‹ De la vie et de la mort des nations, par l'abbé GabrielChapitre 19 sur 23 · XV · texte numérisé non relu

XV

— 0 ma coD&eience, je veux interroger.

-^ Parle,

— Puisque tu es la présence et la voix de Dieu ménae» je n'ai pas besoin (f autre maître.

— « Aussi n*en asrtupas d*autre.

— Mais alors pourquoi la voix de TEglise à côté de la voix de ma conscience ?

-^ Parce que tu n'as pas été eréé solitaire, roaift partie intégrante, n^embre de oe corps qui est Thninanité, et quç ne devant être avec tous tes frères qu'un seul cœur et un seul esprit y tes sentiments, tes pensées, tes volontés doivent Atre leurs sentiments, leurs pensées, leurs volontés « et qu'ainsi leur conscience doit être ta propre coBscienee, comme elle est la leur, eonscienee de Dieu lui-même au sein du genre humain. Or, la conscience de Dieu dans Thumanité c'est l'Eglise.

-^ Ce n*est donc plus la voix de ma conscience, mais la voix de TEglise que je dois écouter?

-* L*uae et l'autre ne font qu'un. Toute la loi de l'Eglise se résume dans ce préeepte : Aimer Dieu en tout et par^desr sus tout, aimer ses frères et soi-même en Dieu^ et faire à tous tout le bien qu'on voudrait qu*ils vous fissent* I^e reste n'est que Tensemble des eonditions et des moyens nécessaires pour atteindre co but. Qu'est-ce, sinon l'expression

de la conscience elle-même, dans ce qu'elle a de plas pur et de plus sublime ?

— Mais enfin, si ma conscience me prescrivait quelque chose de contraire aux prescriptions de TEglise?

— C'est qu'alors elle serait ignorante ou aveuglée, et qu'elle aurait besoin de se retremper dans la conmence de rhumauité tout entière.

— Mais siy en interrogeant tous les hommes, cette conscience collective de l'humanité donnait une autre réponse que cdle de l'Eglise?

— C'est qu'alors cette conscience du genre humain serait elle-même viciée, et qu'elle aurait besoin de se retremper dans celle de Dieu même, dont la voix est l'Eglise.

— Voix intérieure de Dieu dans ma propre conscience, voix extérieure de Dieu dans TEglise, quelle est la parole qui l'exprime dans toute saplénitude, afin que je la recueille avec amour pour la pratiquer ?

— C'est la parole du Christ, notre unique Maître à tous. Le Christ, c'est le fils de l'homme, c'est Thumanité dans toutes les conditions de sa nature originelle et sans péché ; c'est l'Eglise, dans le Verbe divin éternellement vivant, qui est l'esprit de tous ses symboles. Christ intérieur, invisible au fond de nos âmes, par la lumière dont sa loi sainte éclaire toutes les profondeurs de la conscience humaine. Christ extérieur et visible dans le temps et l'histoire, dont l'Évangile contient la loi d'amour et raconte la vie. Archétype idéal de toute perfection, dont il est en même temps la règle et la mesure dans sa réalité toujours vivante.

— Que faut-il pour le suivre ?

— La simplicité de Tesprit qui le comprend par la foi, et la simplicité du cœur qui le goûte par l'amour. « L'œil de

votre esprrt est la lampe de votre corps ; si votre œil est simple, tout votre corps sera lumineax ^ d Là simplicité du €œur est la pureté : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu '. »

Ne l'oubliez jamais, c'est par le cœur surtout que Thomme voit Dieu. « Plus on est pur^ plus on est proche de Dieu, t) dit saint Bernard, après le livre de la Sagesse^. L'impureté est pour le cœur de l'homme ce que la corruption est pour son corps. Elle l'altère^ le gangrène et le fait tomber en dissolution, cooune la putréfaction corrompt et dissout le corps. L'homme impur perd le sens divin, l'amour de la beauté morale et spirituelle ; il devient incapable de la voir, de la sentir, de la goûter, et partant, incapable d'aimer réellemeût> car l'amour nait de la vue et du sentiment de la beauté. Or, la beauté infinie, c'est Dieu. L'homme impur, en perdant le sens et l'amour du beau, perd donc par là même l'amour de Dieu en tout et par-dessus tout. L'impu^ reté, en détruisant, en dissolvant le cœur par lequel l'homme touche, sent et goûte Dieu, cause dans l'âme la mort spirituelle ou cet état épouvantable dans lequel l'homme, isolé, séparé de l'infini par la dissolution de son cœur, n'est plus en rapport qu'avec le fini par son intelligence. Tel est l'effet du péché, nommé, pour cette raison, mortel. Dans cette situation, où l'homme n'est plus en état de grâce, c'est-à-dire en rapport d'amour avec Dieu, son unique fin, son âme est exactement ce qu'est le corps, devenu par la mort un cadavre où règne la corruption, qui en dissout jusqu'aux derniers débris,

^ Saint Malth., c. vi, v. 22 ; saint Luc, c. xi, v. 54. < Saint Mallh., c. v, v. 8.

» Gli, VI, V. 20.

â94 DES SACREMENTS*

peur rendre à la matière universelle tous les élénients quito cofflpoâaieot. C'est la première mort dont parle fiaint Jeans tandis que rhomme resté pur est celui qui a part à la pre* mière résurrection, « Heureux et saint celui qui a part à la première résurrection ; la seconde mort n'aura point de pouvoir sur ceux4à; mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ^ et ils régneront avec lui ». »

Mais le cœur de l'homme dissous par l'impureté, et, si on rose dire, devenu cadavre, peut^il de nouveau ressus^ citer à la vie? ou bien n'y a*t41plus pour laide rédemption possible , et son péché est^il ce péché éternel eontre l'Es* prit-Saiut, que Jésus-Christ déclare irrémissible en ce monde et dans l'autre f Non» le beau n'étant que la splendeur du vraiy l'homme peut encore arriver à la vérité par la dimpl^ cité de Tesprit; et cet esprit, illaminé par la grâce, peut luimême parvenir à cette splendeur du vrai, où sa connaissance se transforme en sentiment, son intelligence en amour. La beauté étant, comme dit saint Augustin, dans Tunité, l'homme peut arriver, parTunité ou la simplicité de Tesprit, jusqu'à ridée de la beauté morale et spirituelle, delà beauté divine^ C'en est l'idée, mais ce n'en est encore ni la vue, ni le sentiment, ni l'amour. C'en est l'image, mais non la réalité ; le reflet, non la lumière. Ce n'est pas encore le cœur qui renaît, mais c'est déjà sa eonception spirituelle ; ce n'est pas sa vie qui bat, mais c'est comme sa fbrme qui apparaît ; ce n'est pas lui qui agit, mais c'est 1& point vivant où les éléments qui le composent se rejoignent et s'unissent. Il ne faut plus que la grâce , qui, l'animant de son souffle

1 Apocal., c. XX, V. 5.

* Id,y id.y c. VI.

Vm ^AGREMENTS. Wb

di^îD, M redonne k m. D'où viendra u sotitfle qui fig^* iascitera 1# £Wir? U Yiâadra de TËd^it de toute jpufeié ei de louto i¥Âinti9(é| en m mt^u de, rSaprii^Saint, ^ooimd la mort apirituelle ost venue de l'esprit d'ûïipiireté ou de eor-ruptioB4 Ce ceenuf resaus^té, oe eopur nouyeaitt cft aerA lu souffle divin lui^mêflie dans rhoinme.

Maie que ee retour à la vie apiritueUei qm dette ré$ur-» rectioQ morale est ordinairement lente et laborieuse t Qu'elle exige d'efforts et de persévérance l Combien il est diflieil^ de réapprendre à rhomme à aimer» de lui rendre la vue» le gens, le goàt de la beauté divine 1 Que de soins assidus e< constants pour ne pas briser cette plante si délicate et si fragile qui se nomme le cœur l Quelle soUieitude, quelle vigilanœ indispensables pour la préserver de l'impureté dont le moindre souffle la fléti*iraiti la renveraerait ï Quelle culture incessante de chaque jour et de chaque heure poiur la faire eroitre, se développer^ fructifier et lui donner toute la plénitude de ça vie ! Quelle aspiration continue pour en activer, en vivifier la sève ! Apprendre à aimer, quelle science sans fond et sans rives I Apprendre à voir, à sentir> à goûter par le cœur Dieu et son éternelle beautéi quel labeur, quelle œuvre longue et difficile ! Prenez garde surtout d'y travailler par Tintelligence au lieu du cœur, de substituer ridée au sentiment, la théorie à l'acte, Tabstraction à l'amour, et de vous créer ainsi, au lieu d'un eœur réel et vivant, une image factice et n^rte, lin fantôme artificiel et vide, une ombre de cœur. Aimer, ce n'est ni imaginer, ni spéculer, ni théoTifier l'amour ; mais le désirer, l'appeler, l'éprouver, le sentir ; en un mot, le pratiquer effectivement et dans sa réalité vivante. Aimer, c'est vivre d'amour en tout, toujours et partout. C'est le désirer, y as-

^6 DES âAGRËMËNTS,

pirer, y tendre sans relâche ; car y aspirer e- est aimer déjà, c'est l'appeler, le ponrsuivre et crier vers lui de toutes les puissances de notre âme ; car l'appeler, c'est aimer déjà ; c'est réprouver, le sentir, l'activer, le vivifier, le développer, le féconder en soi et sans fin ; c'est le vouloir, l'aimer, Tadmirer, le pratiquer incessamment. Alors l'homme, ayant la sainte et divine charité, la contemplant, la possédant dans son éternelle et divine beauté, dans son éternel et divin idéal, voit, touche, sent et goûte Dieu par la pureté du cœur, et possède ainsi la grâce et la vie spirituelle. C'est la seconde résurrection dont parle l'apôtre^. La seconde mort n'a point de pouvoir sur ceux qui, en conservant cette charité par la pureté, la simplicité du cœur et de l'esprit, sont inscrits au livre de vie^. Mais pour ceux qui la perdent sans retour, ils sont firappés de la seconde mort, qui est la moit éternelle 3.

Pour trouver en toutes choses l'unité, qui est Dieu, ayez donc la simplicité, la pureté du cœur, d'où naît l'amour divin et qui nous égale aux anges, et la simplicité de l'esprit, qui, en nous rendant semblables au petit enfant de TEvan» gile, nous fait voir Dieu en tout, comme la pureté nous le fait aimer, seutir et goûter en tout.

' Âpocal., c. XX, V. 12.

» /d., id., V. 6, 12, 15.

* M., c. XX, V. 15; c. xxi, v. 8.

iSilUe 4le lu Mnttence.

Nous l'avons dit, il n'y a pas plus de conscience parfaite individuelle que d'amour individuel^ car la conscience n'est que la lumière ou l'intelligence dans Tamour, comme l'amour est le principe et la vie de la conscience. La conscience constitue une société, une communion intime, une solidarité étroite entre les hommes, en la constituant entre Dieu et Thumanité. Yoilà pourquoi le sacrement de Pénitence est une institution sociale, et que Fhomme ne peut se réinté^ grer dans la vie spirituelle que par un acte de solidarité et d'amour avec Thomme, qui est la confession, la contrition et la satisfaction.

Si la solidarité et la réversibilité n'existaient pas, l'homme ne devrait compte qu'à Dieu de ses actes, et nulle justice sociale n'aurait sa raison d'être. Mais l'homme doit compte à ses frères de tous les actes de sa vie^ parce que tous ont sur eux une influence quelconque, bonne ou mauvaise , de même que ses frères lui doivent compte de tous leurs actes, parce que tous ont sur eux la même influence, soit en bien, soit en mal. La confession n'est autre chose que la pratique même de cette responsabilité réciproque. Longtemps publique aux jours les plus glori^x de TEglise, elle organise la pratique de la responsabilité solidaire de tous les hommes entre eux par celle de Dieu avec le genre humain dans le Christ,

De même que Jésus-C!hrist est le seul prêtre proprement

dity il est aussi le seul qui absolve et satisfasse pour tous^ cette absolution et cette satisfaction s'appliquaqt à chacun dans la mesure où il participe à Tesprit vivant de sacrifice, de solidarité et d'amour du Christ^ par la contrition. Tout le sacrement du Rapentir est là.

La confession est un acte d'amour. Confier à un de ses frères le» secrets de son coBuri lui dévoiler ses misères» ses vices, ses crimes, lui montrer à nu toutes les pkdes ée son éme, ir'esi*c6 pas là Taôte le plus complet de l'amour? Noa*seulement il faut que celui qui dépose ainsi tous les secrets de sa vie dans le seiu d'un de ses frères, Taime, mais il faut aussi qu'il soit sur de sou amour, ou plutôt que tous les deux soient unis dans un amour plus haut que tout aoiour humain, dans un amour divin qui les transfigure Fun par l'autre < Tous deux s'agenouillent et prient. Par suite de la loi universelle de solidarité dont il est le ministre, le prêtre prend sur lui les fautes du pénitent, et demande pardon à Dieu avec lui. Deux hommes sont en présence, le prêtre et Tun de nms. Le prêtre est responsable et solidaire, daos le Christ et par le Christ, de cette âme qui vient s'épancher en Dieu par lui ; il répond d'elle devant Dieu, devant la société, et doit y verser Tamour et la vie dont il puise la source intarissable dans le saint sa** Cfifice* Anéantis en présence de l'Être infini, solidaires et responsables Tun pour l'autre, et tous deux pour l'humanité entière, le prêtre et le pénitent unissent leurs âmes dans le Christ^ l'un demandant le pardon, l'autre priant celui qui pardonne, et tous les deux adorant l'Amour divin qui régé^ nère et délie. Alors une voix qui n'est pas de l'homme dit : Allez en paix^ vos péchés sont pardonnes, parce que vous avez retrouvé l'amour par l'humilité.

La coniritiau, k son toiir , est un acte d'amnur , eaf tout pé-

DES SÀGaEMSNTS. 3W

ché ii'dst jamais qu'une atteinte plus ou mains profonde à la loi de cbarité) qui est tout le chriâtianisine ; et le repentir de cette Yiolation de la loi est déjà un retour à Tainour qui en est la Yie« Paf cela seul qu'elle e^t une détestatioii et un repentir du passé, la contrition est donc aussi un change** ment pour l'avenir. L'homme était tourné vers son moi , égoïsme et orgueil; il se tourne vers Dieu par le Christ» qui est amour et humilité* Seul il est « notre justice et notre sainteté, » comme dit Tapôtre : c'est donc par jîoq actiou seule que nous pouvons étrejustifiés et sanctifiés.

Enfin la satisfaction est aussi un acte d'amour. Le péché, disons-iious, n'est jamais qu'une atteinte portée à la loi de charité. Or, toute réparation de cette atteinte, toute satisfaction rendue à cette loi est donc évidemment un acte de charité. La pénitence imposée au pécheur est le mémorial ou le signe de ce qu'implique le sacrement, qui n'est pas seulement un remède pour le présent, mais ua préservatif pour l'avenir, ainsi que le proclame le concile de Trente. Il ne peut être préservatif que pst rimmolation incfissaâte de la nature déchue. Or^ cette immolation est une prolongation du divin sacrifice, par lequel le Christ lui-*même s'est rendu solidaire et responsable de rhumanité tout entière, sacrifice dont la réversibilité se répand sur nous par le signe sa*cramentel, sans lequel il nous serait impossible^ enfermés dans les bornes du fini, de communiquer avec le Christ, maintenant passé dans l'ordre de l'infini. C'est par le coeur du prêtre qu'il arrive au pénitent, et c'est par la contrition du pénitent que son pardon arrive jusqu'à la bouché du prêtre* Les unissant en lui et l'un par l'autre à l'Amoitf di^vin, lui seul donne l'absolution, car le Christ seul peut remettre le péchés La jDonsdence comme le jugement n'eet

pàs de Tordre individuel, mais social. L'homme oe se juge et n*a conscieucë de lui-même que dans le milieu de la société spirituelle^ de la solidarité universelle, instituées par Jésus-Christ dans le sacrement du Repentir. Hors de là, il y à autant de consciences contradictoires qu*il y a d'hommes, autant de JQgemeuts opposés qu'il y a de consciences diverses, les hommes sont divisés entre eux jusqu'à la racine même de leur être, parce qu'ils sont divisés d'avec Dieu, qui seul les fait un.

Exlrdme-Onclioii

ou

L'Extrême- Onction est le baptême de Téternité, qui clôt la destinée de notre vie terrestre, comme le baptême est luimême une sorte d'onction extrême, qui clôt la destmée de notre vie purement animale. Nous avons vu l'amour à sa naissance dans le Baptême, à sa croissance et à sou développement dans la Confirmation, à son unité avec Dieu dans l'Eucharistie, à son renouvellement dans l'âme qui l^avait perdu par la Pénitence. Nous allons le voir à son dernier sacrifice terrestre dans TExtrême-Onction.

Nous disions, au début de ce livre, que tout ce qui est du monde visible est phénomène, simple apparence, et l'on a vu que l'Eucharistie, qui consomme notre union avec Dieu, transsubstantialise la matière du sacrement, de tôlle sorte

DES SACREMENTS. 30f

que tout ce que voient et toucheut nos seus n'est plus qu'espèces sensibles. Ce ponde visible n'est pas le non-étre ou rien, ce n'est pas non pkis Fétre réel ou la vie ; mais, comme dit saint Augustin, riniermédiaire> le milieu entre Tétre et le non-^trOv^c omnim esse^ tiee omnmo n&n esse. L'action septiforme sacramentelle ayant pour but de nous fairepasser complètement, quoique progressivement, de la vie du temps et de l'animalité à^la vie éterndleet divine, doit donc consacrer d'une manière spéciale le dépouillement complet du corps ou de tout c6 qui en nous appartient au monde pure* ment visible et phénoinénal. L'homme appelle ce dépouillement du corps la mort. L'Église, en regard^mt aux saints^ l'appelle une naissance, et en consacre le jour par le nom de a jour natal » natalis Aes; car si la naissance de Thomme spirituel commence au Baptême, elle ne s'achève qu'à l'Extréme^Onction, à la mort qui, nous dépouillant de tout ce qui reste en nous de phénoménal, achève la plénitude de l'être réel. L'Extréme-Onction est le signe sensible de cette transfiguration suprême qui delà mort engendre la vie. C'est le sacrifice dont chaque homme est l'hostie vivante, dont le corps d'où la vie se retire est l'espèce sensible, et dont le mourant est à la fois le sacrificateur et la victime. Quoi de de plus grand, de plus sublime que ce spectacle que Dieu contemple avec amour et auquel viennent assister les choeurs des séraphins I

Si nous avions l'amour, qui n'est au fond que la conscience de la vie réelle , nous regarderions , ainsi que l'Eglise , comme un achèvement, une plénitude de'la vie, ce que les grossiers organes de nos sens appellent la mort. Nous n'aurions ni ces lâches épouvantes ni ces désespoirs insensés, qui ne veulent dire qu'une chose : Je ne crois qu'à la matière

que je voia^ que je touche, et bien que je sente et que je comprenne que l'esprit indestructible ei immortel contient en hii la réalité de la vie» cependant j'aime mieux croire au témoignage de mes sens qui meurent, qu'à celui de Tesprit du Christ et de TËglise qui sont étemels. Aveuglement et folie qui accusent jusqu'à quel point nous nous identifions à la matière, à l'animalité, et combien la vie spirituelle est encore misérable et débile en nous 1 Nous avons des désespoirs sans nom pour ceux qui viennent de mourir, comme s'ils étaient anéantis à jamais, et bientôt nous les oublions comme si nous ne les eussions point aimés, ni presque connus. C'est que nous aimons les vivants, non selon l'esprit mais selon la chair, c'est*à«4ire que nous ne les aimons réellement pas; c'est que nous ne vivons plus avec les morts, parce que nous ne les aimons pas, ne les ayant jamais réellement aimés. Partout, absence d'amour. Aussi, comme les autres sacre* mems, hélas ! rExtréme-Onction n'est plus pom" la plupart qu'une habitude, une coutume, une lettre morte ; car tout sacrement étant surtout un acte divin d'amour, c'est par l'amour qu'il opère, c'est l'amour qui en est l'esprit vivant. Si l'Extréme-Onction était ainsi conçue et pratiquée par l'amour, elle aurait un double résultat. Elle changerait com< I^étement l'aspect, disons mieux, la notion de la mort. Elle nous montrerait l'homme se dégageant de cette partie pur& ment phénoménale, qui est l'empire de la mort dans la vie, l'empire du mal, de l'erreur et de l'apparence au sein du bien, de la vérité et de la réalité. Sans doute la joie quç nous éprouverions de voir ceux que nous aimons prendre la plé* nitude de leur être et de Ifur essor vers Dieu serait tem* pérée par la tristesse de ne plus pouvoir communiquer avec eux par l'intermédiaire des organes visibles ; mais, sûrs dt

DES SAGRËIIENTI». 30S

vivre avec eox après leur mort d'une manière plus étroite et plus intime encore, quoique pins mystérieuse, notre tendresse, par cette blessure même, redoublerait en se spiritua- Usant, et nons serions en un commerce incessant d'amour avec les morts. Tel serait le second résultat de TExtréme^ Onetion ainsi comprise, et nous conduisant naturellement au culte profond des morts .

Je plains le chrétien qui, dans tous les actes, dans tous le^ moments de sa vie, ne se sent pas sans cesse accompagné des saints, des élus, des défunts et de ceux surtout qu'il a plus particulièrement aimés sur la terre, qui n'est pas sans cesse en leur présence, et qui n'a pss souvent, bien sonvent, ressenti de la manière la plus évidente les grâces que leurs prières lui ont obtenues de Dieu, le plains ceux dont Tamour mensonger, ne dépassant Jamais les frontières de ce monde des phénomènes, ne se nourrit, ne se spiritualise et ne se sanctifie pas sans cesse dans cet échange mutuel de teni dr^sQ et de vie entre lea hôtes passagers de la terre et ceux qui ont déjà secoué de leurs pieds la poussière du chemin de l'exil, h plains ceux pour qui le cul le des morts n'occupe qu'un point, un espace borné dans la vie , et qui, cessant ainsi de vivre constamment avec eux, cessent de les aimer. Qui n'est pas dans la société des morts n'est pas dans Celle de EHeu, en qui ils sont vivants. Qui communie à Dieu communie en lui k toutes les âmes qu'il renferme dans son sein, et particulièrement à celles sur lesquelles s'est plus profondément gravée l'empreinte de son coeur.

NoHs l'avons montré au début de cette œuvre, le caractère essentiel et fondamental de l'amour est d'être universel : universM, non-seulement parce qu'il embrasse tous les tempa, tous les lieux et tomes les créatures qui se manl*

SOé DE& SACREMENTS.

festent visiblement à nous dans lunivers, mais parée qu'il embrasse réternité cojfnme le temps^ les êtres qui ont quitté la terre pour passer daus un monde meilleur, comme ceux qui continuent leur pèlerinage sur cette route d'initiation, dont le terme est au ciel. Qu'on ne l'oublie pas, la triple loi de Tamour , solidarité^ responsabilité et réversibilité, n'existe pas seulement entre nous et tous ceux que nous voyons ou pouvons voir des yeux du corps, mais entre nous et ceux ^ui sont passés dans uneautre vie, soit qu'ils achèvent leur purification pour pouvoir être ensuite éternellemeut avec Dieu, soit qu'ils portent déjà réclatante auréole du bonheur ineffable des élus* Tout reste commun, non-seulement entre les membres de TEglise militante, mais entre les trois faces indivisibles de TEglise, triomphante, militante et souffrante. Solidaires, responsables et réversibles envers nous comme nous le sommes envers eux, nos frères défunts nous parlent par leurs prières, de même nous leur parlons par les nôtres; et leur présence, qui nous accompagne partout, mêle perpétuellement leur vie à notre vie, leur âme à notre âme, leur cœur à notre cœur, par l'action divine de cette charité uni* verselle, qui nous fait tous un dans le Christ et par le Christ,, dans TEglise prolongation du Christ.

]N'est-ce pas d'ailleurs pour tout chrétien une obligat^n rigoureuse de prier incessamment pour la délivrance de ceux qui achèvent leur purification ,7 Et de qui pouvons-nous être certains qu'il a été jugé digne delà gloire des élus, et qu'il n'occuj[)e pas le lieu de transition ? Le purgatoire n'étant qu'un lieu de passage, et les peines qu'on y souffre n'étant que temporaires, on ne peut pas dire que ce soit Téternité» demeure immuable et exclusive des élus* Cependant on ne peut pas dire non plus que ce soit le temps tel que nous le

comprenons, temps que Tespace borne , que le soleil mesure et qui se manifeste visiblement par les phénomènes des êtres matériels. Ce n'est donc ni tout à fait le temps, ni tout à fait Téternité , mais le milieu, Tintermédiaire de Tun à l'autre. La philosophie de la science qui a tout séparé, tout divisé, parce qu'elle ne sait rien voir ce qu'en partie x> ou isolément, a ainsi détruit dans tous les ordres cette notion des intermédiaires. Entre Dieu et l'homme, rien qu'un abîme. Entre le néant et l'être, rien qu'un abime encore. Entre le temps et l'éternité, l'abime, toujours l'abime. Il appartenait à la philosophie de l'amour qui vient tout relier, tout unir, parce qu'elle sent et conçoit tout simul* tanément, il lui appartenait, dis-je, de rétablir partout ces intermédiaires oubliés ou méconnus. Entre Dieu et l'humanité, elle a replacé le Christ, Verbe divin fait chair. Dieu et homme tout ensemble. Entre Dieu et toutes les créatures, comme pour toutes les créatures entre elles, elle a replacé l'amour universel, sous sa triple loi de solidarité,

de responsabilité et de réversibilité. Entre le non-être et l'être, elle a replacé ce milieu que saint Augustin avait si parfaitement défini avant nous. Entre le temps et l'éternité, elle a replacé cet intermédiaire que l'Eglise nomme le purgatoire, et que la foi vulgaire tend à confondre avec Tordre de Téternité, parce que nous ne le voyons pas des yeux du corps. Entre ce qui est toujours visible et ce qui est toujours invisible et ne peut cesser de l'être, elle a replacé ce milieu, cet intermédiaire qui est l'âme des défunts, invisibles aux sens, mais visibles à l'esprit qui les touche par l'amour dans le monde futur, parce qu'il les a ainsi touchés dans le monde présent. Ce n'est pas tout à fait l'invisible, puisque notre esprit les voit et les contemple ; ce n'est pas tout à

SOe t^S SAGREHENTS.

fait le visible, puisqu'ils restent inaccessibles aux yeux do corps.

Par rBxtréme-OactioQ» c'est le Christ qui vient assister k la dernière lutte d'un frère pour combattre avec lui le dernier combat, pour faire sortir la vie de la mort , l'esprit de la matière, et consacrer par une initiation suprême l'entrée de l'homme dans la plénitude de la vie éternelle. C'est l'esprit s'afifranchissant de tous les maux du corps, de toutes les limites de la création visible, pour planer en ms^tre sur ce monde qui se transfigure par sa coopération k Faction de Dieu même. C'est Tapothéose palingéaésique de l'être qui, apparu un jour dans l'espace et le temps pour accomplir le service dont Dieu Ta chargé, reprend son vol au sein de eet Être infini dont il est issu , vers lequel il retourne, et qui n'a cessé de l'accompagner dans sa laborieuse pérégri* nation d'ici-bas. C'est l'esprit brisant sa prison pour renat-^ tre au soleil de la liberté, à l'air libre de l'infini, désormais sans entraves et sans bornes.

Baptême de l'éternité pour les élus, Pénitence suprême pour ceux dont elle efface les péchés, l'Extréme^Onction dé« livre dès ce monde les mourants de la transition douldU« reuse de ce lieu de purification. Palingénésie sacramen* telle, de la mort elle engendre la vie, et le lit du mourant, autel sublime où se consomme ce dernier holocauste, laisee voir, sous les apparences sensibles du corps qui se dissout, la transfiguration de lamatière en cette hostie vivante, qu'elle va porter jusqu'au trône de Dieu, parce qu'elle s'unit à Vé* ternelie hostie que le Christ consacre par son éternel sacrifice. Ainsi, TExtrême-Onction est le dernier baiser de Dieu à l'homme sur la terre.

DB9 liAClŒMGMTl?. SO?

xTm.

ov

L'Ordre institue la force sociale comme la Gonfirmaiioit la force iadividuelle : ce sacremeat est donc une sorte de confirmation sociale par laquelle l'homme, revêtu de TEsprit^ Saint et marqué du sceau indélébile de la fonction sacerdo^ taie, devient associé au ministère public du Christ^ qu'il continue k travers les lieux et les temps.

Dans le monde, le pouvoir c'est presque toujours la force qui s'impose; dans TEglise, c'est l'amour qui se sacrifie. Dans le mondes régner c'est commander; dans l'Eglise «( servir c'est régner. » Dans le monde^ l'autorité est à celui qui se fait le plus grand, le maitre et le seigneur de tous ; 4aas l'Eglise, elle est à celui qui se fait le plus petit, k serviteur et l'esclave de tous. Dans le monde, la hiérarchie est la «ibordination du plus faible au plus fort, du plus ignorant au plus savant^ du plus pauvre au plus riche; dans l'Eglise, c'est ruûion commune de tous dans l'unité d'un même esprit et d'un même corps^ le plus fort se plaçant volontairement aihdessous du plus faible, le plus savant au-dessous du plus ignorant, le plus riche au^essous du plus pauvre, chacun n'éunt élevé qu'autant qu'il s'abaisse li« hrement, et abaissé qu'autant qu'il s'élève. Aiissi^ tandis que

les pouvoirs de la terre avaient pris le nom de Maîtres des mailreSy les souverains pontifes se sont appelés m les serviteurs des serviteurs de tous. » Ces principes, posés de la manière la plus expresse et la plus formelle par le Christ, sont l'essence même et la loi constitutive de TEglise, dont le sacrement de l'Ordre confère spécialement aux ministres le caractère indélébile.

Ou le voit, le pouvoir dans l'Eglise est eu tout radicalement Tinverse de ce qu'il est dans le monde. Mais l'opposition est bien plus profonde encore. Les pouvoirs purement humains soumettent l'homme k Thomme ; l'Eglise ne soumet l'homme qu'à Dieu seul. Or, l'homme ne peut jamais soumettre à lui que la partie matérielle et visible de notre être, le corps. Et comme ce qui constitue l'essence même de l'homme, ce qui aime, connaît et veut en lui c'est l'esprit, il s'ensuit que la sujétion corporelle et visible est purement apparente et chimérique, et que Thomme y échappe toujours par Tesprit, de sorte que la puissance humaine n'est qu'apparente et illusoire. L'Eglise, au contraire, s'adressant directement k l'esprit, au for intérieur de Thomme, le soumet à Dieu dans la nature intime, dans l'essence même de son être. Mais comment Ty soumet-elle ? Par l'amour ; car l'amour seul touche et pénètre jusque dans les profondeurs, dans les entrailles, dans la réalité intime des êtres. Tandis que la force, la contrainte extérieure, quelle qu'elle soit, repousse et révolte l'être moral, parce qu'elle est une atteinte k l'inviolabilité de la conscience humaine; l'amour, au contraire, attire et subjugue, parce qu'il n'entre dans ce sanctuaire que pour en respecter la sainteté , et qu'il touche par l'abnégation et Ihumilité qui rendent l'effusion de cet amour irrésistible. Tel est l'esprit de ronctioii

sacramentelle par laquelle l'Ordre institue le pouvoir, en constituant Tunité des cœurs dans l'amour.

De même que l'onction est le signe sensible de la charité universelle dans ce sacrement, ainsi les sept ordres sous lesquels il se manifeste sont les signes visibles des sept dons de TEsprit-Saint d*amour. Continuateur de Ta* postolat du Christ, ministre vivant de la charité dont l'effusion forme de tout temps l'Eglise, comme elle l'a formée dès le prineipe, le prêtre perpétue la Pâque et la Pentecôte primitives, dont sa fonction n'est qu'une commémoration active et toujours vivante. Voilà pourquoi il sacrifie, enseigne et administre les sacrements, non comme homme, mais comme instrument du Christ, agissant sous le souffle et l'inspiration de l'Esprit- Saint.

Or, la forme de l'amour, c'est le sacrifice. Il n'y a qu'un sacrifice, celui du Christ. Il n'y a qu un seul prêtre qui est le Christ, parce que seul il est l'hostie véritable et éternelle, et le sacrificateur qui l'offre perpétuellement k Dieu. Toute religion ne pouvant être conçue que comme ayant pour base le sacrifice, le christianisme est ce sacrifice incessamment offert. Cette nécessité de la visibilité du sacrifice perpétuel implique la nécessité du sacerdoce, manifestation du pontife unique et suprême, le Christ, toujours vivant, et toujours en holocauste devant Dieu. L'Ordre est le signe sensible et le moyen de cette perpétuité du sacrifice.

De là les devoirs du prêtre à tous les degrés. De là l'esprit de sacrifice dans le sacerdoce et dans TEglise : si vous détruisez cet esprit, il n'y a plus d'Eglise, plus de sacerdoce chrétien sur la terre, parce que le Christ n'y est plus, a Le prêtre, dit saint Jean Chrysoslôme , n'est pas prêtre pour lui, mais pour les autres. » Il ne prie pas pour lui, mais

ZiÙ I)ËS SACREMENTS.

pour tous. Il n'est que Tesprit d'amour et d'iniipolatioa du Christ, incessamment manifesté. «Et moi, dit saint Paul, lorsque je suis venu à vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le témoignage du Christ par des paroles ou une science sublimes. Car je n'ai rien voulu savoir autre chose parmi vous que Jésus, et Jésus crucifié. J*ai été auprès de vous dans Tinfirmité, dans la crainte, et dams un grand tremblement, Mon discours et ma prédication n'ont pas consisté dans les paroles persuasives de la sagesse humaine , mais dans la manifestation de l'Esprit et de la vertu, afin que votre foi ne soit pas dans la sagesse des hommes, mais dans la vertu de Dieu'. x> Il ne commande pas, il supplie; il enseigne par l'exemple, en se mettant au*dessous de tous* « Nous, continue-t-il, nous sommes fous pour le Christ, mais vous, vous êtes sages dans le Christ; nous faibles, vous forts ; vous nobles, mais nous ignobles... Nous sommes devenus comme les immondices de ce monde. Je vous écris ceci, non pour vous confondre» mais pour vous avertir comme mes fils bienaimés.. . Car c'est moi qui, par TÉvan-* gile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus. Je vous en supplie donc , soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ ^ »

Ainsi rOrdre c'est le sacerdoce du Christ toiy ours perpé^ tué, toujours présent dans son action continue pour conduire l'homme au Thabor à travers le Calvaire» à la glorification par le sacrifice, à l'infini par la création. L'Ordre, dans ses effets, c'est la coordination, l'harmonie de toutes choses dans le Christ, concourant chacune selon sa nature

i ICor., c. n,v. i, 5.

» IGer., c.iv,v. 10, 16.

il là fin GOomniDe pour laquelle elles sont instittiées. Aitôsi ce saerementy correspondant lui-même aux sept actes sacramentaux, fait-il passer l'homme par sept degrés divers^ liés ensemble , se rapportant à une même fin , et formant ainsi comme autant d*échelons par lesquels le ministre du Cbrist monte, pour ainsi dire, et se perfectionne progressif Yement, jusqu'à ce qu'il paryienne à la mesure du sacerdoce complet. Gouvernement vivant de la société des esprits , Sainte hiérarchie , sublime communion des âmes, chacune dans Tordre de sa vocation propre et de son aptitude innée, où le plus grand est cehii qui se fait le plus petit, le maître et le seigneur celui qui se fait le serviteur et Tesctave de tous, et où l'abnégation seule est la grandeur, la croix, le sceptre, le sai^ifice^ la royauté.

lie Marlase,

ou

Mnim-JÊÈÊmUmmÊimm Jm I^mmaaa^ Mém^^mié^

Image de Thymen du Christ et de son Eglise, le Mariage est le sacrement de la transfiguration de l'amour animal en amour spirituel. C'est l'esprit du Christ engendrant les générations spirituelles de l'avenir sous la forme visible de la paternité humaine, perpétuant dans l'espace et le temps rhumanité dans son développement sans bornes, en faisant sortir la série indéfinie des nombres de l'unité, en mémo temps qu'il ramène l'unité au sein des nombres. C'esi la

filiation des âmes sous le signe sensible de la filiation des corps, la paternité divine sous le symbole de la paternité humaine. G*est, pour ainsi dire, la multiplication du Christ en d'autres Christs, sortant incessamment de lui-même pour y rentrer incessamment. C'est la très-sainte et divine charité sous la figure sensible de Tamour humain. C'est Fimage de la conception éternelle du Verbe et de son incarnation auseindeThumanité, sous le signe visible de la conception corporelle etdeTincarnation de chaque âme dans les limites de l'espace et du temps.

Pour parler dignement du Mariage, dans un siècle qni a défloré jusqu'au sourire de l'innocence» il faudrait une de ces âmes angéliques qui éclosent aux premiers rayons de l'amour divin dans toute la fraîcheur virginale de sa candeur, comme un lis entr'ouvrant aux premiers rayons de l'aurore son pur et blanc calice, d'où s'exhalent les plus suaves parfums. Pour esquisser le tableau de la chasteté conjugale, il faudrait le doigt d'un séraphin elle crayon des anges. Il est des choses si parfaitement belles, que les mots de la langue humaine les tachent en essayant de les peindre. Avez-vous trouvé des paroles pour dire le sourire d'un enfant sur le sein de sa mère? Avez-vous une langue qui raconte le regard humide d'émotion et de bonheur dont la mère enveloppe avec amour le fruit béni de ses entrailles? Ah ! laissez là ces mots du langage humain, qui n'expriment que la mort quand je leur demande le trait ineffable et suprême de la vie ! El vous voudriez qu'une plume pût vous dire ce que c'est que la chasteté des époux dans le Mariage, et commenlle souffle immaculé de la Vierge-mère sanctifie la femme chrétienne ! Non , laissez la terre parler des choses de la terre, et demandez aux anges de raconter les choses du ciel.

Si l'azur du firmament était moins transparent, y verriezvous scintiller Téclat des étoiles? Votre cœur a-t-il la transparence azurée des deux , pour que l'étoile des amours chastes y scintille pure et radieuse ?

Ou ne le sait pas assez , la virginité n'est pas tant dans le corps que dans l'âme elle-même , et si leur amour avait toute la pureté native des premiers jours, les époux resteraient chastes en devenant féconds. Le Mariage chrétien ne consacre pas les passions de la nature, il les transfigure, les spiritualise» disons mieux, les sanctifie, en les faisant passer de l'ordre de la chair dans Tordre de l'esprit, de Tordre àes sens dans Tordre du cœur. Quelle est la plante, quelle est la fleur plus tendre, plus délicate et plus fragile que cette tige, celte fleur de la vie humaine qui se nomme le cœur ? Le moindre souffle en passant la décolore, la dessèche et la flétrit; l'éclat de la lumière la blesse, il lui faut Tombre et le mystère qui lui donnent Tépanouissement de la can-deur et la fraîcheur de Tinnocence. Aussi Dieu a-t-il institué un sacrement pour faire éclore de Tamour humain lui-même cet amour divin qui dilate aux entrailles du cœur le parfum de sa vie, fait de la maternité une sorte de culte, de la famille un sacerdoce, et de Tuuion des époux une pudique auréole de la divine pureté. Trois fois heureux qui a conservé le lis de son cœur dans la blancheur immaculée de sa robe d'hymen ! Celui-là seul sait ce que c'est qu'aimer, seul il en connaît les célestes joies et les chastes ravissements. Mais pourquoi baisses-tu la tête, honteux de toi-même et la rougeur au front, laissant tomber dans la boue du ruisseau la couronne flétrie de tes fiançailles? C'est que tu as défloré ton cœur au contact des sens; c'est que , demandant aux passions de la brute les voluptés que le cœur seul peut don-

U4 DES SACR£MfiNT9,

oer, tu as cess^ d'aimer en cessant d'être pur. Ab ! pleure^ pleure à jamais en larmes de sang ce cœur dont ta retrouveras si difficilement la sainteté perdue; pleure^ car c'est le parfum , la sève la plus intime de ta vie qui s'est écoulée goutte à goutte par tous les pores de ces plaisirs amers, dont le dégoût t'est monté jusqu'aux lèvres. Mais non, sache red&> venir pur afin de savoir aimer encore, reconquiers à force d'amour divin la sainteté de ton âme^ la pureté de ta vie. Ton cœur peut toujours retrouver la route de ses chastes années et revenir à la jeunesse aimée de sou doux berceau. Si c'est là le sacremeut de ceiix qui sont restés purs, c'est aussi celui de ceux qui le redeviennent.

Mais» le dirai-jef tout cela semble trop oublié, trop mé^ connu, même de ceux que Dieu a entourés de l'auréole de l'amour purement divin, pour en faire les gardiens de la chasteté conjugale. On dirait vraiment qu'a{»is avoir redescendu les marches de l'autel ou franchi le seuil du temple, le Mariage chrétien n'ait plus rien à garder du souffle de Dieu dont ila re«u Tempreinte. Le sacrement n'est*-il dofic qu'une sanction de la plus honteuse, de la plus dégradante des passions humaines? Mais alors, k l'abri de la lettre morte» de la formule vide du rit cérémoniel, ce serait donc comiBe une prostitution régularisée. Quoi 1 le sacrement n'est qu'une permission donnée aux appétits de la bruie ! Horreur et malédiction sur une pareille profanation, sur un par^l sacri* légel Quoi, l'Eglise vierge, le Christ vierge, I^eu lui-même vieiment bénir l'union de deux cœurs, et ce serait pour con^ sacrer le règne éhonté des seus ! Mon, non, qui le dit blasphème ; c'est au contraire pour spiritualiser les sens par te cœur, l'amour humain par Tamour divin, pour sanctifier les époux et les élever jusqu'à la pureté de nos premiers parents;

l^yfllire isdfable^ qsm les àfigea seuls cootempleat, et qui rapprocherait Thoinme de Dieu *

Le sacrement du Mariage étal)litla famille^ nou-seuleme&t par cette ohatue d'(»r qui rive au ciel lei cœur des deux épQux^ mais par cette transmission de l'amour divin dans Tenfanl;^ qui est comme la perpétuité du Christ, multiplié dans ses saints. La febiime n'a pas de plaee, pas de fonction naturelle et vraie au âein de la cité et de la société politique : au foy^ domestique elle est reine, elle doit Tétre, elle le sera si elle est chrétienne* C'est là sa royauté , sa couronne et sop sceptre. Quiconque d'entre elles ambitionne un autre em^ pire ne eonnait ni sa grandeur réelle ni Téclat du sacerdoce domestique dont le sacrement de Mariage l'a revête. Au sein delà famille, Thomme est,, pour ainsi dire, Tévêque du dehors comme elle Test du dedans. Le foyer de la vie de l'homme, c'est la femme ; voilk pourquoi la chute est Tceuvre de la première Eve, comme la rédemption a commencé au ^in de la seconde Èye, Marie, la Yierge-mère. L'humanité e&t une plante dont la tige est Thomme, dont la racine est la femme. C'est elle qui puise au sein de la vie universelle la sève première dont tout le genre humain se nourrit. La femme est le cœur de l'homme, comme celui-ci est sa puissance et sa gloire. Le caractère d^ l'homme c'est rintelligence, c'est la force : voilà pourquoi il a seul $a place et sa fonction dans la cité, dans la société civile et politique. Le caractère de la femme c'est le sentiment, c'est l'amour : voilà pourquoi elle est la racine de toute Thumanité, seule reine au foyer domestique. En eUe est le nœud duMariage, Aussi l'Eglise appelle- Kïk principalement sur elle ses bénédictions et ses grâces. Aussi est-elle l'ange protecteur et tutélaire chargé de transjnetlre à la pastérité qu'elle a conçue dans ses entrailles ,

qu'elle nourrit de son lait et qu'elle berce sur ses genoux, de lui transmettre cet amour divin dont elle est la manifestation au sein de la famille. C'est à elle que Dieu a confié cette grande et sublime mission. Là est le sacerdoce dont Tinveslit le sacrement du Mariage.

Ce rôle de la femme, qui le lui enseigne, qui le lui rappelle? Rôle d'amour, d'humilité et de sacrifice, car l'amour n'est que le perpétuel sacrifice de nous-mômes. Nous l'avons montré surabondamment, la vie se résume dans l'amour et l'amour dans le sacrifice. Dans l'état actuel de l'homme, état de chute et d'initiation, on ne saurait concevoir l'amour comme un simple épanchement d'une âme dans une âme. L'amour ainsi conçu implique la similitude parfaite des deux termes, l'absence de toute contradiction entre eux. Or, cette similitude, cette absence de contradiction ne s'opère et ne peut s'opérer que par le sacrifice. L'amour s'élevant vers Dieu, c'est le sacrifice qui détruit tout ce qui s'oppose à l'union de la créature avec le Créateur. De même pour les créatures entre elles. Entre les deux époux l'amour n'est qu'un sacrifice qu'ils se font incessamment et réciproquement, chacun immolant en lui ce qui s'oppose àTunion toujours plus intime des cœurs, de sorte que le sacrifice est la chaîne qui lie ces deux âmes. Otez cette chaîne dont l'amour fait la félicité, et il n'y a plus l'esprit vivant de l'union conjugale, du Mariage et de la famille. Là est le secret de ce mystère de douleurs qui enlève à la famille sa paix, sa dignité, sa joie. Là est le secret des divisions intestines qui amènent la ruine et la désolation au foyer domestique. Le rôle, la mission, le sacerdoce de la femme consiste précisément à maintenir sans cesse, et malgré tous les obstacles, cet esprit d'immolation. C'est de sou cœur qu'il

doit rayonner sur Tépoux et sur le berceau de Tenfant. Si, ne le trouvant pas autour d'elle, elle le laisse s'éteindre ou le tue au fond de son propre cœur, la famille est dissoute. Elle ira demander au monde d'alléger le poids de sa servitude^ elle achèvera l'isolement de son époux, elle ne sera plus ni épouse ni mère. Alors malheur, trois fois malheur à la famille dont la femme a perdu Tesprit d'abnégation I L'époux s'éloignera de ce lieu maudit, et les enfants» livrés à des mains mercenaires, trouveront dans une corruption précoce le poison qui donne la mort à l'amour filial, à tout amour !

Ainsi s'éteint et périt cette grâce d* amour et de sacrifice que l'acte sacramentel avait versée dans l'âme des époux ; il n'en reste plus que le signe, dérision sanglante d'une union qui n'est plus dans les cœurs. Ainsi est renversé de fond en comble tout le plan de Jésus-Christ dans l'institution du sacrement de Mariage, qui devait fonder la famille spirituelle, dont la famille visible n'est que la manifestation extérieure. Ainsi est rompu le lien qui, en unissant toutes les familles entre elles, fonde la société qui n'est que la réunion de ces familles, solidaires, responsables et réversibles Tune envers l'autre. Car le Mariage est l'image de l'union du Christ et de son Eglise; et de même qu'il n'y a qu'une Eglise universelle formée de toutes les Eglises particulières, ainsi il n'y a qu'une grande famille sociale formée de toutes les familles. La société est donc dissoute par la profanation du Mariage chrétien et par l'oubli des lois de la famille.

Page 1