‹ De la vie et de l'intteligenceChapitre 75 sur 163 · Un raphé général constitue un plan réel de séparation · texte numérisé non relu

Un raphé général constitue un plan réel de séparation

en deux moitiés latérales parfaitement semblables; celui-là surtout les savait bien qui a écrit le livre : De VHomme droit et de l'Homme gauche, — De homine dextro et sinistro.

Mais, tout est-il irrègulier dans la vie organique, comme le dit Bichat? ou plutôt, et malgré tout ce qu'il peut dire, les reins, les poumons, les organes sécréteurs du lait, ceux de la salive ^ des larmes , Vappareil générateur, tous ces organes ne sont-ils pas exactement et manifestement symétriques ?

Comment Bichat peut-il dir.e que le cœur « n'offre a aucune trace de symétrie* ?» Le cœur se compose de deux cœurs : le cœur droit et le cœur gauche, et chaque cœur de deux cavités , une oreillette et un

« entre les deux côtés du corps On trouve entre les deux

« cuisses le raphë proprement dit.,. Hippocrate connaissait la « ligne médiane de la langue; la mâchoire inférieure reste longce temps divisée vers le menton;... le palais a sa ligne depuis les « deux incisives supérieures jusqu'à l'extrémité de la luette : les « maxillaires sont unis dans la même ligne; les narines y ont « leur cloison; le nez n'est que Tunion latérale de deux tuyaux « ou des deux narines adossées;... le front reste longtemps « divisé; tout le monde connaît la suture sagittale, ainsi que la « faux, le corps calleux;... la moelle allongée et la moelle épi- « nière ont leur corps calleux... » (Bordeu, Recherches sur le tissu muqtAeux, p. 753 et 754, édition des Œuvres de Bordeu, par Richerand). « On a considéré le corps vivant comme étant formé « de deux moitiés égales et symétriques, adossées, et, pour ainsi « parler, collées vers son axe... » (Ibid., p. 801.) 1. Page 13.

ventricide. Ce qui fait la différence de la symétrie du cœur par rapport à celle des poumons ou des mm, c'est qu'il est symétrique en lui-même^ c'est-à-dire complet, et que ses deux moitiés sont réunies ensemble.

« Il y a des os, dit Winslow, qui seuls sont symé- « triques, c'esl-à-dire qui ont une certaine récipro- « cité de côté et d*autre... Ces os sont impairs et « placés dans le milieu qui distingue la partie droite c< du corps de la partie gauche. Tous les autres os, «pris séparément, n'ont point de symétrie; mais « chacun d'eux, pris avec celui qui lui répond de a l'autre côté, fait une figure régulière : ces os sont « pairs et placés à droite et à gauche * . »

Ce que Winslow dit des os, il faut le dire de tous les autres organes, et particulièrement du cœur. .

J'examine donc le cœur sous ce nouveau point de vue, et je ne me borne plus à une seule espèce, à Vhomme, comme Ta fait Bichat : j'étudie le règne animal entier.

Or, à consulter ainsi le règne animal entier, je trouve tantôt un seul cœur, tantôt deux, tantôt trois ou un plus grand nombre^ et, pour chacun de pes cas, voici la règle.

1. Exposition anatomique de la structure du corps humain (du squelette et des os en général).

Toutes les fois que les divers cœurs sont réunis en une seule masse, cette niasse est placée sur la ligne médiane. Dans Thomme, dans les mammifères, dans les oiseaux, où les deux cœurs ne sont séparés que par une cloison commune, le cœur est placé sur la ligne médiane.

Toutes les fois qu'il n'y a qu'un seul cœur, il occupe la même place, il est situé sur la même ligne que lorsqu'il y en a deux réunis en im.

Le cœur unique des poissons est placé sur la ligne médiane.

Dans les mollusques céphalopodes, il y a deux cœurs pulmonaires, séparés, distants l'un de l'autre, et ils sont latéraux; il n'y a qu'un cœur aortique, et il est médian.

Dans les insectes enfin, où il n'y a plus, pour dernier vestige de cœur, que le vaisseau dorsal^ ce vestige de cœur, ce vaisseau dorsal est toujours

placé sur la ligne médiane.

Du cœur je passe au foie, et je consulte toujours le règne animal entier.

Le foie est symétrique dans les oiseaux, et s'y compose de deux moitiés latérales.

Il est symétrique dans le crocodile; il l'est à peu de chose près, dans les mollusques céphalopodes, etc."

148 fiUFPON.

La rate ellô-même n'échappe pas entièrement à ia symétrie, car elle «si placée sur la ligne médiane dans l«s oiseaux; elle est multiple dans le marsouin, etc.

Le pancréas est multiple dans les poissons.

Le canoi digestif est placé sur la ligne médiane, dans la lamproie *.

Ainsi donc, à considérer le règne animal entier, c'est-à-dire à considérer l'ensemble des espèces pour chaque organe^ la symétrie forme, même pour les organes de la vie organique, la loi générale *.

Virrégularité des organes de la vie organique n'est donc pas un caractère rigoureux, absolu, qui touche à Vessence, qui décide seul de la nature ' et des fonctions d'un organe; et j'en dis autant de tous les autres caractères donnés par Bichat, sans excepter même le plus important de tous, celui de V intermittence d'action dans la vie animale et de la continuité d'action dans la vie organique; car enfin

1. Où n'étant pas plus long que le corps, il n'est pas contraint de se replier et de se contourner sur lui-même.

2. Voyez, sur toute cette question de la symétrie des organes vitaux^ mes Mémoires d*anatomie et de physiologie comparées. Paris, 1844.

3. J'indiquerai, dans un autre chapitre , à propos des forces vitales, les caractères qui touchent à Vessence et décident de la nature des organes.

BUFFON. \m

la digestion est une fonction de la vie organique, et cependant la dig$stion n'eM pas continue : elïe ne s*opère que par actions alternativement reprises et suspendues.

Bichat fait du sommeil, et avec beaucoup de raison, un caractère de la vie animale. « Le sommeil «dérive, dit-il, de cette loi do la vie animale (( qui enchaîne constamment dans ses fonctions « des temps d'intermittence aux périodes d'ac- «tivité, loi qui la distingue d'une manière spé- « ciale d'avec la vie organique : aussi le sommeil c< n'a-t-il jamais sur celle-ci qu'une influence indice recte, tandis qu'il porte tout entier sur la prec( mière ^ »

Ainsi donc, la vie animale est la seule qui se repose, qui dorme, et la vie organique n'a ni repos ni intermittence. Cela est-il bien sûr?

Sans doute, si l'on entend par sommeil^ interruption complète, le cœur et les poumons ne dorment jamais ; et cependant n'y a-t-il pas une respiration et une circulation àe sommeil, comme une respiration et une circulation de veilM Durant le sommeil, la respiration est plus haute, les inspirations sont moins fréquentes, la circulation plus lente, le pouls plus faible et plus adouci, etc., etc.

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