‹ De la vie et de la mort des nations, par l'abbé GabrielChapitre 11 sur 23 · DE LA SCIENCE^ DE L'ART · texte numérisé non relu

DE LA SCIENCE^ DE L'ART

nomie politique passa de la théorie à TappUcation. C'était un beau rêve; mais la réalité, la voici.

Fidèle à son r61e , la science constata avec une scrupuleuse exactitude ce qui est; elle fit l'analyse la plus complète, nous allions presque dire Vanatomie, de tous les modes selon lesquels se produisent et se répartissent les richesses. Ravie d'admiration pour elle-même, elle s'écria : Voilà la science , la science est faite ; le monde Tacclama jusqu'à Tapothéose, et tout fut dit. Mais au moment où l'on s'endormait dans ce rêve doré, les multitudes commencèrent à dire à la science : Yoici, selon vos propres statistiques, le nombre de ceux qui meurent de faim, sans compter celui des prostituées et des scélérats, et ce nombre, de votre propre aveu , s'accroît sans cesse, en vertu même de ce développement de Tindustrie que vous célébrez tant. Vous vantez la division du travail, elle nous réduit à Tétat d'automates; vous vantez les machines, elles nous enlèvent le pain de chaque jour ; vous vantez la concurrence, elle livre, pieds et poings liés, le faible à la merci du fort, le pauvre à la merci du riche, et c'est l'esclavage de cent millions d'hommes sous l'autocratie de dix capitalistes; vous vantez la propriété individuelle, nous sommes plus de vingt millions d'hommes sur trente qui n'en avons pas un pouce. Vous nous montrez la société telle qu'elle est; belle découverte ! nous n'avons pas besoin de vous pour la voir, nous ne vous demandons pas ce qu'elle est, mais ce qu'elle doit être. Ah ! nous le savions bien que vous n'étiez qu'une chimère, science sans cœur et sans entrailles [ Bien plus, vous êtes la source de tous nos maux. Sous le prétexte d'augmenter la production, vous avez surexcité jusqu'au délire toutes les convoitises, la soif de l'or et de toutes les jouis-

ET DE L'INDUSTRIE ACTUELS. Ui

sances, de sorte que, quelles que soient les richesses produites, ces convoitises poussées jusqu'à rillimité, puisqu'elles sont le désir même du cœur, sont de plus en plus déçues par la limite de vos productions bornées. EniSn, par une conséquence fatale de votre propriété exclusivement individualisée, et de Toubli de toutes les prescriptions de l'Eglise contre Tusure, la masse des capitaux s'accumule dans un nombre de mains toujours plus restreint, et le nombre des déshérités de la terre s'accroft dans la mesure même où s'augmente la soif des richesses^.

Après avoir fait ce procès de la science, les multitudes sont passées de la théorie aux faits. Vous avez prêché la soif de Tor, disent-elles ; eh bien ! nous qui produisons tout, nous voulons l'or que vous détenez, vous qui ne faites rien. Alors ont été déchaînées toutes les tempêtes, alors la société ébranlée jusqu'à ses derniers fondements a vu devant elle Tabime prêt à Tengloutir, et si la force matérielle retient encore sur la pente du gouffre le monde moderne qui s'écroule, chaque jour cependant se creuse plus avant cet abîme, où tout est prêt à disparaître. Voilà l'œuvre pratique de la science, voilà ses fruits pleins de cendre et d'amertume : encore une fois, jugez l'arbre à ses fruits.

Condamnés par notre amour même pour vous, à la triste nécessité de sonder ces plaies saignantes, nous vous crions, vigies éperdues : Arrêtez, voici l'abîme. Seuls , à genoux devant Dieu, le cœur navré d'une indicible tristesse, nous

^ Qu'on nie que réconomique industrielle de nos jours ait pour résultat fatal le paupérisme, peu importe : il nous suffit de constater qu'elle aboutit à une démoralisation universelle. Ce fait indéniable justifie seul notre thèse.

14â DE LÀ SCISMCE^ DB L'A&T

radoubions noi prières, demandant à la miséricorde infioig de hâter l'avenir réparateur. Que faut*<il donc pour nous sauver? A la science substituez!' amour, et dès lors la convoitise se change en sacrifice de chacun pour tous, sacrific6 aussi puissamment fécond que la convoitise et la soif de Ter sont réellement improductifs. C'est le travail des commu» nautés monastiques, défrichant le sol entier de TEurope» et créant toutes les richesses de Tindustrie et des arts modernes, que notre siècle dépense en orgies et en vanités i ce sont les richesses vraies accrues au centuple, tandis que Tabnégatiou de soi*méme limitant les désirs et les besoins jusqu'à Taustérité, l'amour répartira le produit de chacun sur tous. Ainsi la lutte des égoismes qui s'entre-dévorent se changerait en une lutte de générosité et de sacrifices qui s'entre^'donneront tout. Si, pour constituer ce règne de l'amour, on faisait une partie seulement des gigantesques efforts que vous aveï entrepris, pour surexciter par votre science toutes les convoitises et tous les progrès factices de l'industrie, nous aurions l'âge d'or sous le sceptre de U justice et de la vérité.

WM^ ée !• momtirmnp» ^mmê le marnés.

Trop de choses nous restent k dire encore, mais passons vite, car nous avons hâte d'arriver à la question qui clôt les étranges assertions de la science, celle de la souffrance. Qu'est-ce que la douleur? Je laisse les philosophes se débattre sur ce mot. Que les uus la nient, tout en poussant des cris lorsqu'on leur coupe un bray» ou sdul^oiêot qu'oa

ET UB L'tNDUSTIlIB ACTUELS. 445

leur lance uw injure i que les autres n'y toient qu'une im<» perfection relative» comme et Tbomme qui te roule de désespoir et de rage n'était qu'une des nuances de celui qui s'épanouit de sérénité, de bonheur et d*amour; en Térité, ces théories dont les livres seuls peuvent supporter l'absurde, et que les philosophes même ne sauraient prendre au sérieux, ces théories ne se discutent pas plus qu'elles ne se mettent en pratique* Mous ne leur ferons donc pas l'honneur d'y répondre.

La science n'a enseigné à Thomme qu'une chose, c'est qu'il est né pour le bonheur charnel, égoïste et terrestre. A cette étrange théorie, Dieu , dès le commencement du monde, a répondu par un fait sans réplique, la mort. N'importe, on a passé à c6té de ce fait terrible, sans même vouloir en tenir compte. Mais, pour faire ainsi de l'homme un esclave captif de l'espace, du temps et de la matière, pour le renfermer dans ce rôle passager, dont l'éclosion et la dissolution du corps forment les deux limites extrêmes^ il fal»lut d'abord le dépouiller de tout ce qui le fait homme, le découronner de son auréole divine, de sa majesté d'outretombe. La science se mit à l'iBuvre : sens divin de l'infini et de l'immortalité de nos destinées , rapports de commu«> uion 6t d'amour avec Dieu et nos frères entrés dans la vie future, conscience de notre grandeur sur la terre dans une œuvre d'initiation dont le couronnement et le but sont au delà des temps, sentiment de la société des âmes en Dieu et de rimmatérialité de notre être, en un mot» tout ce qUi nous fait hommes» en nous séparant de la vie des brutes^ tout cela fut nié, conspué» brisé» en même temps qu'un exaltait cette vie terrestre jusqu'à la diviniser. Le résultat, tout le fnonde le aeoti le voil «tle touebei c'est le malheur

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universel élevé à la hauteur d'une catastrophe suprême, le paupérisme matériel atteignant une limite que dépasse seul le paupérisme moral, c'est la souffrance devenue non plus un fait passager, mais un fait universel. Voilà ce que peuvent ignorer encore quelques élus du siècle, mais ce que proclament d'une plaiute effroyable cent millions d'hommes en Europe.

Si le bonheur est le but de l'homme sur la terre, la douleur est inexplicable ; ou plutôt, disons mieux, la présence réelle et incontestée de la souffrance est un flagrant démenti donné par les faits aux absurdes théories de la science sur le bonheur. Si, au contraire, la terre n'est qu'un lieu passager d'initiation, la route d'un pèlerinage dont le but est l'éternité ; si, berceau de nos âmes, langes de notre enfance, elle n'est que l'enveloppe d'un jour nécessaire à l'éclosion de notre vie céleste, alors tout se comprend et s'explique. La douleur est la rupture des limites qui nous séparent de l'infini, le déchirement de ces langes du berceau, de ces enveloppes de la matière, qui nous tiennent à distance de Dieu, et nous cachent de toute l'épaisseur de feurs ombres les joies ineffables de l'apothéose et du ciel, dont la vue eu nous ravissant nous enlèverait tout mérite et toute liberté. La douleur c'est la condition de l'amour, car nul ne sait réellement qu'il aime, et ne peut le manifester, que par l'holocauste de soi-même, dans la souffrance. La douleur, unie à l'amour, est donc le moyen même de notre ascension vers l'infini, l'élan de la conscience et de la manifestation de notre amour, c'est-à-dire de tout ce qui fait notre grandeur et notre vraie, notre éternelle félicité. Or, c'est là justement l'inverse des assertions de la science.

Laissons à la brute cette théorie du bonheur terrestre, M

chercbous en hommes quelle idée nous devons nous faire de la douleur. On en distingue ordinairement de deux sortes, la douleur physique et la douleur morale. Cette distinction estelle exacte? Mon, car ce n'est jamais l'être physique, mais toujours l'être moral qui ressent la douleur ; elle n'existe que pour celui qui a conscience de lui-même, et elle est l'expression de cette conscience, nous verrons de quelle manière. La douleur est donc toujours de Tordre moral, quant au sujet qui réprouve. Quant à son objet, c'est toujours le sentiment d'une négation, d'une privation, d'une limite, que cette négation vienne du corps ou de Tesprit. L'homme a le sentiment de la vie par l'amour, qui est la plénitude de son harmonie,^ ou par la douleur, qui est la conscience de l'absence de cette harmonie. Si l'homme était resté dans l'amour ou dans l'unité, la douleur n'existerait point. L'amour est l'union à Dieu et à toutes les créatures en lui, par le don de soi. Or, cet amour a été changé en convoitise qui, au lieu de se rapporter à Dieu, rapporte tout à soi : ce fut la chute. Dès lors l'homme n'eut phis conscience de la plénitude harmonique de sa vie que par la douleur ou le sentiment de ce qui lui manquait. La douleur resta donc à l'homme comme le seul débris glorieux de sa grandeur déchue, le sceptre encore majestueux, quoique brisé, de sa royauté perdue. Aussi, du meurtre d'Abel au déluge, de la confusion des langues à la dispersion d'Israël, de nos vingt millions de martyrs aux fléaux dévastateurs de nos jours, le monde entier ne fut qu'un immense champ de douleurs. Anthropophagie, esclavage, sacrifices humains, guerres, massacres, révolutions, invasions des Barbares, égorgement universel des hommes et des peuples, pestes, famines, volcans, tremblements de terre, inondations» incendies^ naufrages, guerres civiles,

maladies, &u sacré, choléra, paupérisme, Venrer sembla réiiniF toutes les puissances de destruction, pour multiplier la soui&ance sous chacun de nos pas. Déjà {'homme avait entrevu, ^ans l{i douleur méipe, le sens ïrai de sa fidrce et de sa vertu. Il s'était habitué à regarder la mort hce à face et à lui sourire avec dédain. Depuis le chant du sauvage vaincu, défiant la mort qu'il appelle par u\\ hymne guerrier, jusqu'à la compagnft survivante du brahm^ montant tranquille et radieuse sur 1^ bûcher, depuis le Gaulois, demandant k son glaive uqe immortalité qui lui semble tardive, jusqu'aux quatre mille gladiateurs saluant leur heure dernière de ce cri : 4ve €msar, morituri te saluianl ^, presque toute la race humaine semble n'être qu'une hécatombe volontaire, et mille Scévola orient à la douleur de tous les points du monde : Nous sommes encore plus forts que toi. Ce que l'homme avait pressenti, par Tamour de sa gloire et de sa propre grandeur, le Christ est venu le réaliser, pqr l'amour pur de Qieu et de l'humanité. Que fit^il, en effet? Il vint donner au mon^e un signe, et c^ sigpe fut une croix, symbole suprême de 1§ douleur. Mais cette croix, posée sur le Calvaire, et qui fut l'instrument de spn double sacrifice, veut dire : Tamour de Dieu et de l'humanité ep IJjieu, en acceptant volontairement la douleur, en change par Ui même Id nature, et la transfopme en joie. C'est Tun des fruits divins de la Croix. San^ déroger aux conditions que ri^umanité s'4t^i( faiteç p^F son libre choix, elle lui resr titua raism^r, qpu plps comme simple cpnçpiençe de la plénitude des i^armonies de son être, mais çpmm^ le sentiment profond de celte lié^titude reconquise , méritée, et partant glorieuse,, c'est-à-dire l'ajoiiour 9p[rapdi, dil^^é et soutenu de toute )a puissance ^i\ sacrifice, fi'hopime ne sacl^^nt

• « César, 9p\% falué iffiv e^î qinî vont mourir î xi

Ef |}E VIPÇPSnfBlE ACTUELS. il7

gu'il aime et ()^ gouvaq^ réellement le pFûqver que par le samf\c^^ |*Éden primitif avait moins la conscience que la béatitude, moins la manifestation que la jouissance deTarneuF : voilà pourquoi la chute fut possible. Mais TÉden reconquis n'ayant la béatitude que par la conscience de Tamour et sa jouissance que par sa manifestation, toute chute nouvelle est désormais impossible, ce qui le place au-dessus de Tétat originel, et a pennis à TÉglise de dire avec saint Augustin : O heureuse faute! Félix culpa!

Il est fecile maintenant de comprendre le rôle de la douleur dans le monde. L'amour en change la nature, et, en la transfigurant, la fait disparaître. Quelle est ta mère qui ne souffre avec joie pour sauver son enfant? L*amour méipe humain ne fait-il pas oublier le froid, la faim, la soif et toutes les souffrances, que àis-je? ne les change-t-il pas en autant de jouissances, quand on les endure pour un être aimé? Souffraient-ils ces martyrs dont le visage calme, épanoui, radieux, ne reflétait, au milieu des plus épouvantar blés tortures, que l'ineffable bonheur des douces et saintes visions dont Tamour les inondait? Sans doute Dieu n'enlèvp point, avec le sentiment du sacrifice, le mérite et la glqire dont il est pour l'homme Fauréole immortelle ; mais dans la mesure où Famour s'unit à ce sacrifice, il en fait la douceur et la joie, de sorte que non-seulement cette imniolation devient possible, mais qu'on est heureux, ravi de l'accomplir. Tel est l'amour, qui ne nie point la douleur, mais la transforme en l'acceptant, parce que, comme dit saint Jean Chrysostome, « Tamour change Tessence même des choses. » Quiconque a réellement aimé l'a senti, et les faits surabondenl daBS l'histoire pour prouver cette toute-puissanee thaumaturgique de l'amour sumaturalii^é par la grice.

148 DE lA SaENGE, DE L'ART

Àinsi^ taudis que h science ne sait pas même expliquer le mystère in mal et de la souffrance, Tamour, au contraire, les explique et les transfigure.

TrAiiBdsara4i«ii de I» douleur par l*«iiioitr«

OuiylorsquerEsprit-Saiutd'amourdescend dans une âme, en la pénétrant de sa vie, il transfigure sa douleur^ en uue ineffable volupté. Maltraités et flagellés, les apôtres « sortirent pleins de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des outrages pour le nom de Jésus *. » Saint Paul s'écriait : « Je surabonde de joie dans toute tribulatioa. » Cet esprit, si inconnu du monde paieu, les enfants du Calvaire se le transmettaient, comme un legs sacré de leur Maître. Ils savaient que le Christ lui-même était en eux par Famour, et que dans cette intime solidarité qui les liait à lui, il prenait sur lui-même leurs douleurs pour les transformer en joies célestes. Au moment de devenir mère dans le cachot où elle attendait la mort, Perpétue se plaignait : M Que feras-tu donc, lui dit le geôlier, en présence des supplices du cirque? — Oh! alors, réponditrelle, ce n'est plus moi qui souffrirai, mais le Seigneur qui portera ma souffrance. » Et elle mourut calme et souriant à la mort. Dans

ces âmes dont nous avons perdu le sens divin, Tardent amour de la souffrance allait jusqu'à rejeter les consolations intérieures dont Dieu les inondait. Seul et persécuté aux rives de la Chine et du Japon, quand la douleur venait le frapper, saint François Xavier disait : a Encore plus, en-

* Àct» des Ap.^ c. V, V. 41 . ^

core plus, Seigneur ! » Et quand Dieu laissait tomber sur Ini une goutte de la félicité des cieux : « Assez, assez, mon Dieu! » s*écriait-il, comme s'il eût craint de ne pas prouver suffisamment son amour par le sacrifice^ou de trouver trop de joie dans la souffrance. Saintes extravagances de la croix, sublimes folles de Famour^ qui ne croit jamais acheter assez cher rijafioi et ne le posséder jamais assez ! Héroïques transports de la charité, célestes enthousiasmes, emportements divins de la charité , que vous nous révélez bien Thomnie ayant retrouvé la vraie loi dQ soi) être, la loi d'antinomie !

« La science enfle et la charité édifie. Si quelqu'un se persuade savoir quelque chose, il ne sait pas encore comment il doit savoir. Mais si quelqu'un aime Dieu, il est connu de Dieu^. » La science c'est Torgueil dans le vide, le néant dans le moi, l'homme tombé dans la mort spirituelle, parce qu'il se fait centre de tout. L'amour, au contraire, c'est Thumiliié sachant tout par sa conununion en Dieu, c'est ta vie spirituelle engendrée par la mort à soi-même, c'est l'homme rayon de Dieu et participant à toutes ses prérogatives, par le renoncement à sa propre personnalité. Loi vivante d'antinomie que rappelle sans cesse saint Paul : « En tout, dit-il, nous sommes froissés mais non brisés, retardés mais non arrêtés, persécutés mais non délaissés, abattus sans périr, toujours et partout portant dans notre corps la mort du Christ Jésus, afin que la vie soit aussi manifestée dans notre corps. Car nous qui vivons, bous sommes à toute heure livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle ^ En tout nous montrant ministres de Dieu, comme séducteurs quoique vrais, inconnus quoi*

* I, Cor.,c. viii, v. i,5. ^

* II, Cor., c. IV, v. 8, il.

que trè§«edniitt$; ihoufàiîtâ ({udi^ijle nbiis titWhs, tfiâlèS It toujours en jdte; pauvret et enricUissàht jpllièièiiH, n'àyaflt rien et possédant ioùt * . » Enfin il résume i\M cette loi tiiliverselie d*âtitinotnie ; dans Tahité dé Tsiiîiottr, tipéhrit ^àf la souffrànée; Téternité dahà lë teiripâ : dC'eât [Idiit^iibi hènà ne défaillons point t tnais bieh (}U'eli tlbtls rtioîiitiië extérieur se dissolve, cependant rbominê intériêil^ âe rëtititl^elle Aè jour en jour. Car ce peu de souffrûiièespaséàgèrëS Hii présèht opèrent en nous» au-dessus de toute mesuire, ùH poids éternel de gloire : eii nous qui tië contemplons pôitit be qilt se tôii, mais ce qui né se voit pas. Car ce qili se toit eôt fltt temps, ce qui ne se voit pas èstéterliel*. « Sainte Thérèse raVàit bien compris, que l'homme iiitérieur ne se formé §iié pàl^lâ dissolution de Thomme extérieur, lorsqu'elle polissait ce cri sublime: «Ou souffrir, ou mourir! » Ow'ést-cë à dirét Je sèn^ par Tamour que.je ne suis pas faite pour les limites de la matière, pour les bornée de h terre et du temps. LHiti de mèi le plaisir, qui ùi'énfermé dans te cerclé fatal; Ibiri dé moi la jouissance et t'égôismé, qdi mé fendent esclave de moi-même ! Il me faut l'infini poiir aimer S rinfiiii. Oui, à du souffrir, » pour dilater, au souffle ardent de cet amour, loutes les frontières de l'espace et dû temps, et me rappeler isàns cesse par la douleur que je ne suis qu'en exil sur la terre ; car souffrii* c'est encore aimer. « Ou mourir, » pour me perdre au sein même de l'amour infini; eu aimant sans mesure Celbi qui éternellement brisera toutes les bdrnes de mon ôti*e, pour lui donner toujours plus, en dilatant touj ours plus mon tour ! La science, c'est la lettre, la limite qui tue; Famodr, c'est l'esprit, la vie elle-inème. La scieilce, c'est là division, l'âb-

• II Cor., c. VI, V. 4, 8, 10.

• II Cor., c.iv, V. 46, 15.

ET bÈ L'INDUSTRIE ACTUELS. Hi

straction, le scalpel de Tanatoiuiste sur le cadavre ; Tamour, c'est Tunité du tout et du tout dans luuité, c'est la possession, Fessence même de la vie en nous. La science» c'est le fini ; l'amour, c'est l'infini se répandant en nous. Laissons donc la science stupéfaite ne rien comprendre aux folies sublimes de Taniour i son rOle n'est-il pas d'ignorer tBut^ ibiit jti§qd'à sa propre impuissance? Sbn règne est désoriiislîs jiàssé. Qu'elle aille où vont toutes choses qui doivent finir; S la corrdptioh, i la mort. Ce que nous demandons pour ii6s frères et (idiir nous, pourles satdnts et les ignoraiits, c'e^t que toits saclietit que rhomnie vrai n'est pas Un être qui deàbend înais lin être qui doit monter tmqours^ qiie le fini n'est pds sdîi idëal iiiàii l'infini, que la terre n'est pas sa patrie mais le ciel. El t)arëë qu'on descend sans {;esse vers le fihi, vers le néant par la jouissaiibe, nbus demanderons à la souffrâticé de nous élever, de nous transfigurer toujours plus jiar l'atnour, bile qui transfigure jusqu'au corps que le mourant laissé à la terré. Avez- vous parfois contemplé de hautes inoritagnes? Lorsque les ombres delà nuit, descendues dans le vallon, grâvisseiit peu à peu jusqu'à ses flancs escarpés, le soitinlet étiricelàht des derniers rayons du jour semble voiler, sous ses ireflets embrasés, les scènes du Thabor. C'est l'image touchante dti mourant consacré par la douleur, tout est nuit , deuil et tristesse autour de ce lit funèbre oà le chrétieh accomplit soii dernier sacrifice, tandis qu'un rayon de l'éternité illuminé ce front dont l'âme éclate de lumière. Vous pleure^ , miirnmre-t-il, quand les anges chantent mon retour de l'exil aii sein de la patrie; vous gémissez quand déjà tti'inotident les joies de l'éternité ; ce n'est pas à la mort, c'est à là vie que je vais. Ah ! « je ne croyais pas qu'il fût si doux dé moUrir K fi

^ Nfolèè de Suafe^ Ubtiràiit.

iS2 DE LÀ SCIENCE, DE L'ART

xm.

De r«rt qot tae e« de Tart qat teti Ttvre^

De même que la science réelle n*est autre chose que Tamour ayant conscience de soi-même , Tart à^ son tour n*est que Vamour se transmettant de Dieu à Fhomme et de l'homme à ses frères. L'art n'est ni un daguerréotype qui copie les images de la nature, ni une plastique qui imite ses formes^ ni une dynamique qui répète ses mouvements. La nature n'a pas été faite par Dieu pour être refaîte par l'homme ; et il a fallu tout le délire de l'orgueil pour imaginer une semblable prétention. Tous vos nus n'auront jamais la vie de la chair elle-même qui palpite ; toutes vos imitations de la nature ne seront jamais que de pâles et informes plagiats de la mer, des vallées, des montagnes, des forêts et des sites, qui respirent un mouvement et une réalité que vos tableaux ne peuvent rendre. Pourquoi tant d'efforts stériles ? Si je veux voir la nature, j'irai me placer en face d'elle, j'ouvrirai o^on âme à son souffle enivrant, et sa vie deviendra ma vie : voilà comment je la peindrai sur le tissu même de mon âme, et non sur la toile de vos cadres. On le voit, nous éliminons dès l'abord à peu près tout c^ qu'on décore aujourd'hui du nom de beaux-arts. En enlevant ainsi ce qui n'est qu'une photographie plus ou moins tronquée de la nature visible, que reste-t-il donc? Toutxîe qui est l'expression, la transmission d'un amour, bon ou mauvais, terrestre ou divin. Transmission d'un amour céleste, l'art fait descendre Dieu dans l'homme, en lui donnant la merveilleuse puissance thaumaturgique qui change l'esseDce même des choses,

ET DE L'INDUSTRIE ACTUELS. iho

et les divinise par Tamour, Transmission d'un amour terrestre, il y fait descendre la puissance de la corruption , qui épuise au cœur de Thomme jusqu'aux dernières fibres du sens divin et de l'amour réel. Or, ce dernier est presque le seul qui règne à notre époque et depuis la prétendue renaissance, le seul qui accompagne ce qu'on appelle la science, et qui caractérise ces âges de dégradation et d'abâtardissement universel, qu'on décore du nom de civilisation. On peut déjà comprendre combien cet art est profondément corrupteur, puisqu'il n'est que la transmission même de toutes les passions, comme la science actuelle en est le principe générateur. Ainsi que cette science dont il se fait l'apôtre, cet art est un crime contre Dieu et l'humanité, un double blasphème contre le ciel et contre la société.

Si vous suivez dans les faits la démonstration de la parole révélatrice, vous verrez que la prétendue science ne fait que continuer, à travers les âges, la chute commencée au berceau de la création. Voix de l'ange rebelle, elle s'adresse à Tesprit de l'homme, en lui disant comme au premier des jours : « Mangez de mon fruit, et vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. » Alors Vhomme, sortant des mains du Créateur, était dans la rectitude complète de son être, dans la plénitude de sa triple harmonie avec Dieu, la création et lui-même. Son esprit uni à Tlnfini régissait le corps en maître absolu ; il le dirigeait, le possédait, et n'en était jamais dirigé, ni possédé. Aussi ne pouvaitil être attaqué par cette vie d'en bas, qu'il gouvernait sans en être gouverné. C'^st donc par l'esprit seul qu'il pouvait être atteint, aussi est-ce à l'esprit que s'adresse la science tentatrice : « Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. » Par cette parole de mensonge l'esprit de l'homme.

iM îtB LÀ SGtËNGË, DE L*AHT

divisé d*ave€ Dieu, iie Jètifâbi pltiâ âbii principe et sa Idi dans Tinfini, les chehha dahâ lé flHi. Coininh Ih Verbe de vérité, le verbe demèdsongé se fâitèhair: Seulement, tandis que céluHà S'incarne pdhl* â|)îritiiailâfer rfaorariië, celuici se manifeste pour fail-e- de rhditjtte spiHtnel et ùiiià Diéii, rhortifne cHaftiel incliné vers la terre. Alors ^ il vit, » noii plus par l'oeil dé Tesprit maïs par Téil de \û chair ; êl les trois convoitises se rëvoltèrettt siiccessiveitieilt : « l'orgiiëll de la vie, » poàant le moi hUiiîain en opposition au moi diviti ; « ta cdlivditisédësyeiix, )> bpt)asàn!lâ bélibté créée à la beauté iricrééej <<lâ convoitise dfe là chaih, )i dppbsântla seiistiàlité, qui est la jouissance de soi pour sdi, à Tamoùr, qtii fesi la jidsseSsion de Dieu par lé don de soi-même; Vidil — quod bonum esset lignum ad i)es€endûrh, — ètpulchrûm ôculls^ — et aspHtu deleciabile. Lsl feitibié âVait doniié naissance à ces trois cdnvoitises, et Thomnie lés teçiit d'iîlle. La femme dévint pour l'homme « orgueil de la vie, convoitise des yeux et convoitise de la chair ; t» il là prit cbmtnë aliment Qé sa vie, beauté polir ses yeux, volupté de sbil cœur. Jljnsi l'âinoiir divin se trouva transformé eh un amour charnel, Fhomme tomba du ciel dans l'abîme, la chute fut accomplie.

Que fait l'art ? Partant du terme dernier bù la chuté originelle a laissé Thomme, c'est-à-dire de l'amoUr créé, il remonte par la face inverse les trois degrés de l'abîme : soit que^ spiritualisant cet amour, il fasse de la eotlvoitise de la chair le désir de l'irifini , de la convoitise des yeux l'amour de cette beauté infinie, et de l'orgueil de la vie le ravissement de l'âme qui se donne tout entière à cet amour divin ; soit que, matérialisant l'esprit, il fasse monter par les sens jusqu'à ricdaginàtion, et de là au centre même de l'homme, cette ammatité qui dissout^ dans la brutalité de Tégoisiàé,

Et ÔÊ L'tSDttitRlÊ AÔTUÈLS. ISs

jusqu'à Tamour humain lui-même ; alors il ne reste plus de l'homme que Tenveloppe. La première chute, au nom de la science, avait renversé l'ordre primitif des choses en soumettant l'esfprit au corps; la seconde, au nom de l'art, fait pour ainsi dire de Tesprit lui-même un corps, et il ne reste jJIuS Hèn flé rharamë «Hginèt et thaï.

Énfafat, lofàltii'il eiitrè flàiis Ife Inonde, l'honlme depuié là cfeùté vit d'âbbrd de là vlë dëâ sens, piiis de là vie de Timapajli6n; èi élifitl Bë celle du UiHI, « convoilise dti la chair, éSiitëitise dëà yëfix et orj^Ueil de la vie, » conime dit saint Jêân *; qui tëj)t*eàëtitë pat* ^bîi ëchelle inverse l'ordre des tr5l5 dègrës sllfcceèsifs de là chuté, que remonte â sofa tour ràrt quii sëduisant t)ar leâ sens l'ihiagindtion, et pair Tima- IIHatibh i^espril, l'anlèiié ëiifiri à dire : Je siiis Dieii sur la tèrrë; je sulà le seul Dieu, il n y en a point d'autre que AOiî Hori séMàm. •

Ainsi là ôfeieticë 8l TaH, dëiiblë expjëàsioil de l'œuvré dit ml préhdent TBôhiiTîe, cëllé-15 par resfiHt tiôilr àbais^ sêr ninagiiiàtibii jB^li'aiix Séhs, feelui-clpar les sens poiir rëftoiitèr par riihà^iiiàtifclli jusqu'à l'esprit ; tous deux dépràvàht U tiature hutnainé, U Science par Tégôïsme, i'àf'tt)ar la passion brutale; lorsqu'ils sont autre chose que râmoiir saint) dans U èoiisëiehcë de soi-même et dans sa Iransinission dé la tiè splHtuélle. Ne therchezpas ailleurs ; tous les maux de t'hdmarilië btit là leur source.

186 m: LA SCIENCE, DE L'ART

Ii'art coBilmiaiit l'œmrre de INe« dans la eréatloii.

Dieu qui, selon la parole de TApôtre, « est amour, » a manifesté cet amour, c'est-à-dire s'est manifesté lui-même par l'œuvre d'art suprême , qui est la création tout entière. Or, dit saint Paul, nous sommes les « aides deDieu, » pour continuer avec lui, à travers l'espace et le temps, Tœuvre de l'artiste divin dont nous sommes nous-mêmes une des parties. Notre Dieu a créé une œuvre vivante qui , s'associant librement elle-même à la pensée du Maître, la continue, en eu perpétuant l'éclatante manifestation. Dieu s'est écrit lui-même dans ses œuvres, et tous les êtres visibles ne sont que les lettres diverses d'up seul mot, l'amour, qui est Dieu. Ne voir dans la création que les formes visibles, c'est ne voir dans un monument que les lignes , sans y sentir l'idée que ces lignes expriment et représentent. L'artiste est celui qui, sous ces formes sensibles, sent vivre et palpiter l'esprit vivant dont elles sont l'enveloppe. C'est celui qui, inspiré, transporté par cet amour infini, le traduit, le transmet et le perpétue en actes vivants, par toutes les puissances de son être, — soit qu'il parle, dans son maintien, dans son regard, sur ses lèvres et dans toute sa personne,

— soit qu'il se projette au sein de l'humanité en[élans généreux, en nobles enthousiasmes, en abnégations sublimes,

— soit que s'incarnant jusque dans la matière elle*même, sur la pierre devenue vivante, dans le marbre ou sur la toile qui respirent, dans le rhythme musical qui pleure, chante ou prie^ ^ cet amour divin, rayon de la puissance créatrice.

ET DE L'INOnSTRlE ACTUELS. \tfl

en s'épaDchant de Dieu dans les âmes, par rintermédiai're de Thomme, y fait éclore partout cet amour dont Tétincelle, en tombant sur les cœurs, y allume autant de foyers nouveaux de sa flamme céleste. G*étaient de sublimes artistes ces saints dont Taspect seul révélait par tous les traits la charité divine dont ils étaient embrasés , et qui convertissaient les peuples au seul feu de leurs regards. Saint François d'Assise apparut au monde, et la simple vision de son âme enfanta toute Técole d'Ombrie. C'étaient de sublimes artistes ces apôtres de Dieu dans Thuroanité qui y ont laissé tant d'œuvres héroïques de dévouement, d'abnégation et d'amour , de saint Etienne à saint Vincent de Paul, de sainte Gertrude à sainte Brigitte, de sainte Catherine de Sienne à la sœurEmmerich ! C'étaient de sublimes artistes, ces hommes consumés de rânK)ur divin, ces Fra Ângelico du moyen âge qui, transfigurant et idéalisant jusqu'au dernier atome de la matière, ont prié et aimé dans ces œuvres qui, après tant de siècles, font encore couler en nous en gouttes brûlantes leur esprit vivant de charité ! Tous ont aimé, voilà pourquoi tous ont été grands ; tous, remplis de Tamour de Dieu et de Thumanité , l'ont manifesté en actes vivants , radieuse coutinnation de Tœuvre même de Dieu ou de la création, révélatrice de Tamour infini.

Enlevez l'homme à cet amour, et il ne manifeste plus que son égoïsme ou ses passions charnelles. Tel est Tart aujourd'hui. Hochet de vanité, ou aiguillon de toutes les passions de la chair, il n*est plus que le condiment des plaisirs blasés du riche. De sa synthèse monumentale il est descendu aux proportions du boudoir, épiant les plus honteux mystères, pour en devenir le stimulant, même après la satiété des sens. Marchandise à renean des passions qu'il caresse, il est devenu la

^erni^re ies ipdustriçs, placé entre }^ progtitutipa 4^^ covps et celle des âmes, (lout il s'est fait l^ doul)ie eqtr^inelteur. Rien de grand, fien de saint ]ie l)gt pli|s soi|s VenvdQppe raffinée de s^ vie facticp, Il ne sait plu^ parlpF ^U^ R)ulUtudes, qui passent auprès de lui sans même VaperceYfiir; et U mpde ou la convoitise des sf;p$ )ui prêtent seuls tin reste de puissance, qui va s'éleigqapt daqs les çon vul$ia|iç d'une lente et Diiortelle ag[onie. Pi^jé, pi|ié pqiir cette ii^dustrie apx expédients qui m^ndi^ l*^uinône du riatie, ep guettant au passage chacun de $^s plus grQssierç instincts! Honte sur cette grande apostasie, sur ce calcul sacrilégis, qui a fait de la sainteté du sens divin 4^ Tampuf , révélateur de Tart, le complice du sens dépravé de^ ptiilo^opbes ! Souffle deTEsprit d'en haut, art chrétien dfî$ grands siècles, quand viendras-tu dissiper partout ces ombrer de I4 nuit, par une nouvelle irradiation de tes flots de luqi^ij^r^» pif une nouvelle inspiration?

La vérité ii^stplas nulle p^rt, parce que nulle p»Ft vous ne trouvez Tamour. L'anaour est la plénitude de la réalité et de U vie dans leur indivisi))le unité : il unit toutes choses. La science et Fart de nos jours, au coptraire, divisept |out. Contemplez les innombrables branches de cet arbre intellectuel, partoat yous voyez des rameaux et des feuilles» nulle part vous ne tcoi]vez le tronc, à plp^ fprte raison 1$ sévp et la vie. Les scitoees physiques se sop( scindées ep spécialités qui, s< sondent

ET P£ (.'mDUSTBie jàCTUlil^. «{^

elles-m^inegi en sous-spécialités jusqu'à la division absolue^ ont chacune leur méthode, leur langue, leur technologie diy^vse^, de sorte qt}' aucune ne peut comprendre Tautre, et que la confusion, commencée au]L plaines de S^nnaar, se continue, en s'augpaeutant toujours. Les sciences philosophiques fondées sur Tabstractiou, qui est une division même de l'esprit deThomme, sont arrivées à un^ confusion de langues» de critérium et de méthodes bien plus incroyables encore ; ci personne nlgnore qu en AUemagpe, son sol classique, de Kant au dernier hégélien, chaque philosopl|e a sa terminologie que nul autre ne comprend, et souvent, pas (Pâme les disciples. L'art a suivi les destinées de la sçiencp.

Au moyen âge, le catholicisme constituait la synthèse upiverselle, où tout , science, art et pratique, individus et sociétés. Dieu et les créatures, était relié, coordonné dans un ensemble complet, ofi chaque être, s'fxpliquant par tous, connaissait le principe de ses origines, le lien de tpus ces rapports, U fin de tous ses actes. De ce centre universel découlait, cQmme autant de centres secondaires, la synthèse par-? ticulière de chaque branche de Tactivité hujnaine, issue de la synthèse universelle, tronc pi^ elle puisait sa sève et sa vie, sa raison d^étre, sa loi et son but. Ainsi les Sommes, con^me celles d'Albert le Grand et de m^)i Thoma^t exprimaient la synthèse scientifique de répoque^ de même que les basiliques en exprimaient la syptb^^^ artistique : car toutç$ les sciences se résumaient en une seule et même pensée. Dieu, eM^3 arts en un seul et même sentii|)ei|t» I4 glorificafion de Dieu. Voyez, en effet, la cathédrale, par exemple. Jqu^ Ips arts sans exceptipf) y sont cpQrdonnés et harmonisé^, dans le but d'une seule et poème œuvre, f^e monnment s'élève grau? diqse, svelte, ^érien, symbolique, ^t représ^ntaq^ daqg son

i60 DE LA SaENGE, DE L'ART

plan la croix^ expression universelle du sacrifice par Tamour : voilà rarchitecture. Sous le ciseau de l'artiste, la pierre monumentale s'anime, se meut, palpite, et des myriades de plantes, d'animaux, défigures, groupées par masses aux portes, aux balustrades, aux chapiteaux des colonnes, aux fenêtres, aux tours, à chaque angle, à chaque point de l'édifice, enseignent sous des formes innombrables et variées, la difformité deTégoïsme et de l'orgueil, père de tous les vices, la beauté et la grâce de Tamour saint et de la vertu, figurant ici leur principe, leur type et leur fin en Dieu et dans le Christ, là leur sanction dans le jugement dernier, plus loin leur apothéose dans les saints : voilà la sculpture. Puis le pinceau vient cauvrir tout l'intérieur de Tédifice de Tazur du ciel semé d'éU)iles d*or ; il couvre ses chapelles, son sanctuanre, ses murs, de tableaux et de fresques sans nombre re^ présentant tout, depuis Dieu, les esprits célestes, toutes les phases de la vie du Christ, delà Vierge et des saints jusqu'aux symboles des scènes de la nature, exaltant toujours, sous toutes ses faces diverses, la grandeur et la sainteté de Tamour : voilà la peinture. Roi des instruments, etles réunissant tous en lui, l'orgue marié à la voix de la foule, prêtres et laïques, hommes et femmes, chantres et vierges, faisaient retentir à flots d'harmonie, sous les voûtes ogivales, longues et sonores, le cri divin, l'hymne éternel, Thosanna de ce souffle d'amour: voilà la musique. La lumière tamisée, spiritualisée, si j'ose dire, dans les prismes radieux des vitraux, produisait tous les effets les plus mystérieux de l'optique, et dans le secret recueilli de ses clairs- obscurs, laissait entrevoir tous les lointains de l'infini, toutes les yU sions célestes, toutes les profondeurs de Dieu : c'était la peinture sur verre, c'était l'optique et la perspective, c'était

tout un arl perdu, qui ne pouvait trouver sa place nulle part ailleurs. La mosaïque animait jusqu*au sol, de lignes har* monieuses, d^ima^s vivantes, de peintures qui disaient, sous mille formes, les merveilles du divin amour. Les vêtements du prêtre» les objets servant au sacrifice^ les or*' nements d*or, d'argent, de pierres précieuses qui couvraient le calice, le tabernacle, le sanctuaire , et toutes les parties les plus révérées de Fédifice, formaient autant de branches dh* verses des beaux-arts. Au milieu s'élève la chaire, œuvre d'art aussi, qui supporte l'artiste humain par excellence, celui qui portant sur son vêtement, dans son maintien, dans son regard^ sur ses lèvres, la parole divine, ta verse à flots sur la foule émue, palpitante, transportée du même amour, souffle béni du Christ, qui se perpétue dans tous les âges, cantiime son incarnation au sein de Thumanité, sous Faction de l'Esprit de Dieu, et se répand au pied des autels en larmes de prière, d'adoration et d'amour : voilà l'éloquence. Mais qui le croirait? Tout cela n'est encore que l'enveloppe extérieure du drame divin, dont les mille voix de tous les arts, réunis dans cette synthèse monumentale, ne sont que le prélude et l'intermède. Ce drame, dont Dieu lui-même est Fauteur et le sujet, a pour spectateur la création tout entière convoquée à cette grande scène, et représentée par tout Fensembleet les détails du monument, de la dalle figurant les hôtes de la mer aux voûtes symbolisant le ciel semé d'étoiles^ Poutife-roi de la création qu'elle ramène à Dieu, en représentant sa vie en elle» Fhumanité, actrice et spectatrice à la fois dans cette divine épopée, s'avance tremblante, agenouillée» pleine de ravissements et d'extases. Elle parle une langue universelle qui résume, dans les prières et les hymnes sublimes de sa liturgie, toutes les merveilles de l'art de la pa-

i^ DE LA SCIENCE, DE L^AKT

rôle : voilà la littérature et la poésie. Mais, après un préam-* bule admirable, Tépopée ditiné commence^ se développe et s'achève. Abaissant son trAne éternel, le Dieu fait homme, parle plus mystérieux des prodiges, s'offire lui-même, sur l'autel de la terre, en holocauste, pour les péchés et la rédemption du monde. Sous les mains du pçétre éperdu, son sang coule, etlesSdèles, dans un transport suprême, vien* nent recevoir pour nourriture et pour breuvage le corps même et le saug de Jésus^Ghrist. L*amour accomplit le sa«> crifice perpétué sous les yeux de la foule à genoux, et le Verbe divin, caché sous les espèces sensibles» se donne pour être lui-même Taliment de chacun de nous : voilà Tactien divine par excellence. « Tout est consommé » au oiei et sur la terré ; il n*est pas une seule branche, une seule expression de l'art qui, reliée et harmonisée dans «e su^ blime ensemble, n'y ait trouvé sa place.

Qu'aveK-vous fait de tette synthèse artistique si grandiose, si saisissante? Qu'est devenu chacun de vos beaux* arts, en se scindant de cet ensemble sublime? Chacun de vous a emporté dans les régions de la mort une poignée de la poussière de cette encyclopédie monumentale^ et vous nous dites : Voilà Tart. Amère et sanglante ironie ! Blas« phènie et sacrilège l L'art n'est plus : je me trompe, c'est aujourd'hui l'épopée de Satan comme alord c'était l'épopée de Dieu ; c'est la divinisation de la chair, de l'orgueil et de la matière, comme c'était alors l'apothéose de l'homme Bpi« rituel, plein du souffle de Dieu qui l'inspirait; c'est lliommé qui se fait Dieu, en dégradant l'humanité jusqu'à la brute, comme c'était alors Dieu qui se faisait homme pour relever Thumanit^ en l'unissant à lui par l'amour.

ET D£ L'INPOSTRIE ACTrUBLS. i^

8^W«liè«e luilYmw^lle; *-lilirUloii «pli^rjielle.

Cette grande syatbè$e artistique du moyen âge n'était ^lla*môme qu'un détail de h synilièse universelle, exprimée par la société chrétienne tout entière dans son indivisible unité. Cette société avait deux p61es, rÉglise et TÉtat, le sacerdoce et Tempire, répondant à la double aatore de rhommê» Qsprit et corps, yempite n^était que le bras sé*^ culierde l'Église, instrument temporel de la réalisation de son œuvre 4^ns le monde des corps^ et son chef n'était que Févéque; du dehors. Autour de lui se reliaient^ hiérarchisés par hommage et foi lige, c'est-à-dire par amour et dévoue^^ o^ent yolontajr^i tous les défenseurs de la chrétienté, depuis les hauts barons et les comtes, les hommes des cités et les h)génus, jusqu*au}L serfs pourvoyant à la subsistance gé&é^ r^le : chacun s^ant, pour salaire de sa fonction, un bénéfice^ propriété indivise et inaliénable^ qui se transmettait avec la fonction dont elle était le moyen matériel d'aocomplisie* pi^nt; toutes ces propriétés inaliénables ayant leur centre dans la propriété ^commune de rJÊglise, patrimoine de Dieu et des pauvres, dpnt le clergé n'avait que Tusufruit. De mftmei tout principe d'organisation , de justice «t de sanc** U^a ^vile$ avait ^a racine et sa source dans la loi chrétienne^ critérium absolu de tout, pour l'individu comme pour U sogiét^, PQnr l'art et la science comme pour la pratique. De là un droit nouveau dont Domjit a développé l'unité dans sa magnifique introduction. Cette face temporelle de ta

164 DE LA Sa£NGE, DE L'ART

société, dont les éléments encore bruts ne purent acquérir dans le passé leur complète assimilation » avait, en effet, son principe dans la face spirituelle, dans TÉglise.

Car, de même que Tâme anime et vivifie le corps, ainsi l'Église doit animer et vivifier Torganisation temporelle ; mais de même aussi que les corps, par une incessante metamorphose, se dissolvent par la mort dans un intervalle marqué, pour fiiire succéder des formes nouvelles plus larges et plus parfaites aux formes caduques» étroites et imparfaites; ainsi i organisme civil, dans ses transformations succès* sives du moyen âge, n'était que Fembryou de la société diretieune parfaite, idéal toujours à Fétat de formation.

Cité des âmes, TÉglise avait pour chef Dieu lui-même, présent partout en elle : sur ses autels dans le saint sacrifice; dans les esprits par la grâce; dans l'histoire par le Christ attendu, venu ei continué ; dans chacune des phases, dans chacun des actes de la vie huutôine, par les sacrements et par le culte; daus la nature, par la science et Tart qui Vy montraient. Reliée aux trois triples hiérarchies, aux neuf chœurs des esprits célestes, dont elle mêlait la vie à celle de chaque homme et de tous, image vivante du ciel, dont elle es* sayait de réaliser Tidéal sur la terre, TÉglise constituait une société universelle eu Dieu, non-seulement de tous les hommes jetés dans l espace et le temps, mais, avec eux, de tous ceux déjà passés dans la seconde vie, soit qulndisso^ lublement unis à Dieu ils eussent déjà revêtu Tauréote des saints daus l'éternité, soit que, soumis encore à une dernière purification, ils achevassent le perfectionnemeiit de leur âme par Tamour : Église militante, triomphante et souffrante, ue faisant qu'une seule Église au ciel et sur la terre par la foi, l'espérance et la charité.

ET BE L'INDUSTRIE AGTDELS. j«5

Cçiie i^oeiété u&iv^selle en Dieu avait admirablement eoordottQé.et harmonisé, dans le rhythme sublime de son idéal surhumain, tous les lieux, tous les temps, tous les êtres; -—marquant du pied de la croix et de Tère moderne lés 4eux moitiés des âges, résumant dans l'aneien Testament toute Tantiquité, comme elle synthétisait dans le nouveau tout le présent et tout l'avenir ; — retrouvant dans la Pâque, symbole de la sortie d'Egypte, la résurrection spirituelle des individus et du genre humain; — dans la Pentecôte, anniversaire de la loi du mont Sinaï« la descente de TEsprit de Dieu, venant spiritualiser toutes les formes sous son souffle vivant ; -^ s'eneyclopédisant dans le temps, en faisant de Tannée ecclésiastique et de la succession de ses fêtes le calendrier de révolution des âmes et de Fhistoire spirituelle de rhumanité» ada{kté au cydede la révolution des astres ; -^ marquant chaque jour de Tannée par un saint apothéose au moment de sa naissance à Téteruité, donnant à chaque mois sa féte^ comme à chaque jour de la semaine et à chaque heure du jour sa signification religieuse ; — poétisant, bénissant, illuminant chaque phase et chaque acte de la vie de Thomme par un signe sacramentel : la naissance par Teau créatrice du baptême, avec le père et la mère spirituels ; Tâge adulte par la confirmation. Esprit du Dieu vivant devenu Tesprit de Thomme ; les fiançailles et le mariage par la consécration nuptiale ; les fiançailles à Dieu dans la virginité par ToiHlre ; la dernière renaissance ou la mort par Textréme-^onction ; le repentir et la réparation par la pénitence; la nutrition des âmes par TEucharistie , sons les espèces visibles du pain et du vin, éléments de la nourri* ture des corps ; — fêtant le jour du repos ou du Seigneur par les pompes de ses augustes solennités; accompagnant.

im mui SCIENCE, m vjat

béQÎ&siani tous les actes de h vie derhomne^ son lever, «on repas, son somuieil, son métier, son pèlerinaj^e, £4» croi-soldes, ses tristesses et ses joies.

Dans ce conçut universel des êtres, où c)iaoun rlsônnait de la plénitude de Tharmonie de tous^ et où les dissonanceselles-mêmes , en s'unissant , s'épanoaisstieni en acieords mélodieux, rien n'était isolé, séparé, divisé, tout étftil en commun, tout se faisait colleelivement, le travail comme la prière. L'Esprit-Saint lui-même distribuait les vocations et les aptitudes, d'après lesquelles chacun allait prendre éa place dans un des corps de la nation, membres à leur, tour du corps universel du Christ ou de Dieu fait homme, sacerdoce, myriades d'ordres ou de communautés monastiques, confréries de science ou d*art, corporations de métiei^, toutes avec leur fête, leur patron, leur bannière bénie par rÉgUse. Nulle part Thomme n'était seul, et le vw saji de rÉeriture était descendu jusqu'aux entrailles de la conscience des nations ; chacun Tavait compris. Tous ne faisaient qu'un en Dieu par l'amour.

Au lieu de cette magnifique unité, vous êtes arrivés aujour* d'hui jusqu'à l'hyperbole deTindividualisme. Tout est divisé, scindé jusqu'à l'atome, jusqu^au néant. On parie de sociétés Qidîs où donc est-elle? Une société est l'ensemble harmo* nieux dont nous venons de crayonner h peine une ébauche : qu y a-t-il de semblable maintenant? Et pourtant Dieu nous a donné, dans la création, le modèle visible de cette harmonie qui unit tout. La forme y est-elle jamais séparée de la cou* leur et du mouvement ? le nombre, du poids et de la mesure ? la lumière, de la chaleur et de l'électricité î la ligne, de la surface et du «oUde ? Où voyez-vous dans la nature la chimie solée de la physique, ou la physiologie de l'une f t deil'aatre ?

ET m VJjKDUSTRIE ACTUBI^S. 167

La loi qui régit les astres u'est-elle pas la même qui régit les corpuscules et les atomes ? Le minéral est-il en dehors de l'espace qui le circonscrit^ et du temps qui le mesure? La plante est-elle séparée de la terre et du ciel , elle qui se nourrit da Ym% et dâ l'autre? Eu uo mùU tout n'estrU pas synthétisé dans cet ensemble d'une ^i admirable harmonie, qui est la mesure de Tunité et de la diversité, et que pour cela on a nommé univers^ monde, qîie les anciens appelaient du nom de eoêtne ou beauté ? Tout y est distingué, quoique tout y soit un ; mais rien n'y est isolé , bien que tout y soit distinet. Telle est la réalité dans le monde visible ; telle doit être là réalité dans le monde invisible. Ne nous montrez donc plus ici la science, là le sentiment, plus loin la pratique, en nous disant : Voilà la réalité. C'est comme si, nous moiUrant séparés, d'un côté la tête, de Tautre le eœur, d« l'autre les bras, vous nous disiez: Voilà le corps humain* Faites un art qui soit science et pratique, une science qui soit art et conclusion morale, une pratique dans laquelle s'unissent, en ne faisant qu'un; la science et Tart, et alors seulement nous voiîs contprendrons. Que, comme dans la nature, tout soft un, bien que restant distinet, et que, sans cesser d^étre, toute distinction rentre dans l'unité : c'est alors que vous serez dans le vrai, parce que vous serez dans le beau et dans le bien .

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