DE LA SCIENCE, E(E L'ART
rite étant une, infinie, absolue, votre prétendue raison, qui n*est que le multiple, le relatif et le fini, est Tinverse de la vérité? Comprendrez-vous que cette forme, parce qu'elle est une forme, c'est-à-dire une borne, est Topposé du mouvement, du progrès de la vie, qui constitue Tesprit humain 'par l'amour? Comprendrez-vous que Faction même de l'esprit consiste à nier sans cesse cette forme vide, cadavre intellectuel, dont vous avez voulu faire un Dieu? Comprendrezvous que la Raison vraie^ réelle, impérissable, action du Verbe divin en nous, c'est la négation éternelle, par l'amour, de cette éternelle limitation de l'esprit, de même que l'action de ce Verbe sur la matière de l'univers est une négation continue de toutes les formes qu'elle revêt ? Oh ! c'est que la croix est le seul plan vrai de notre être, sa constitution intime, son organographie spirituelle, comme elle est le plan de la création tout entière et le mode universel de la construction de tous les êtres ^. Sans doute, il faut prier, il faut souffrir, il faut aimer, pour saisir dans leurs profondeurs infinies ces océans de mystères ; mais pour les voir, il ne faut qu'ouvrir les yeux à la vraie lumière. Vivre c'est aimer, comme aimer c'est savoir ; aimez donc et vous vivrez, aimez et vous saurez. Si vous n'avez en vous ni la vie, ni la science de Dieu et de vous-même, c'est que vous n'aimez pas.
Et mon cœur est demeuré saisi de tristesse et d'angoisses, et j'ai compris les misères de ce siècle plein de doutes et d'amertumes. Ils ont banni l'amour du milieu de l'humanité, et le soleil de justice et de vérité s'est éteint ; les ténèbres se sont faites de plus en plus épaisses sur ce
< Voyez les Principes généraux â^une ihéodicée pratique^ page 250 et 251.
monde saisi d'épouvante; de sinistres pressentiments ont agité les foules muettes d'attente, et Thomme s'est assis morne et désolé sur des ruines, attendant les dernières convulsions delà tempête, qui doivent déraciner tout ce qui reste encore debout. Ils ont banni Tamour du sein des sociétés humaines, et les sociétés s'écroulent dans ce gémissement universel, qui est le cri de ce siècle tout entier, visité par tous les fléaux de la colère divine. Us ont banni Tamour : aussi que leur reste-t-il7 La haine, c'est-à-dire la division, la guerre et la mort. Âh ! vous poursuivez à outrance les funestes ministres de cette œuvre de destruction. Aveugles et insensés 1 ce ne sont là que les exécuteurs des hautes œuvres de la philosophie, ce ne sont que les logiciens impitoyables, les dialecticiens conséquents de cette science, qui a semé le vejit et s'étonne aujourd'hui de récolter la tempête. Vous avez divinisé la raison humaine ; la voilà maintenant debout devant vous, qui vous réclame sa part au banquet de la vie. Que lui direz-vous? Vous lui répondrez, nous savons cela, par un appel à la force brutale. Mais ne craignez-vous pas que tôt ou tard vos adversaires aient la force, et qu'ils vous répondent à leur tour par le même argument ? Voilà ce que devient le monde dont on a banni la charité, pour le remplacer par la prétendue science. Allez, vous apprendrez par votre propre expérience ce que vaut cette science, qui vous a conduits à de tels résultats, et ce que c'est que l'amour dont vous avez voulu vous passer. Seigneur 1 Seigneur! s'il faut que la coupe de votre colère déborde sur ce monde perdu, ah 1 faites luire du moins, à l'horizon de l'avenir, l'aurore de l'âge nouveau ! Montrez aux nations que la puissance réelle est dans l'esprit d'amour, et non dans la force. Celleci ne peut jamais qu'arrêter momentanément les effets exté-
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rieurs du mal, et en le refoulant sur lui-même, n^en amène qu'un développement de plus en plus monstrueux. L'esprit^ au contraire^ pénétrant jusqu'au sanctuaire des consciences, y déracine dans leurs dernières fibres les passions subversives de Thomme déchu* Les pouvoirs^ sans doute, ont pour mission d'arrêter du revers de lent glaive la fi>rce brutale, mais c'est pour la flétrir, pour la nier à la face du monde entier^ et pour assurer partout Fessor et le triomphe de la force morale, qui seule constitué les pouvoirs chrétiens comme seule elle édifie les sociétés humaines.
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tiii telHilto «HKluelle iltt IMtoniiAl de I* ii»èleiftee éi k eetul
de rmiievr.
Le caractère dominant de la prétendue science rationnelle, est d'être en opposition directe et formelle avec tous les faits de l'expérience. C'est là ce qui la juge et la condamne, comme son impuissance radicale à guérir aucun des maux de l'humanité Técrase et la flétrit. Elle nie, par exemple^ la chute originelle, aimant mieux laisser sans solution tous les problèmes qui tourmentent le monde, plutôt que d'ac<^ cepter la voix de tous les âges^ la tradition de tous les peu* pies, le cri de la conscience humaine, et «c d'écouter les gémissements de toute créature qui souffre dans les douleurs d'un enfantement universel, et soupire après la délivrante et la rédemption du corps, » selon la parole de TÂpôtre.
Mais comment expliquer Torigine du mal et de la souf* france? Ici, elle s'arrête contrainte^ embarrasi^, stupéfaite^
£T DE LINDtrSTiafi ACTUELS. {81
et aa Heu de rendre hommage k la vérité, en confessani simplement son ignorance, elle imaginera tout, fOt-ce le comble de Tabsurde et le démenti de tous les faits. Ecou^ tez4a« Par un renversement monstrueux de toute raison et de toute logique, elle fait procéder du néant tout ce qui révèle l'Etre infini. Perdu au sein de la création univer* selle, comme la goutte d'eau au milieu de l'Océan, l'homme, dit-elle, était sans conscience de lui-même, sans vie propre, sans personnalité. U n'était qu'une simple manifestation de la vie divine. Gomment? Pourquoi? Nul ne lésait; mais un jour vint où l'homme voulut être soi, vivre d'une vie propre, avoir une individualité, une personnalité distincte. Ce jour4à il dit mot ; ce fut le mot de ce que la tradition nomme sa révolte contre Dieu,* et, en effet, il ne pouvait avoir sa vie propre, sa personnalité distincte qu'en se mettant, pour ainsi dire, en rupture, en opposition avec son Créateur. C'est là ce que la tradition nomme la chute, chute réelle en ce sens que la vie divine et infinie dont il jouissait auparavant, bien que sans en avoir conscience, était un état vraiment paradisiaque, l'âge d'or, Eden d'un bonheur sans mélange, puisque la créature alors vivait noyée, abtmée au sein de Fiufini. Chute véritable à ce point de vue, elle est non moins réellement sous un autre aspect une assomption, un progrès ; disons mieux , elle est le véritable avènement de Thomme, c'est son éclosioUt sâ naissance, car elle marque l'heure oh il prit conscience de lui-même, où il forma un être propre, une personnalité distinete. Cette personnalité, cependant, ne pouvait être conquise sans lutte, sans déchirement, sans douleur, car Thomme, né imparfait et borné, tendait k s'élever progressivement et incessamment k une péWisction de plus en pks haute : c'était le d#rnier
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mot de sa nature et de ses destinées. Ainsi s'explique le mystère de la souffrance, qui n'est que la condition même du développement continu de Thomme, niant par une nouvelle douleur chaque borne qui Tarréte, dans l'essor iadéfini de son progrès incessant vers Dieu ou la perfection suprême, idéal autour duquel il gravitera en s'en rapprochant sans cesse de plus en plus, mais sans jamais pouvoir l'atteindre, parce qu'il est infini. Tel est le dernier mot par lequel la science prétend tout expliquer, la chute et la souffrance.
Beaucoup d'hommes, disons-le, beaucoup de chrétiens même, s'arrêtent comme terrassés devant cet argument, qui leur paraît formidable. Pour nous , il nous semble un peu moins qu'illogique , un peu moins que futile. A cette reine de roman qui s'intitule du nom de science, nous nous garderons bien de demander la preuve de ses assertions. Nous n'ignorons pas qu'il est dans ses habitudes de n'en jamais fournir aucune. Où donc a-t-elle trouvé que l'homme prend conscience de lui-même par la science? A ce compte, les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de l'humanité ne seraient point des hommes, et n'auraient point conscience d'euxmêmes, car cette science, triste privilège de quelques hommes de loisir qui s'isolent de la vie réelle, est un livre scellé pour la presque totalité du genre humain. A ce compte, saint François d'Assise, sainte Thérèse, toutes ces grandes personnalités qui dominent la vie spirituelle du genre humain, n'auraient pas même le droit au titre d'individus. Tranchons le mot, à ce compte, avant la psychologie du moi il n'existait pas d'hommes, pendant six mille ans, nous ne savions pas même que nous étions, et sans je ne sais quel professeur iloctrinaire nous ne le saurions pas
encore. Cet argument, on le voit, brille par Tabsurde beaucoup plus que par le bon sens. Âh I savez-vous comment l'homme prend conscience de lui-même? Par Taraour. C'est par Tamour qu'ayant à la fois conscience de lui-même qui aime, de Dieu et de ses frères qu'il aime, il se trouve ainsi en communion avec Dieu et les créatures. Vous le voyez, c'est précisément l'inverse de votre assertion : l'homme ne peut avoir conscience de lui-même qu'en ayant par-là même conscience de Dieu et des créatures, de sorte que l'acte par lequel il prend possession de soi, loin de l'établir en révolte ouverte, en rupture avec Dieu, est au contraire le même acte par lequel il a le sentiment de Dieu et entre en communion avec lui. Gomment, en effet, pourrait-il eu être autrement? Gomment la bonfl^ et la sagesse divines eussent-elles voulu que l'homme ne pût prendre conscience de lui-même qu'en se séparant de Celui qui est le principe même de l'être et de la personnalité? C'est à la fois un blasphème et un renversement de toute raison et de toute logique. C'est dire, en termes plus clairs, que l'enfant ne peut devenir homme qu'en reniant son père. Sacrilège de la pensée humaine qui ne sait rien expliquer que par la division et la haine! Non, nous l'avons prouvé, l'homme ne s'affirme qu'en affirmant en même temps Dieu et toutes les créatures; l'homme ne prend possession de soi-même que par l'amour : « J'aime Dieu et Thumanité, donc je suis, » voilà le cri de sa conscience et de sa nature vraies. Ainsi, c'est en renversant l'assertion philosophique, et en en prenant précisément le contre-pied, qu'on est dans la vérité. L'homme ne prend conscience de soi-même qu'en prenant en même temps conscience de Dieu, son principe, sa vie et sa fin, en s'unissanty en communiant à lui par l'amour, et non en s'en sépa-
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rflnt« Voilh ce que démontrent la raison et les faiiR, la foi de tous les peuples et la conscience de chaque homme^ la tra* dition universelle et le sens intime.
Mais parce qu'il y a un double amour, parce que Thomme est un composé de deux natures, il y a aussi une double coU'* science de soi-même. L'amour de soi^ qui n*est qu'une déviation , un renversement du véritable amour, lui donne la conscience de sa misère, de son néant, de son rapport avec la nature visible. L'amour de Dieu et de ses frères lui donne la conscience de sa,vie réelle^ de son développement vrai au sein de rinfini, à travers les manifestations de cet amour divin lui-même. C'est par l'amour de soi et non par la science que l'homme prit conscience de son moi soli* taire, et par conséquent qu'il tomba du trône sur lequel Dieu l'avait placé. Sa lutte incessante, pour reconquérir son empire sur lui-même et sur la création, n'est qu'un reten* tissementde son état originel, un effort du véritable amour et de la conscience réelle au sein de l'infini, conscience qui jamais n'a été complètement éteinte , et qui est demeurée en germe, comme le point de départ de la régénération par le Médiateur.
Abordons maintenant la seconde partie de l'assertion. D'abord, si l'homme est un être imparfait, qui s'élève pro* gressivement à une perfection de plus en plus haute, eu vertu de quoi s'y élève- t-il? En vertu de sa nature ? Mais la na* ture d'un être est ce qu'elle est, jamais plus, jamais moins. Placez^a à l'échelon de perfection qu'il vous plaira, peu importe 1 elle y restera^ car elle ne peut pas être autre que ce qu'elle est. Mais si, en prenant conscience d'elle-même, elle prend en même temps conscience de Dieu, qui est la perfection absolue, alors elle a toujours devant elle un idéal
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qui la ^oul^ye ^t la transporte de plus en plus baut* ua mor bile consta&i de boq egsor, un principe continn de aoa ascension. Ainsi Tamour» qui lui donne eonscience d'elie^* même, de Dieu et des créatttreSf est aussi le moteur unique de son perfectionnement incessant, tandis que la acience et la séparation de Dieu le fixent au contraire dans les convuU siens d'une déchéance, d'une dégradation toujours croissantes. Si Thomme marchait toujours à Taccomplissemeut de ses destinées et à l'acquisition de l'infini par l'amour» s'il n'était qu'un être imparfait et non déchu, dévié de ses véritables voies, le mal et la douleur n'existeraient pas, ne sauraient exister. Du plus au moins parfait il y a des degrés seulement, du plus ou du moins, mais il n'y a nullement con*- U*adiction, opposition, et partant souffrance. Mais entre le oui et le non, entre le martyr qui donne tout son sang pour l'humanité et Tassassin qui le verse, entre le saint qui adore Dieu et l'athée qui le nie, entre l'apétre qui prêche et réa** Use le mépris et le sacrifice de soi-même et le théoricien pratique de l'égoîsme absolu, entre la virginité et les orgies de la débauche, entre la piété et le sacrilège, entre l'amour et la haine, il n'y a pas seulement degrés du plus au moins^ DQais opposition, antagonisme, contradiction directe et for* melle. Si l'un est le bien, l'autre est le mal; si l'un est la vérité, l'autre est l'erreur ; si l'un est la justice, l'autre est l'iniquité. Il n'y a pas à biaiser, à chercher des subterfuges ou des mots ; entre oui et non , il faut choisir ; pour ou contre, pas de milieu» Yoilà précisément pourquoi l'homme est li^ bre'; autrement il ne le serait pas. Soyez donc enfin conséquents : si l'on vous vole, vous insulte, vous calomnie ou vous tue, si Ton déshonore votre fille, votre épouse, votre mère, restez impassibles et sereins. Sans doute le vol est
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une perfection moins haute que la générosité qui abandonne tout ce qu'elle a , Toutrage et la calomnie une perfection moins haute que le respect et la vérité, le vice, l'adultère et Tinceste une perfection moins haute que la continence, la chasteté et la virginité, l'assassinat une perfection moins haute que le martyre ; mais enfin du plus au moins ce n'est qu'une affaire de degrés, et Néron est au fond au même rang que saint Louis; le dernier des monstres et des scélérats au même rang que le premier des saints et des bienfaiteurs de Thumanité, à quelques degrés près, tout au plus; Yoilà toute votre théorie : voilà ses horribles conséquences. Maintenant jugez Tarbre à ses fruits. La souffrance et le mal c'est la di^ vision ; or dans votre chaîne continue du moins au plus parfait, chaque anneau se liant naturellement et nécessairement à celui qui le précède comme à celui qui le suit, la division, la rupture, et partant la souffrance ne peuvent exister. Bien plus, chaque anneau en soi est parfait, et le mal, qui ne se trouve nulle part de Tun à l'autre anneau, n'est nulle part aussi dans chacun, pris en particulier. Nous vous le demandons, est-ce là la réalité? Est-il un seul fait dans toute l'histoire de l'humanité, dans tout ce qui nous entoure, qui ne donne à ce roman philosophique le plus éclatant démenti? Quoi de plus contraire à Texpérieuce comme au bon sens, à la logique comme aux faits, à tous les besoins pratiques de l'humanité comme à toute son histoire? On dirait vraiment que vous avez voulu prendre en tout l'antithèse de la vérité, et que c'est un pari contre la raison que vous poursuivez au nom de la raison.
ET DE LINDUSTREE ACniELS. i37
I<« «etonee efKftfttnt ioate dUitinetton entre le bien
eé le wami.
Ce n*est pas là tout L'acte d'accusation le plus terrible qu'on puisse dresser contre votre science, ce qui, malgré vous, la cloue pour jamais au pilori de l'histoire et la voue au mépris et à Tanathème des générations futures, c'est qu'elle détruit jusque dans sa source toute notion du bien et du mal, anéantit dans l'homme toute vie spirituelle et morale, et dissout, avec tous les liens du cœur et de la famille, la société de Dieu à l'homme et des hommes entre eux.
Ce n'est pas seulement par sa théorie de l'homme imparfait à son origine, et se perfectionnant sans cesse, que la science détruit toute distinction entre le bien et le mal, la vérité et Terreur, le vice et la vertu. Cette théorie, ne pouvant reconnaître que des degrés du plus au moins entre le crime le plus épouvantable et la plus sublime sainteté, fait évidemment disparaître ce qui distingue le bien du mal, la vérité de Terreur, la justice de Tiniquité, niant ainsi leur antagonisme flagrant, leur opposition radicale. Mais ce que cette ^léorie ne fait que d'une manière incidente et incomplète , votre prétendue science le fait d'une manière complète et directe. Quel est en effet, selon vous, le rôle de la science pure ? Il se résume en un mot « constater ce qui est. » Or, Tibère est au même titre que saint Vincent de Paul, Judas au même titre que le Christ, Tassassin et Tincestueux au même titre que le martyr et la vierge. Aussi qu'a-t-on fait? Pressé par
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la force inexorable de la logique, on a proclamé hautement que le succès justifie tout, que le seul crime est de ne pas réussir, et que rien n'est légitime comme un fait. Or, tous les crimes, toutes les monstruosités de la perversité humaine sont des faits. Sous le nom d'éqlectisme et de philosophie de rhistoire on a syncrétisé, disons mieux, on a identifié tous les ordres de faits, erreurs ou vérités, crimes ou vertus, et les prenant tous comme légitimes, par cela seuls qu'ils sont, on a fait de ce pandémonium, où tout efit eonfondu, U morale de Thistoire. Fétichisme, idolâtrie, paganisme» ma'térialisme, panthéisme, athéisme, tout a été légitimé, justi^ fié, glorifié I tout, dit-on, a servi au développement de Thumanité, depuis l'anthropophagie jusqu'au scepticisme, depuis l'esclavage jusqu'au paupérisme, depuis les hécatombes de sang humain de l'antiquité jusqu'aux orgies de^a Régence et aux saturnales de la Révolution. Ames candides, qui croyez encore à la morale, ne cherchez plus où est le bien, où est le mal? Caligula a plus servi peut-être au progrès et au bonheur de l'humanité que saint Louis; et les Lacénaires, si le succès les couronne, sont les vrais saints de Thumanité. Bien plus^ on a déifié le maU ce n'est plus l'homme, c'est Dieu luit même qui le commet. Demandez^ ce panthéisme moderne qui* tombé des mains deSpinosa dans celles de Hegel, proelame textuellement que l'humanité n'est autre ehose que Dieu qui prend conscience de lui*-méme, et qu'ainsi toutes les hoFr reurs les plus abjectes, comme toutes les perversités et les atrocités les plus révoltantes, sont des actes divins, produits de ce Dieu-Tout, que nous devons adorer dans les démences d'un Héliogabâle comme dans les mystères d'abominations deSodome ou des Lupercales. 0 mon Dieul détournez nos regards épouvantés de cette science de l'aMme et de la mort^
ET DB L'IlfDUdTRIE ACTUELS. i%i
et si la charité ne peut jeter sur elle te voile d'un éternel oubli, que, trois fois maudite, elle soit à jamais, pour toutes les générations, un de ees objets de stupéfaction et d'horreur, qui montrent jusqu'où peut aller le délire de l'orgueiL
Pauvres imes, ah I vous voulez la science, ne iîât«ce que pour jouir jusqu'à satiété de toutes les sensualités de la terre, et de toutes ses voluptés animales ; vous la voulez pour faire do ce sol de boue un paradis terrestre 1 «Courte et bonne, » c'était la devise de la fille du Régent, c'est la vôtre i jouir jusqu'à épuiser, en les flétrissant, toutes les sources de la vie de Tâme et du corps. Fils du Dieu vivant, frères du Christ et des anges, il vous faut le bonheur de la brute. Eh bien ! non, vous ne Taurez pas. Vous le demandez à la science, et la science vous répond en ouvrant sur vos têtes toutes les cataractes du ciel, et en déchaînant les tempêtes* On a essayé de remplacer la religion par un livre, théorie du doit et de l'avoir, que la science a constitué sous le nom d'éco^ nomie politique. Découverte commode pour se passer de Dieu, et recréer Tâge d'or, que cette science de la production et de la répartition des richesses i Le paradis n'était en* eere qu'en espérance; le voilà bientôt réalisé sur ce globe. Qu'avons-uous besoin de Dieu maintenant, nous possédons Tart de faire l'or et partant le bonheur? Smith , Malihus , Say, ^eole anglaise ou physiocrates, à l'oeuf re 1 Et Téco^