‹ De la vie et de la mort des nations, par l'abbé GabrielChapitre 16 sur 23 · IV · texte numérisé non relu

IV

■WM^iile mê Vliiti|nuMI«B.

Tout tnystère aboutit à l'infini. De èe côté» InaceèsslMe k la raiBon liumaine qu'il déborde» U se révèle au^cceor èomme amour, «'empare de rbomine pour remporter dans lès région0 de ta vraie vin, et lui dohne le sena des ekosea divines. Appliquez cette loi au mystère de Tlncarnation, et, ai vous aimee^ si vous savez juger l'arbre k ses il^uits, vous seiitires avec admiration les harmonies qu'il a avec la nature humaine et le but de ses hautes destinées. L'expérience de tous les âges et la v^tra ne vous jonontrsul-eUes pas, par la pratique et les faits, que le Dieu absUrait de votre métaphysique vous laisse isolé, solitaire, sans que sa présence et son action puissent seikire sentir k vous, parmi les luttas qui s'accomplissent dsns les profondeurs de votre être? Gomment, en effet, sa vie incréée et infinie peurrait-elle s'unir k votre vie créée et finie? Pourtant, s'il n'est pas présent, vivant et agissant en vous, il n'est plus Tétre, h vie^ Taete infinis, il n'est plus Dieu. D'ailleurs, Thomme a toujours senti que cette union était le premier besoin de son être. Quelle valeur peuvent avoir vos abstraites arguties contre un mystère qui satisfait ainsi ce besoin fondamental? Dans le Dieu-homme je trouve ma nature finie indissolublement et substantiellement unie k l'infini, dans l'unité d*une personnalité divine, et toutes les tendances, toutes les aspira-i tiens de mon être harmonisées en Dieu, dans le centre éternel de son Yerbe. Que faut-il davantage? Dieu et l'homme

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lie âont ttdis, »é pmyéhi Vètté qtCen Jëstiâ-Ghrist. ktitepUt dont cé d6gme qtie k foi nous rév&le, et vous saisirez par le cœtif toâtè là profondeur de dette parole que la Vérité même a dite ! « QUlIs soient un en nous comme nous soinmed un. »

Que de mystères contenus dans ce mystère, qui les em^ bipasse tous ! II noUs fendrait plus que la langue des anges» pour raconter toutes léi merveilles de cette incarnation du Verbe, et de sa cofacêptiott dans le sein de la Vierge mère. II ne nous est pas défendu de cireuser les vérités que la foi nous révèle, et de demander aux mystères de la nature une image des mystères de Tinfini. Il est une de ces figures dont se sert l'apôtre, lorsqu'il parle de la greffe de Tolivier franc sur rollvier sauvage, et dont Jésus-Christ dit lui-même, il propos dé la fructification de la vie spirituelle : « On ne cueille pas de raisins sur des ronces. » Regardez, en effet, ce qui s^accofiaplit dans la nature. Un arbre sauvage ne produit rien, ou ne donue que de mauvais fruits : c'est Tbomme déebu. Dieu a établi Une loi, selon laquelle cet arbre peut produire de bons fruits : cette loi, c'est la greffe. Mais cellee\ doit être de la même espèce que l'arbre greffé. Cherchez maintenant le moyen de rendre boti l'homme déchu. Vous le cherchez depuis longtemps: Tavez-vous enfin trouvée Non. Èh bien ! ce moyen, c'est une greffe divine. Dieu seul est bon d'une bonté absolue, la révélation et la simple rai^ son nous le disent. Lui seul donc, en se greffant sur nous, peut nous ramener au bien. La greffe doit être de môme nature que le sauvageon i c'est pourquoi il se fait homme. Hais prenez garde, cette humanité doit être absolument pure et parfaite ; il faut donc qu'elle vienne immédiatement de Dieu, et non par la source corrompue de la génération

id8 JÉSUS-CBRIST ET L'ÉGUSE.

humaine, « Et iroici qu'une vierge enfantera. » Mm si la Vierge est réeUement mère, il faut qu'elle ne puisse donner au fruit de ses entraillei^ ce germe de corruption que transmet la génération humaine, et partant qu'elle n'y participe pas elle-même. De là Fimmaculée conception de Marie. Quelle logique profonde, inattendue, saisissante, dans Tenchalnement de tous ces dogmes ! Quelle intelligence humaine eût pu les inventer? Quel prodige eût ^u les faire accepter au monde ? Comment ne pas y voir la main de Dieu lui-même ? Tel est le mystère de l'Incarnation^ mystère de la greffe, contenu dans ces paroles de saint Pierre : In mansuetudine mscipite iimtum verbum qui potest salvare animas ve$tra$.

Oui, Marie est immaculée dans sa conception. Tous ceux qui ne font pas acte d'isolement, c'est-à-dire d'égoïsme et d'orgueil, ont pour centre vivant l'Église, qui a incliné son front sous la parole descendue de la ville aux sept collines. Or, L'isolement c'est la haine, comme la communion des âmes c'est l'amour ; la haine ne sait rien, et l'amour apprend tout. Mais rÉglise permet à ses enfants de chercher la raison des mystères qu'elle proclame* L'avènement du Christ est une création nouvelle, nova in Christo ereaturat dit saint Paul ; chacun de nous est créé de nouveau dans le Christ, ereati in Christo Jesu^ création qui transforme la vie d'Âdam, que nous avons tous reçue par la naissance humaine, ea la vie du Christ qui nous est donnée par cette seconde naissance, Christus vitavestra. Gesses de diviser les vérités entre elles, et lorsque vous en aurez saisi Taddoiirable unité, votre cœur tressaillera d'allégresse, il ne discutera plus, il aimera^ Considérez donc le dogme de l'immaculée conception dans l'ensemble des enseignements de la foi. De quoi

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s*agit-il dans Fceuvre du Christ? D*une nouvelle création des âmes. Dieu reprend son œuvre première par ses fondements, ramenant toutes choses à leur point de départ. Là, le proto* plaste de l'humanité vient immédiatement de Dieu, car il doit être sans tache, afin de rendre à Thumanité déchue la pureté immaculée de sa primitive origine. Mais il faut cependant que le Médiateur soit homme en même temps que Dieu, afin d^unir substantiellement en lui les deux natures : voilà pourquoi il vient d'une mère, mais d'une mère seulement, d'une mère vierge, n'ayant d'autre père que Dieu. Il fallait qu'il fût bien de notre race et qu'il touchât à nous par toute son humanité : voilà pourquoi sa mère naît au sein de la famille. Mais parce que c'est TÈve nouvelle, le mat ne la touchera pas plus qu'il n'avaittouché la première Eve sortant des mains du Créateur : de là l'immaculée conception. Quel sublime enchaînement entre tous ces faits! Comme ils se répondent et s'expliquent l'un par l'autre ! Sortez des lois de la matière, qui ont leur raison d'être en Dieu, et partant sont subordonnées aux lois plus hautes de Tordre moral ; cherchez dans la vue claire et purifiée de l'esprit l'explication de ces croyances séculaires de l'humanité, qui sont le foyer de sa vie spirituelle ; voyez par le cœur, et vous aimerez ces mystères, qui spiritualisent et sanctifient la nature humaine jusqu'à l'éblouissement de sa faiblesse, jusqu'à l'apogée de sa grandeur. Vous les concevrez parce que vous les aimerez, et vous les réaliserez en vous, parce

que vous y trouverez la plénitude des harmonies de tout votre être.

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Mais pourquoi tous ces abstraits raisonnements, nous qui ne voulons plus en faire, et qui aspirons à n*étre, au milieu de nos frères, qu'une vivante explosion d'amour? C'est que selon Tapôtre nous devons nous faire tout à tous» pour les gagner tous à Jésus-Christ.

Le mystère de Tunion de la nature infinie et de la nature finie en Jésus-Christ doit, dans les desseins de Dieu, s'accomplir en chacun de nous, pour être une prolongation du Christ à travers les âges, comme l'homme n'est sans lui qu'une lamentable prolongation de TÂdam déchu» tout en appartenant à Thumanité, le Christ est en dehors deThumauité ; il ne porte aucun nom d'homme , car il n'a point de père sur la terre, afin d'être lui-même le pèr^ de toutes lès âmes. Il a pris simplement la nature humaine, pour que rËglisep6t nous engendrer de nouveau, en formant Jêsûs-Christ en nous, filioH quos iterum parturio donec Christtis in vabisformetur, dit saint Paul. Si vous niez ce mystère^ c'est que vous n'aimez réellement ni vous-même, ni vos frères. Quoi 1 vous cherchez par d'innombrables systèmes à relever l'homme, dites-vous, et lorsque dix-huit siècles se lèvent pour vous montrer dans ceux qui suivent notre foi le génie illuminé des splendeurs du Yerbe divin, le cœur débordant pour Dieu et l'humanité d'un amour sans bornes, des multitudes écrivant avec leur sang la vérité sur toutes les zones de la terre,

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des âûges humains consolant toutes les douleurs» guérissatit toutes les plains, soulageant toutes les raisères, prenant les chaînes du captif pour le rendra à la Ubertét chérissant toirt te qui est pauvre» nu^ opprimé, méprisé, votre cœur ne Se fond pas dans votre s^, et vos genoux ne se plient pas pour adoter avec amour l'esprit de vie qui a produit ces chor sn^ 1 C'est que vous ne vives plus» c'est que vous êtes morts. Mais le Christ n'a-t-il pas rendu la vie aux morts ? Lazares^ kvet^vous et marchez sous la main» âoos le souffle du Christ, car la vie du Christ, perpétuée dans l'homme» est la vie de Dieu même en nous.

Le fojrer de la vie de Thomme» c'est vous seul^ ô mon dieu, parte Christ. Mais, Bemblable à un astre qui a perdu aon centre de gravité, l'homme n'a plus le vrai sentiment, la loi 4e son être, oscillant d'un pôle à Vautre, et cherchant partout Torhite de sa vie. Do là, ces perpétuelles contra- ^ctioon dont parle l'apôtre, et qui» jusque dans ^es plus grands écarts, accusent la loi harmonieuse de Tindéfini, qui â pordu sa route.

Pourquoi» brsqu'il s'incline vers la terre oik cependant DÎBU a placé le trône de sa souveraineté, rencontre-t-il partout l'amertume et la souffirance^ sinon parce qu'il s'éloigne dei'inâni 2 Pourquoi, malgré la douleur qui dévxHre son corps, lorsque l'ime inondée d'amour ise dégage graduellement des liens de la chair et du sang» éproove-t-il les joies les plus pures, le bonheur le plus profond , sinon parce qu'il s^e rapproche alors de Tinfini? Pourquoi aussi la vie contemplative n'est-elle qu'un lâche repos, si elle ne se nourrit des vertus de la vie active? Pourquoi faut-il au cœur la lumière de Tesprit pour éclore, comme il faut à l'esprit la chaleur du cœur pour le féconder ? Pourquoi l'amour ne saurait-il jamais

i%% JÉSUS-CHRIST ET L*Ë6USB.

être sans coûnaissance, et la connaissance ne doit-elle jamais être sans amour? Pourquoi, dans tous les actes de notre vie, cette unité par la diversité, et ce contraste de Ton dans l'autre, dont Tineffable mesure constitue la charité? Pourquoi, sinon parce que Thomme est un mélange du créé et de Timpérissable, illimité par son cœur qui aspire Dieu et sa grâce, borné par son esprit qui limite ce qu'il voit, en le précisant.

Notre personnalité, lien de Tun à Tautre, reste toujours libre. Voilà pourquoi notfe esprit et notre cœur descendent parfois si bas dans Tabime de la matière , et s'élèvent quelquefois si haut dans les profondeurs 4e Finvisible, selon qu'ils agissent sous l'action de l'oi^ueil et des sens, ou sous celle de la vérité et de Tamour. Posés entre le fini et Tinfini, le fini nous attire parce qu'il est de même nature que la face qui, en nous, touche à la limite, mais en même temps rinfini nous transporte, parce que, comme dit Tapôtre, nous sommes de sa race* Aussi, lorsque nous souffrons en vue de Dieu, verslequel le sacrifice nous élève, « nous surabondons de joie dans Tépreuve, et nous sommes toutpuissants quand nous sommes faibles. » L'œil fixé sur Finfini, vers lequel l'indéfini de notre âme nous pousse, nous aspirons à briser toute limite, à traverser le temps pour atteindre Téternité, et dans cet élan sans bornes nous retrouvons en vous, mon Dieu, le centre de notre vie par le Christ !

L'homme re(roav«iit «a peraioiiniilUé.

Pour saisir^ dans son principe fondamental, la notion du Christ et par suite de l'Église, il faut reprendre la science catholique là où Ta laissée la scolastique du moyen âge, agitant la fameuse question qui, de llnde, lui était arrivée par l'école néoplatonicienne. Cette question était celle du particulier et de l'universel. Si on la dépouille de ses formes abstraites, et si on la pose dans le cœur, dans la réalité de la vie ou dans Tesprit d'amour, sa solution est simple et facile.

En se séparant de Dieu par la chute, Thomme, au lieu de prendre conscience de sa personnalité dans l'infini, au sein de l'unité divine, se personnalise pour ainsi dire dans son orgueil, dans la création extérieure et visible. Qui ne voit que là est le principe du multiple et de la contradiction ? L'homme, ayant brisé le lien d'union avec Dieu^ se trouva dans le moi divisé, dans l'individuel 1

Sa génération ne fut donc plus qu'une opération d'individus divers, sans lien commun. Il n'engendra pas à Timage de Dieu, principe de toute unité, mais à sa propre image', source de division. « Ce qui est né de la chair est chair, » dit l'Évangile. Adam tombé n'engendrant plus que selon la chair, ses fils, « nés du sang, de la chair et de la volonté de l'homme,^ » ne furent plus que des êtres purement individuels, désormais sans parenté, sans lien avec l'Universel

< Genèse.

* Saint Jean.

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absolu, qui est Dieu. Le corps, simple instrument d'individualisation, ne pouvait aboutir par lui-même qu'à individualiser; etThomme, ayant fait de la chair sa propre personnalité, n'était désormais que le fils de Thomme, et non plus le fils de Dieu ou de Tesprit. Ainsi, Tindividuel c'est Thomme s'enferman^; dans la matière , c'est Thomn^e animal , ç*est l'Adam tombé, et toute sa postérité jusqu'à la rédemptiop. L'universel absolu, c'est Dieu. Voulant unir de nouveau à lui l'humanité déchue ej; la série de tous les êtres, Dieu devait ramener son esprit dans la génération adamique. Voil^ pourquoi le Verbe diviq, type éternel de l'homme, reprenant son œuvre du premier jour, descendit dans la généalogie humaine, afin de faire rentrer les enfants d'Adam dans leur généalogie diviiie. Fils de l'homme, il en avait la nature, la volonté humaine, la liberté, et cependant sans personnalité différente de sa personnalité divine, afin de réunir Ip particulier à l'universel, la personnalité humaine à la personnalité divine. Comment ne pas admirer l'économie merveilleuse de l'incarnatiou avec ifotre pâture divisée de Dieu? Supposez une double perspnnalité dans le Verbe fait chair, et vous ne pouvez plus le cpncevoir comme centre d'unité entre Dieu et nous ; il n'est plus le médiateur unissant les deux termes divisés, Dieu et l'homme. Bien plus, l'unité de personnalité, dans les deux natures du Christ, nous donne le derniej" mot de notre réintégration dans notre nature originelle. Vons contemplez avec ravissement toutes les splendeurs de l'humanité du Christ; mais en lui la nature humaine et la nature divine, à cause de l'unité indivisible de la personnalité, ne constituent qu'une seule personne, qui est Jésus. L'amour, l'intelligence et la volonté de TboBime s'abdiquent librement, pour montrer à tous que le mioi seindé

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