‹ De la vie et de la mort des nations, par l'abbé GabrielChapitre 17 sur 23 · SD8-C»WST ET ^EGLISE · texte numérisé non relu

SD8-C»WST ET ^EGLISE

d^avee eélui d» Disa e^t m proieipe M mort, h souF^e il^ tous les noattx, et que la grandeur de rbpmiQe est i^m Ifi conscience de sop propre néant, qqi s'éclaire ?lors de tmif» les splendeurs divines. Voilà pourquoi le Christ , bien qu^homme, est sans personnalité humaine. Voilà cpinment» pour nous montrer la voie, la vérité et la vie de notre vrai^ nature, ii abdique la chair qu'il nous avaif. empruntée, et ^immole sur la croix, coniine contenant en npus les tristes éléments du particulier ou du moi animal.

Mais comment s'opère en nous la régénération ? Dieu | avons-nous dit, est l'Universel vivant, parce qu'il est Esprit puf infini, et que tontes ebeses ont eu lui a leur être, leur mouvement et (eur vie. » C'est pourquoi le Christ est conçi} par l'Esprit divin, et TÉglise elle-même n'est constituée que par Teiftision de cet Esprit. <x Ce qui est né de Tes? prit est esprit, » dit l'Évangile. Conçu de l'Esprit, le Christ B^engendre que selon TEsprit, et ceux qu'il engendre ainsi, ne faisant qu'qn.avec lui, qui est Fils de Dieu, deviennent en lui et paF lui fils de Dieu aussi, ex Deo naii sunt, dit saint Jean. Engendrés à la vie de l'Universel, auquel ils sont adr di^onnés dans Tunité, ils restent des êtres distincts, bien qu'indissolublement unis à lui, n'ayant plus d'autre amoBf que son Amour, d'autre intelligence que son Intelligence , d'autre volonté que sa Volonté, car ils sont tous un en Jésus? Christ, dont la personnalité est la personnalité divine ellemême. Ainsi l'universel c'est Dieu, et en lui Thumanité régénérée par le phrist dans l'Église, qui contient le particulier ou l'individuel, comme le tout contient la partie.

Oui» nott§ sommes réellement, véritablement engendrés selon l'esprit par le Christ et l'Église , comme chacun de Qi»us est engendré selon la chair par son père et «a mère;

i96 JESUS-GURIST ET L'EGUSE.

et c'est dans le sens le plus littéral, bien que spirituel, qu^il faut prendre les paroles de saint Jean qui nomme le Christ époux, et rÉglise son épouse. A chaque page de ses écrits inspirés, saint Paul revient sans cesse sur cette génération des esprits par le Christ et TÉglise, génération dont il nous révèle si profondément les mystères. Elle est le thème inépuisable de presque tous les écrits des Pères et des docteurs, renseignement universel qui ressort de toute la liturgie et du dogme, de toutes les pratiques du culte et des prescriptions de la morale.

La conséquence pour tout- chrétien, c'est que la foi au Christ et à la sainte Église n'existe et ne se manifeste que par cette génération spirituelle qui, faisant passer la vie du Christ, et partant la vie divine, dans notre vie humaine, la fait pénétrer et rayonner en tous nos frères par le sacrifice incessant de notre chair, de notre moi, de sorte que ce n'est plus nous qui vivons, mais TUniversel ou Dieu qui vit ea nous par le Christ. Quiconque n'accomplit point en lui ce sacrifice n'a qu'une foi morte, il ne croit réellement ni au Christ, ni à son Église, car il agit comme s'il n'y croyait pas.

Ayons sans cesse présente cette grande notion de la génération des esprits par le Christ ; car c'est là toute la clef de ce livre, le principe central auquel tout se rapporte, comme les rayons à leur foyer, c'est la sève qui donne à ce travail tout entier la réalité de sa vie. En dehors de TÉglise et du Christ il n'y a plus que l'individu, l'homme animal, la chair, la matière. Le Christ seul, dans l'Église, engendre la vie des esprits, et est le lien des individus. Çaus doute le Yerbe de Dieu, n'étant point limité par une personnalité humaine, s'est continuellement manifesté à Thumanité, avant comme après son apparition à la crèche de Bethléem, et les

germes de la génération des esprits se trouvent ainsi par* tout éclos, aux rayons « de cette lumière vraie qui illumine tout homme venant en ce monde S* » niais son action directe dans rÉglise peut seule donner la plénitude de la vie des esprits, qui est Tamour.

Adam charnel devenu Thomme-esprit dans le Christ, personnalité consommée en Dieu ou l'Universel par l'Église, chrétien en un mot, tu n*es plus fils de la chair, mais fils de Dieu. Issu de cette lignée divine, tu ne saurais conserver la filiation de cette sublime parenté, qu'en substituant la vie de Tesprit à la vie de la. chair, et en immolant en toi par le sacrifice Tindividuel k Tuniversel, l'homme à Dieu.

Que vous demanderai-je, ô mon Dieu? Avec le prophète, je vous demanderai d'envoyer à la terre votre législateur, qui nous fasse ressouvenir que nous sommes hommes; que la loi qui nous régit n'est pas celle qui règle fatalement la vie des êtres qui se meuvent autour de nous ; que toute créature, qui apparaît un jour pour disparaître, n'est pas de notre race immortelle; que si l'être visible, par lequel se manifeste notre vraie vie, est soumis au temps comme toutes les œuvres visibles de votre puissance, il y a en nous un esprit immortel que rien de borné ne contient et ne mesure, et dont vous seul êtes 1^ terme infini, une vie qui vous cherche, vous toujours le même, à travers toutes choses qui changent, une vie qui, contrairement à celle que le soleil mesure, et qui descend toujours vers la terre où vous posâtes son berceau, monte incessamment vers vous par des degrés sans fin.

Levez les yeux en haut et regardez à Dieu, vous qui, semblables h l'enfant dont le cœur est encore enseveli sous les

* Saint iean.

l^ft JEëbfe4:tiRIST Et L'EGLISE.

litiges de la chaïf, croyez que le mtttifle finit à rtôrSôn ôl le ciel et là terre seniblent se Confondre. Nléfez-vous V6S stiblime^ destinées? Mais si le spectâteui* reste itnmobilé, là terre n'en mâtche pas tnolhs sous ses pléAs i M TanltUal regarde le sol, le ciel n'en étend pâ^ moins âdn pâVitloii a'aiur siit sa tête inclihée. Qu'inipdhê k la véMté ^he Vous né croyiez pas à elle? En ést-ellë moins là véHlB t Parte que ràveuglè nie là llimièrë, là lUtnière h*ëxlstè-t-elle ps? Parte (Jue, t)efdtl dâtis les Senfe, vdu^ hiez le monde épjritliel, céssë-t-il pouf cela de dévdilët* Ëës hlërVèilléë â rUbinme qui dbéit a ^a Vraie nature? Non, Seigtiëiit", iiëu, fotlâ étë^ le Dieu des Vivants, et non le Dieii des iiioi*'ts !

L*hooime rattaché par le Christ à Dieu doBt il s*était se* paré par la chute; et replacé ainsi au véritable centre^ à Télernel foyer de sa vie^ c eslFhi^mme retrouvait progressi-^ veinent sa nature réelle et primitive.

Si nous pénétrons dans le monde des âme^ avec le cœur, nous sentons, 6 mon Dieu, que là il n'y a ni horizons, ni limites qui arrêtent Vélan de notre amour; G*est vous, Seigneur, toujours vous, esprit vivant, vérité vivaate^ amour vivant» qui vous unissez la créature que vous avez marquée de votre ihefTaçable empreinte, pour la faire vivre de vous, en vous, avec vous .

Placé sous l'attraction de Téternelle charité, Thomme se-

JfiStJ&^riRiST ET L'teJLtSÈ; ' m

(îdue les tUm^ qUi lë lient au tëtnps et à lâ création) pour se lâis&êr ewpôMër Vers l'itifllii qui Yiiilî^, en fivre, et '^'étl

Mmisti Égarée jjët* \h mk', u raison, 6 ifaoïl Dieu^ |)eui

bieti tié pââ eài^l^i'èndrë èet aspect dé Hdtre tie^ parce qù^aht^ l'iiitéUi|éUi!ë HiiiiiâiHë â pût MtïiH lâ étédltite ellô^ iflSmë. Elle peut Même lë nier, mii^ lé ccèui^ ëil Vdtt-, en tmichè 19 mm vivante par rinfihidèà défelr^ qlll l'flgitënt, et qdë tdtitéi» leS brëatU^ëâ, kn M âpi^oVtâiit ëHiiëuné ti qu'elles peuvent contenir de bierife, ne ëâuraiettt siJtisfkiPè. Nôtre etfeUt He m^m ti^alWettt qii'au ëein de rinfitti, et nbtrë eispHt jr dëpitb Sans cëksé;

Qu'ésl^ée Abm\ 8 iftbh Dietl, que hotte é«ur? L'htttïimé, dit lin PBfe de l^É^lise S m un ebriipd^é de eorps^ d'intelligëheë et de mut. Fini dàiis âbn cbrps^ indéfini ddbs led lèiidâUbeâ de sod ës))rit, dans les aSt)irationâ dé sbd tt^tit^ sa fielrâbiinalité tepbse entre dëdi milieui hu sein deéqdël^ il est jpWhgé. À sbil coinmenteinent dans le iemps, Tuiii-i Vëfrs tisible est le miliell qili le ^ortë , et où il {)uise â bôK ôrigiilé rette, lë ilibuvëiiient et H Vle^ au ^èiH de bette tiU^ tibn dont Dieu est le t)rincit)é.  6on ternie sans fin dàiis r éternité, le fflilifeU qui le tfeçblt t'est T Amour divin. ÈttlW ces deux milieux, sa përàonnâlité se créé, s'exerce et se développe, èoUs Tactioii de lâ personnalité même du Yerbë divin, dont l'humanité est Tinimonelle irradiation.

Ainsi rhomme tout entier vit au sein de la THnîté. Né au milieu du fini, le corps, étant le côté par lequel il touché à la limite, doit se transfigurer et devenir corps spiritliel, pour que l'homme puisse vivre au sein de Tinfini; Ce cblrps spirituel se forme dans le Christ et par le Christ, en qui

* Saint CyrUle.

nous devenons un nouvel être» une nouvelle créature, comme dit l'apôtre, en sentant, comprenant et pratiquant les choses du monde de l'esprit. Mais Tesprit lui-m^me implique la limite en même temps qu'il Texclut. Il faut donc que l'esprit se transfigure en amour pour que l'homme puisse communier à l'infini, et c'est ce que le Christ nous enseigne, en commandant à l'homme de se nier et de renoncer à luimême, pour le suivre dans la pratique de la charité, qui est <x la loi et les prophètes. »

Ainsi s'accomplit Tœuvre de la création spirituelle de l'homme en vous , mon Dieu ! Quel en est le principe? Le cœur qui, engendrantla pensée par ses rapports avec l'univers visible , transforme le monde entier des corps en un idéal qui s'unit au monde typique , et qui devient la forme de son intelligence, sa pensée, « fille du cœur,» comme dit saint Augustin. Quel en est le milieu? Le cœur encore qui, par l'amour, Tinteltigence et la pratique de la sainte loi de charité révélée par Jésus-Christ , unit le verbe humain au Verbe divin, l'esprit de l'homme à l'Esprit de Dieu. Quelle en est la fin? Toujours l'amour qui, par cette divine transfiguration, devient à la fois et en même temps Tamour de Dieu en l'homme et de Thomme en Dieu.

Merveille des merveilles ! Alors l'Amour « centre, lien indissoluble de la Trinité, n'est plus seulement TEsprit du Père et du Fils et leur éteraelle unité ; mais cet Esprit de Dieu,.avec lequel il aime toute créature, devient aussi l'esprit de la créature, avec lequel elle aime Dieu. Ainsi l'amour de Dieu et l'amour de Thomme ne sont plus qu'un amour unique et indivisible, par lequel Dieu s'aime en l'hoaune et par lequel l'homme s'aime lui-même en Dieu, n'étant plus tous deux qu'un seul et même Esprit dans un seul et même amour :

Qui adhœret Domino, unus spiritus esi^. » 0 Dieu ! tant de merveilles m'accablent, et tant d'amoqr me laisse anéanti d'admiration. Je me tais, je contemple et j*adore !

vm

li«l dftfl mllieax.

La voilà donc, Seigneur, la loi étemelle de notre nature. C'est Tamour qui en est le principe, le milieu et la fin : cet amour c'est votre Esprit en Thomme, et Thomme en vous par le Christ. C'est la vie une et universelle n'ayant plus qu'un Centre, un Esprit ; et ce Centre, cet Esprit, c'est le lien même de votre indissoluble Trinité , le foyer de votre propre vie, et, s'il était permis de le dire, le Cœur de vos trois personnes divines dans l'éternelle Unité de l'Esprit- Saint d'amour. Ainsi nous sommes faits « consorts de la nature divine. »

Cette loi, par laquelle nous avons conscience de Dieu en ayant conscience de nous-mêmes , a sa manifestation sensible même dans le monde matériel, et on peut l'exprimer ainsi : « Tous les êtres, à quelque ordre qu'ils appartiennent, participent nécessairement à la vie du milieu dans lequel ils vivent. » Tous souffrent et tendent à leur destruction, s'ils en sortent. Tous y poursuivent la série de leurs développements progressifs, s'ils y demeurent. Enlevez la fleur à la terre qui la féconde, à l'air qui la nourrit, à la lumière

. * I, Cor., c. vi, V. 17.

21)4 JlSbS^CifiRtSt fet t'EGLtSE.

qui la dolofe et qui tètlîplit Sttrt càMe d« pàtfutoè, 6t bientôt elle theuri: Vespàtë^ ttiltiitfeslé yif \é tMMY, 19 lutniëi'ë ëi l'électricitë, est lé ibiliëU Se m^ tes étreâ Su ihotidé visible. Tous y trouvent leur place, tous étanchent leur soif à ce foyer de leur vie, tous sont marqués du sceau de sa beauté ; aucun ne peut vivre en se dérobant à son action. Sous son puissant rayonnement le sablé se cristallise, le fer se transforme et devient lumineux, la fleur se colore et réfléchit dans les perles de la rdSéé ll^s St)l6t)deurs du soleil ; tout prend une forme, un mouvement, une vie. Vous le voyez, tous les êtres participent iléeedsmfemenl à la vie du milieu dans, lequel ils vivent;;

Or, le milieu véritable de rhumânitéi c'est Dieii : yeilà pourquoi Tamour vrai dans Thomme n'est pas autre que- Tamour même de Dieu; Eu effets le principe efficient de la vie de notre âme c'est cet Amour divin, comme le principe efficient du corps est l'âme elle-môme , de sorte que cet Amour est le germe de notre nativité spirituelle , comme notre âme, pour ainsi parler, est le germe du corps transfi<guré. L'espace de notre âme c'est le monde spirituel; son soleil c'est Dieu; sa lumière c'est Dieu ; sa vie c'est Dieu. Et vous ne voudriez pas qu'elle participât à la vie de son milieu divin !

Là, point de bornes à l'amour, à la dilatation éternelle de tout notre être. Le corps matériel vit du fini « l'intelligence de l'indéfini, mais le cœur surtout vit de l'infini. « Dieu est Aoiour ; » l'homme créé à la ressemblance et à l'image de Dieu est donc amour, comme son divin modèle. Or, où peut-il puiser cet amour, qui est sa vie, si ce n'est en Dieu, qui est l'amour absolu? L'amour de Dieu devient donc ainsi l'amour de l'homme, et, si l'en [lettt ainsi dtre!^ le

cœur àifib et le eœur httr&âin àe foirmeht pIUs k[n*hû seul et m6mé em^tf dans leqUël Dieu, en s'àimânt, airiie rhomoié qUi esi Vmn^ metné de sén mmf, et datls lequel rhbmitie, en aiifiâlit âé mi affltitat ditin, aimé Dieu qui é^t l' Amour même dans ^0» jj^rlneipè. Yôilâ pmir({uoi^ iH trais vertus qui ^otit le fond de notre vie d'initiation, lafoi, Tespérance et Fariiôur, Vfmmt seul âetliédhe ëtëkellétfaétit; Là foi éclaire là i-oute ({ûi âb0UUtàl'é(erHite ; VëApétme UOùs guide ddils les liitte^ ({ti'U UëUs fm émibir ; ffiàis Tàinbui' c'est la pssë^sibn dé la patrie, et la patrie des âmëâ Ë*Ëst Diéti, sèldu bës {idirôléâ de rÉcriture : « Entre dans la joie de ton Dieu, » et ailleurs : c( Je serai moi-même ta récompense et ton partage. »

La loi des milieux rend raiéén de tous les mystères de la destinée humaine. Dès Torigine, le milieu de l'homme c'était Dieu. Être créé, libre, il s'en sépare ; de cette chute naissent tous les maux qui accompagnent cet être sorti de san milieu. L'inearnation , la rédemption l'y replacent, mM sOiià [i ëbildillon ilé la (?.o6pératioii de chaque îiomnie, pôttf s^âpprôfiMëif té bénéfice de l'oeuvre divine : de là le replie de rEsprit-Sàiîit et de Tahiôur mêlé aux liiltès et aui sôtiWaricés, suite de là première déviation ; de ta ibii^ lés sâÉfedieht§ oli slpefe Sensibles dé fcettë répafatièri par l'amour, la communion eucharistique qui en est le centré, et l'Ëgliée p est la Société tiiêrfie avec DieU replacé ildhs l'huniaiiité pâb le ClhrisL

tel est, 6 nl'dh Dieu, le mystère de notre destinée. Par l'efTd^ibii fen lious de TÈsprit-Saint d'amour, nous participous à la vie de l'infini, dont la joie devient notre joie. Par eé sètis divih du c&Vih ^ùi est l'action de Dieu lui-thémé en Hbiis, hôllre propre pérsbîinalité s'unit à Dieu par le Christ; de Ik l^bHgihe âé cet iutihi que nous trouvons dans les prb-

^4 .TESUS-OIRIST ET L'EGLISE,

fondeurs de notre être. Par la puissance spirituelle, notre corps animal se transforme et se transfigure en corps spirituel. Ainsi, nous avons le sentiment, la conscience de nousmêmes en Dieu par le cœur» en nous-mêmes par Tesprit^ en autrui par la chanté, qui nous met en rapport avec nos frères.

La voilà donc. Seigneur, la loi éternelle et vraie de notre nature. C'est le cœur qui en est le principe, le milieu et la fin; et ce cœur, c'est votre amour en l'homme, c'est Thomme en vous par cet esprit d'amour.

I<*li«iiinie reliant, d«ii« le Cliri«i, le« rfeax meiirfefl.

Laissez-moi, ô mon Dieu, contempler avec amour Thomme, dans le caractère qui le distingue de tous les êtres qui composent son empire ; laissez-moi le contempler dans la loi fondamentale qui doit régir tous les actes de sa vie. Cette loi, c'est la loi de charité donnée au monde par Jésus- Christ.

Homme-Dieu , Médiateur, le Christ est la manifestation de cet amour qui unit Dieu à l'homme, l'homme à Dieu , chef-d'œuvre de TEsprit-Saint, tabernacle où la Trinité repose, cœur de l'Église, et par elle de tous les fidèles nés en elle h cette vie de Tin fini.

Le Christ, c'est le don de Dieu à l'homme ; la loi du Christ, c'est le don de soi-même à Dieu et à ses frères dans la sain- \^\4 ç( l'amour. Le don réciproque de Dieu à l'homme et de

Thomme à Dieu constitue là société, la communion des âmes, rassemblée des saints ou TÉglise. De là, la double nature, la double vie du Christ, dans l'unité de sa personnalité IndiTisibie, pour unir Dieu et Thomme, en distinguant l'un de l'autre.

Nous trouvons ainsi en lui la raison suprême de notre double nature et de sa double mission. Pendant que nous sommes dans le temps, nous appartenons simultanément au monde spirituel et au monde matériel, à Dieu et à la création, à la contemplation et à l'activité pratique en faveur de nos frères. Ces deux aspects, que nous contemplons en JésuS'Christ , et sous lesquels s'offre l'homme, loin de se contredire, sont, au contraire, l'expression même de la loi fondamentale qui nous constitue.

Cette loi, vous pouvez la voir de vos yeux, la toucher de vos mains, même dans le monde visible, qui n'est que le symbole du monde invisible. Voyez le cœur, principe de la vie physique. Partout, dans sa forme et dans son mouvement, il est double, sans cesser d'être un : double dans les deux parties de sa pyramide renversée , double dans sou mouvement de dilatation et de contraction. A son tour, le cœur n'est lui-même l'instrument de la circulation du sang dans le corps, que sous l'action du double principe d'aspiration et de respiration qui vivifie incessamment le sang par Tair extérieur, comme la nourriture lui en fournit incessamment les éléments. Toute la théorie de la vie spirituelle est représentée sous ce symbole.

Pour que l'homme vive spirituellement, il faut qu'il se nourrisse de la vie du Christ, qui lui est transmise par l'Église, et qui est comme la substance de cette existence spiritueUe. Cette substance se forme de tous les sentidents,

pensées et apt^s inspiras, vivifias, PQUfrjg â^ rEspfU ^ Christ. Mais cp sang spirituel, s'il psj, ppr0|is de s'exprirflgr ainsi, n's^qqaiert luiripéffl^ si| pfflpri^té vivifiante qi}'iu poQr Jaçl de l'infini, qui est cmm l'aiF divift que nPH§ gsgireRs parle cœur et respirons par Tesprit. Cette aspiff)(|pi) e^ c^fte respiration de T^nie en Qiea ne sont, ^^ fond, gn'uq § epl et n}éme aote, sous deu^'^aspects di^tinp|s. l^'^sgjf^iiQn ej|| \e résultat, Taotinn de pieu en Vl^omiue, pu 46 1^ grâee ^ la f^s; piration est raction de l'bpninje ^n Dieu, ou Tactivité par laquelle» s'associant à l'action de cette gr^ce, il se l'assiœilf pour en vivifier son être. De \^ le doqble n^puveipept A'^j^r ps^nsion et de concentratipn, par lequpl nptfe persnpnglité, bien que tonjpwrs une et indivise, sein})le pn opposjtipq ^vgq elle-iïkême ; car en même temps qu*ellp sp dilate ppmpiie poiif sprtir d'elle, afin de s'épanpuir en {)ien p^jr T^nnour, elle sg replie et se concentre en soj, comme poijf y fenfprmer tput par riptelligence. Cette concentration 4fi l'esprit ppuf tput apoir, pst en inéo^e temps une expansion 4p (^H? pour tout aimer. Ainsi se maintient et §e d^velc^pe la çjfcv? latioade 1^ vie spirituelle dans np|re |line. Le pesuf n'^ ppipt isolé de l'esprit ; jn^is l'esprit aimant Pien pt nqs frères» c'est le pœur qui se dilate ponrles embrasser dan§ son ampnf, et le cœur §p rppli^nt snr IpirfniSme pour y renfermer gn m ee trésor de çpp ^n^our, qui est sa vie, c'pst l'esprit qui ^^ cpncentre pppr faire de ce qu*jl aime un an^rp lui-fpéflfie. Ne séparez donc point le pœur de re^prit, car si vous les conisir dérez dans Tunité qui les consti^i^p, peu importe que y^\f§ partie?: de l'un pu de l'entre, ppiirvu que tdiite science conclue à Tampur» Pt que tout amopr implique une connaissaoe^ vraie. Ij^l personnalité humaine n'est ni à Tua ni à r^utvi; de ces deux pôles de son être, il i^st k leur eeBtre, daos la

spontanéité toujours vivante de cette double action réciproque. De sorte que Thomme est, dans Tunité de sa double nature » une imitation de l'uni t4 de Dieu dans la Trinité des personnes.

Voilà pe qu'est Th^mine, § pgn Dipq ! mU H'me antinomie vivante dont Tun des pôles est le sentiment, et l'autre la pensée^ impliquant et excluant h la fois toutes bornes ,^ Texpluant parle sens divin de 1- infini qui est Taiguillon de son amour, ^impliquant par ce terme déterminé et toujours fini cpii est sa pensée ; mais étant lui-même le lien de Fun à Tautre comme aetivité libre, soit dans le sentiment qui développe l'intelligence , soit dans l'intelligence qui vivifie le sentiment, tous deux ayant leur foyer dans la volonté.

Tel est Thomme, qui na!t dans le temps pour vivre dans Péternité ; il a son berceau sur la terre et la consommation de sa vie au sein de Tinfini. Ces deux aspects, dans leur harmonieuse unité, sont le caractère distinetif de notre vraie nature, et de notre personnalité dans sa force et dans sa grandeur. Si, par tous les points de son être, il touche au nombre, et à la mesufe^ par tous les désirs de son cœur 0 tottcb^ à IHnfini. V^us seul, é mon Dieu ! étés pour lui la meswe de ce qui est 3ans mesure, le terme de ce qui est sans terme I mais si l-infiiti s*u&it à notre esprit par son amour, le fini à son tour remonte à vous par le cœur. Aimec tout pour tout eonnaitre, tout connaître pour tout aifife?^ voilà Tacte incessant de rimmertelle destinée de l'homme. Ce).te destinée s' accomplit par la eommunion k 4é&ttstqiiri&t , dans TÉglise.

208 JfiSUS-GHftlST £T LEGIiSE.

Origine de« ttrto, éem «elences et de TiiidiiMrle ûmnm le prlnelpe religieux»

Lorsque, montrant dans l'art, la science et Téconomique, la source de toutes les corruptions, de toutes les erreurs et de tous les fléaux de Thumanité, nous avons mis, à la place de ce triple génie tentateur, Tamour qui seul éclaire, sauve et sanctifie, beaucoup ont d& se demander comment Tamour pouvait devenir un art, une science, une institution, susceptible de remplacer ceux qui s'écroulent aujourd'hui, entraînant dans leur chute la société tout entière. C'est que, dans le christianisme, Tamour n'est pas un simple fait individuel, mais un fait social universel, qui est la vie et le mouvement deTÉglise.

L'étude approfondie des origines historiques a tranché pour toujours les questions, jusqu'alors débattues par des théories purement arbitraires, maintenant résolues par les faits. On a constaté historiquement que tout, arts, sciences et sociétés, ne fut jamais que l'application directe de la religion qui, comme une synthèse universelle, renferme virtuellement en elle tous ces éléments, dont la filiation successive constitue le développement normal des principes qu'elle porte en elle. L'art n'est jamais que l'application extérieure de l'action du culte, pour inoculer et développer dans les âmes le sens divm, nommé, dans la langue des hommes, le sens du beau. Voilà pourquoi la première œuvre d'art fut toujours la pierre de Tautel du sacrifice, ou plut6t le drame

vivant de ce sacrifice lui-même. Voilà pourquoi au moyen âge, comme à toutes les époques organiques, le temple, ainsi que nous l'avons montré plus haut, était la synthèse de tous les arts ; et pourtant il n'était que Teuveloppe visible de Fart par excellence ou le culte. La science, à son tour, n'est qu'une application logique du dogme, agissant parla culture des eS" prits, pour leur inoculer la vision des éternelles réalités ou de la vérité vivante. La conception religieuse devient conception scientifique, en passant successivement de l'état de mystère à celui de connaissance. Mais, comme la vision du monde mystérieux de Tinfini croit dans la mesure même du progrès de la connaissance, comme la science offre d'autant plus de mystères qu'elle est plus développée, elle n'est toujours que l'actian pratique de la vérité qui s'étend successivement dans les esprits. La société enfin n'est jamais qu'une application, plus ou moins directe, de la société spirituelle en Dieu, manifestée parle culte, car toujours la terre doit être faite à l'image du ciel, la cité humaine bâtie sur le plan de la cité divine, ou plutôt l'esprit même du culte devient une organisation sociale, une économique vivante. Mais ces développements sont successifs, comme tout ce qui s'opère dans l'espace et le temps, et souvent il s'écoule bien des siècles avant que cette réalisation ait acquis sa plénitude. Ainsi tout était virtuellement dans l'Église primitive de Jérusalem, organisation complète de la société spirituelle et temporelle. Cependant les ordres monastiques en ont développé successivement, à travers les âges, l'application, dans une série de conséquences toujours nouvelles ; et aujourd'hui toutes les âmes d'élite pressentent une application plus universelle encore, tendant à faire rentrer les bases des sociétés purement civiles elles-mêmes dans le plan

divin de la croix, et à en faire une réalisation de Taction du culte par le sacrifice sous la forme du travail, de l'amour sous la forme de la solidarité des rapports, et de la sanctico sous la forme de la justice. On pressent de même que les Encyclopédies futures, science vivante et pratique, doivent âtre une application plus complète des principes déjà contenus dans les Sommes du moyen âge ; et que les cathédrales, devenues par leur immeuse dilatation comme des cités entières, doivent, dans un âge à venir, appliquer, par des développements monumentaux, les principes de Tart et de Tarcbitectonique de nos vieilles basiliques. Ainsi s'opère, par une progession continue, Taction de ce culte, art, science et économique éternels»

J'ouvre rhistoire, non pas seulement dans les récits tronqués de ses annales écrites, mais dans les monuments dont les débris sont encore debout sous nos yeux sur toute la sur<> face de la terre. Qu'y vois^je? Partout, sans exception, les arts, les sciences, les institutions, l'industrie, issus unique* nient du principe religieux qui |es génère, se développent avec lui, en lui et par lui; et, quand ce principe s'affaisse et disparait, arts, sciepcef^, industrie, institutions, tovt s'affaisse et disparaît avec lui. Lorsqu'il ton^be sans retour, Iqs natioH9 tombent avec lui et périssent dans leur chair comme dans leur âme, emportant jusqu'au sol qui les a nourries, et qui se change eu un affreux désert, en une immense solitude. Voyez Babylone. Avec sa religion s'élève ce fameux temple de Bélus, œuvre colossale d'art, de science et d'industrii^, pa^ lais monumental de cet illustre collège de prêtres astrouo« mes, qui ouvrent tous les horizons de la science humaine. Pèlerins, allez visiter ces montagnes de ruines accumulées sur les deux bords de l'Ëuphrate ; relevez par la pensée c^s

JESUS43ÏHÏST ET L'EGLISE. 2i 1

gigantesques monuments dont vous pouvez suivre encore les grandes lignes sur le sol, et dites si vous ne vous sentez pas frappés d une indicible admiration en présence de ces merveilles, dont les historiens eux-mêmes ne nous ont laissé qu'une imparfaite ébauche. Assurément ce n'est pas làTœuvredeThomme, c'est comme une manifestation de la puissance divine. Vous Tavez dit, on se sent là en face de Dieu même, parce qu'en effet l'art, la science et l'industrie, dont ces monuments sont les médailles géantes, ont pour base un principe religieux. Ce principe disparu, tout a disparu Sivec lui. Babylone aussi a eu sa civilisation matérielle, où elle s'épanouissait dans l'orgueil de son égoïsme insensé ; mais cette civilisation, qu'elle regardait coname l'apogée de sa gloire, sonna la dernière heure de son déclin. Ainsi de Ni> nîve^ ainsi de Palmyre; ainsi de toutes ces cités reines de la première antiquité. Ce sont là les faits, c'est là l'histoire.

Ainsi de la Perse : mais passons, la Perse s'est éteinte avec le principe religieux de son Zend-Avesta, source de ses beaux-arts, de ses sciences, de ses lois, de ses institutions et de son industrie, comme la Chine s'est affaissée dans l'immobilisme d'une caducité féroce, avec l'affaissement du pnncipe religieux de ses King, d'où sont issus ses arts, ses sciences, ses institutions et son économie sociale.

Après Babylone et la Perse, voyez l'Inde. Ah! si vous pouviez contempler vous-mêmes un instant du regard ces pagodes, qui tantôt parcourent des lieues entières dans les flancs des rochers qu'elles ont transfigurés en monuments cyclopéeps, tantôt épanouissent aux rayons du soleil leurs innombrables colosses, épopées vivantes de pierre; si vou3 vous perdiez dans les abîmes vertigineux des Védas, de leurs commentaires et de toute cette littérature aussi éblouis-

ai 2 JESUS-CHRIST ET i*EGLfôE.

santé de poésie qu*effrayaiite'de profondeur philosophique ; si vous rassembliez un moment devant vos yeux tous ces monuments indestructibles d'un art, d'une science et d'une économie sociale, émanés directement du principe religieux et ne manifestant que lui, vous diriez : Non, ce n*est pas rhomme qui a pu réaliser d'aussi grandes choses, c'est le génie de Dieu même qui a agi au sein de l'humanité. Et vous auriez dit vrai, car ce monde de prodiges est réellement au-dessus des forces de Thomme. Cependant, avec Faffaissement de ce principe religieux, tout s'est anéanti dans un misérable orgueil de caste et dans une orgie de bayadères. Comme le Persan qui ne sait plus même lire te Zend, le brahme épële à peine le sanscrit, et né comprend plus les monuments de ses pères. Avec le principe religieux qui les avait enfantés, l'art, la science et l'industrie indous sont tombés sans retour. Toujours la même loi, écrite par les faits, dans la leçon de l'histoire.

Ainsi de la civilisation bouddhiste au centre de l'Asie, au Tibet, auNepaul, au Japon; Ainsi de la terre de Cham, en Ethiopie, en Egypte. Voyageur, arrêtez-vous un instant ici; placez-vous en face de ces pyramides, de ces hypogées, de ces temples immenses, creusés dans le vif du roc par des mains de géants; l'homme se sent confondu, écrasé, anéanti devant de tels spectacles, et, muet de stupeur, il n'a plus même la force d'admirer. Une borne mutilée de l'entrée de ces temples suffit à la gloire de la principale place de notre capitale. Qui pourra dire l'art, la science et Tindustrie, j'allais dire divins, de ce peuple qui, vieux de quatre mille aus, précède l'invasion des Arabes et des rois pasteurs ! Nés du principe religieux, ils disparaissent avec lui, et quand ce principe s'efface entièrement, arts, sciences, institutions,

lois, industrie, tout, jusqu'aux hommes eux-mêmes, jusqu'au sol végétal qui les porte, disparaît pour ae plus laisser dans cette immense solitude que le Siable du désert.

La Grèce et Rome elles-mêmes ne vivent que la durée du dogme religieux qui les fait naître, et s'éteignent avec ce dogme d'où tout est issu dans leurs courtes destinées. Mais quel peuple nous offre un exemple plus frappant de cette loi permanente de Thumanité que le peuple juif? Dépositaire du dogme de Tunité de Dieu, il est dispersé et réduit en captivité dès qu'il l'abandonne, rétabli dès qu'il y revient, et dispersé enfin pour jamais dès qu'il se révolte contre l'attente universelle d'Israël et les prophéties, en mettant à mort le Messie. Ici la société civile et la société religieuse, l'art et la morale, la science et le dogme, l'industrie et le culte, la législation et le Décalogue, forment un tout tellement un et indivisible, que le tabernacle d'abord, le temple de Salomon ensuite, sout en même temps le forum et le palladium de la nationalité politique. Ce tabernacle et ce temple, c'est Dieu lui-même qui en donne minutieusement le plan, eu indique tous les détails et en inspire les ouvriers. Ici l'art, la science et l'économique ne sout pas seulement issus du principe religieux, ils sont ce principe lui-même visiblement manifesté. Voilà pourquoi l'infidélité de ce peuple n'entraîne que sa dispersion, tandis que le principe subsiste, réintégré et dilaté jusqu'à Dieu au sein du christianisme.

11 serait superflu maintenant de montrer dans l'ère moderne les beaux-arts, les sciences, les lois, les institutions, l'industrie et jusqu'aux inventions les plus récentes, directement sortis du christianisme. C'est là un de ces faits d'une vérité. tellement élémentaire, qu'on est en droit de reuvoyer aux bancs de l'école ceux qui rignorerajent encore. Sans

doule, depuis le seizième siècle, et avec les prétendues Réforme et Renaissance, toutes les branches de Tactivité hu* maine se sont successivement détachées du christianisme, pour aller s'inspirer du matérialisme païen. Mais nous avous assez montré, dans la seconde partie de ce travail, quelles sont les conséquences de cette apostasie. L'histoire vient de nous montrer, par la leçon de tous les lieux et de tous les âges, comment cette apostasie aboutit nécessairement à la mort spirituelle et même physique, à l'anéantissement total des nations qui se rendent coupables de ce crime, qui ren* ferme en lui tous les autres. Restérons*nous soiirds à cette grande leçon de l'histoire? C'est une question de vie ou de mort ; c'est la question d'Hamlet : Être ou n*itre pas.

Conjuration contre VJÈ^tUe.

Depuis trois siècles surtout, nous dirions volontiers depuis cinq, il s'est ourdi contre le christianisme et TÉglise une vaste conspiration, tendant à l'enfermer dans une sorte de blocus qui, de siècle eh siècle, de jour en jour, d'heure en heure, rapproche insensiblement, et sans qu'on s'en aperçoive, sa ligne de circonvallation . Se donnant comme allié, comme ami, souvent même comme défenseur, on a d'abord occupé ses abords, coupé ses grandes voies de communication, puis, s'emparant peu à peu de tous ses ouvrages avancés, de toutes ses fortifications extérieures, on a dit, en traçant la ligne de ses derniers remparts : Voilà ton enceinte, tu n'iras pas plu&loin, tout le reste est à nous.

—• ^ . ■ ■ I — I - - ■*— ^i-n-irtir

JESGS-GHRIST ET L'EGLISE. 2i5

Biétittfl, se méhafeant des intelligetices dans la place, on a prétend» qu'Une eité des esprits et des âmes ne devait pas avoir de remparts, et ne devait se défendre qu'avec le cœur de ses habitants^ et vite, on a sans bruit fait disparaître jusqu'aux derniers vestiges des fortifications intérieures. Les habitants livrés ainsi à la merci des occupants^ on a peu à peu pénétré, par des empiétement successifs, dans leur législation, dans leur gouvernement ; et, les circonstances aidant^ il s'est trouvé qu'après trois siècles d'eiforts persévérants, la dté, prise sans combat, n'était plus maîtresse chez elle, ne vivait plus que ^ar le bon plaisir de ses prétendus protec* teurs et se trouvait en définitive dépouillée de tout. On avait fait une science en dehors de la religion : les sciences et tout ee qui s'y rattache ne relevaient plus en aucune façon du christianisme et de l'Église, elles ne lui devaient plus rien et ne travaillaient au fond qu'à en faire disparaître jusqu'aux dernières traces. On avait mis les beaux-arts en dehors de la religion : ils ne relevaient plus d'elle et ne lui devaient plos rien, si ce n'est la révolte et le blasphème. On avait créé une économique sociale en dehors du christianisme et de l'Église qui, non-seulement ne lui devait plus rien» mais qui était en contradiction manifeste avec tous ses principes, car on v prêchait, on y organisait le culte de la matière, l'apothéose du luxe^ la légitimation de l'égoïsme et de l'insolida*' rite, en un mot la maxime du « Chacun chez soi, chacun pour soi, )» en opposition au précepte de la charité chrétienne qui dit : « Chacun en tous, chacun pour tous. » Il se trouva ainsi que toutes les branches de ractivité humaine, toutes les forces individuelles et collectives furent tournées contre l'Église, ou au moins placées en dehors d'elle, et que cette Église, sans propriété sociale, et à la merci des

216 JESUS-GHRIST ET L'EGUSE.

pouvoirs politiques, dut partager toutes les instabilités de leur fortune, en même temps que leur direction éphémère.

Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Il nous en coûterait trop de montrer combien, dans leur naïve candeur, les chrétiens eux-mêmes ont prêté la main et la prêtent encore à cette œuvre de déchéance et d'abdication, dont ils ne voient pas même les épouvantables conséquences, Développer dans tout leur jour ces conséquences dont le regard humain peut à peine sonder Tabîme, ce serait dévoiler peut-être le secret de trop de plaies, le pressentiment de trop de catastrophes, pour qu'un homme isolé pût se croire la mission de Tentreprendre. Bornons-nous donc à signaler aux pilotes Técueil terrible sur lequel l'ouragan nous pousse. Les persécutions de Dioclétien ne demandaient que le sang : or, les chrétiens ont toujours su mourir pour leur foi ; la persécution devait donc tomber d'elle-même devant l'héroïsme des martyrs. Plus perfide et plus habile, celle de Julien l'Apostat entravait l'Église dans son enseignement, dans son prosélytisme ; mais Julien était un ennemi déclaré, il ne s'en cachait pas ; aussi le christianisme devait-il en triompher , en recueillant sa dernière parole : « Galiléen, tu as vaincu ! » La conspiration dont nous parlons est bien autrement habile et perfide : elle ne nie, directement, rien du christianisme; mais, lui enlevant peu à peu tous les moyens sociaux, tous les instruments humains de TactJon et de la propagation de sa vie, elle fait le vide partout autour de lui, pour qu'il expire faute d'air. Eh bien, nous venons appeler tous les chrétiens à une sainte croisade pour rendre au christianisme tout ce qu'on lui a successivement enlevé. Nous venons prouver que l'art, la science, l'économique réels et vrais, tout, en un

mot, est de lui, en lui, par lui; qu'en dehors de son sein il n'y a rien et ne peut rien y avoir, culte du beau, science du vrai, organisation du juste, rien qui puisse vivre et durer, pas plus pour les sociétés que pour les individus, pour la raison que pour le coeur, rien enfin qui ne soit corrupteur, faux, inique, insensé, et ne mène aux abîmes par un chemin semé de douleurs.

Synlhèse chréilenne.

Le moyen âge avait du christianisme et de l'Église une conception bien autrement vaste et profonde que celle qu'on s'en fait vulgairement de nos jours. Bien loin de le réduire à cette action purement isolée, solitaire, dans laquelle on le renferme presque tout entier maintenant, il universalisait son œuvre encyclopédique dans une synthèse sociale, à laquelle rien n'échappait au ciel ni sur la terre, pas plus la création et ses lois que Dieu et sou essence, pas plus l'économique ou l'industrie que la science ou l'art. Pour continuer le moyen âge, il ne suffit pas de refaire de l'ogive, du plain-chant ou de la peinture sur verre, de traduire saint Thomas ou Dante, et de s'enUiousiasmer pour les légendes : il faut reprendre de toute l'énergie de nos forces cet esprit puissant et synthétique qui universalisait l'action de l'Église, y faisait tout rentrer, en centuplait la force en la socialisant, ne laissait rien eu dehors d'elle et en faisait ainsi l'image de Dieu en qui et par qui tout existe.

L'Église est le corps vivant du Christ. Le corps du Christ

ils JËSUB-GflRfST ET L'EGLtSÉ.

dontient la création toul entière^ sous sa triple face, dans le temps et réternité :— Église triomphante, dans les splen-' deurs de Dieu et les ravissemeots de sa gloire ; — Église militante, dans les épreuves- de la vie d'initiation et de la lutte ici-bas; ~ Église souffrante^ dans les régions moyennes qui consomment Texpiation. Humanité dans le ciel, liuma«< nité sur la terre, humanité dans la sphère intermédiaire de la terre et du ciel, ces trois faces de TÉglise une et indivisible s'engrènent et se répondent, réciproquement solidaires, responsables et réversibles T une envers Tautre.

Constituée en vue de Téternité, qui est Tunique but de ses destinées immortelles, Thumanité ne doit agir sous une des formes quelconques de son activité^ respirer un instant ou déplacer un atome que dan^ ce but prédestiné de sa vie. Douée de liberté, elle peut sans douté oublier l'éternité pour le temps^ le ciel pour la terre; mais alors, par là loi provU dentielle, sanction inexorable du plan divin» elle recueille rabaissement, la douleur et la mort, à mesure qu'elle descend la pente glissante de Tégoïsme, comme elle recueille la glorification, le bonheur et la vie» à mesure qu'elle remonte par le Calvaire du sacrifice au Tbabor de Famour saint. Sentiment, pensée, activité, ancune des formes de notre être» aucun des actes de notre vie, si obscur et si petit qu'il soit, n'échappe à cette loi inflexible et universelle. Gomme la mort spirituelle natt de Tamour désordonné dé soi dans la Jouissance terrestre des 'créatures et du monde, ainsi la vie ne se puise qu'en Dieu par le Christ, et dans TÉglise par le sacrifice.

Manifestation dn Sauveur , l'Église, qui embrasse lé temps ei l'éternité, doit donc tout embrasser ici-bas. Voyez, ^n effet* Qu'est-ce que l'art réel et vrai? C'est le sens du

divin en nous, manifesté par des œuvres. Or, ce sens du divin, BOUS le puisons dans l'Eglise par le culte et les sacremenis. Qu'est-ce que la science réelle et vraie? C'est Tintelligence de plus en plus haute des réalités éternelles et vivantes. Or, cette intelligence ne se développe en nous que par les lumières de la foi, qui lui en révèle le principe, la règle et le but. Qu'est-ce que l'économique réelle et vraie, sinon l'application aux choses de l'ordre du temps des principes représentés par Torganlsine vivant et permanent de Thumanité, la société des âmes ou l'Eglise, dans sa vie extérieure et pratique? On le voit, arts, sciences, institutions vrais, tout est là, rien que là. Quiconque essaye de les trouver ailleurs n'embrasse que le vide et n'édifie que la mort.

Dans les innombrables théories écloses du cerveau de rhdmme, on a tout vu, tout dit, tout tenté; on n'a oublié qu'une chose» Dieu. Si^ comme nous l'avons démontré dans notre premier volume (chap. xv), le type éternel de l'art, le beau absolu, c'est Dieu fait homme ou le Christ, tout art réel découle donc nécessairement de l'action morale du Christ en nous. SI, comme nous l'avons également prouvé (voyez principalement chap. vu), le Christ seul est la Vérité vivante, ainsi qu'il l'a dit lui-même, et qu'il renferme toute f^cience, comme étant le Verbe môme de Dieu incarné, la science, qui embrasse l'esprit avec le cœur, ne peut donc nécessairement résulter que de l'action spirituelle du Christ en nous. Si, comme nous l'avons aussi fait partout sentir, notamment dans la théorie du progrès (chap. xvi), tout organisme social, toute économique réelle et vraie est uniquement Tapplication des principes représentés par le corps Vivant du Christ ou TÉgllse, toute institution économique ou sociale n'est donc nécessairement que te christianisme réa*»

lise dans l'ordre temporel. Qu'on ne s*étonue donc pas de notre assertion, dont la forme seule peut paraître nouvelle, mais qui, dans sa pensée fondamentale, est aussi ancienue que le christianisme, c'est-à-dire contemporaine du genre humain.

xm.

Bsprll du GhrlAtiantaiiie dans le |MUMié et tUiiui l'avenir.

Nous avons parlé des merveUles enfantées par le génie religieux dans Fantiquité. Néanmoins c'est la grandeur et la force seulement ; l'homme est écrasé du poids de ces œuvres géantes; son cœur n'est pas ému, ravi, transporté; rien n'y fait naître l'idéal de l'amour. C'est la puissance terrifiante d'une incompréhensible niajesté; ce n'est pas la douce et vivifiante onction du Dieu qui pardonne à ses bourreaux. Avec le christianisme apparaît une nouvelle grandeur, une nouvelle majesté, bien autrement sublime. Elle n'a pas besoin, pour se manifester, de sculpter des montagnes ou de s'incarner dans les pierres immobiles des pyramides ; fille de l'esprit, elle s« grave en monuments bien plus grandioses encore, dans la vie et les œuvres des saints, dans leur cœur. Elle frappe moins peut-être les yeux de la chair ; et si elle édifie comme en se jouant ces basiliques monumentales , admirables poèmes de pierres , c'est le moindre de ses prodiges. Elle saisit l'âme, le cœur surtout de l'humanité, par une puissance surnaturelle et divine, qui est le sentiment même de l'infini , débordant en torrents inépuisables d'amour que rien ne saurait décrire. Ses temples vjv^pts sont des âmes, des âmes telles que l'antiquité

JESUS^HRIST ET L'EGLISE. m

n'en a pas même eu Tidée, miracles de la sainteté, de Thumilité, de la virginité .et du martyre, saint Jean en face de saint Paul, saint François d'Assise à c6té de sainte Catherine de Sienne, sainte Cécile, sainte Gértrude, sainte Thérèse, sainte Agnès, sainte Brigitte, saint Pierre d'Alcantara, saint Jean de Dieu, saint Vincent de Paul, saint Dominique, qui unissait si bien Tamour à la science... Mais pourquoi citer des noms? Dans ces myriades de saints, temples vivants de Dieu, il n'est plus permis de nommer ni de compter. En face de ces épopées humaines qui, des ascètes de la Thébaïde au dernier missionnaire martyr, déroulent TinefTable et éternel miracle de la charité, qu'est-ce que ces mondes de marbre de Tantiquité païenne? Bien, moins que rien. Pourquoi d'ailleurs ne le dirions-nous pas? Dans sa marche progressive à travers les âges, le christianisme n'a cessé de manifester son immuable doctrine sous des développements toujours nouveaux, de l'humble chapelle des catacombes aux basiliques romanes et aux cathédrales du treizième siècle, des visions du pasteur d'Hermas aux Sommes de saint Thomas d'Aquin. Qui osera dire que toutes les phases successives de ce développement sont accomplies, et que la religion du Christ ne saurait se manifester extérieurement dans le monde par une application nouvelle? Cette attente ne nous serait-elle pas permise? Mais le plus grand génie de notre époque, de Maistre, ne disait-il pas lui-même :

et II faut nous tenir prêts pour un événement ûnmense^ dans Tordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée, qui doit frapper tous les observateurs. Il n'y a plus de religion sur la terre : le genre humain ne peut demeurer en cet état. Des oracles redoutables annoncent d'ail-

222 JESUS^maST ET L'EGUSE.

leurs que « les temps sont arrivés. » Plusieurs théologiens ont cru que des faits du premier ordre et peu éloignés étaient annoncés dans la révélation de saint Jean.

« Il n'y a peut-être pas un homme véritablement religieux en Europe qui n'attende dans ce moment quelque chose à! extraordinaire. Or, dites-moi, croyez-vous que cet accord de tous les hommes puisse être méprisé? N'est-ce rien que ce cri général qui annonce de grandes choses ?

« Jamais il n'y eut dans le monde de grands événements (jui n'aient été prédits de quelque manière. Cette assertion est justifiée par toute l'histoire, Pourquoi voulez-vous qu'il n'en soit pas de même aujourd'hui? L'univers est dans FatteiUe. Gomment mépriserions-nous cette grande persuasion?

« Attendez que l'affinité naturelle delà religion et de la science les réunisse dans la tête d'un seul homme de génie : l'apparition de cet homme ne saurait être éloignée, et peutêtre même existe-t-il déjà. Celui-là sera fameux. Alors des opinions, qui nous paraissent aujourd'hui ou bizarres ou in*sensées, seront des axiomes dont il ne sera pas permis de douter ; et Ton parlera de notre stupidité actuelle comme nous parlons de la superstition du moyen âge. Alors toute la science changera de face : Tesprit, longteinps détrôné et oublié, reprendra sa place. Il sera démontré que les traditions antiques sont toutes vraies ; que le paganisme entier n'est qu'un système de vérités corrompues et déplacées ; qu'il suffit de les nettoyer, pour ainsi dire, et de les remettre à leur place, pour les voir briller de tous leurs rayons. En un mot, toutes les idées changeront ; et puisque de tous côtés une foule d'élus s'écrient de concert : Venez, Seigneur, ve* nez I pourquoi blâmerions-nous les hommes qui s'élancent vers cet avenir majestueux? »

Voilà ce que prophétisait de Mai^tre, il y a presque un jdemi-siècle. Depuis, les évéoements, dans leur « marche accélérée, » comme il dit, se sont chargés de justifier cett« grande attente, par des faits bien autrement significatifs et concluants que ne pouvait le supposer de Maistre lui-noéme. Ce n^est plus seulement une attente universelle, c'est une sorte denécessité inévitable, qui appelle dans un avenir très-prochain une manifestation nouvelle de l'Esprit vivant qui dans tous les siècles a inspiré TÉglise. Des tenips apostoliques au

tr

règne de Constantin et au concile de Nicée, de Tarianisme et de l'invasion des Barbares à Grégoire Vil, à Innocent III et aux croisades, quelle irradiation successive du christianisme dans le monde ! Et cette irradiation se serait pour jamais arrêtée, et l'Église aurait désormais perdu toute force d'expansion! Non, nous ne pouvons le croire. « L'explosion de la toute-puissante bonté » de Dieu est continue; et si la révélation n'a plus rien à apprendre à Thomme, parce que tout est dans le Christ, l'homme, certes, a encore à manifester de nouveau la révélation et à en appliquer les conséquences, sous des formes inconnues à nos pères.

« A proportion que le monde avance vers son terme, la voie deTéternelle science s'élargit devant nous *.

« Plus les docteurs se multiplient, plus augmente le bien delà communauté, qui dérive toujours delà doctrine. A l'un se manifeste ce qui n'est pas connu encore. C'est pour cela que l'Écriture a dit : « La multitude des sages est la santé de l'univers. »

« Certains, soi-disant, par respect pour les Pères, refusent de toucher aux questions qu'ils ont omises, ne voulant pas passer pour présomptueux. Sous ce voile qui abrite

^ S. Greg. magn ., in Ezeeh,

leur mollesse, ils dorment dans Voisiveté ; ils ont des dérisions pour Teffort de ceux qui travaillent à l'investigation, à la découverte du vrai. Mais Celui qui habite dans les cieux leur enverra des moqueries, le Seipeur les poursuivra de ses huées ^. »

« Par là même que nous devînmes croyants, nous fûmes des condamnés très-nobles, aux spéculations divines*. »

• Richard de St. -Victor.

* Mand. de M>' de Tulle.

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