DE LA SŒMGE, DE L'ART
dresse pour Dieu et i^nv nos frères. Il se révèle par cette vertu, cette force morale qui en découle, soif de dévouement et de sacrifice qui nous presse, et déborde de nos entrailles, comme un trop-plein de vie.
« Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu*. » Pourquoi n'y a-t-il que les cœurs purs qui voient Dieu? Parce que seuls ils aiment. Car si la sensualité et la volupté sont Tesprit s'incarnant dans les sens et dans la matière, la pureté c'est le cœur brisant les limites périssables de toute beauté et de toute félicité créées, pour s'absorber et se perdre dans la beauté et la félicité incréées ; c'est l'homme se renonçant, se niant, se désappropriant de lui-même, et sortant de soi par le ravissement de cet amour divin, qui rejette tout fini pour s*abimer dans l'infini. Aux pompes, aux richesses du monde, il oppose la pauvreté, la nudité de l'esprit qui, pour Dieu et ses frères, se dépouille de io\xi, heureux les pauvres ! — à Tégoïsme qui jouit^ il oppose la souffrance volontaire du sacrifice, lieureux ceux qui pleurent /— à la force brutale de la matière, il oppose la vertu pénétrante de la douceur de l'esprit, heureux ceux qui sont doux / — à la faim et à la soif de la cupidité, qui veut tout pour soi, il oppose la soif et la faim de la justice qui se fait tout à tous, heureux ceux qui ont faim et soif de la justice! — à l'indifférence, qui regarde comme étranger tout ce qui n'est pas ^oi, il oppose la solidarité qui, se rendant responsable pour tous, porte l'humanité tout entière dans ses entrailles, heureux les miséricordieux / — à la volupté, qui cherche sa jouissance en soi-même, il oppose la pureté de l'amour qui ne cherche son bonheur qu'en Dieu et ses frères, heureux
1 Saint Matthieu, c. v, v. 3.
les cœurs furs ! — à l'esprit de guerre qui divise, il oppose l'esprit de paix, qui est le lien des âmes, heureux les pacifiques I — à la lâebeté, qui est le fond de la nature humaine décLue, il oppose le courage qui souffre persécution pour la justice, heureux ceux qui souffrent pour la justice! — se faisant ainsi anatbème et malédiction pour tous, en face de la science, qui ment, en le persécutant, vous serez heureux lorsque les hommes vous maudiront! — Vous le voyez, le critérium de la vérité ce n'est pas la raison humaine, le syllogisme ou la science, mais l'amour, dans sa pratique réelle et vivante, faites que votre lumière brille devant les hommes j afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu*ils glorifient votre Père y qui est dans les deux! — C'est ainsi que rhomffie ne voit, ne touche et ne sent Dieu, que pour le manifester par ses actes, et écrire dans sa vie la théodicée pratique.
Du reste, nous développerons, en parlant de la mystique, tout ce qu'il nous reste à dire sur la vision de Dieu, et en Dieu du monde entier des esprits purs et des bienheureuK.
ïïM ralMon Jatomie, d«B« le iempm^ la re«le de r«mewr
▼eni l'éteriUlé.
Nous ne venons pas, au nom de Tamour, cette science pratique de Tinfini, instruire le procès de la science humaine. Ce procès est depuis longtemps jugé. Notre siècle a condamné, sans retour, toute autre étude que celle des sciences physiques. Il a constaté, par Texpérience de tous les lieux, de tous les âges et de tous les hommes, que la
philosophie n'était ^tt'ttUë |ythtiaàti4be plUS bU ffibiflë subtile de Te^prlt, qui pfeul àpj^rëfadfë ï fiisj^iltèi' ftanft Bh^ mais qtli ttë réséill et ûé «aurait Jamàlâ résoudre aiielitlë questioti de quisltiuë ofdré i|u*ëUe Mi \ et la doëtrine hégélienne, en donnant; pdttr dértUél' tériilë de la vérité, H eontradiction absolue et la négaliUri uhiT^hëllë, à rigéUt^U-^ sèment déterminé le véritable fcaractère de toute philosophie qui veut être son principe à ellë^ttiéme; Nbtrë siëble à de plus constaté pâb tes faits et par rexpériëhcè de toU^ lë^ systèmes et de tous les temps, qUë tbutë àUtrë Vbié d*érbdU tion ou d'histoire, de bonception bu de phébobëhe, (ibilr résoudre lëii prbblëmës sut Diéb, rUdiVèrS; Thoinn^ë, ^eS origine» ëi; âëb destinées , est tâdicâleniêbt iibpblssabtë : ehacun ne faisaht, sbus cette vàiUë liptiai'ënbë de sdedbe, que le rbniatt dé sa |iiropre iniaglnâUon , dé ^èi dëëirs, dé sëë préjugea, de Ses rêves. nestëUl dbiiié tes Sciëncëis ptiy- Siques> qui seules Ont gaMë lé titre et lé râbg die sbièncë^. IVbUs bë lés attaquons polbt en ëllës-ttlêmé^. Hôte pafisa' ger de la nature, l'homme doit s'en servir pour l'aceomplissementde son œuvre terrestre, et ces sciences de l'espace et du temps lui en fournissent les instruments. Mais elles doivent être un moyen et non un but ; elles doivent servir l'homme dans la réalisation de «es immortelles destinées, et ne peuvent, sans crime , êtfe le pottfvbyeur abject de ses jouissances animales et de son orgueil. C'est ainsi, comme nous ràvôus dit au début, qu'elles doivent étire coîiçUes, dirigées, appliquées, par àtnour néh du tlni, mais de l'infini. Alors; leur routé s'illûniinànt soudain dimmenses Clartés, elles résoudraient bientôt le Ifobd dés problèmes, dont iéllesallaîjUeht à peiné encore la surface ; elles dohnèlrâieht k Thoininfe là conn&issànèé rêéllê et v^àié dé là nature, do'nl elles ûoni-
ET BË L'iKDtT^ftJdB AËtltËLS. m
brem et t\k%MM situplëtnèiit le^ àppàreiibël^ jf^hëntfUëddlé^ • elles lui titreraient, avec le sectét dé ^èd inyàtèrëd, dëâ ti^ésors dé piiisiâànces cachëëSi dont nos trécëhtes ëbn(}iietëâ il'ont encotn tottehé que répidé^ttlë^ et ({(li irendfâlëtit à rhoiiilnë, roi de la eiréatiod, une VéHtàbië et ebm|ilëte ^bUvëràiîlëté sur son domaine révblté fet sur llll-ttietoe. Sbléribë tivânte de rittfltii, rameur est ati fond le tirai prineij[)ë générateur des scieiices même piirëtoërtt huniaiues. Peut-être , enttàttt plu§ tard dans les dëtàils, dirons-nous cômmëht et pai* quelles voies, la charité à dirébtéttlénltréé tbiites lés sciences moderheâ, ainâi que noua le pirouvërônà ^ar les fàit^.
Si les prii^blèmë^ de là physique et de la bhimle ont quel^ qufe liliportattce pour la Vie dé nos ëorps^ les problème* sur Oieurla dëâtinéë finale de rhbmme, là vie ftiture, la jlistiee et la vérité ont une tout autre itoportcincé ^oût la vie de nos âmes. Or, toUs tes prbblërtiës derihfini, c'est Tafaibur qui les pbfee, qui les conçoit et les résout, câir YitùM b'fest Dieu dans Thomme, et l'hoinme en Dieu, b'eist Ife râj[)poh 'dÛ fini et de Tinfifti dans cette unité Vivâtilé, Iqui les unit pour jftmais. Faites donc place li ràmohr l Votr'e stiericë, vbus avez vil ce qu'elle vaut, ce qu'elle est; houi râtbris jn^éé avec le cfeur, par amour 'pom nofe frèreâ égarée par elle danà totiteâ lé^ voleâ qui hiènënt aux abîmés; hbnà ravbhiâ jugée par le^ faits et par l'expérience dels générations passées et par le* mauk qu'elle j^répareàUx générations futures.
Mais enfin^ dira-t-on, iqùfel est donc lé rôle de ce qu'on nomèiie dans Thomme rinteMîgèttcé, bu la raison 1 Ce rôle est simple. De même que, selon la parole rie l'Àpôtre : « Died éfet ataour, ^ l'homme, créé à ritaage et à là nesséihblàhce de Dieu, est amour aussi. C*est là èon action et sa vife 'dtans Tordre. Mils Tamour, iqui ésfeti Dieu, l'àmbûr qui *^t btëù
iU DE LA SGIENGE^ DE L'ART
même, cestramour infini, e'est-k-dire, quiest à lui-mémeson Prineipe» sa Loi, sa Fin, unité delà trine personnalité que la révélation catholique a nonomée le Père, le Fils et l'Esprit- Saittt. pans Thomme, Tamour, indéfini dans son aspiration et dans son essor, tend sans cesse à embrasser son objet, qui est Dieu, et en Dieu tous les êtres. Mais cet objet étant sans fin, sans terme possible, puisque c'est Tinfini, Dieu a donné à cet esprit d'amour, qui est la vie même de Thomme, la faculté de produire une forme, limite qui indique et jalonne négativement le parcours de sa route incessante, au sein de l'infini. Je dis négalivement, car toute forme qui circonscrit et limite, étant précisément l'inverse de Tinfini, qui est sans terme possible, ne saurait l'exprimer, que comme le cadavre exprime la vie qui s'en est retirée et dont il ne contient plus rien. Yoilà pourquoi la pensée n'est qu'une simple image, une abstraction, non qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est simplement une forme limitative , qui exprime la réalité vivante comme l'univers exprime Dieu, c'est-à-dire par opposition, par inversion, comme la mort par sa négation exprime la vie, comme la haine par sa négation exprime l'amour. Aussi, à proprement parler et dans le sens réel, la pensée, la science humaine est justement le contre-pied des réalités vivantes, et il faut prendre l'inverse de toutes ses propositions pour avoir la vérité. Yous arrêtez-vous au phénomène? Yous n'avez pas évidemment la réalité. Il faut, pour la saisir, traverser le phénomène. Yoyez eu effet, la science roule tout entière sur ce principe fondamental, que rien n'est intelligible s'il n'est défini, c'est-à-dire déterminé, circonscrit dans le fini. Or l'Intelligible suprême, Tlntelligible réel, ou Dieu, n'est l'Intelligible absolu que parce qu'il est infini, c'est-à-dire absolument en dehors de toute forme,
et de toute mesure. La science ne connaît que des idées, de pures abstractions , tandis que la foi donne au cœur, comme dit TÂpôtre, a la substance même des choses. » Bref, elle ne conclut en définitive qu'à des formules, c'est-àdire à ce qui est passager, limité, multiple, ou Topposé de la vérité, qui en soi est une, éternelle, infinie.
Concevez-vous maintenant le véritable rôle de la raison? C*est celui d*un signet dans un livre, d'une borne métrique sur la route : elle marque au lecteur de la vérité la page ot il en est, au voyageur vers Dieu, le nombre de mètres parcourus. L*amour donne spontanément, instantanément la vérité, par la communion à Dieu, qui est cette Vérité même; mais il la donne infinie, c'est-à-dire sans arrêter Tessor, la projection sans bornes de sa vie toujours en mouvement. L'homme ainsi en est possédé, bien plus qu'il ne la possède; il se perd en elle, bien plus qu'il ne la fixe en lui ; il fait partie de sa vie à elle, bien plus qu'il n'en fait sa vie propre. De là la nécessité de la forme qui, en la limitant la fait sienne, en la bornant se l'assimile et se l'approprie, en la formulant se l'individualise. Mais cette forme, purement négative, emprisonnant la vérité par la limite dont elle la circonscrit, il faut que l'amour brise sans cesse cette limite , dans l'es* prit qui en reconstruit sans cesse une nouvelle, vivifie cette formule morte, par l'esprit qui est en lui, fasse éclater cette forme comme un vase trop étroit, pour faire place à d'autres formes plus hautes, que son action toujours ascendante fait éclater encore, et toujours ainsi dans le temps et dans l'éternité.
Les sentiments, les pensées, les volontés de l'homme sont les formes spirituelles de Tamour, comme les corps sont les formes matérielles de l'idée qu'ils manifestent. De même
lie DB IX SGIEKGE, DE L'ABT
que l9 via pbysiqae ne se maiatient^ ne se développe et ne se perpétue» qu>n bridant sans cesse les formes visibles qu'oq nçipme des oorps, pour en recomposer sans cesse de ncmveapx, ^insi (s^ vie spirimeUe ne se conserve, ne se per« fectionn^ e^ n^ s'éternise, qu>n brisant incessamment, par Tamour, toutes qe^ formules passagères qu'on npmme sen^ tiipeq^s, pensées e| volontés, pour en recomposer incessamment de nouveaux plus parfaits. Loin d'être le oiouve-^ )ppnt| 1^ vérité et la vie, ees formes, prises en elles-smém es, n'en sont que la limitation» Toujours immobiles et mortes ppp le côté qi|i limite la vérité, elles ne servent à Thomme que lorsque, les prenant à Tinverse, il tira de leqr négation même Tafflrmation continue de l'amour qui les transfigure^ en les illuminant de sa vie* Elles sont toujours multiples, l'amour e^t toujours un comme la vérités elles sont toujours passagères, l'amour est éternel coipme la vie; elles sont toujours une négation comme tout ce qui est purement fini, Tamour est toujours Taifirmatiou positive et vivante de Tlnfini ou de Dieu, qui est son principe, sa loi et sa fin sans fin. Il n'y a doue, il ne peut y avoir d'autre science réelle et pratique que l'amour, qui seul estré^ément premier, la rai^ spUf la vie de ees formules mortes que le monda appelle sK^ieqcOi et qui n'en est que le squelette eu le signe.
ET m l.'0IDU811IE AOrUELS. 1»
vn.
La science bumaina» saps le savoir, oe dit paa elld^méniQ autre cbo§§, Qi|>$t-aa» w eff^t, que U raison, ce Jupiter olympien du pagapisme moderne, ee principe, foyar d'une idolâtrie gni n'a fait que isbapger de pom? Gertainemeot personne n'admet que ee soit une entité réelle, une entélé<i cbie, iine personnalité. C'est une forme de notre esprit, ypilà tout, Qui dit forme dit limite, terme, borne. Mais la projection de l'esprit humain est par ellef^méme sans bornes s sans cesse il vit, agit H 3e développe ; sans ^esso il pro^ gresse et s'avance de lumières en lumières, de clartés en clartés. Par 1§ caractère fondamental de sa projection, de ses
aspiratinn^t ^^ ^^'^ ^^^^t ^^ ^ ^^ ^^^ l'esprit humain est donc prépiséwept l'opposé de cette borne, de cette forme lip^itée, qu'on nomme la raison humaine, et qni n'en est au fond qn^ l'éternelle contradiction, puisque ce n'ost qu'en niant et niapt sans cesse cette borne, cette lettre pAortOi que l'esprit buipain a son mouvement, son essor et sa vie, et qu'il possède la vérité, eq pn rejetant incessammopt les formules vi4eS} pari;p qu'elles n^ peuvent contenir le tout d'aucune vérité* Off P4tto prpjeption, cetfai aspiration continues dit l'esprit, c est pe que dans toutes les langues humaines on a nommé l'amour, et ce que l'E^vangile appelle du nom plus profond et plus doux de charité, en l'élevant jusqu'à l'ordre
spirituel et divin.
Gomprendrez-vous enfin? Gomprendrez-voua cpiiâ h v4«