y a donc des forces qui reproduisent les parties coupées , et qui les reproduisent avec leur forme. Les forces reproductrices sont donc non-seulement des iovce^ plastiques , comme les appelaient* les anciens; ce sont des forces morpho-plastiques.
Dans mes expériences sur les os ', j'ai vu des os entiers périr et se reproduire.
Je détruis le périoste interne- d'un os. Cet os meurt; maXsXe périoste externe, qui n'a point été lésé, survit, et me redonne bientôt tout un os nouveau, et tout semblable à celui qui était d'abord.
J'ai vu se reproduire ainsi tout un radius , tout un tibia, et ce radius et ce tibia nouveaux étaient absolument semblables au radius et au tibia anciens.
Toute une chirurgie nouvelle peut naître de ces expériences physiologiques. Que d'amputations , que de mutilations pourront être prévenues ! Toutes les fois qu'une portion d'os est cariée, ôtez cette portion d'os en conservant le périoste : le périoste conservé rendra la portion d'os enlevée. Toutes les fois qu'un os sera carié , otez cet os tout entier, en conservant le périoste : le périoste conservé rendra l'os.