QUATRIÈME PARTIE
W^90 sli;ne» dl^iafl ou MMwem«iit«.
Qu'est-ce que le sacrement ?
Les anciens entendaient par sacrement « l'obligation que nous contractons envers quelqu'un > lorsque nous nous engageons à son service, sous la foi du serment. Ainsi, on appelait sacrement militaire le serment que faisaient les soldats de servir fidèlement la république ^ » La forme extérieure du serment était le signe visible d'un acte invisible constituant, dans la volonté, l'engagement contracté.
De même, dans Tordre religieux, le sacrement est le signe visible d'un acte invisible et sacré constituant , sous des formes diverses, l'obligation que nous contractons envers Dieu, en nous engageant a son service : •— soit eu passant de la vie animale à la vie spirituelle, comme dans le Baptême; — soit en échangeant notre spontanéité purement bumaine
^ Catéchisme du Condle de Trente^ c. xiv, S i.
contre la volonté divine, comnae dans la Confirmation ; — soit en nous mettant en communion universelle avec Dieu et nos frères, comme dans TEucharistie ; — soit en nous tournant du fini vers l'infini, de la terre vers le ciel, et en exécutant sur nous-mêmes notre propre condamnation , comme dans la Pénitence ; — sôit en passant de Tordre du temps dans Tordre de Téternité, et en acquérant» par le dernier sacrifice, la plénitude de la naissance divine^, comme dans TExtréme-Onction ; — soit en perpétuant, à travers les lieux et les siècles, le ministère public du Christ, comme dans TOrdre; —soit en transfigurant Tamour physique en amour spirituel, comme dans le Mariage.
Notre vie corporelle, manifestation de la vie spirituelle qui est en nous, devient le signe extérieur et visible de l'acte intérieur et invisible dont elle est la figure. — Notre naissance spirituelle (Baptême) est figurée par la naissance àes corps ; — notre développement et notre activité spirituels (Confirmation) sont figurés par le développement et Tactiviié corporels ; — notre commiine-union avec Dieu, en qui nous puisons la nourriture de Tesprit (Eucharistie), et en lui avec nos frères, est figurée parla commune-union des corps se nourrissant les uns des autres ; — notre réintégration spirituelle (Pénitence) est figurée par la réintégration incessante de la vie du corps, aspirant et respirant le souffle de Tair, comme notre esprit aspire et respire le souffle ou la parole de Dieu ; — notre palingénêsi^ spirituelle (Extrême -Onction) est figurée par la palingénésie matérielle^ oii notre corps s'universalise par la dissolution de
1 Aussi TEglise nomme- t-elle le jour de la mort des martyrs, natalis dies.
DBS ^AGREMENTS. 227
toutes ses parties, comme notre esprit s'universalise en Dieu par la négation de toutes limites ; — notre société des esprits, si merveilleuse danâ son universelle solidarité (Ordre), est figurée par la solidarité universelle etTharmonie du monde des corps ; — enfin, notre loi spirituelle de charité infinie, parla loi d'attraction universelle des corps (Mariage) .
Cette analogie, disons mieux, cette corrélation préétablie entre le motide des corps et celui des esprits , montre commentle premier devient naturellement, dans chacun de ses actes, le signe de chacun des actes du second. C'est ainsi que la création visible tout entière est le sacrement ou le signe sensible de Taction de Dieu, dont elle manifeste extérieurement les idées éternelles. C'est ainsi que toutes les phases de la vie spirituelle de Thomme ont pour signes sensibles chacune des phases de la vie corporelle.
Mais entre Dieu et Tindividu il y a l'humanité tout entière, dont le Christ est Tunité, la synthèse vivante, la réalité parfaite au sein de Dieu. C'est donc dans le Christ et par le Christ que les sacrements ont leur signification, leur raison d'être et leur vie. C'est lui qui les a institués dans TÉglise, qui les perpétue. Ils n'ont pour but que de rendre l'homme membre de cette Église, qui est son corps vivant. Qu'on se rappelle donc ce que nous venons de dire de chacun des sacrements, et que, les rattachant au Christ, comme à leur centre éternel, à leur divin foyer, on dise s'il est rien déplus rationnel, de plus saisissant, de plus conforme à notre na* ture que l'institution et la pratique de ces signes sensibles quiy touchant à la fois et en même temps les deux mondes de l'esprit et du corps, les manifestent l'un par l'autre, en trouvant dans le Christ l'unité de leur principe^ de leur raison d'être et de leur fin.
L'bomme n'est pas simplement un corps matériel , car la mort Ten dépouille sans que son indestructible et Immortelle personnalité en soit atteinte. L'homme n'estpas non plus an pur esprit; car, même dans Tétemité, il possède un corps spirituel, corpns spiritale. dit saint Paul. Si le sacrement était, soit de l'ordre exclusivement matériel, soit de Tordre exclusivement spirituel, il ne répondrait pas à la vraie nature de rhumanité.
Depuis longtemps , hélas ! les hommes qui prennent les préjugés de la science pour la science elle-même se sont habitués à considérer les sacrements, dont TÉglise est la dé« positaire, comme n'étant point essentiels au fond môme de la religion, qu'ils supposent exclusivement spirituelle. C'est prétendre qu'ici-bas, dans les conditions de notre vie terrestre, les hommes sont autant de purs esprits, pouvant communiquer l'un avec l'autre sans aucun signe intermédiaire qui les mette en rapport. C'est refuser toute réalité au monde visible et perdre de vue cette loi si admirable et si féconde de l'analogie universelle des deux mondes. C'est vouloir que l'homme, même avant sa mort, ne soit plus attaché au corps, qui est Tinstrument de sa fonction sur la terre, l'outil à l'aide duquel il y remplit le service dont Dieu l'a chargé en ce monde.
Non que ces signes sensibles puissent jamais être autre chose que des signes, et soient la religion en elle-même»
Mais s'ils tuent, lorsqu'ils restent une lettre morte, ils n*en sont pas moins le canal indispensable de la vie spirituelle, lorsqu'on se garde de les confondre avec cette vie elle-même. Ce sont les moyens, qui ne peuvent être remplacés par d'autres, pour s'unir à Jésus-Christ, qui est la religion même. Disons mieux, le signe et la chose signifiée ne sont pas deux, pas plus que dans le Christ l'humanité et la divinité, dans l'homme le corps et l'esprit. Distincts, mais non divisés, indissolublement unis sans être identiques, ils sont un dans leur diversité, et constituent, sous cette double face indivise, l'antinomie fondamentale qui se retrouve partout, et dont le Christ est le nœud.
Nous disons que le Christ seul est le nœud de cette antinomie, parce que seul il est la religion en elle-même. En effet, sous quelque point de vue que vous considériez ce mot de religion, vous arrivez toujours à Jésus-Christ. La considérez-vous comme la vie des âmes? seul il est cette vie. La considérez-vous comme la lumière qui nous éclaire? seul il est cette lumière. La considérez-vous comme le lien qui relie l'homme à Dieu, en reliant tous les hommes entre eux? seul il est ce lien : Unus entra Deus^ unus el mediator Dei et hominumf homo Christus Jésus ^. Seul il est « la voie, la vérité et la vie, et sans lui nous ne pouvons rien faire. » Yoilà pourquoi celui qui est sans Jésus-Christ est sans Dieu. Or, celui qui est sans sacrements est sans Jésus-Christ , car les sacrements ne sont que la prolongation de la vie du Christ au sein de l'humanité sur la terre.
Toute vie réelle, toute perfection, toute sainteté n'étant jamais autre chose que Dieu en nous par le Christ, il faut
« ITîmoth., c. 11^ V. 5.
â30f DES BAGR£M£NTS.
nécessairement d'abord nous unir au Christ. Hais eommeot Iç pourrons-nous ? Depuis sa résurrection et son ascension, le Christ est passé du monde visible dans le monde invisi^ ble ; et le fini en lui est consommé, additionné à l'infini. C'est dans cet ordre qu'il vit désormais. C'est là sans doute la glorification de Thumanité béatifiée^ mais ce n'e&t point encore l'état de ceux qui habitent la tente de ce corps mor* tel et sont dans la voie d'initiation et d'épreuve.
Mais le Christ, en quittant la terre, n*y a-t^il rien laissé de lui-même ? Ce corps spirituel, qu'on nomme l'Église , et qui, depuis dix-huit siècles, passe dans Téternité de VÉglise triomphante, avec tous les fidèles qui en senties membres, ce corps spirituel, di$-je, de rÉglise militante , est-il autre chose que le corps môme du Christ, continué à travers Tespace et le temps 1 Si le Christ glorifié règne éternellement assis à la (koite de son Père, le Christ encore luttant à tra-* vers les âges, dans son corps spirituel ou TÉglise, est donc toujours présent, toujours vivant, toujours agissaut parmi nous. Or, nous nous unissons à cette présence, à cette acr tion, à cette vie, par le signe sacramentel sous lequel nou^ communions à son esprit, lequel reste invisible et insaisissable pour tous nos sens, dans la forme sacramentelle qui nous le révèle et nous le manifeste.
. Concevez, si vous le pouvez, vous qui êtes enfermés dans un moment de la durée, dans un lieu, dans un organisme, dans un point de l'espace et du temps» comme dans une prison, qui fut le berceau de votre naissance, et qui est devenue la tombe de votre âme, concevez, dis-je, un moyen de vous unir à Dieu par le Christ sans un signe sensible , placé à la frontière des deux mondes, comme un pont de passage de l'un à Tautre, pour unir la lettre à l'esprit, la forme à ce
qui en est la vie, votra corps à la cim du Sauveur, à ^n âma ei à sa divinité. Voua ne pouveiE rien concevoir, rieu ap^ préiiendar, rien aat$ir du monde invisible que sou» une forme qui le détermine : de là la néceai^ité du aigne. Maia» d'un autre côté, voua ue aauriei^ être transporté, aimer, admirer qne ce qui échappe à toute limite* à toute forme, par le mystère de son infinité : de là l'esprit vivant, dont le signe sensible n'est que la lettre morte. Sans doute, si vous pou'^ viez abstraire Tesprit de toute forme et de tout corps, votre esprit n'occuperait aucun point de l^space, delà matière et du temps ; il est un, simple et iadivisible* à rimage et à la ressemblanee de Dieu, il n'est circonscrit par rien qui le limite, et la nsAure même de ses aspirations et de ses destinées est d'être sans bornes^ Mais encore une fois vous n'êtes point de purs esprits. Ce qu'il vous fant aussi pour communier à Dieu par le Christ, c'est une forme, un corps, qui, en dé^ terminant votre personnalité, votre être propre» détermina par là même et précise la nature, Tordre et le but de votre fonction ici^-bas. En effet, si Tbomme SO trouve sur la tc^re attaché à un corps, c'est qu'il vient y remplir, pour le ser^ vice de Dieu, une fonction dont ce corps est Tinstrumeut indispensable. Mais le corps n'est pas plus sans l'esprit que l'esprit sans le corps, et la détermination finale de leur im* périssable union et de leur mission indivisible est dans h Christ, on Dieu fait homme.
Ne nous lassons pas de le redire, l'homme n'est chrétien qu'en tant qu'il est à Jésus-Christ ce que les branches sont au cep de la vigne. 11 n'est pas venu seulement pour montrer ce que l'homme doit être, mais pour le transformer en luimême, pour en faire un membre de son corps, un autre Christ, pour le rétablir dans tous ses rapports avec Dieu et
2Si P£S SACREMENTS.
ses frères. Yoilk pourquoi, voilà comment Thomme doit s*ttnir au Christ, et ne faire plus qu'un avec lui, un avec tous ses frères en lui. C'est une création nouvelle, ou plutôt une nouvelle phase de la création, reprise et continuée par les trois personnes divines dans le Christ, médiateur universel. Or, Jésus-Christ étant dans Tordre de Tinfini , reste maccessible, insaisissable pour nous, qui sommes dans un ordre opposé. Notre esprit ne peut communiquer avec son esprit qu'à travers le signe sensible, la forme sacramentelle qui le détermine et le définit dans TÉglise, qui est son corps spirituel vivant au sein de Thumanité terrestre. Lui seul a pu trouver et établir ce moyen de s*unir à nous, sans sortir de l'ordre divin oii il est depuis sa glorification. Ces moyens, ce senties signes appelés sacrements^ c'est-à-dire pleins de mystères {sacramenta) . Oui, pleins de mystères, car le signe qui occupe un lieu nous unit à Celui qui n'en occupe aucun ; le visible, en disparaissant, nous manifeste l'invisible ; le fini, en se niant, nous révèle l'infini.
Posés comme point d'union à la limite des deux mondes, ils unissent l'homme à son Sauveur, et dans le Christ et par le Christ à Dieu. Tandis que le signe touche les sens de rhomme, son âme touche à Dieu, en communiant à la vie éternelle. En effet, ce que Jésus-Christ a dit d'un des sacrements, il faut le dire, en un certain sens, de tous : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ^ »
*■ Saint Jean, c. vi, v. S5.
PrflJceilOB de lliomàie dans rétemlté par lem MMremeiàto.
Pourquoi, dira-t-on, le Christ n'est-Q pas demeuré sur la terre, pour fious offrir, à travers les siècles, le modèle et le moyen de l'imiter? Mais le Christ glorifié restant au milieu de nous, où serait la liberté, oh serait le mérite ? Entré dans Tordre de l'infini, où il n'occupe point de lieu, il est au milieu de nous par les sacrements, qui ne sont que sa parole divine, conthiuée dans l'espace et le temps, comme les mots de nos langues ne sont que la pensée hiHuaine perpétuée. Ainsi, pour être invisible, le Christ n'en est pas moins toujours préseot sur la terre, par son corps mystique ou l'Église, en qui ces sacrements résident. Yerbe incarné, il est là, sous des signes, comme le verbe intérieur de l'homme est présent, à travers les âges, sous le signe écrit qui nous fait communier à lui.
Si le Christ fût demeuré sur la terre, quand viendrait donc pour lui la glorification, et où serait pour nous l'épreuve, et partant le mérite ? Comment l'homme pourrait-il se développer selon les aspirations de l'indéfini de ses désirs et de ses tendances, sans la liberté de descendre dans la création, de s'y arrêter même, ou de renM)nter toujours plus vers le le Créateur, à travers toutes ses œuvres ?
Pendant les jours de la vie mortelle du Christ, les apôtres sentirent bien souvent le doute s'éveiller dans leur âme. Tant s'en fallait qu'ils fussent inébranlables dans leur amour pour
394 1>E» SAGREJilENTg.
leur divin Maître, que, au jour du danger, ils l'abandonnèrent et le désavouèrent, chacun à sa manière. Mais lorsque Jésus les illumine d'un rayon de la gloire intérieure qui enveloppe tout son corps, et devant lequel la lumière du soleil n*est plus qu'une ombre, lorsque l'Esprit verse sur eu^ ses langues de feu, écriture divine de la Parole éternelle, tous oublient la terre, et tous meurent en glorifiant Dieu ^ pour que leur sang soit le témoignage perpétuel de leur foi.
Devant les splendeurs de Thumanité glorifiée du Christ, comment pourriez-vous détourner vos regards vers ees pâles ei froides régions des ombres, qu'on nomme créatures? En face de la vérité absolue , que vous importeraient toutes les vérités relatives de Tespaee et du temps 7 En présence de la justice, de la sainteté, de la perfection, de Tamour infinis, comment vous détacher un instant de ces biens su^ prémes, pour des biens caducs et fragiles qui passent avec le souille qui les pousse? Gomment choisir eutre l'apparence et la réalité, entre Dieu qui est tout et la créature qui n'est rien 7 C'est l'état des élus, et non Tinitiation de ia vie terrestre. Yoilii pourquoi, ravis, transportés parle bonheur de leur éternelle possession, les élus ne peuvent plus dévier, bien que restant toujours libres.
Nous avons Taurore. Elle suffit pour marcher, et, sans voir le soleil, nous sentons déjà sur nous sa lumière et sa chaleur. Le soleil est au delà des horizons de ce monde ; la ligne d'ombre projetée par la courbe de la terre en cache à nos yeux le disque éblouissant; mais, pénétrés de sa lumière et de sa chaleur, nous pouvons dire : Il est là, bien que nous ne puissions le montrer aux yeux de ceux qui restent assis volontairement dans les régions des ténèbres ou de la mort. Si la lumière de reprit n'est pas sans ombre, nous
dv«ns l'amour, qui oouâ foit sentir et goûter rinfloi qu'il aspire. Si la ligue d'ombre projetée par notre nature purement animale cache à nos yeux le Christ, nous avons rexpérienee pratique de sa présence par la lumière et le feu spirituels qu'il verse en nous, dans notre communion à lui par les signes sacramentels qurnousy unissent. Si le corps s'éclaire et se réchauffe à la lumière du soleil, avant même que la vue puisse Tapercevoir au-dessus de l'horizon, Tâme s'éclaire et se réchauffe sous Taction spirituelle du Christ avant même que rbomme, dépouillé de sou corps mortel, puisse l'apercevoir à Tborizon sans bornes de l'éternité ; et cette ac* tjon s'ei^rce par les sacrements. Aussi pouvons^nous dire avec le prophète ; « Voyez et goûtez combien le Seigneur est doux. »
erémUpn iiplrl$iiell«f
La religion, considérée dans les vérités divines dentelle est rexpression, et dans les mystères de vie qu'elle opère par sa vertu dans le temps, embrasse l'éternité, et partant le triple aspect de la durée, le passé, le présent et Tavenir, Aussi saiut Thomas, parlant des sacrements, dit-il qu'ils a sont la commémoration du passé, la démonstration du présent et le pronostic de la gloire future. » Les mots dont rhomme se sert, pour raconter les merveilles du monde invisible^ n'expriment jamais qu'en la fragmentant la pensée dont ils sont le signe. Ainsi la pensée de saint Thomas n'est complète, qu'en réunissant dans un tout simultané ce que les
nécessités du langage humain divisent en trois aspects. En effet, la commémoration du passé suppose que ce passé se perpétue dans un présent qui, en se continuant» devient l'avenir. La démonstration du présent implique une vérité qui était hier et qui sera demain, comme elle est aujourd'hui, et qui, par conséquent, contient le passé et l'avenir comme le présent. Le pronostic de la gloire future est déjà dans la commémoration du passé et dans la démonstration du présent, comme il est dans l'avenir glorifié. Ainsi, en réunissant dans une seule et même conception le sens que nous donnons aux paroles du docteur angélique, nous ne scindons pas le triple aspect logique, l'unité spirituelle de leur indivisQ)le simultanéité.
Le mot de commémoration du passé n'indique pas ici des faits accomplis dans un point seulement de la durée. Gela ne saurait convenir qu'aux actes de l'homme, qui cessent avec la volonté qui les a opérés. En Dieu, dont la volonté est toujours permanente, les œuvres ne s'arrêtent et ne cessent jamais : c'est pourquoi on le définit l'acte pur ^ Les grands faits de la vie du Christ, si nous les considérons dans leur expression purement visible et temporelle, passeront pour des faits simplement humains, comme ils le seraient en réalité, en se bornant uniquement à ce point de vue. Mais dans le Christ, bien qu'il y ait deux natures distinctes, quoique non séparées, il n'y a qu'une personne unique^ et il est impossible d'isoler un seul moment en lui l'humanité de la divinité. Or, pour le monde divin, il n'y a jamais défaillance dans
* Nous ne parlons ici que de Teflfet du sacrement, qu'il faut bien se garder de confondre avec le sacrement lui-même, qui est évidemment jeptTjplet dès que Thomme Ta reçu.
la vie. Le passé se continue dans le présent, qui en est la démonstration commémorative, et dans l'avenir^ qui en est la glorification, à la fois commémorative et démonstrative. Ou plutôt ces trois mots, passé, présent et avenir, ne sont que des termes, des limites, des signes, que nous posons par l'esprit dans Téternel présent, pour le rendre accessible à notre intelligence bornée et concevoir la durée qui se me* sure dans la durée sans mesure. Ainsi, soit dans son passé, soit dans son avenir, l'acte du Christ est réellenrent vivant dans un présent continu. C'est à ce point de vue que doivent être considérés les effets des sacrements qui opèrent en chacun, à travers les lieux et les siècles, une création nouvelle dont Jésus-Christ est le principe, qui constituent les lois de ce monde nouveau, et dont les sublimes mystères, s'ils étaient bien compris, suffiraient à ravir l'homme à la pression du temps, des créatures et de lui-même.
Quand nous employons le mot de création pour caractériser Tœuvre du Christ, ce n'est ni par métaphore, ni par hyperbole, mais, au contraire, en prenant ce terme dans la rigueur de son acception philosophique. Saint Thomas, qui ne fait du reste, en cela, que répéter pour ainsi dire textuellement les paroles du Christ, dit que le baptême par lequel nous entrons dans l'Église « est le passage du non-être à Têtre Ky> Mais ce passage n'étant lui-même que la réintégration de l'homme dans la condition primitive oà Dieu Ta créé, et qu'il a perdue par la chute qu'efface en lui le bap* tème, cette création spirituelle n'est au fond qu'une manifestation nouvelle de la création originelle. C'est là ce qu'il importe de ne jamais oublier, toutes les fois surtout que nous
* SommCf. que&t. 72, art. ii. GonriKiiATioif.
238 BES SÀGREMENTI». '
emploierons ce mot de création dans le sens ot saintPanl remploie si souventlui^méme, et qui signifie « un r^nouvetlement de la création primitive. » Le baptême est Tacte par lequel BOUS passons de la vie animale à la vie spirituelle. L'homme purement animal^ qui résume en lui toute la création visible, n'est donc aux yeux de saint Thomas qu'un non-ilre. Et ce n'est pas lui seulement qui pense ainsi, ce sont les plus Ulustres Pères de l'Église, et le plus grand entre les plus grands, saint Augustin, s'exprime ainsi :
« Quoi qu'elle soit^ et quelque excellente qu'elle paraisse, aucune chose n'existe véritablement, si elle est muable; car comment aurait-elle une existence réelle si elle est et n'est pas ce qu'elle est? Or, quoi que ce soit qui change, ce qui est changé n'est pas ce qu'il était. S'il n'est pas ce qu'il était, il n'est donc plus lui-même, il est mort, puisque tout ce qui était et n'est plus a péri<. » En mille endroits il répète la même pensée, que cela seul existe réellement qui demeure incommuuble (Voy. t. III, p. 20; t. VI, p. 915, édit. de Venise, etc.); que cela seul existe véritablement qui est sans commencement et sans fin (Id.^i. VI, p. 915, etc.). a Être, dit-^il, voilà le nom d'incommutabililé. Car tout ce qui change finit d'être ce qu'il était et commence d'être ce qu'il n'était pas. Il n'y a que ce qui ne change pas qui possède l'être vrai, l'être réel, l'être positif*. » Et ailleurs : «J'ai regardé, Seigneur, et j'ai vu que tout autre que vous n'est tout à fait l'être, ni n'est tout à fait le non-être. Les créatures ont l'être, en tant qu'elles sont de vous, mais elles ne l'ont pas, parce qu'elles ne sont pas ce que vous êtes.
* InJohan. Evang.^ c. viii, tract. 55, t. IV, p. 740. Éd. de Venise.
* Id. sermo vm, De dee. plag, HpfcBoept,^ t. Vif, p^40.
DSg SACREMENTS. 239
En effet, cela seul â rexiatence vraie qui demenre ineom* mutafolement» Ce n'est donc que par ma communion à Dieu que je suis, et si je demeure en lui j'at^ l'être, mais Je ne puis ravoir par moi-même. Lui seul, restant toujours immuable en &oi, renouvelle toutes choses. Oui, Seigneur,, vous êtes mon Dieu, car en vous est mon bien suprême, mon bien et ma vie ' . »
Ainsi, selon saint Augustin, Dieu seul est TÊtre absolu, rÊtre infiniment vrai, infiniment réel et positif . Tout ce qui n'est pas lui n'est ni tout à fait Têtre, ni tout à fait le néant. Apparence qui passe, la création idsible démontre par sa mutabilité même son défaut d'être, puisque tout ce qui change cesse évidemment d'être, en devenant ce qu'il n'était pas, et en cessant d'être ce qu'il était. Partie de cette création visible, le corps de l'homme n'est donc aussi qu'une apparence, un phénomène qui s'évanouit. Ainsi, par le baptême qui rélève de la vie animale à la vie spirituelle, Tbomme, comme dit saint Thomas, « passe du non-être à Têtre. » En effet, il commence à sortir de l'ordre des phénomènes, des apparences, pour entrer dans celui des réalités vivan-tes. Après « cet enfantement spirituel, » que confirme la grâce sanctifiante donnée par la Confirmation, l'homme, en recevant l'Eucharistie, achève ce laborieux passage. Aussi, dans ce dernier sacrement, la matière sacramentelle ne subsiste plus qu'à l'état d'espèces sensibles, dépure apparence, le pain et le vin ne demeurant plus après la consécration qui les transsubstantle. Alors l'homme est en communion avec Dieu, en participation libre, active et vivante de sa vie. Participant àl'immuable, qui reste toujours lui-même
* C<mf$$$.y Hh. VII, c. n, p. i6S. idit. de Venise.
i40 VïES SACREMENTS.
en renouvfilant toutes choses, il pardcipe à la vie, dont le caractère même est rineommutabilité. Telle est la doctrine des Pères et la foi de TÉglise.
Mlltea entre le tté«nl ei Têire.
Mais gardez-vous de croire que cette doctrine conclnt aa système brahmaniste ou bouddhiste^ qui ne voit dans toute la création qu'une illusion, une chimère. Saint Augustin vous Va dit, les créatures ne sont ni tout à fait Tétre, ni tout à £siit le tton-étre, nec omnino esse^ née omnino non esse. Qu'est-ce donc que a ce milieu entre Tétre et le non*étre, » sous lequel le saint docteur désigne la création, comme nous Tavons montré dans le premier volume? C'est une apparence, un phénomène. Nier, comme le Brahmanisme et le Bouddhisme, la réalité de cette apparence, c'est tomber forcément dans le panthéisme, le nihilisme, et toutes leurs monstrueuses conséquences. Mais, d'un autre cdté, prendre cette apparence pour autre chose que pour une apparence, c'est supposer qu'en dehors de Dieu il existe quelque chose ayant la vie en soi et par soi, et, par conséquent, que Dieu n'est pas l'unité, l'absolu, l'infini ; c'est supposer que la mutabilité, qui est Fopposé de l'être, est l'immutabilité qui le constitue, double contradiction et double absurdité. On le voit, avec saint Augustin, saint Thomas et le dogme eucharistique, nous ne nions nullement la réalité de la création visible, nous l'affirmons au contraire, mais comme réalité d'une apparence,
d'un phénomène, rien déplus, rien de moins : et en cela nous sommes d'accord avec toutes les données de la science ellemême et surtout avec la révélation.
Placé entre ce monde des phénomènes et Dieu, qui seul contient le monde des réalités éternelles, Thomme a pour destinée, dans cette vie d'initiiation, dépasser de l'un à l'autre. Or, les moyens de ce passage sont les sacrements, dont le premier, le baptême, qui forme comme « la porte deTÉglise, » est, selon l'expression même de saint Thomas, « le passage du non-être à Têtre ; » et dont l'eucharistie, cœur, centre et foyer de tous les autres, ne contient plus de la matière sacramentelle qu'une apparence, ou espèce sensible. C'est don€ bien une véritable création que le Christ a opérée dans Thumanité, ou, si vous Taimez mieux, une manifestation nouvelle de la création primitive, qu'il continue, en nous rétablissant progressivement dans notre état originel. Apparu luimême au sein du monde des phénomènes, dont il atteste par sa présence la réalité phénoménale, il n*est pas du monde, et ses disciples ne sont pas du monde, comme ille dit expressément. Aussi ne possède-t-il rien sur cette terre. « Les renards ont dés tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de Thomme n'a pas où reposer sa tête, i» Se dépouillant volontairement de tout, il ne possède pas même le vêtement qui le couvre, et que les soldats se partagent à sa mort. Il ne possède pas même son propre corps, dont il fait librement l'holocauste sur la croix. Il ne possède pas même sa propre volonté : « Père, que votre volonté soit faite et non la mienne. » Étranger au milieu des siens, et ne prenant aucune part a la perpétuité du genre humain, il est sans enfants comme sans père selon la chair. Ainsi, dans sa vie tout entière il ne fait que traverser ce monde des ap-
341 HEB SÀOBEMENTâ.
parepces. li s'y acintre Iai<*m6me, pour en contrôler aipai la réalité phénoménale; mais ce monde n'est ni lui, ni rien de lui. Sa chair et son aang ne sont que le^ espèces sensibles, sous lesquelles se pt^nifestesa vie tuute spirituelle.
Ainsi ce que nousi appelons vie charnelle est au fond le oéf^nt, d'où \\ fput sortir pour passer à Tâtre surnaturel L'hoinme dévoyé ne se contente pas de vivre dans le monde des phénomènes, comme le végétal et ranimai 2 il descend d'un degré de plus dans le néant. £n définitive, le monde des apparences 4 sa ré^Uié phénoméns|le : ^'il n*^t rien • considéré en soi et par soi, il est du moins U manifestation de r^ction de Dieu. Sous le phénomène qui passe in<^s«s^mment, la vie se perpétue incessamment aussi, parce que l'action de l'Infini est là, Mais Thomme, sortant de U ré^lU^ du phénomène, ss^ns entrer dans l'être vrai, qui est eq Dien* qui est une participation ii la yie de Dieu, enfante ce wond^ de Tillusion pure, de l^ chimère et du r^ve qu'ont si bien décrit les Indons, en l'appliquant faussement à l'œuvre du Créateur, Q'est de ce monde que saint Jean dit : « r^'â|ir me? ni le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un 9ime le monde, l'amaur dn Père n'est pas en )ui : p^rcf que tout ce qui est dans \^ moqdç^ est concupiscepee dci U chair, concupiscence des yeux, et qrgueit de 1^ vie, Cela n'est pas du Père, mais est du monde. Qr, le n^Qnde passe, et sa conçupiseenço, ^m celui qui fait la volonté de Diev demeure éternellement ^ »
Qu'est-ce que la concupiscence de I9 ch;^ir ?Une éo^ation des sens qui passe, et s'évanouit avec l'objet qui V9 causée, et dont il ne reste rien en spi. Qu'est-ce que h conçupi^-
* Gp. cU tiAlut Jeaii, 0, w, v. Ifi, IT-
ÛES SACREMENTS. t^
çaoee des yçux ? Un rôve de rimagination qui s'évanpuit et disparaît» et dont la résilité ne subsiste nulle par(. Qu'est-ce gue Tor^eildela vie? Une illusion de l'esprit^ dont la chi* mère n'est pas même un phénomène véritable. En tout ce qui est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie, Thomme a donc créé, si l'on peut enoployçr ce mot, un monde non plus de phénomènes, mais de pur néant, où il n*y a rien que l'apparence même d'une apparence, mata chimérique, qui est à Tordre moral ce que le rêve est à Tordre physique. L'homme qui entre dans pç monde tombe dans le sommeil spirituel ; celui qui croit y vivre, rêve ; celui qui n'en comprend pas Tinanité prend le rêve pour une réalité. « N'aimez donc ni le monde ni rien de ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, Tamour de Dieu n'est pas en lui. » Car c( le monde passe, » et Tampur réel ne passe pas. L'amour du inonde n'est donc pas Tamour vivant et vrai, mais Tillusion, le rêve de l'ajoour. Dieu seul ne passe pas, et demeure éternellement ; aimez donc Dieu, esprit infini, et en Dieu toutes les créatures. Alors seulement vous aurez Tamour réel et vrai, Tamûur allumé k Tamour qui demeure éternellement, car votre amour sera une participation à Tamour dont Dieu s'aime lui-même, et qu'il a répandu en nous par TEsprit-Saint.
C'est en effet par Taqaur» principe générateur, que nous passons du non-être à l'être, de la vie animale à la vie spi^ rituelle, du phénomène qui change à son immuable réalité. C'est par son Esprit-Saint d'amour que Dieu touche à la création, et duâein de son immutabilité absolue renouvelle in^ ^essamment toutes choses. C'est par l'action continue de Tamour que la vie se poursuit et se perpétue, à travers tous les phénomène» qui changent. Là, et là seulement, est le
nœud, le point de jonction et de passage da non-étre k Tétre. C'est lui qui maintient la réalité vivante au sein des phénomènes. C'est lui qui nous conduit du phénomène à l'essence, des apparences aux immuables réalités. C'est lui qui est la loi du monde des esprits» comme il est par son action celle du monde des corps, gouvernant les uns par le libre essor de leur conscience, et les autres par le mouvement passif qui les emporte. Voilà pourquoi la charité est le principe, le milieu el la fin de tous les commandements, la loi une et universelle.
Élernilé du ■acriflee.
Tout acte d'amour spirituel est un acte de participation à ce qui est éternel. L'amour engendre tout, explique tout, car il est toujours simultanément sentiment, intelligence et activité. C'est par l'amour que nous sentons, touchons et goûtons Dieu, et les hommes dans leur vie réelle, c'està-dire en Dieu. Ce que nous appelons intelligence ou raison , c'est, dans son rapport au monde visible, la compréhension du fini née de l'amour que nous en avons conçu; mais dans le monde invisible, Dieu ne pouvant être proprement compris que par lui, puisqu'il est infini, l'amour est le s6ns par lequel nous en avons la conscience, le sentiment. L'activité n'est aussi que l'amour considéré dans son action, comme l'intelligence est l'amour dans sa vision, et le sentiment l'amour dans son principe. Tout en nous part de l'amour et y revient, parce que l'amour est le centre et la circonférence, le foyer et le rayonnement non-seulement de
tout notre être, mais de Dieu lui-même, en qui, par qui, et pour qui sont tous les êtres.
Dans la loi ancienne, oùThomme ne vit spirituellement en réalité qu'au sein des phénomènes et des figures, tremblant sous l'action de la puissance infinie. Dieu se définit : « Je suis Celui qui suis ; je suis, voilà mon nom. » A l'ordre des apparences qui passent, il oppose Tordre de l'Être éternel et immuable, qui est Lui. Il dit à l'homme : <( Tu veux la vie ; eh bien ! cette vie éternelle et immuable, dont le monde visible n'est que la figure, cette vie, c'est Moi. » Mais lorsque l'homme, déjà préparé par une lente et laborieuse initiation, commence à se distinguer des phénomènes qui passent, et à avoir conscience de sa personnalité immortelle, Dieu lui apprend ce qu'est l'être infini lui-même, par cette nouvelle définition : « Dieu est amour, Deus chantas est. » Il ne se définit plus par contraste, mais par similitude. Tu es amour, dit-il ; eh bien ! moi, je suis TAmour même dans son principe, dans sa raison, dans sa fin. Je suis l'amour infini. Mais comment te donner cet amour infini, à toi être fini? Comment? En plaçant eu toi la faculté de t' élever au-dessus de toi-même : c'est l'amour dans son essor indéfini. Mais cet amour sans bornes et sans termes ne pouvait subsister que par la négation de soi-même; aussi comprend-on pourquoi nous avons dit plusieurs fois, que Thumanité régénérée est constituée sur le plan de la croix, que la croix est la loi qui régit toutes les créatures. Or, la croix visible n'est que l'expression de la croix invisible ou spirituelle. Écoutez la foi : « L'agneau est égorgé dès l'origine du monde, » voilà la croix spirituelle du sacrifice éternel. C'est le même agneau sans tache qui, dans la plénitude des temps, dit : « Je dépose ma vie ; » voilà la croix visible du sacrifice
accompli dans les siècles et Tespace, la victime aspergeant Tunivers tout entier de son sang réparateur. L'apôtre^ contemplant réternité dans les splendeurs de Id gloire, vit encore la croix glorifiée, et Celui qu'il avait tant aimé, et dont il avait recueilli lé dernier soupir au Calvaire , il Taperçut à l'état de victime, « comme tué^ » devant là majesté infinie de Dieu. Ainsi, selon Texpressiou même de saint Paul, « une seule oblation pour la consommatiôtl du salut de l'humanité, » une seule oblaiion éternelle, sous des modes divers dont notre langue ne peut raconter que l'expression visible au sommet du Golgotha, mais que notre cœur explique par l'amour infini , qui seul explique tout. Hommes terrestres, ah I vous ne concevee l'amour que dans un acte transitoire ; mais l'amour réel, permanent et s'épanchant sans cesse, vous ne le connaissez pas ! Éleve2-vous jusqu'au sentiment d'un amour infini, et vous comprendrez alors ce sacrifice qui ne finit jamais^ vous vous ehiVrerez à cette source intarissable, coulant incessamment du signe eucharistique et de tous les sacrements.
Malheureux que nous sommes, le Christ ne nous semble plus présent sur la terre. Les organes de notre corps ne pouvant le saisir, nous le croyons absent. Nous l'adorons peutêtre dans sa gloire, mais nous ne sentons plus qu'il vit réellement au sein de l'humanité, qu'il est là toujours, pour se former en chacun de nous. Cette doctrine est trop mystique, trop pratique peut-être aussi, pour nos coeurs affadis. Nous voulons y revenir, y ramener, s'il nous est possible, tous nos frères ; car là seulement est la vérité vivante, l'esprit d'amour, qui nous fait passer de la vie animale à la vie spirituelle.
Cette partie de notre travail ne s'adresse qu'indirectement à ceux qui ne croient pas au monde supérieur, parce qu'ils
DES SACREMENTS. til
n*y ♦iVfetit pbiftt. Nous Knt SVOtts niioiitfé dU plus profond de ttbtiffe amour qU*ils étaient, tointtoe dit lé prophète, w àssié dâklâ lê^ lrëg{ôU§ dé i'ôtnbré dé la mm, » et hôiiâ leut kvëliè itidiqué te cheliiin de là Vie ; où plutôt é*ësl le Christ 4ûl lè leW iâdiqûé lui-ttième. Nétis VoUloi)^ maliitenadt paH^t* plbs pàHItulièfeméht aiix chréiieilfe , afin que leur foi étâul âtiiour, ils matlifestetil la tie spiHtUellé dans toute lâfeplettdeUi* de sa plénitude, et (JHe leuts actes vîéhttertt convaincre le taondè ([{ile c*ést au delà du monde visible, et dâHà là sphèifë du bœur, que Târt, là Science et la société peuvent puiser leul^ SéVe et leur Vie.
Vous qtii ipfeslei en dehors de TEgiise, vous là repoussez cette Vièi parte qu'elle est une perpétuelle coridniimàtlotl dé Tisolement, de rWgUeil, dé là chair et du sàttg ; voUé île là connaissez pas, parce que votre cœur ne s*est point réchauffé, dilaté, épanoui à ce foyer brûlant, qui embrase le temps des feux de l'éternité. Vous, fils soumis de TÉglise, vous l'acceptez , vous la connaissez, vous Taimez cette vie divine, mais vous la limitez, vous l'enfermez dans Tétroit horizon de votre vue bernée ; vous êtes restés sur les rivages de cet océan, et, au lieu d'en sonder les sublimes profondeurs, vous bséîàpeiné ijaesuter quelques points de sa surface. « Avezvous peut* de Dieu, Vôûsdit saint Augustin, jetez-v6us dans ses blràs t ^ Avei-Vous peUr de sombrer dans les àblihes dé Tinfitai; plongez-vous-y d'un âttiour sans bornes? ToUt est pierre d'achoppement pour la raison, tout jusqu'au graiil de sable, jusqu'à l'atome ; mais tout est luiDière et vie polir Tanlour, parce qUe sa racirie même plonge dans l'infini.
Geiix-Ià ne voyant dans le culte et les sacrements que des formules et dés signés, se sont dit : Tout cela c'est la inort. fieu^c-ti vénèrent ces !;ignes, et, Iblh d'en soulever 4â lettre,
pour saisir Tesprit sous les formules, ils les regardent exclusivement comme les canaux d'où descend dans les âmes la vie céleste. Mais vous et moi y avons-nous trouvé la transformation progressive, qui a fait les saints dans tous les âges? Non, en vérité, je vous le dis, nous avons presque donné à nos adversaires le droit de ne voir là qu'une lettre morte. Franchissons donc le paryis, entrons avec amour jusque dans le sanctuaire, où le Christ réside. Seul éternel pontiferoi, seul docteur et médecin des âmes, seule source de cette vie, il va nous révéler tous les secrets de la nature humaine, de ses vraies lois, et de ses immortelles destinées.
Envisageons d'abord les sacrements dans leurs rapports individuels avec chacun de nous ; nous les considérerons ensuite dans l'application sociale de leurs effets.
I«e BAptême
ou
Le baptême, c'est la vie du Christ niant la vie animale du corps, qui est la mort de Thomme esprit, pour nous faire renatlre à la vie spirituelle et divine. C*est ainsi que le définit le Christ lui-même, c'est ainsi que l'enseigne l'Église, et Teau, symbole delà création visible, y devient le signe sensible de cette création invisible.
Parle baptême, l'homme initié à la vie de Tesprit devient enfant de Dieu et de l'Église. Il entre dans la société des âmes, sous Tégide de la double paternité spirituelle, qui répond pour lui , et se porte garant de ça foi dans Tavenir,
par suite de la solidarité uuiverselle qui lie tous les meinbres de TÉglise.
Par le baptême» la vie animale est rejetée, exorcisée ; et sous le souffle du Verbe diviu transmis par les lèvres du prêtre, éclôt la vie spirituelle, dans laquelle rhomme entre, en s'eugâgeant à n'en plus sortir.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, personne ne peut voirie royaume de Dieu, s'il ne renaît de nouveau. En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un ne renaît deTeau et de TEsprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit *. » Toute la théorie du baptême est dans ces simples paroles de Jésus-Christ.
Une renaissance par l'Esprit-Saint d'amour, ce mot est à lui seul toute une démonstration de la divinité du Christ. Dans tous les lieux et dans tous les siècles , l'homme a cherché la solution du terrible problème de l'abaissement de rhumanité, et les moyens de la replacer dans la voie, dans l'harmonie de ses véritables destinées. Sous des formes innombrables, toutes les races, tous les peuples, toutes les langues, avaient conservé la tradition plus ou moins altérée de la chute. Llude avait fait plus, elle posait la renaissance comme base de toute l'œuvre religieuse: de là les initiations et les mystères qui, de TOrient, leur centre, allèrent rayonner sur tous les horizons du monde. Mais qui accomplissait cette renaissance? La science, disait avec rinde toute l'antiquité. Or, la science est allée se perdre dans l'abîme de l'infini, dans le néant du panthéisme, et l'humanité, au lieu de renaître, est descendue d'uu degré
i Saint Jean, c.ai.
250 DES BAGRÉMfeNTS.
de plus dans là déchéàhce et daii^Ia mon. Arrière donc cette science, arrière cette messagère de ruines! Elle a été misé au coiHactdes faits, et les failâ ont teille fois démontré son inanité. Que reste-t-il en dehors de la science? L'amour. C'est, si YàW peut lui donner ce nom, ràmour physique soUs toutes ses formes, depuis l'affinité niolëculâire et la gravitatlidn, j(lst)ii'aUx rapports des sexes dans tes plantes et les animaux , c'est lui, dis-je, qui donne naissance à tout ce qui vit dans lé monde des corps. Mais « ce qui est né de la chair m bhair. s^ Si l'homme tt'était qifun peu dé chair et de sang, un ôrganistiie animal destiné à s'aiiéatitir par la dissolution dé ses parties, àldrs rhoihme n'kUràit pas à rénaître. Mais s'il est autre éhose qu'un pèU de fange pétrie, s'il est espHt àUssi bien que éôrps, il doit donc passer jpar une secôûde Uaissatice^ naître réellement dé nouveau. Or, iK ce qui est né de TBspHt est espHt. » Dieu ^eUl , Esprit créateur, peut donner naissance à Un esprit, il faut donc que l'hurtoitae a i^enàlssé dé TEsprit^Baint, f> esprit du Père et du Fils, leuf éternelle union, leur éternel amour, lièh, unité de la sainte Trinité tout entière. L'Esprit-Sàitat, c'est rAliiour étemel, infini, absolu, TÂmour personnalisé. C'est donc TEsprit-Saint qui^ sous mille formes diverses, donne nais* sance à tout ce qui vit dans le monde spirituel. Quoi ! faut-il que rhomme rentre dans le sein de sa mère? Oui. Toute vie matérielle, animale, a pris naissance dans l'eau, qui est le grand réceptacle, la matrice universelle, dont Uous sommes tous sortis quant au corps. C'est dans le sein de cette mère qu'il faut rentrer de nouveau^ pour renaître quant à l'esprit. Voilà pourquoi la matière du baptême, c'est Teau; Est-ce à dire que le signe sensible donne par lui-même la vie spirituelle? Non, ce qui la donne, c'est notre Dieu^ a il
DES SACkEMENTi. 28i
Hbitâ a volrtUtàiremèiit ëtij^etiârés ^^t le Vët'be de VgHté ; 9> mails il tte là doiibe tiué dans le sigiie et piàt le signe sàcraniemel, « rioUs purifiant par l'âbliition dé Teàu dàtt^ le Verbe de vérité, » dît saint Paul. Poiiirquoi? « Aflh que ttbus soyons un eertàih édnittiéneiéhient de sa créature , h ajoute saint Jacques *.
Si le principe de lëUtô génération c'est Tamour, amotar matériel pour lé monde des corps, Amour divin ou spirituel ^our le toionde dés ésprit^^ U loi de toute génération est qu'elle ne puisse s'âbcoiuplir qUe par le concours de deux étirés. Dieu «eul, dans sbh tappéirt avec lui-même, engeiidre de soi par soi, parce que ce qu'il engendré est encore Lui. Mais dans ses rapports avec Thomtoe, Dieu lui-iUémé n'engéttdre les âmes li la gtâce que par le concours simultané de l'homme en lui et dé lui en l'homme. Dans la haissahée spirituelle déi'homnàe, que fait DieU? Ildonrié le gerlne de la vie surnaturelle. Que fait l'homme ? l\ partieit)e à la génération spirituelle diané lé Yeirbe, en fééondaUt ce ^ettné, et lé céUduisant âu terme fln«ll de son complet déveloj^jiement qui est sans liâiites ; n nous sonltUes faits partiéfjpatit du Christ, dit lé Saint apotre, si cependant nous retenons jusqu'à la fin le gerwe dé sa substante*. î»
Si Dieu ne donnait pà^ à Thomme le premier élémeut dé là vie spirituelle^ belui-ci resterait à jamais enfermé dans la vie pU)*éméUt àniiuale, et s'anéantirait avec la dissolution de son olrganisme; maissiThomme n'opérait pas le développement de ce germe, il serait sans activité, sans liberté, sans mérite, Sans Vie Uioralé, et sans vie surnaturelle. En effet, dans son passage i»Ur k telrré d'épfeuve et d'ihiliation, sa vertu et sd liberté doUnéUt Seules à cette vie spirituelle là forme qui lui
• Ierch. — « Haebr. III.
est propre, et qui constitue ses mérites personnels. Autrement Thomme serait un être purement passif, et il perdrait, avec la liberté, la conscience de lui-même et de sâ personnalité. Cette forme personnelle qu'il donne à la vie spirituelle, dont Uieu inocule en lui le germe, c'est la forme même de son âme, dont le développement éternel fera son bonheur et sa gloire sans fin. Sans doute nos efforts, nos mérites eux-mêmes ne sont que l'effet de la grâce divine, mais de la grâce à laquelle nous coopérons , en la manifestant sous la forme de notre amour, de notre intelligence et de notre activité, par des œuvres utiles à l'édification de nos frères et de nous-mêmes.
Revenons au baptême.
Cette nécessité d'une renaissance spirituelle a été de tout temps entrevue. Partout il y a eu comme un retentissement, plus ou moins affaibli, de la tradition du retour de l'homme à lunité, à l'harmonie, et à la vérité de sa nature. Autrement nul n'aurait cherché le moyen d'y rentrer. Mais pourtant aucun sage n'a pu l'indiquer. Celui qui était doaeur en Israël ne comprit rien aux paroles de Jésus qui lui révélaient le mystère de la renaissance de Thomme. C'est que celui-là seul, qui savait ce qu'était l'homme au commencement, qui seul possédait le secret de sa vie originelle, savait seul aussi par là même, comment cette vie avait pu se briser et par conséquent comment elle pouvait être réparée. Il était donc Dieu celui qui disait ce mot d'une si étonnante profondeur : « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de TEsprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu , » c'est-à-dire faire partie de l'œuvre de Dieu, telle qu'elle avait été réalisée d'abord selon le plan de l'éternelle Sagesse» et telle qu'elle sera ré- ^blie par elle.
Cette parole du Mattre contient toute la science vivante et pratique de Thomme , puisque le sacrement, en même temps qu'il enseigne, incarne en actes, en chacun de nous, Fesprit de Celui qui contient toute vérité. Le sacrement enseigne, comme tout signe, toute parole enseigne, eu mettant Thomme en communication avec Tesprit qui parle. Le mot renaître nous met en face de deux mondes, l'un au sein duquel l'homme vivait, Tautre dans lequel il est mort, et où la vie première vient le chercher, pour le replacer dans sa voie, et lui faire remonter le courant qui l'entraîne aux abtmes.
La parole du Sauveur nous fait connaître la vie dont l'homme jouissait à son origine : « Renaître dans l'Esprit; » ainsi la vie de l'homme était originellement une communion à la vie divine par TEsprit-Saint d'amour, union du Père et du Fils. Cette simple parole nous explique la cause de la chute, et de la dualité introduite dans l'homme. C'est la perte de l'amour qui l'unissait à Dieu, et à la place de cet amour divin c'est l'amour de soi, qui rend l'esprit esclave de la création et de son propre corps. Cette parole nous montre que le signe sacramentel est le médiateur visible et pratique, pour ramener notre vie à la vie de Dieu, notre esprit à son Esprit, et rétablir l'harmonie de tous nos rapports avec la fin pour laquelle nous avons été créés. Elle nous révèle notre but suprême, qui est Dieu : car entre tous les êtres de la création, qui ne sont que les effets de l'action du Verbe éternel sur la matière de l'univers, l'homme seul communie à Dieu, comme beauté, vérité, sainteté, bien suprêmes. Ainsi notre vie réelle est au delà des temps , dans l'éternité, où seulement se trouvent le bien, le beau, le vrai absolus. Non, celui qui a communié à l'éternité, à Dieu, ne saurait être ren-
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fermé pour toujours ù^ns le temps et la création, qui ne peuvent être le but final de l'apparition de Tbomme sur la terre,
Vin,
«ul^e «lu Hn^tenie,
Nous Tavons dit souvent, mais nous ne saurions trop le répéter, l'homme a perdu le vrai sentipaent de sa grandeur, çt parla môme de la grandeur de Dieu. Plongé dans la matière, il ne semble plus se considérer lui-même, que ^omme une sorte de machine aveugle, sur laquelle Dieu opère fatalement. Telle est la manière dont on envisage trop communément l^s sacrements. C'est Dieu qui opère tout» dit-op. Oui^ sans doute, mais Dieu n'opère rien en nous qu'avec le libre concours de notre volonté. Cette observation , qfui s'applique à tous les sacrements, est surtout indispensable ici. En effet, qui présente-t-on d'ordinaire au baptême? Un enfant noMveau-né. Or, comment ce petit être qui, biçn loin d'^ivojr l'usage de ses facultés intellectuelles et morales, n'a pas même l'usage de ses sens, peut-il prêter son libre concours à l'acte, par lequel Dieu le fait passer de la vie animale à la vie spirituelle? {lien de plus simple. Le principe constitutif de l'Église est la solidarité universelle, la réversibilité réciproque de tous ses membres. L'enfant ne saurait contracter encore ; mais son père et sa mère, le père et la mère spirituels que l'Église lui donnent, contractent en son nom, et par suite de la solidarité qui est l'essence même du christianisme, c'est comme si l'enfant eût contracté lui-même. Le voilà devenu fils de Dieu et de l'Église. Mais ne Fou-
h\m pa^, il n> f ncore ^n lui que (e cominenceiqeqt (Je la vj^ aurnatureUs, C'est un genne déposé par Dieu dans cf sein d'enfantt gerige dont^ le d^yelopp^m^Pt peut ^tre san^ limites et sans fin, inais wm^ qui, n'é^nt pas féconde par Tamour, peut rester sans porter s^s fruits con^q)^ daq? la nature cette imwense quantité ôe g^rfluçs , prpdigués par Iq Créatear avec taqt d'al^eudanc?. et qui meurent saq» avoir reçu la fécondation de la vie, Or, ççttft fécpodatiqu doit être Vœuvre aiffîuUapée d^ ^eu^^ êtres, l^ p^re et la i^àj^ de Venfaut. et, à leur défaut, le père et la ipère §pvituelsif expression de rautin^n^ift uuiver^^llfl, jls aPP( â^U^. en WPt
parce que Taniaur est duuceur «t forisç, ppçUou qui pénètre
^\ vertu qui sanctiÇe, 0«p fppt çça pèrç et mère ? Ils çpntiau^nt l'opuvre tapti^^alç, çq d^velqppaat par l'enseigne^ noent religieux le germe de la vie 4Wtne. déposa par l^ ^9- ^reaiept dans T^we de Teuf^Ut*
iJn f ffet, qu'on pe 3*y trompe pas» le baptême, comme tou^ les saorement^t considéré dans se^ pffets, n'occupe pas seulement un point imperceptible de la vie d^ Thomme, il 4Qit, la saisir tout pntièr^- Depuis l'heure où Vçau régénératrice eat tombéç sur ^on frput de nouveau^né, jusqu'à celle où son dernier rçgar4 s'écl^appe yers le ciel avec son dernier ^oupjr, l'bqmme doit passer sans reUche, et d'une manière tpuJQur^ plus parfaite, de la vie animale à la yie spirituelle, c'est-l'^dire
continuer incessammpQt, son l)aptême, en se dépouillant)
a'exorcisant de toutesi les puissances de la matière» des convoitises, des pompes et de^ ceuvre^ du munde. Qu'est-ce autre chose quele développement continu du germe de l'être surnaturel, par lequel le Verbe Ta engendré dans l'eau et r^s*prit-Saint? Ain^i l'enfant, depui?^ le premier a^sijpUmeut qu'il
prête k r^nseifnen^nt religieux de $e$ pitre et m^re imi»-
qu'au dernier holocauste de son corps par la mort , donne réellement son libre concours à Tacte sacramentel, par lequel il a commencé à passer de la vie charnelle à la vie de Tesprit, selon la loi de solidarité, qui répondit pour lui sur les fonts baptismaux.
Deux sortes d'hommes méconnaissent la véritable notiou du baptême. Les uns ne voient que le germe divin, Vinitium substaniiœ^ donné par la consécration baptismale au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Us oublient tout le déve» loppement de ce germe, tout le côté du libre concours de Thomme, dans les effets de l'acte sacramentel. Les autres ne voient que le développement, ou plutôt renseignement mo^ rai et religieux de ce germe, et partant n'en accomplissent pas la fécondation, parce qu'il reste à l'état de lettre morte. Répondons d'abord à ces derniers.
Ce n'est pas sans raison que nous avons consacré toute une partie de ce livre à montrer que la science n'est rien en elle-même, et que l'amour en est la vie. En effet, tous les adversaires modernes du Christianisme n'ont jamais su voir en lui qu'une idée, au lieu d'un acte. Dès lors ils supposent naïvement que celui qui a Yidée chrétienne est un chrétien. Or, pour perpétuer et propager l'idée chrétienne, que fautil? La parole, renseignement, rien de plus. Dès lors, en effet, qu'est-il besoin des sacrements? L'homme, par exemple, passe de la vie animale à la vie spirituelle par la parole, par l'enseignementqui lui transmet l'idée de cette vie morale : tout est dit, et voilà le seul baptême véritable. Rien de plus logique si le Christianisme n'était réellement qu'une théorie, une idée. Mais il est de plus un fait pratique, un acte vivant, une incarnation de l'amour. Pour être membre de l'Église, pour entrer en participation effective du Christ, il faut donc non
DES SACREBfENTS. 257
pas Seulement ime idée, car « les démoDs aussi croient et ils tremblent, ^ mais encore et surtout un acte d'amour. Cet acte consiste à venir se soumettre à eette Église, comme à sa mère selou Tesprit ; il consiste à recevoir d'elle le signe sacramentel dont elle marque, au nom de la très-sainte Trinité, ceux qui accomplissent cet acte d'amour. De sorte que le sacrement, étant déjà par cela seul le signe sensible de cet acte d'amour filial, se trouve établir celui qui TaccompUten participation, en communion effective etrédle, non-seulement avec toute rÉglise à laquelle il est venu sesoumettre,^ mais avec le Christ qui a commandé cet acte d'amour en instituant le signe qui le saeramentalise, si nous osions employer cette expression^. On le voit, toutes les difficultés, toutes les objections des incrédules se résument dans l'ignorance de la notion fondamentale du Christianisme, qui n'est pas simplement une idée, comme ils le supposent, mais surtout un acte pratique, réel et vivant d'amour. L'homme devient enfant de Dieu et de l'Église non par une théorie abstraite^ mais par un acte d'amour : car Dieu est amour, et l'amour seul par con* séquentnous établit en communion avec lui. L'Église, corps vivant du Christ, est une prolongation pratique de son amour, et l'amour seul nous met en communication avec elle. Qu'un homme sache l'Évangile et tous les dogmes de l'Église , en serait-il pour cela un chrétien? Pas le moins du monde. Ce qui en fait un chrétien, c'est l'acte d'amour par lequel, enfant soumis à l'épousa du Christ, il pratique tout ce qu'elle ordonne. Laissez donc là votre enseignement idéal. S'il vient réaliser les pensées propres à inspirer de plus en plus à l'homme des actes d'amour ardent, et qu'il soit comme issu du premier fait par lequel l'enfant a accompli ce devoir
en recevant le baptême , alors il développe réellement le
2SB DKa SACREMENTS.
germe vivant déposé en son cœur par le Ghrisi et TÉgltse. Autrement, il n'est rien, moins que rien; bien plus, il devient le cachet de la réprobation qui condamne à jamais celui qui n'a pas pratiqué ce qu'il avait connu.
Mais s'ils se trompent grossièrentent, ceux qui ne voient te passage de la vie animale à la vie spirituelle que danis l'enseignement séparé de Tesprit du sacrement, ceux-là ne se trompent pas ipoins qui voient le sacrement exclusivement dans l'action de Dieu sur nous , sans tenir aucun compta de la coopération du libre concours de l'homme pour le développement de ce germe, qui ne contenait que « le commence* ment de la substance. » L'enfant reçoit Teau baptismale au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Est-îl né de nouveau dans TEsprir? Oui, sans doute. L'esprit de Dieu est descendu sur lui : mais cet esprit est infini, et Thomme ne peut se rassimiler, se l'appfoprier qu'en en faisant la loi de sa vie, la règle de ses actes, et le but de toutes le% puissances, dii toutes les facultés de son être. Le souffle de Tair est la vie du corps comme le aouMe de l'Esprit est la vie de l'âme ; mai$ si le corps n'aspire ee souffle pour l'introdHîre jusqu'au fond de ses poumons afin de vivifier son sang, il meurt. Il en est ainsi de l'âme. Il faut qu'elle asfràre le souffle de l'Ësprit^Saint, comme la bouche aspire Tair, et que Tin* troduisa^^tju^qu-^u fond de son être, elle en vivifie intérieU' rement çpn propre esprit. Autrement TËsprit, bien que Ten^ veloppant et le pénétrant, n'en reste pas moins peur die comme s'il n'existait pas. Dans les anciennes liturgies, main» tenant trop publiées, on constatait cette action de chacnn des fidèles et de tous réciproquement dans l'acte sacramentel et jusque dans le saint sacrifice de la messe, Taction ^éf^éc^ tpire d^ \^ ¥>cié\6 otu'étieiine contribuaiit k opém l'acte
iont k prétP^ e^i )q ministre* Nous ae crpypitô p^ Mécessaire de rappeller le» témoignages iocontestabl3s de la tradition cbrétienne à ce eujet.
Cette renaissance de Tbomme par le baptéipe, telle que nous venons de la décrire, n'e^ pas seulen^ent une révéla^ iion de la Parole divine, c'est un faitderhistoire. Il est là toujours vivant, toujours permanent sous les yeux de touis. Quelque petit que vous supposiez le nombre de ceux qui sont sortis, renés spiritu^iement des eaux du baptême comme du $ein de leur mère, regardez et dites -nous si Di^u n> pas opéré en eux une création nouvelle selon Tesprit. Vierges,
confesseurs et martyrs, missionnaires, servantes de la cha** rite, tous jusqu'àrbumble fenimejetée au milieu des t^nta* lions du monde, et triomphant de toutes les révoUes de ^on cœur, tous y ont puisé rhumilité, Tabnégatinq, TesprU d'onction et de sacrifice, Tamour divin, en un mot tout ce qui constitue la vie surnaturelle de Tespriteldu cœur.
Cette création nouvelle élève Thomme déchu au-dessus du premier Adam. En effet, le premier homme fut créé dans Tunité harmonique de sa nature, comme tout être qui sort immédiatement des mains de Dieu. Toute sa vertu consistait donc à jouir de son bonheur, en demeurant fidèle à la loi de Tordre. En lui le bien coulait de source, sans -efforl, sans obstacle ; maintenant il est dans un perpétuel antagonisme, dans upe incessante anarchie, et pourtant p^r I91 régénération il s'élève au-dessus de tous les éléments de mort qui Tenveloppent comme d'ur) suaire. Il les surmonte mais ne les détruit pas; i}s persévèrent sans cesse nialgré ses trioQ^pbes de chaque jour. Sa vie n'est plus qu'un combat, où le premier enuemi qu'il doit vaincre c'est lui-|Daéme' produft le biau fli^i u'^^i^iplus dan^ ^a ni^tijire, et lehaq^e ^cte
de vertu est pour lui un acte de sacrifice. Il se crée à nouYeau^ pour ainsi dire, sous Taction du Sauveur ; mais pour se créer ainsi, il faut qu'il dissolve, qu*ii anéantisse pièce à pièce le vieil homme, Thomme déchu. Prisonnier de la matière et de son corps, il s'affranchit de cet esclavage et rend son âme libre. Il force l'organisme animal à être le manifestateur da Christ qui est en lui. Quelle grandeur, quelle puissance dans cette vie militante et qui ne cessera qu'à la mort! La terre est le champ de bataille où s'accomplit ce duel gigantesque contre toutes les convoitises. Oui, Jésus-Christ a reformé Thomme plus merveilleusement qu'il ne l'avait créé au premier jour. L'homme, entré par le baptême dans le monde des âmes, y retrouve son Archétype éternel, selon lequel il se perfectionne incessamment, se transfigurant ainsi en l'image de Dieu, qui est Jésus-Christ lui-même.
Wm Cottlli
«ion
ou
MéU firem hmÈÊMtinm ButMi%m»9m^mHêée par fa fé&^em diminm»
La Confirmation, c'est le signe qui nous manifeste et nous communiqué l'action de l'Esprit-Saint, force spirituelle infinie, niant la force révoltée de la chair et du sang, qui est notre faiblesse et notre misère ; c'est l'activité remplie de l'Esprit-Saint d'amour, venant se substituer à notre activité toute animale pour la soumettre librement à la puissance de Dieu.
C'est l'Esprit du Père et du Pfls se répandant dans
Fesprit de l'homme, pour remplacer la sagesse charnelle par la sagesse de TEsprit-Saint) la science humaine par la science divine» le conseil de la chair et du sang par l'esprit d'amour saint; pour régler la force personnelle de chacun par la force universelle de Dieu, l'activité du corps par celle de l'esprit ; pour vivifier la pratique des choses terrestres par la pratique des choses célestes ou la piété ; pour substituer à la crainte des maux, qui n'atteignent que le corps, la crainte de Dieu et la haine du péché qui tue Tâme.
Par la Confirmation Thomme, revêtu de Tincorruptibilité de la vie spirituelle , puise en Dieu même la force unie à l'onction, la vertu jointe à la charité.
Nous avons montré que l'amour seul enfante, dans le monde des esprits comme dans le monde des corps. De même que l'amour naturel ou rattraction physique engendre les corps, T Amour divin engendre les esprits. Or, l'Amour en Dieu, c'est rEsprit-Saint, source de la vie surnaturelle.
Si dans le baptême l'homme n'était qu'un être purement passif, recevant fatalement l'action sacramentelle, dont les effets opéreraient sans son libre concours, la Confirmation ne serait pas nécessaire, car l'homme n'aurait besoin d'aucune force, d'aucune activité pour s'associer librement au sacrement générateur, et coopérer avec Dieu k sa renaissance, à sa régénération. Mais si au contraire son libre concours est une condition formelle et indispensable de sa nouvelle vie, où puisera-t-il cette force surnaturelle, pour coopérer à l'acte divin? En Dieu sans doute, oui, en Dieu considéré comme Amour ou Esprit-Saint, puisqu'il s'agit de la renaissance de l'esprit par l'amour divin, en opposition à l'amouf de soi, principe de la déchéance. Tel est l'objet, tel est le but du sacrement de Confirmation.
262 DBS SACHEMENTS.
Notis l'avons démontré surabondamment^ rhbmint n'eit pa& un pur esprit, et dans sa nature antinomique, complexe en son unité, rien de Tordre spirituel ne lui est accessible qui ne soit déterminé, défini, délimité par un signe qui^ par lui-môme et séparé de Fesprit vivant qu'il exprime, n'est sans doute qu'une formule vide, une lettre morte^ mais sans laquelle néanmoins rien de spirituel ne peut pénétrer jusqu'à lui. Le signe sensible de la Confirmation c'est le saint Chrême, qui représente par Thuile et le baume le lien des choses , ce qui les unit par la douceur et Tonction , figure touchante de la divine charité.
La création matérielle manifeste Tâetion simultanée delà sainte Trinité ; il en est de même de la création spirituelle dans le baptême conféré au nom du Père, du Fils et du Saint* Esprit. Mais de même que la création matérielle knpUque une force adaptée à la matièlre, et qui la met en mouvement, force qui n'est autre^ dans le langage scientifique, que la lumière et la chaleur^ de même la création spirituelle par le baptême suppose une force appropriée à Tesprit, et qui lui donne le mouvement spirituel^ force qui lui est communiquée par l'Esprit-Saint d'amour, qui est à la fois intelligence et activité. Manifestation de l'amour, l'homme est donc, à sou image, amour comme Dieu lui-même est Amour sans bornes. La perte de cet amour , voilà la cause de la déchéance primitive et de la dégradation permanente de Thumamté.
La vision des prophètes et la voix de TÉglise appellent l'Esprit-Saint, afin que toutes choses soient créées de nou* veau et qu'il renouvelle la face de la terre. Lorsque Jésus- Christ a accompli sa mission par le sacrifice de tout luimême , il annonce à ses disciples qu'il est nécessaire qu'il quitte la terre, pour leàr envoyer TEsprit d'amour, qui peut
DË8 &AGBEMENTS. MS>
seul rétablir VlioaiiBe àtum la loi de sa vraie nature^ «a Tu* Dissaut au divin Rédempteur passé dans Tardre de Tinfini* Voule2-vou6 conoprendre les merveilles de là rénovation universelle qm le Christ est venu opérer dans le xiiônde des âmes ? Ouvrez les annales de rhumanité au milieu des siècles béroïques de la foi, regardez avant l'effusion de TEIsprit qui sieut toute la terre: partout la haine, la division, la mbrt; partout Tempire de la force brutale ; partout le bruit des chaînes que portent les deux tiers du genre humain ; partout les masses servant aux plaisirs de quelques privilégiés de la forcé, de la naissance ou de la science ; partout des cirques^ des amphithéâtres, des lupereales, des gladiateurs, des massacres^ et des prostitutions* Dieu est banni du .monde parce que TÀoiour, qui est Dieu même » eu est exilé« L'homme s'est fait Dieu, mais c'est le dieu de Timpudicité» de Torgueil et du matérialisme; le dieu de la haine et db mépris de ses semblables. Oh I Seigneur, Seigneur I retour*nerioos-nous à ces jours de honte et d'épouvante^ de désolation et de ruine universelle ? L'amour estnl aujourd'hui quelque part dans les sociétés humaines ? Le sensualisme^ l'égoïsme et l'orgueil n'ont-ils pas usurpé sa place daus les âmes ? D'où pourraient venir autrement toutes ces misères qui s'accumulent, pressées comme, l'armée de la justice divine, qui vient sans doute creuser un sillon dans la terre pouf rensemencer de nouveau de la vertu de l'Esprit d'amour ?
LEsprit-Saint se répand eu langues de feu sur le front des apôtres du Christ : c'est tout un monde nouveau se levant contre l'ancien. Au milieu de l'immense cri de désespoir qui dominait jusqu'au bruit des festins et des fêtes, un cri de joie, d'espérance et d'amour se fait entendre à tous les horizons de la terre. L'humanité s'arrête, haletame, inspirée,
et, se recueillant dans sa reconnaissance, salue avec trans^ port Tère du Christ, et regarde le ciel en laissant tomber de ses yeux deux larmes de foi et d'amour. Le monde est sauvé, TEsprit de charité a paru sur la terre. Rois, enfoncez la conronne sur vos têtes, serrez plus fort le sceptre qui glisse dans vos mains ! Rivez les chaînes qui clouent le monde au pied de vos trônes ! Ce n'est pas la forée matérielle qui les fera crouler et vous jettera aux gémonies de l'histoire ; non, c'est l'Esprit nouveau communiqué au monde, c'est la puissance inéluctable de la vérité et du sacrifice, c'est le cœur détrônant l'égoïsme, c'est l'amour, l'amour seul, nu, sans défense, et s'offirant à la mort, aux tortures, en bénissant les bourreaux qui tremblent devant leurs victimes, muets et se sentant involontairement pleurer d'admiration sur ceux qu'ils demanderont, demain, de suivre dans la mort. Vous avez cru détruire la race immortelle des fils du Calvaire, et chaque coup de hache n'a brisé qu'un étai de vos trônes. Votre glaive, lassé de frapper, s'est retourné contre vos poitrines. César , te voilà chancelant , tombé , traîné du Capitole à l'égout ! Tu as cru vaincre et te voilà vaincu. Avec toi s'écroule pour jamais le monde antique de la force brutale et de l'esclavage. Le paganisme est passé sans retour, une ère nouvelle se lève à l'horizon du monde, et Thumanité transfigurée passe de la mort à la vie. Qui donc a pu accomplir cet étonnant prodige? L'amour. Qui a vaincu le monde, en s'offrant à la mort ? L'amour. Qui a converti jusqu'à ses bourreaux , en les bénissant de son doigt trempé dans le sang de Tbolocauste ? L'amour. Rome était maîtresse de toute la terre par la force, et l'amour a vaincu Rome. Le paganisme avait ligué pour sa cause toutes les passions déifiées de l'humanité, et l'amour a vaincu toutes ces passions
avec le paganisme. Toutes les légions de Rome unies à toutes les légions des dieux de l'idolâtrie livrèrent, par des myriades de bourreaux, dix batailles rangées à ces hommeç qui n'employaient d'autres armes que Tamour ; mais bourreaux, légions de dieux et de vétérans furent vaincus par l'amour. Est-ce assez?
L'amour a vaincu la baine, Timmolation de soi-même l'égoïsme, rhumilité l'orgueil, le mépris de la gloire du monde a donné le sentiment infini d'une gloire qui ne passe pas. Yoiis, persécuteurs, vous êtes descendus dans les ténèbres de la mort, eux sont montés sur les autels, entourés de Tauréole lunSineuse de la vie. Vous avez beau les obliger à vivre dans les catacombes, d'où ils ne sortent que pour se ruer en foule au martyre, voici le soleil qui se lève radieux pour éclairer le triomphe de la charité. Des temples innombrables surgissent de la terre pour chanter l'hosanna du Crucifié ; les empereurs soumis courbent leur front sous l'eau baptismale, qui consacrera bientôt les barbares devenus chrétiens; les douze pauvres de la Judée ont conquis le genre humain. De Rome, où il a remplacé César, le christianisme a constitué la société nouvelle. Arts, science, industrie, lois, fraternité des nations, tout sort de son sein fécond par la sponta^néité d'une charité prodigue de toutes sortes de merveilles.
Après dix-neuf siècles de rénovation incessante, ce même Esprit d'amour est toujours vivant dans l'Église, toujours prêt à continuer, à renouveler ses merveilles dans les individus et dans les peuples qui se placent sous son action divine. Sans doute vous ne le voyez pas, vous ne le sentez pas, vous qui restez enfermés dans le monde des corps, vous qui ne savez pas où est le monde des âmes, vous qui n'avez jamais contemplé son ciel pur, son soleil, ses étoiles, qui
260 Des SACaiBMKNTS.
n'avez Jamais reipiré U BoulBe eoivrani de aoo esprit de vie. Âli! veues done avec nous dans ces e^léates régions essayer de déchirer le voile qui nous en sépare^ et de pénétr«r par le cœur jusque dans l'iatimité même des bhoses.
0alle de la eonliriiuilloii.
L*hôtt)riife èét àmoilf, âvons-tibùs dit. Déjà, datis iiôtre premîët vblutne, nous avons toontré * qu'on ne connaît pas rhoitttie ëh disant qti'îi est esprit et corps, JJue ces mois sont de siniplës lerfhès, des limileà qui iridiquëiit là où l'homme ftttîtj et noii là ôft il commencé et se développe. Nommer les deUi pôles dé là terre coihmè toesure delà ligne de sa circohfëi'ehëe, ce sérail sans doilte définir ce glbbè par exclusioti, eh ihoiU^atit les fioihtspàr où il se distingue de tout ce qui b*eét ^às lui; ce ferait indi(tiier sa Formé, mais non sa nature, sa surface, mais noii son mouvement, sa ligné extérieure et atjpâtehté, ihais non sa vie îhlime et téelle. C'est ptécisémëttt ce qtt^oH fait lorsqu'ôii croît définir l'homme eîi disàlit siilipleménl qu1l est esprit et corps. « t'est qu'il ne sufSt pas de le côhsidérer comme étant placé entre Dieu et runiveri^ visible, il faut le concevoir dans son caractère de médiateur de l*iln S l'autre. En vaih nie dltez-votls qull est esprit et cotpà, je vods deWaridé de me faire connaître, hôti ces deux lërihes complexés, mais l'idée simple qui ré- Suite de letit ttlllbn. Jusque-là vods ne m*avez rien dit». » Ne
* P. ii el «ttl?.
DES SAGREliENTS, 267
croyei pas surtout (}ue oe soil là une question oiseuse et spé* cQlftUve. Bien au eontraire, toute la règle de la vie et des des* tinëes de Thoitime dépend de sa solution. En effets qu'estait arrité de cette définition exclusive et bornée, qui se conimte de dire que rfaotnme est esprit et corps» sans même chercher l'idée simple qui résulte de ces deux termes complexes? Ce qdi eàt aJrrivé^ le voici. Les uns ont pris pour thème le corps^ et en ont conclu théoriquement et pratiquement au sensualisme» au matérialisme^ à la légitimation, à la sanctification àû toUtes les passions animales , en un mot, il ce qu'ils nomment la réhabilitation de la chair. On sait jus* qtt'oti â conduit, dans notre siècle, cette logique des sens qu'on peut réprouver et flétrir, mais qui n*en denture pas moins nécessairement la loi de ceux qui ont placé le moi humain dans Torganisnle animal. Les autres n'ont pris pour thème que l'esprit, et ont conclu à cette science purement abstraite et idéale^ mais sans aucune réalité concrète et vivante, ï laquelle ils ont prostitué le saint nom de philosophie. Cette métaphysique étant une simple abstraction, une idéalité^ dit naturellement tout ce qu'on veut lui faire dire au gré de l'orgueil , des passions » de l'imagination et du caprice ; de sorte que sou résultat fotcé et inévitable a été de dé<^ truire toute certitude » toute base réelle et vraie de connais*^ sance, toute distinction entre le bien et le maU le vrai et le fiiux, le juste et l'injuste. Tout le monde sait à quelles erreurs a conduit dans notre siècle cette logique de Tabstraction, qui a abouti à l'identité des contraires, et qu'on ne peut cependant réfuter dès qu'on place le moihumaiu dans l'esprit isolé du corpsi
Mais, dira-t-oUy les premiers ne concluent au matérialisme que parce qu'ils oublient que le corps est uni à l'esprit, de
même les seconds n-aboutisseut au Yide de rabstraetioa que parce qu'ils oublient que Tesprit est uni au corps. Sans doQte, mais comment faire de cette union la règle pratique, sans savoir d'abord en quoi elle consiste ? Toute la question de l'homme est là^ et» par elle, la solution de tous les problèmes qui intéressent l'humanité, à quelque titre que ce soit. Là se trouve en même temps la clef de l'antinomie et la méthode qui résout toutes ses équations.
L'esprit et le corps^, voilà les deux termes de l'anlinomie. Mais encore une fois ce sont là de simples termes^ des limites qui indiquent, non ce qu'est Tétre en lui-même, mais seulement les deux faces où il s'arrête et finit. L'homme finit au corps ou à l'organisme animal, qui n'est ni lui-même, ni rien de lui, en même temps qu'il finit à l'esprit ou à Tabstraction idéale qui n'est ni lui ni rien de lui. L'homme proprement dit, l'homme total, n'est ni l'un ni l'autre de ces deux termes, il est dans l'unité vivante qui les relie. L'homme est corps, oui, mais corps informé par l'esprit. L'homme est esprit, oui, mais esprit qui informe un corps. Ou plutôt il est l'unité indivisible et simultanée de ce double aspect aur tinomique. Or, cette antinomie fondamentale a sa vie dans l'amour qui ne saurait être défini, mais qui, s'il pouvait l'être, le serait par ces mots : le detix en un* L'amour, voilà l'homme tout entier, l'homme vrai, réel et vivant. C'est l'amour que nous exprimions métaphysiquement sous le nom d'indéfini, dans notre premier volume (voy. chap. i). C'est lui qui se retrouve partout en l'homme, comme sa raison d'être, son milieu, sa fin ; sa raison d'être, car nous avons montré que corporellement comme spirituellement l'homme est engendré à la vie par l'amour; son milieu ou sa loi, car toute la loi chrétieime, qui est en même temps la seule loi de la
vraie nature deThoinine/estdaBs la charité; sa fin, car Dieu est amour^ et c*est à Dieu, sa fin suprême et universelle, qu'il doit être indissolublement et éternellement uni, et en lui à tontes les créatures.
En effet, Tamour dans Thomme c'est l'indéfini. Il n'est ni exclusivement de l'ordre du fini, ni exclusivement de Tordre de l'infini, mais il est l'en tre-deux, le médiateur, le point de jonction et d'unité de Tun à l'autre. Voyez Tamour, à l'âge où il éclot comme une fleur : vous le diriez tout matériel, et pourtant rien de plus chaste, de plus pur, de plus immatériel, pour ainsi dire, s'il germe dans une âme demeurée en dehorsde tout contactimpur. Voyez, d'un autre c6té, Tamour chez les âmes mystiques, épurées par une longue pénitence ei unies tout entières à Dieu ; cette charité s'exprime sous toutes ie^ formes qui rappellent les transports d'un amour profane, tant il est vrai qu'à son plus haut degré de spiri-tuaUsation, il a toujours besoin, pour se raconter, de revêtir une forme. Ainsi pour nous l'amour garde toujours son double rapport avec le monde visible et avec le monde invisible, unité simultanée du double aspect antinomique de notre nature, dont il est la clef.
La Confirmation, en donnant b l'homme TEsprit-Saint, amour infini, lui donne comme la substance même de son être surnaturel, devenant la force de sa force, la vie de sa personnalité, le moi de son moi. Il rattache l'homme, qui est un amour indéfini, à Dieu, amour infini; il unit cœur à cœur la créature au Créateur, en reliant tout dans l'homme par l'amour^ qui est le lien universel, selon l'apôtre des Gentils.
De même qu'au début de la création matérielle, l'Esprit de Dieu, qui est sa vertu toute-puissante, était porté sur les
270 W8 SAGBElfEMTS.
eaux', ainsi pour la création spirituelle l'Esprit coofirmateur couve l'eau baptismale. Le sacremeut de la Gonfirmatiea contieot la vertu créatrice des premiers jours de la foi, qui se continue à travers les générations pour les rappeler à leur sainte origine. Au berceau du Christianisme , le Saint-Esprit était pour les enlants de la croix le lien qui unit au Christ, parce qu'il est le lien qui unit le Fils au Père dans le mystère de la Trinité. C'était eu son nom et par sa Tertu que tonl s'accomplissait» ainsi qu'on peut le voir dans les Actes des Apùires et dans les documents qui nous restent de ces temps primitifs. Nul n'est parfait chrétien que par la réception du Saint-Esprit; nul n'opère aucun acte d'amour, d4ntelUgetted et de vertu que par le Saint-Esprit; nul n'(^ l'étr»* le mou^^ vement et la vie de l'ordre divin que dans le Saint-Esprit. Il est en tout, toujours et partout. Aussi avee quelle avidité les enfants du Calvaire écoutaient ces accents inspirés det apôtres : « La charité de Dieu a été répandue dans nos cosun par le Saint-Esprit qui nous a été donné. x> Ils aimaient eet Esprit ; ils le sentaient en eqx et dans leurs frères, les unis* sant tous solidairement dans le fils de la Vierge immaculée, victime solidaire pour tous. Tout dans ces beaux jours parlait d'amour, tout respirait Tamour, tout yivait d'amour. L'amour était tout* L'amour qu'ils avaient reçu, ils le rerw saieut avec leur sang en torrents de charité sur cette terre ingrate et persécutrice, afin de la rendre féconde pour If vertu et pour le Christ. Alors Thpmme était réellement ce qu'il doit être, ce qu'il est sdon sa vraie nature, amour vivant, indéfiai, sans limitaa et sans mesure, qui cem«> mence mais ne finit jamais.
' Qwé^j c. r, f. a.
D£a SAGREIfËNTS. t7|
Tous les don» du S^ioi^sprii peiiveal ainsi se résumer dans l' an^ottr, ou plutôt ils ne soQt quç cet Esprit se donnant à nous dans sou indivisible unité, et que nous devons manifester par les sept faces de notre vie, dans nos rapports fivec Dieu, avec iiosfràre^et nous«mdmes. L'ameur est la loi une et univer^ selle de la vie pratique, la règle indéfectible de nos a<^tes pour opérer partout le bien, et l'opérer pour le Giel c c'est la sagesse. L'amour s^ul pénètre non pas seulement les phé^nomènes passagers, mais la nature intime, réelle m vivante des choses et des êtres s e*est rinte|ligence. L'amour seul^ en nous affranchissant de Fesclavage de nous-mêmes, de l'égeisme, de l'orgueil et de^ sens, nous place dans la main de notre eons0il, dans la libre disposition de nous-mêmes et de toutes choses, pour le serf ic# de Dieu et de n ^s frères : c'est le doii de Conseil. L'amoiir, eo nous unissant intime* meni à Dieu, dpnt nous empruntons par U^ la puissance, puis*que Dieu lui-même est amour, transfiMrme en force notre fai» blesse, et nous fait opérer eu tout avec une aorte de toute* puissance, par la douceur pénétrante d^ son onction : c'est la Force. L^amour donne la eertilude et la oonnaissaoee vî* vaptet parce qu'il nous met eq face de la réalité, nous li| fait voir, sentir et toucher, en un mo| nous unit inûmement à la vraie vie : c'est la Science. L'^Mnour ne noua finit pas seule«i ment en Dieu à toutes les réalités vimuites, il nous établjt en société, en commumon^ en solidarité avec elles, de sorte qm c'est Pieu seul que nous aimons, servons et adorons en toutes abos^ ' c'est la Piéhl- Maiii T^^ieur» m nous jjmssaui à Dieu, nou§ 4§PPQ pQpcienpe de w^f^ uéaut et de sa granit deur infinie, de sorte que plus nous nous approchons de lui, plus nous lui sommes unis étroitement, plus nous sentons la distance de l'abtme incommensurable, absolu, qu'il y a entre
notre nature et la sienne, stupéfaits et comme écrasés de l'infinité de la miséricorde qui a pu combler cet abime pour nous unir à lui, nous entrons dans la crainte filiale de Dieu. Ainsi ces sept dons ne sont autre chose que Tamour, sous tes sept formes de la manifestation de notre vie spirituelle, bien que toujours indécomposable dans son indivise unité, comme tous les commandements se résument eux-mêmes en une seule loi, la charité. C'est Famour qui donne le goût des choses spirituelles ; il est la sagesse qui ordonne notre vie selon le but suprême que la foi nous révèle, l'intelligence active et vivante de la justice et de la vérité; il est la crainte filiale de ne jamais faire assez pour Dieu et pour nos frères, la force de triompher de la chair et du sang afin de vivre avec rÉglise selon TËsprit divin ; c'est lui qui donne la science de Jésus-Christ, la piété du cœur; c'est lui enfin qui conseille dans la pratique de la vertu le dépouillement de ttous-'mêmes, et qui se manifeste dans une crainte amoureuse de Celui qui nous a donné le nom de firère et d'ami. « Envoyez votre Esprit, et toutes choses seront créées de nouveau et vous renouvellerez la face de la terre, » dit l'Église avec les prophètes. Quelle merveille, en effet, que cette société universelle qui, dans sa charité, réalise sur la terre la vie qui semblait ne pouvoir exister qu'aii delà des temps, l'unité des esprits et des cœurs ! Si la foi est « la raison des dieux créés, » Tamour est une vision du ciel sur la terre ; « il possède toutes les vérités, moins les explications du génie. Si cet accessoire est précieux , il n'est pas nécessaire à chaque fidèle < ; » Tamour lui suffit.
• M«'- de Tulle.
Ei'Bueiiitrtiille
ou
L'Eucharistie , c'est la communion , l'unité de l*homme avec Dieu, et, par suite, des hommes entre eux. C'est l'aliment divin des âmes sous le signe sensible du pain et du vin, matière de Taliment des corps. C'est la transsubstantiation de la matière au corps du Christ, Tunion du phénomène qui passe à sou corps glorieux , la transformation de l'homme en Jésus-Christ par la communion.
Or, celte union ne peut avoir lieu que par Faction libre et le concours simultané de Dieu et de Thomme, « Celui qui TOUS a créé sans vous, dit saint Augustin, ne vous sauvera pas sans vous. »
Si le Christ vient à l'homme, il faut aussi que l'homme aille au Christ ; or, comme le divin Sauveur Ta dit, il ne peut y aller qu'en se niant lui-même, qu'en renonçant à ses propres sentiments , pensées et volontés, pour embrasser dans la plénitude de sa vie sans bornes la pensée, la volonté de son modèle, élargissant sa propre personnalité à la mesure de celle de l'humanité tout entière, à la mesure, s'il était possible, de la personnalité même du Verbe divin.
Le monde tout entier n'est que la manifestation visible d'un agent invisible, lien indissoluble qui unit ce que nos sens aperçoivent. Cet agent que la science appelle électricité prend, dans son action qui attire les éléments les
ni DES SACREMENTS.
uns vers les autres, un nom d'amour, Yaimant. Sans aimant dans le monde matériel, et, dans Tordre spirituel, sans amour, point d'orientation possible. Toutes les merveilles de la création appartiennent à Thomme, mxiis, au lieu de s'en servir pour s'élever au-dessus de lui-même, il s'enfonce par elles de plus en plus dans la chair et le sang. Lorsque Dieu alluma l'étoile polaire dans, les plageg du ciel, il donnait à rhomme un guide pour passer d'une terre à une autre. Cependant, par une nuit profonde, au milieu des orage? et des tempêtes, comment traverser les déserts et TOcéan? L'aimant se met au service de l'homme, il s'incarne dans le fer, s'il est permis de dire ainsi, la boussole est trouvée, le monde entier est à notre disposition , rien ne pourra plus nous arrêter. Et vous voudriez que Dieu, qui a donné à l'homme un guide infaillible pour traverser la création, n'eût pas donné en même temps à ce voyageur aux rives éternelles un guide plus infaillible encore, l'amour? Dieu seul connaît le chemin qui conduit à lui, seul il éclaire le monde pour lequel nous sommes faits, seul, par conséquent, il peut y guider notre marche, à travers la nuit profonde, les orages et les tempêtes de nos âmes. Mais Dieu est invisible? Oui : ràimanl l'est aussi, et, de mênje que le fer rend sa vertu visible, de même Tincarnation manifeste Dieu visiblement à tous. C'est le Dieu fait homme, Jésus-Christ. Bien quç passé maintenant dans l'ordre de l'infini, il né s'en manifeste pas moins parmi nous. De même que la (oatière révèle l'invisible vertu qui est partout ; ainsi les apparences du pain font sentir la présence vivante et l'invisible vertu de celui que nos sens ne peuvent atteindre. Il est là, non pour que nous le contemplions spéculativeraent sous les espèces qui le cachent, mais pour que nous l'attirions en nous, que nous
DPS ÇAGHEMENTS. ^75
réaliaioqs pratiquepQeqt son esprit dans tons les actes de notre vio. Il est le chenaip (j^i nous porfe, la vérité qui npug éclairq, la vie de notre vie. L'Eucharistie n'est, selon Yexpression des Pères ^ quçi a Textension de l'incarnation, p se prolongeant pour embrasser tous les lieux, tous les âges, tous les hommes, en se les unissant, les unissant ^ntre e^x et tous en lui , avec lui, et par lui à Dieu. Prolon^eniept de rincarpation, VEucharistie n'est donc que Tarooif r réajis^, organisé pour la so}J4arifé universelle, loi vivapte dn christianisme pt })^e constitutive de Ig société ^piriti^ellp op VEglise.
Pour bien saisir ce f^Jt, rçprésentons-le d'abord sons pe autre forme.
Nous avons nommé loi des milieux cet(e }j)i salon laquellp les êtres naissent, se développent et vivent dans un milien qiji convient k leur nature, pt hors duquel ils souffrent et meurent s'ils n'y rentrent pas. C'est là seulement qu'ils tronr vent ralimqnt de leur vie. t^e milieu de notre ojrganisn^epljjr- 9Jque c'est le monde extérjp ur. C'est là qiie le cprps puise |^ siibstance dqnt il se form?, Taliment qui Tentretient, en nn mot toutes les conditions de sa j[énération, de son développeaient et de sa vie. Enlevez-le dn sein dé l'atmosphère qui le bajgne pt ['enveloppe de toutes parts, et vous ne pouvez plus le concevoir vivant. Isolez-le du milieu matériel qui le porte, reptojire et le renquyelle incessammept par l'aliment qu'il y puise et dont il ffiTfx^e sa propre chair et son propre sang, etyous ne ppffvei:^ plii^ le concevoir d'aucune manière. Qr, ci le piilipu de notre organisme physique c'est le monde matériel, le milieu de notre âme c'est Dieu par le Christ et dans le Christ. C'est là et là seulement que notre âme trouve sa nourriture : en dehors de ce milieu elle souflre, s^étiole
et œeuru C'est daas le Christ qu'elle renaît à la vie spirituelle par le Baptême, qu'elle se fortifie dans son être surnaturel par la Confirmation. C'est dans le Christ qu'elle puise la nourriture spirituelle qui entretient sa vie, en la renouvelant sans cesse par Tassimilation continue de cet aliment divin. Enlevez l'âme de l'atmosphère céleste qui la baigne et l'enveloppe de toutes parts et qui est rEsprit-Saint d'amour ou la grâce, et vous ne pouvez plus la concevoir vivante. Enlevez-la du milieu de la société spirituelle qui la porte, la vivifie et la transfigure dans le Christ par Taliment religieux qu'elle y trouve et dont elle forme progressivement sa propre perfection, et vous ne pouvez plus la concevoir d'aucune manière. Or, ce milieu est le corps mystique dont le Christ est comme le cœur, et dont les chrétiens sont les membres.
Oui, l'Eucharistie est le cœur de l'humanité régénérée. Foyer du mouvement et de la vie organique, le cœur, placé au milieu de la poitrine, est le centre de tout notre être. En se dilatant et en se contractant, il donne au sang son impulsion, son animation. Sous l'action continue de ce puissant ressort, le sang ayant pris le dernier caractère de véhicule de la vie l'emporte avec une effrayante rapidité jusqu'aux dernières extrémités du corps. En lui et par lui tous les membres sont solidaires.
Le milieu réel de Thumanité replacée dans ses voies, c'est l'Amour divin qui est « le centre de Dieu même *, » lien indissoluble de la Trinité^, amour du Père et du Fils 3, sainteté, vérité, charité, baiser. Esprit, éter-
* Synesius.
' Saint Bernard.
DES SAGREBIENTS. 277
nelle Unité de Vm ti de Tautre^, principe réunissant > au même foyer les âmes qui habitent la Jérusalem du ciel ou la Jérusalem de la terre, et celles qui vivent entre le temps et Tétemité. Pour aimer Dieu d'un amour digne de lui, il nous faut Tamour dont il s'aime lui-même. « Oui, dit saint Fulgence, pour aimer Dieu, le cœur de Fhomme ne suffit pas, il faut avoir le cœur d'un Dieu. H faut que Dieu se donne lui-même, afin de se faire aimer, car la charité c'est lui, et comment aimerions-nous, si Dieu ou la charité n'était en nos âmes? Si donc nous ne recevons pas Dieu, nous ne pouvons Taimer. Armés de cette foi inébranlable, aimons Dieu de Tamour dont il nous aime lui-même ^. » Le cœur deVbomme, qui est le centre d'où rayonne sa véritable vie, est donc l'amour même de Dieu : ainsi, le milieu de l'humanité c'est Dieu replacé au sein de ses créatures par le Christ et l'Eglise.
Si l'amour que nous devons à Dieu est celui dont il nous aime lui-même, c'est donc que Dieu s'est fait homme, comme rhomme est devenu, par le Verbe incarné, participant de la vie divine, ou communiant à elle. Cette charité inconnue au monde idolâtre qu'est-ce, sinon l'Homme-Dieu ou le Dieu fait homme, Jésus-Christ, dont le cœur, chef-d'œuvre de TEsprit-Saint, est devenu le cœur de l'Eglise et par elle de tous les chrétiens. Or, avec son amour pour Dieu et pour ses frères d'adoption, Jésus repose dans l'Eucharistie.
Maintenant, quel est le rôle du cœur dans l'organisme humain? Il distribue, sans s'arrêter jamais, le sang dans toutes les parties du corps,'^comme aliment nécessaire de sa vie. De
* Saint Augustin, saint Bernard, Bossuet, etc. > Saint Denis.
* Saint Fulg., l. H. De pradest.
même l'Eucharistie est le sang du tlhrist se répandant par tous les membres de son corps mystique, qui est l'Église. t)ans l'organisme matériel, le sang est déjà [une chair eii germe, si Ton peut ainsi dire, et qui aevient complètement noire chair, après un nombre déterminé de transformations. De môme, ^Eucharistie est non-seiilement le sang, mais là - chair du Christ. Comme la chair comprend le sang, ainsi la communion sous une seule espèce comprend l'autre espèce. Mais le sang qui forme là chair est lui-même formé par une nourriture extérieure, aliment et breuvage que rhommés*est Incorporés. Ainsi l*Eucharistie, chair et sang du Sauveur, nous est offerte comme aliment et breuvage, pain et vin mystiques que le cnrétien s'assimile pour être un avfec le Christ, et par lui un avec Dieu. Jésus-Christ s'nicorpore au chrétien, comme le pâin à notre chair. Enfin, de même que la nourriture que chaque corps puise dans tous les autres établit entre eux d*une certaiiie manière une communion, une solidarité si intime et si profonde que la vie de chacun devient la vie de tous et réciproquement, ainsi la communion eucharistique établit une admirable solidarité entre l'homme et Dieu et entre tous ceux qui y participent. Cette solidarité est si étroite, que la vie spirituelle de chacun devient,- en un sens, la vie spirituelle de tous, et la vie de tous celle de chacun. Ils ne sont plus qu'un seul et même Esprit dans un seul et même corps. C'est ce qu'on nomme l'Eglise.
Vous le voyez, l'Eucharistie est exactement, et terme pour terme, dans Tordre spirituel ou pour l'âme,' ce que le cœur est dans l'ordre physiologique pour le corps. Évidemment, si, comme on n'en peut douter, le monde visible n'est que la figure et l'image du monde invisible, la théorie physiologique du cœur suffirait seule pour démontrer la vérité
àu inystëirë èuchârièti^e. Oui, chaque ÎJulsatibn 3e notre cœur est une pable de bieu mêitoé, un cri de notre coiiàcience qui nous rappelle d^iine manière sensible et palpable Coilfiinent se nourrît notre âme, comment circule notre èâng spirituel, comment, en un inot, se crëe et se renouvelle incessamment la vie spirituelle qUi est en ilous pour le teteps et pour l'éternité.
XU.
Siilk» àé i'kiàéhmtiéiîe.
L'hdmiiîè naît éplritueUéîfnent par le baptême ; Il reçoit là fôlrte el Tactlvlté spirituelles par là Coiitlrmatioii. Malé tdille fctce â^épuise insensiblement par l*àctiôn. Elle s'éteifti si elle n'est renouvelée par une iiourritUre qui lui rende toute sou énergie. Cet aliment qui lui vient du dehors, rhomme se Tassimile, se TiUcorpore ; il devient sa substance, sa propre vie. Or, cela a lieu pour la vie spirituelle comme pour la vie animale. Tous les êtres, dans notre monde, se composent des mêmes éléments. Ainsi on peut dire, et, au besoin, la science le prouverait, que, dans la nature physique comme dans TEucharistie, le pain et le vin sont la base de toute nourriture. Mais en face de l'essence même deà choses, le pain et le vin, comme toute substance purement physique qu'ils résument, ne sont que des phénomènes, espèces sensibles qui manifestent la véritable substance permanente et absolue, mais qui ne sont pas elle. G*ést ce que nous révèle l'Eucharistie, en nous apprehant
que ce qui reste du pain et du vin» après les paroles de la consécration, n'est plus que de simples apparences ne frappant les sens que pour leur manifester par ces signes la substance réelle, c'est-à-dire le corps et le sang du Dieu fait homme. Ce n'est pas par ces signes sensibles eux-mêmes, simples apparences du pain et du vin, que TEucharistie nourrit nos âmes, mais par leur transsubstantiation au corps de Jésus-Christ. De Fétat de purs phénomènes, ils sont passés à celui de manifestateurs du Verbe incarné. Changés au Christ par la consécration, ils ont pris, pour parler ainsi, une nature nouvelle pour devenir l'aliment de nos âmes et se communiquer à toutes les parties du corps du Christ ou de l'Eglise, à tous les fidèles qui sont ses niembres.
Dans sa marche incessante, le sang poussé jusqu'aux extrémités du corps s'y refroidit, car il rencontre partout en nous la limite qui l'altère en ralentissant sa course. Or, le froid c'est la mort, comme la chaleur c'est la vie. Alors il faut qu'il remonte au cœu^* pour y retrouver de nouveau l'essor de sa vitalité, de-sa chaleur et de son mouvenaent, et être ainsi toujours la vie de tout le corps. Par la loi de solidarité, l'homme ne se nourrit du Christ dans TEucharistie que pour l'apporter à ses frères en actes incessants de charité. Mais dans ses actes même, quelle que soit son application, en se heurtant sans cesse aux limites du fini, son cœur y prend bientôt quelque degré de froid , la sève de l'amour y perd de sa puissance, de son mouvement et de sa vitalité. Alors il faut qu'il revienne au cœur, au foyer de la vie, pour y retremper son âme, pour activer, dilater, enflammer de nouveau en lui le feu de la charité, car le feu, comme le corps humain, meurt faute d'aliment. Là il s'unit, il se donne à Dieu toujours plus intimement, plus profondément, afin d'y
DES SACREMENTS. fBi
puiser la vertu de se donner toujours plus à ses frères. Aussi rEucharistie, foyer inépuisable d'amour et de vie, se résout toujours et partout en actes visibles d'iajmolation et de sacrifice, et, à l'exemple de la divine victime qui nourrit chacun de sa chair et de son sang, chacun de nous doit nourrir à son tour tous ses frères de sa propre chair et de son propre sang par Tamour , le Christ un en tous et en chacun se multipliant ainsi incessamment dans ses saints, et tout venant de l'unité pour retourner à l'unité.
xin.
Suite de l'fiaeliarlsile.
L*Eucharistie est aussi une merveilleuse palingénésie qui fait incessamment passer l'homme de la mort à la vie. Remarquez en effet que, pour la créature, le caractère de la vie est de s'user par son action même ; de sorte que, comme nous Favons montré dans notre premier volume, vivre pour notre corps c'est mourir. Voilà pourquoi nous cherchons toujours en dehors de nous le renouvellement de cette vie, qui n'est qu'une incessante mort. L'organisme se renouvelle dans sa vie par la nourriture empruntée au monde physique : de même, l'homme spirituel que ses destinées poussent vers l'infini, sentant la faiblesse le gagner à son contact avec les créatures, a besoin de renouveler incessamment aussi sa vie spirituelle ; il la trouve dans cette nourriture empruntée au monde divin, dans l'Eucharistie.
Nous avons vu dans le premier volume comment, dans
tousleé ordres et à tous leâ points de vue, le dëveloppeinenl progressif de Thomiiie n'est et rie peut jamais être que le brisement de la limite , bien que cette limite reste toujours la condition indispensable de sa vie ; de sorte qu'on peut dire que, pour lui, vivre c'est briser la limite, c'est-àdire mourir, que mourir on briser la limite c'est vivre. Merveilleuse chrysalide, l*liomme, tout en rampant sur la terre, tisse le llliceul qui semble né renfermer qu'uii cadavre. Mais prenez garde, cette chrysalide immobile, larve qui semble au nombre des morts, c'est l'embryon qui, se métamorphosant et prenant des ailes, va s'envoler^ papillon, dans les airs. Le ver, la chenille, c'est l'homme animal. Le tissu délicat dont elle s'enveloppe comme d'un suaire c'est la vie spirituelle dont elle élabore la trame par ses vertus, et qui est comme le linceul de Tliomme animal, parce qu'il le nie, le crucifie, le fait mourir. La chrysalide c'est l'homme spirituel daris le tlravatl de sa palingénésie icl-bâs, larve Immobile que le iiioilde ibét au nombre des ttidns parce qu'il ne le voit pâë. Lfe pâpllloii, c'est l'homme entré dans la gloire, s'envolant dans le ciel, diapré de ses riches couleurà comme l'insecte ailé. Mais sous l'influence de quelle puissance s'opère cette palingénésie dont le travail est sur la terre, bien que la gloire en soit aux cieux f Sous Faction vivàiiie du Christ, action perpétuée dans l'Eglise par rEucharisile. En effet, n'est-ce pas dans la communion à Dieu par Jésus* Christ que l'homme puise la vie qui renouvelle incessanlment sa vie continuellement épuisée par son action même? N'est-ce pas en Dieu, qui est l'infini, que l'homme trouve cet essor sans bornes qui, passant au travers de toutes les formes, de toutes les limites, s'élève sans relâche par le brisement de toutes ces limites, vers l'infini,
DÈè SAbkEÎiiÊNTS. 285
qiii seul *eè!i soli lérmé saprèine et toujours ihàttingible. Cet âîimeiit puisé daiis rÈucharistîe hoiis pénètre déjà/ pour ainsi dire par avance, des 4^antés des cbrps gldrieux. L'homme, vivant en Dieu et en tous ses frères par Tamour, possède en quelque sorte le don d*ubiquité. Il est dans tous les lieux à la fois pàt* Vamour, car il monte par le sentiment de l'omniprésence de Dieu jusque dans ces régions sereines qui contiennent àifinuliauément tous les lieux, parce qu'elle compreimeut Tinfini lui-même. L'homme vivant par rsm^tir en Di^u, pur esprit, ssiiAtcté et incorruptibilité par excellence, s'élève au-dessus de la chair et du sang, auâës^u^ de tous les j[)héribmènes qiit pàsàënt juâque danè la sphère des pure esprits et de rincorruptiblllté, pdr le ééntimeiit profond db la sainteté de Dieu à laquelle il pahitipe déjh à divers degrés seloh les degrés de éâ propre éâhitelë. L'homme vivant par l'amour eh Dieu, splendeut theflfable de là gloire étefnellé, Se trouve transfiguré lui-même en cette gloire divine par là communion qui lé nourrit de la substance même dé IJieU fait homme. Vous le voyez, il participe pour ainsi dire aux qualités des corps glofieilx par cela Seul qu'il Ireçoit dans son corps mortel et en esprit Vivant lé êorps glorieux du ChHst ressuscité; et la promesse dii Christ, en fondant l'Èiicharlstie, commence à s'accomplir dès ce monde. L'ÈuctarisUe est une palingénésie quotidienne par cela seul qu'elle est une nourriture renouvelant incessamment la vie spirituelle en nous, comme les aliments renouvellent le corps. Elle est une palingénésie, parce qu'elle communique déjà à l'homme, par la participation au corps glorieux du thrist, les qualités des corps ressuscites et glorifiés. Amsî , soiis IbUs les rapports et à tous les points de vue^ le Christ; dans l'Eucharistie, est bien, comme il le dit
lui-même, « la résurrection et la vie, » parce qu'il est « le pain vivant descendu du ciel » qui donne la vie étemelle à ceux qui s'en nourrissent.
14» Pénlienee
ou
Mm emÊêêei0Hem t^^nSue ék Vh^mmm pmtc 9m tm»iéfmtr49é*
La Pénitence ou le sacrement du Repentir^ selon la véritable signification du mot, c'est Faction du Christ descendant vers le pécheur, qui s'anéantit devant sa miséricorde, pour l'emporter avec lui dans les splendeurs de l'infini. L'homme s'abaisse devant lui-même par la contrition qui lui montre son néant , sa bassesse, son iniquité, et par là fait éclater la grandeur, la majesté, la beauté de la perfec* tion suprême qui est Dieu, révélé par le Christ.
L'homme, ne pouvant en réalité s'abai$ser devant Dieu, puisqu'il eu est toujours séparé de la distance de l'infini, s'abaisse devant son semblable dans la confession, qui est Tépanchement de l'esprit à l'esprit, de l'amour à l'amour, établissant la solidarité de cette société des âmes où chacun remet pour qu'il lui soit remis , sublime rançon qui n'est que l'application de la Rédemption du Christ établissant la solidarité entre Dieu et Thumanité tout entière.
L'homme ne fait acte d'humilité, que parce que l'humilité c'est l'amour s'abaissant pour exalter l'objet aimé , se faisant petit pour l'agrandir, s'humiliant pour le glorifier ; et çejtte humilité dans le chrétien n'est que la vérité satisfai-
sant à lâ^ justice par ramour. De là tout l'ordre de la satisfaction réintégrant le pécheur dans la justice et la charité, en le réintégrant dans Thumilité , satisfaction dont le principe universel est dans le sacrifice du Calvaire.
Le sacrement du repentir est un acte de conscience qui s^père simultanément entre Tbomme et Jésus-Christ, par l'intermédiaire du prêtre. On n'en peut donc pénétrer profondément la nature , le caractère et la nécessité qu^en pénétrant à fond dans le mystère delà conscience.
La conscience est le foyer de la vie du genre humain. Elle est la base de tout Tordre spirituel et social. La con-science c'est encore l'amour, l'amour du bien qui condamne le mal, soit le mal individuel qui est toujours une atteinte plus ou moins directe au bien général, soit le mal social qui devient un milieu de mort pour les individus. C'est parce que la conscience est la base de tout ordre, de toute harmonie, de toute unité sur la terre, qu'il n'y a pas jplus de conscience pratique et parfaite individuelle qu'il n'y a d'amour individuel.
Mais où notre âme trouvera-t-elle son poids, son nombre et sa mesure? Où est le centre de gravité de ce point éternellement mobile entrerinfiiii et le fini ? Où est l'axe de gravitation de ce monde vivant et libre qui s'appelle Thomme f Où est le foyer de l'orbite éternelle de notre vie ? Ce centre de gravité, cet axe et ce foyer du mouvement de notre être est ce que tous les âges ont nommé la conscience; là est le poids, le nombre et la mesure spirituels de notre vie.
La conscience ! Âh ! Seigneur, si nous savions sentir, si nous savions comprendre tout ce que ce mot renferme de profondeurs sublimes ! Quel abîme de science et d'amour unis dans ce foyer vivant de notre être ! Centre d'où irra-
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dient toutes le$ facultés, toutes les pi^issancea de ngtreâme ! Océan saps fond et sans rives, coniroe lui elle a et ses tempêtes et ses naufrages ; comme il attire toutes le§ çaux de la terre, elle appelle tqut amour pour répandre pn nous la fécondité e\ la vie qui nous font renaître dans le Christ. Tout sentiment, toute pensée, toute volonté y rencontre le principe de son action, la racine de w\ mouven^ent, l'ori- ^jne de sa vie. Là est la science de toute science, l'amour de tout amour, la vie de toute vie. Oh ! donnezrmoi, Se|gneur, de pénétrer, la sonde à la main, dans les prodigieux iflystères de cet abîme,
Jja conscience est ce fait primordial, originel et fondamental par lequel l'homme a simultanémpnf le sentiment et la connaissance de lui-même, de. Dieu et de ses sem- ^}ah|e§. Il implique le moi qui connaît le bien, la vérité, |a vie : ainsi la conscience c'est Thomme lui-même, c'est tout rhomme mora|. Il implique la réalité du bien, de la vérité, de la vie aWoïus, seul principe, seule règle et seule fin de tout bien , toute vérité et toute vie relatifs , c'est-à-dire Pjieu toujours présent en nous. Comment^ eu ^ffet, la conscience serait-elle l'homme seulement, puisque, s'imposant comme antérieure et supérieure à nous, c'est elle qui nouç ^rie : Tu fai^ mal ! noiis cite à son tribunal, nous condamne et nous juge^ Or, il n'y a que Pieu de supérieur à rhommp^ il n'y a que lui dont la voix, toujours infaillible et toujours obligatoire, puisse être ce cri de la conscience qui s'impose à nous-mênies, et nous rappelle, malgré toutes nos répulsions, à ses lois inviolables. Dieu est là où réside le cens et le goût du bien, du vrai, du juste, et cette conscience dubieUj, de la vérité, de la justice^ n'est que le sentiment <^e la présencç même de Dieu m\ dernières profon-
deurs de notre être. Dieu n'agit jamais en nous ^t $ur nous qu'avec notre coopératiop, par un respect infini ppvr notre liberté; cette conscience de Dieu en nous est en mèm temps la conscience de nous en lui, la conscience defiotr^ moi qui se juge lui-même, et qui, comme dit saint Augustin, «monte contre soi-mémç si|f }e tribunal de son âme, » En effet, la conscience est à la fois et en raÇpae temps io: dissolublement sentiment et connaissance, esprit et cœur, amour et intelligence. Si elle n'était que cœur, elle aurait le sentiment du bien sans en avoir Tintelligence, elle le sentirait passivement, mais, ne le connaissant pas, elle n'en aurait jamais l'amour actif, pratique et vivant. Si elle n'était qu intelligence, elle aurait la connaissance du bien sans en avoir Tamour ; elle le concevrait, mais, i|e l'aimant pas, comment le pratiquerait-elle? La conscience est donc le joint, le nœud même de l'intelligence et du cœur, leur unité radicale en nous, parce que c'est Dieu etl'l^omme indissolublement unis.
Aussi la conscience n'implique pas seulement le moi ou l'homme qui a la conscience du bien, de la vérité et de 1^ vie relatifs, et Dieu, ou la réalité du bien^ de la vérité, de la vje absolus, principe, mesure et fin de tout bien relatif, mais elle implique encore le rapport de l'un à l'autre. Ce rapport, ce moyen terme, ce Médiateur est Jésus-Christ, qui seul constitue le terme de rapport du fini à l'infini, de l'homme à Dieu. Il est ce rapport, cette règle et cette mesure dans le temps et dans {'éternité. Aussi sa loi divine de charité a-t-elle dans son indivisible unité deux aspects : — l'un qui mesure le temps, et qui, dans sa formule obligatoire perpétuée par l'Eglise, prescrit -les préceptes journaliers dont la violation estllemal, le péché, la mort spirituelle qui nous se-
parent de Dieu, comme leur accomplissement est le bien, la verlUy la vie spirituelle qui nous fait enfant de Dieu et de TEglise, frère du Christ et héritier de la vie éternelle ; — l'autre qui, dan^ sa perfection sans limites, s'adapte à Téternité sans mesure, et dont le conseil, pratiqué par les instituts monastiques et par les saints, se résume dans cette tendance infinie : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Mais le précepte n'est point sans le conseil, car rhomme est déjà hors de la charité qui est toute la loi, s'il n'a au moins dans Tintenlion ou la tendance intime cette perfection infinie pour but suprême, puisqu' alors il n'a plus l'amour de Dieu sur toutes choses. De même aussi le conseil n'est point sans le précepte, puisque Tun n'est que la perfection de Tautre, et que celui qui renonce le plus complètement au monde et à lui-même, pour être parfait, n'a jamais devant lui cette perfection que comme un but éternellement inattingible dont il s'approche sans cesse sans jamais l'atteindre ; de sorte qu'il est justifié en Jésus-Christ plutôt par l'accomplissement du précepte que par celui du conseil. Le Christ est donc toujours à la fois et en même temps une réalité définie et un idéal sans mesure, fini et infini, orientation, terme de rapport toujours progressif, le jalon de la marche toujours ascendante de l'âme humaine.
Mais le Christ raison, idéal, type et mesure de la conscience de chaque homme, l'est en même temps de la conscience de l'humanité. Dieu n'a rien fait isolé. En effet, la conscience de chacun vit et se nourrit de la conscience de tous. L'homme n'est rien que par l'enseignement qui le fait un être spirituel. C'est par cet enseignement qu'il reçoit le sentiment et la connaissance du bien, de la vérité, de la justice. Mais l'humanité elle-même, par qui est-elle enseignée?
Par le Christ^ qui éclaire de sa lumière la conscience de chacun et de tous. Or, le Christ, Médiateur entre Dieu et l'homme, estlalumière de Dieu en l'homme et celle derhomme sous le regard de Dieu ; intérieur et inyisible au fond des âmes avant l'incarnation, extérieur et visible dans le monde du temps et de Thistoire depuis Bethléem. De là deux phases, deux aspects de sa vie» qui séparent les temps en deux moitiés, dont le Calvaire est le centre. Le Christ, eu tant que Dieu présent dans Thomme, illumine tous les temps qui précèdent sa venue terrestre et se révèle par la tradition primitive, les patriarches. Moïse, tous les initiateurs et lé- . gislateurs des nations ; autrement aulne pourrait être sauvée puisqu'aucun ne Test que dans le Christ et par le Christ. C'est là sa conception^ sa gestation, sa généalogie au sein de l'humanité. « La loi, dit saint Augustin , portait Jésus- Christ dans ses entrailles. » Alors c'était le Christ intérieur et invisible, agissant de Dieu dans Thomme pour y opérer l'enfantement de la conscience humaine. Puis, lorsqu'est venu le jour de Téclosion de cette conscience dans toute la plénitude de sa réalité vivante, le Christ apparaît comme Fils de Dieu et fils de Thomme. Il uait, il vit, il agit, dans le champ de l'espace et de l'histoire ; il y fonde par sa mort et par sa résurrection son règne et son Eglise jusqu'à la con-» sommation des siècles. Christ extérieur et visible, vient-il abolir la loi antérieure ? Non, il vient Taccomplir. Yient-il effacer « la lumière intérieure par laquelle il illumine tout homme venant en ce monde ? » Non, car s'il est perpétué dans l'Eglise sous des espèces sensibles et des signes visibles, il ne les pose, dans les limites de l'espace et du temps» que comme la représentation des actes invisibles de la vie intérieure et spirituelle des âmes. S'il est perpétué dans
TEglise par des formales et -des symboles, il ne les place dans la limite que comme Texpression de Tesprit inépuisable, illimité, qui vivifie incessamment la lettre qui tue. Le progrès esl sans bornes, mais son orientation est fixe ; le mouvement, la marche toujours ascendante de la vie qu'il transmet au monde est sans fin, mais son but et sa mesure sont marqués ; par lui Thumanité vogue à jamais sur un océan sans rives, mais il lui a donné la boussole qui le conduit et le vent qui enfle ses voiles. Cette boussole c'est la loi de charité, qui nous rend solidaires chacun pour tous, tous pour chacun, et fait ainsi delà conscienee humaine une cor«> science à la fois et en même temps individuelle et collective, une société vivante, dont nul ne peut se séparer sans tomber dans la mort spirituelle. Le vent qui enfle les voiles de ce navire qui porte Thumanité, c'est TEsprit-Saint d*amour qui, dans cette société vivante de TEglise, vivifie, spiritualise et sanctifie chaoun par tous et tous par chacun.
Tel est, A mon Dieu, oe miracle de votre amour, la conscienee, acte par lequel nous n^avons le sentiment de nousmêmes qu'en ayant en môme temps celui de vous et de tom left êtres ; la conscience qui nous unit indissolublement à Aie», toujûiira présent dans la créature, conscienee qui pour U ebrëtien est, le Christ lui-même en nous.
I^g SACKSliENTS. i9|