‹ De la vie et de la mort des nations, par l'abbé GabrielChapitre 21 sur 23 · XXI · texte numérisé non relu

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VMIé Ile I* nm neuve éi «e m ▼!« «évIeiiipteÉlT^*

Vertu esseiuièlldtDent unitiVei Tâm^Hr porte e& tout Tunité. L'bdrome A'ft pfts deux amours^ Tun pourDieU, l'autre pour set) frères ; mais parce qu'il e&t on et indivisible, il aime Dieu eu rhumanité dont il est le principe, la loi et la vie y en même temps qu'il aime rhumanité 0d Dieu dont elle est ToBUvre, la manifestation et TouTi'ièreé Or, Dieu en rhumâ" nité et rhumanité en Dieu o'eat I9 Christ^ s'étendant dans toutes les générations régénérées. Que dit le Christ à ceui qu'il juge? Vous m'avez nourri^ logé, vAtu, soigné^ visité^ seeouru. Quand est«ce, Seigneur, s'éerieiit-ils^ que nous voiis avons ?u ayant faim» sans abri, sans vêtements^ malade, en prison et manquant de tout, pour vous rendre ces saints of-* fiées? En vérité, en vérité, leur répond^iU oe que vous avei fait k l'un d«s plus petits de mes frères^ c'est à moi-même qu6 vous Tàvez faiti Quand Saul persécute les chrétiens^ eomme s'il se fut adressé à lui^mAme^ le Christ kii crie : « Saul, Saul, pourquoi me persécutea^vous ) p Partout dans

ses enseignements et ses exemples , il montre que tout ce qu'on fait à l'homme c'est à Dieu même qu'on le fait, JNe Tavons-nous pas en effet d^k montré ? Dieu est au fond même de l'homme oomme la sève au cœur de la plante, comme l'électricité au centre de toute vie matérielle* U y est par l'unité même de la sainte Trinité ou l'Esprit* Saint, terme suprême par lequel l'iaeréé totcbe au créét Tinâai au

fini, Dieu à rhomme. Il y est par le Christ, Yerbe diviu. Loi d'amour incarnée, Dieu fait homme, Fils de Thomme ou Thumanité vivant en Dieu.

On le voit, ramour est essentiellement actif et pratique. Il ne va pas se perdre comme le bouddhisme de Tlnde dans Timmobilité, dans la négation de Thomme, et partant dans le panthéisme, terme de toute sience purement humaine, et qui n*est que Tidentification absolue. Il ne va pas se perdre comme Fesprit simplement contemplatif dans ce repos absolu du cœur, béate contemplation de Fidéal, plebie de charmes pour celui qui l'éprouve, mais sans résultats, sans fruits vivants et pratiques pour l'humanité. La Charité ne cherche, ne voit et n'aime Dieu qu'en le Christ et par le Christ, parce que, ainsi conçu et pratiqué, c'est Dieu eu l'humanité et l'humanité en Dieu. Dans l'hypothèse d'un Dieu en dehors du Christ, tout est abstrait, tout est mort, parce que tout est idée pure. Dans le Christ tout est vivant et pratique, parce que tout est acte et réalité. En Dieu, simple conception de Tesprit, l'amour n'est plus que l'inaction complète et la jouissance idéale de soi. Dans le Christ l'amour est solidarité, responsabilité, réversibilité, humilité, abnégation de soi-même, sainteté, dévouement, consécration de tout à Dieu dans le service de l'humanité, et à l'humanité dans le service de Dieu. Le simple contemplatif, c'est l'artiste qui demeure sans cesse en ravissement devant le type éternel du beau, mais sans jamais le reproduire. Le mystique vrai c'est l'artiste qui , s'inspirant sans cesse de cet archétype divin , en manifeste en tout la céleste beauté, le glorifiant incessamment par ses œuvres, afin que l'humanité tout entière le glorifie aussi par toute sa vie. Le premier jouit de Dieu ; le second seul l'adore. Le premier ne fait rien pour Dieu,

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trouvant qa'il fait trop ; le second fait tout, pleurant amèrement chaque jour de ne pas faire assez. Pour lepremier. Dieu n'est qu'une pure idée, parce qu'il oublie le Christ; pour le second, Dieu est une réalité qu'il touche et porte en lui, parce qu'il voit tout dans le Christ et par le Christ.

La mystique est donc loin d'être une simple spéculation de l'esprit, enlevant Thomme à la vie positive et pratique. Tout au contraire le mystique seul est dans la pratique, dans la réalité vivante, seul il s'élève au-dessus du monde, des phénomènes, des abstractions, et plauant loin de cette région stérile, vit dans toute la plénitude de son activité, dans la sphère immuable des éternelles réalités. Mais parce qu'il y vit uniquement dans le Christ, seul il manifeste dans tous les actes de sa vie la loi vivante du Christ, loi de charité infinie, qui unit pratiquement tous les hommes entre eux, les unissant à Dieu parla solidarité qui lie en un toutes les créatures au sein de l'étemel Créateur. Or, la consom-i mation de cette unité de tout en Dieu par le Christ, c'est ce qu'on appelle la vie uniiive.

Mais, ce n'est ni dans le bouddhisme ni dans le quiétisme que tombe notre siècle, et ce n'est pas l'exagération de la vie contemplative que nous avons à redouter. Quelle vie moins idéale que la nôtre ! La matière y est tout, l'esprit rien. Prostitué à toutes les servitudes de l'activité purement extérieure, Thomme y est sans cesse hors de lui-même, parce qu'il est sans cesse placé en dehors de l'action sanctifiante de Dieu. Pour lui qu'est-ce que la nature ? Une vaste usine. Qu'est-ce que l'homme ? Une machine intelligente dont le produit matériel mesure seul la valeur. Qu'est-ce que Dieu? Une idée, souvent moins, un mot, une habitude d'enfance, sans influence réelle sur les actes de la vie. Ah ! ne nous

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étonnons-nQU8 plus si le monde oscille sur sa base comme un édifice qui s'écroule I

Ce n'est pas seulement dans les choses purement matérielles que rtiomme reste extérieur à lui-même, il n'est pas jusqu'au bien qu'il pratique qui ne devienne une arme contre lui-même, parce qu'il est sans la sève sanctifiante, n'ayant pas pour principe TEsprit même de Dieu. Vous avez fait de la sublime charité je ne sais quelle philanthropie qui n'est plus qu'une sympathie ou une mesure de prévoyance et de sûreté. Vos dons innombrables ont*ils éteint aucune passion ? Non, chose douloureuse à dire 1 ils ont au contraire semé sous chacun de vos pas l'envie et la haine ; ils ont démoralisé au lieu de sanctifier, parce qu'on n'a pas senti les larmes du cœur tomber avec l'or de Taumône. Vous ayez répandu partout, comme on dit, le baptême de l'instruction; qu'en est-il résulté ? Les délits et les crimes ont progressé plus vile encore que les lumières, l'ambition et l'orgueil ont déserté toutes les vocations humbles et modestes, les liens de famille ont été brisés, toutes les cupidités surexcitées jusqu'au délire , la société rompue par un égoïsme et une soif de bien-être effrénés, parce que votre enseignement n'avait pas pour principe, pour loi^ pour but l'amour.

Qui donc ramènera l'hnmanité dans l'unité harmonique de la vie active et de la vie contemplative, qui ne sont qu^ deux aspects d'une seule et même chose, la vie unitivet Qui? La vue de Dieu dans la nature comme dans le Christ par l'amour. Retournons au désert, à la Thébaide des an-* ciens jours, et trbuvant là la présence de Dieu comme noud la trouvons dans le Christ par l'Eglise, nous unirons ces deux faces de Dieu^ 1^ Père et le Fils, par l'amour qui est TEsprit-Saint. -

U llYSnOUfié 4M

xxn*

Dieu se révèle à iious dans rhumanité par le Christ et dans la nature pat* toutes les voix mystérieuses de la création dont nous avons, hélas! trop oublié la langue. Nous avons parlé souvent de la révélation du Christ dans TEglise qui la perpétue : c'est le christianisme dont nous nous efforçons de saisir et de transmettre Tesprît vivant. Nous n*avonspas encore parlé pour ainsi dire delà manifestation de Dieu par la nature que noua enseigne formellement saint Paul en disant t Avant le Christ <( Dieti s'est manifesté aux hommes, car ses perfections invisibles, ainsi que sa vertu éternelle et sa divinité, ont été révélées depuis la création du monde par toutes les œuvres qu*il a faites pour que nous les comprenions ^ » C'est cette manifestation de Dieu par la nature dont nous allons ici retracer quelques traits.

Sortant parfait des mains du Créateur, le premier homme fiit placé dans l'Eden, c'est-à-dire au cœur môme de la nature, dont toutes les merveilles avaient en lui leur harmonie, puisqu'il est le pontife-roi de la création. Tous les êtres de cette création passent devant lui pour qu'il les nomme^ c'est-à*dire qu'il ait Tintelllgence des idées invisibles dont ils sont les manifestations visibles. Gomme Thomme alors voyait, sentait, touchait, aimait, adorait Dieu dans toute la création ! Depuis la voix de la brise jusqu'au chant de Toi-

* Bom,, c. ï, V. I9>*20.

4St LA MYSTIQUE*

seau, depuis Thârmonie des sphères célestes jusqu'à la parole de la vague et les accents des animaux, tout était pour lui un hymne d'amour à Diçu, dont l'homme savait la langue et dont il comprenait les secrets. Tout disait Dieu à l'oreille de son esprit» par la voix de son cœur. Tout le manifestait dans quelqu'une des perfections invisibles de son éternelle vertu et de sa divinité. Yoilk le sublime spectacle du premier des jours, et l'homme n^ tombe que parce qu'il ne voit plus Dieu dans la création, ne voulant y voir que luimême.

Le premier juste, Abel, vécut en face de la nature, occupé à la garde des troupeaux, tandis que le premier criminel, Gain, son frère, couronna son crime en bâtissant une ville, comme pour établir un mur de séparation entre la création et lui. Héritiers du premier et pasteurs cqmme lui, les patriarches voient partout Dieu dans la création. Rien de touchant comme leur vie pastorale et leur commerce incessant avec Dieul Aussi est-ce d'eux que sortit le peuple hébreu. Dans rinde,la Perse, laChaldée, TEgypte, la Chine, dans les forêts des druides, sur les plages de l'Amérique, partout la religion primitive, encore pure d'idolâtrie, apparaît comme une révélation de Dieu par la nature. Ce ne sont ni les éléments, ni les créatures qu'on adore, mais Dieu seul dans les manifestations de sa puissance , de sa sagesse et de son amour. En face de cette création encore jeune, épanouie, luxuriante, sous le dais de ses forêts contemporaines du monde, au milieu des vents, de la foudre et des flots, sous la lumière radieuse du soleil et celle plus mystérieuse de l'astre des nuits, la scintillation des étoiles et tous les souffles embaumés , tontes les harmonies puissantes de cette création si inconnue et si nouvelle pour eux, comment

n'eussent*ils pas VU Dieu en tout, et partout présent, vivant^ agissant par tous ces phénomènes ? Malgré les conceptions humaines qui en altérèrent insensiblement la pureté, cette religion de Dieu dans la nature se conserva sous toutes les zones, dans tous les siècles, chez tous les peuples. Toutes les traditions, toutes les théogonies, tous les cultes, toutes les liturgies antiques n'en sont, pour ainsi dire, que des fragments , et la mythologie qu'un souvenir confus. Par toutes les filiations de leurs origines, par les Hellènes et les Etrusques, elle se trouve jusque chez les Grecs et les Romains, et la théurgie de l'école néoplatonicienne en est une dernière réminiscence.

Moïse va constituer le peuple d'iraël, d*où doit sortir le Christ. Où pensez-vous qu'il aille pour se préparer à cette grande mission ? « Dans les entrailles du désert, » dit TEcriture. Où Dieu lui dictera-t-il sa loi? Sur la cime du Sinaï, où la nuée le sépare du reste des mortels. Par où conduirat-il son peuple à la terre promise? Eu traversant le désert. La natuFe, toujours la nature parlant de Dieu à l'homme, au sublime législateur des juifs et à ce peuple élu. C'est dans les solitudes que se préparent, se forment et se développent ces puissantes écoles de prophètes qui continuent Moïse en annonçant le Christ* C'est là d'où partent Elie, Elisée et tous leurs successeurs. C'est là que se retrempent ce qui reste de plus pur et de plus saint parmi le peuple juif, c'està-dire les Esséniens et les Thérapeutes, fuyant le bruit et l'agitation des villes, pour se mettre en face de la création qui leur parle de Dieu. Il faudrait citer la Bible tout entière pour montrer jusqu'à quel point la présence de Dieu se manifestait autrefois aux regards de l'homme par tous les êtres, à son oreille par toutes les voL\ de la nature. Quelle magni-

454 LA MTSTIOUE;

iScence dans la ipaiilère dont ils s'exprimentà oe sujet t Voyez les psaumes, le vingt-huitième par exemple. La voix de Dieu «st au fond de toutes les voix du ciel et de la terre, dans la marehe et la lumière des astres , dans les harmonies des vents, de Taîr, delà mer, des eaux, des montagnes, du désert, des forêts, des cèdres, des animaux, aux entrailles même de toute la nature. Comme l'homme alors voyait, sentait et touchait Dieu partout! Aussi toutes les images empruntées à la nature ne sont pas un vain symbole , mais l'expression vivante des invisibles manifestés par les visibles.

Voici venir celui qu'ils ont nommé le soleil de justice, TOrient d*où jaillit la lumière, la rosée qui féconde, le lion de Juda, l'agneau que Ton conduit à la boucherie. Le Christ apparaît. Né dans une étable, pèlerin en Egypte dès sa première enfance, il se prépare à sa mission en passant quarante jours et quarante nuits dans le désert, vivant, dit Tévangéliste, «au milieu des bêtes sauvages.» Regardez-le, dans tout le cours de sa vie terrestre, toujours au sein de la nature et loin des grandes villes, sur le lac de Tlbériade, dans les solitudes, préchant sur une montagne ou assis sur une barque. 11 commande à la nature, et Tévoque tout entière pour qu'elle parle de Dieu à Thomme. Il lui fait raconter les idées de Dieu sur l'humanité. Tout dans le monde visible lui est un signe et une manifestation de l'action invisible de Dieu dans le monde des âmes. Est-il besoin de rappeler ses paraboles de la semence, de Tivraie, du grain de sénevé, de la perle, du Hs des champs ! Le soleil qui se lève sur le champ du juste et de Vimpie, la lumière, Teau, le sel, le feu, le cep de vigne, la moisson, Toiseau, le serpent, la colombe, la brebis, tout dans ses discours prend une voix, une âmt pour venir parier de Dieu.

LA MTSnQIJI. 4SB

La société des enfants du Christ se prépare pour remplacer par un monde nouveau le vieux monde qui disparaît. Oik ? Dans les déserts et les solitudes de la Thébaïde, de TEgypte, de la Syrie, de la Mésopotamie, où se retirent, à la suite de Paul et d*Ântoine, les ascètes et les cénobites. Lorsque, confondus par saint Antoine, les savants et les philosophes lui demandent où il a puisé tant de science : Dans le livre de la nature, répond-il. Tous les ordres religieux se fondent, se développent et se sacrifient dans les déserts. Voyez saint Benoit, saint Basile et saint Grégoire de NaEianze, les bénédictins peuplant toutes les solitudes de l'Europe, les chartreux, Cîteaux, enfin toute cette innombrable famille de moines, de fondateurs et de réformateurs qui, des premiers solitaires à la Trappe, vont depuis dixneuf siècles rechercher Dieu au sein de son œuvre vivante.

Là, comme les apétres avec leur divin Mattre, tous les grands génies de la sainteté, de la science et de Tabnégaition sentent vivre en eux le Christ, pleins de. ses enseignements, contemplant avec son regard et avec son cœur la création, écho delà voix divine elle*méme. Pour eux, comme dans TEvangile, la semence qui tombe de la main du laboureur dans le sein de la terre, c'est le Verbe divin semé dans les âmes; la terre féconde, c'est le cœur fertilisé parTamour, cette rosée du ciel ; l'ivraie, ce sont les passions de Vorgueil, de la chair et du sang qui arrêtent l'essor des âmes, les doctrines perverses qui empêchent la parole de vie de porter ses fruits bénis. Le sel, c'est la sagesse qui empé* che l'âme de se corrompre. Le lis, avec sa magnifique parure, c'est le cœur de l'homme orné, comme d'un vêtement d'immortalité, de l'Esprit du Seigneur. La moisson qui

4S6 LA BITSTIQUE.

blanchit, c'est Thomme qui, courbé sous le poids des ans, va tomber sous le tranchant de la faucille. Le levain, c'est le mauvais exemple, les doctrines de haine et de division qui pénètrent la vie et la corrompent jusque dans ses dernières fibres. Le soleil qui parait à l'horizon, c'est la lumière de Téternité dissipant les ténèbres de la froide région des ombres où nous demeurons par le corps. La mer, avec ses horizons sans bornes dans lesquels le regard se perd, c'est Tinfini qui se révèle. Les abimes de TOcéan avec ses calnaes et ses tempêtes, c'est le cœur de l'homme avec son repos dans les abimes du mal, ses luttes terribles qui préparent de si glorieuses victoires sur lui-même et sur la nature. Cet agneau qui se laisse égorger sans murmurer, c'est le Sauveur qui garde le silence au milieu des outrages et des douleurs de sa longue immolation; c'est l'âme chrétienne s*inclinant avec résignation sous la croix, de quelque part qu'elle lui vienne, du ciel ou de la terre. Le soleil qui se lève et la pluie qui tombe sur le champ du juste et sur celui du pécheur, c'est l'amour de Dieu embrassant toutes les créatures sans acception de personnes, et se faisant tout à tous.

Si, après avoir montré l'homme au sein de la nature et recueillant, sous toutes ses voix pures et harmonieuses, la voix de Dieu même, nous montrions l'homme fuyant la création pour fuir le regard de Dieu et se réfugiant dans ces cités dont le premier fondateur est Gain, quel affreux spectacle nous pourrions étaler aux regards épouvantés! Mais les peintures en sont telles qu'aucune plume ne saurait, ne voudrait les décrire. Babylone, Sodome et Gomorrhe, Pompeï et Herculanum ensevelies sous les cendres vengeresses du Vésuve, Athènes, Gorinthe, Rome antique, villes d'épouvantable prostitution, sortez de vos tombes et venez mon-

trer au monde ce que peut rhomme qui ne vit plus de Dieu au sein delà création.

Nouveaux Antoine, nouveaux Paul, tous les hommes doivent-ils donc abandonner la société pour se retirer au désert? Non certes, car le silence de la solitude au sein de la nature n*estque le moyen et le signe de la solitude de Tâme au milieu des vains bruits du monde. Faites-vous une solitude au fond de votre cœur, dit saint Augustin. Cette solitude au dedans del'homme, c'est le renoncement à tous ses sentiments, pensées et volontés, pour écouter Dieu seul, parlant aux entrailles de son cœur par l'amour. Ce désert au fond de nous-mêmes c'est l'abnégation de soi, le sacrifice par lequel, immolant tout notre être en présence de Dieu, nous n'avons plus en nous d'autre amour que son Amour, d'autre pensée que sa Pensée ou son Verbe, d'autre volonté que sa Volonté divine, participant dès lors à sa félicité, car ce n'est plus nous qui vivons» mais Dieu lui-même qui vit eu nous par le Christ. .Cette Thébaïde de l'âme c'est le détachement de tout l'ordre des choses créées pour embrasser l'incréé, de tout nous-mêmes qui ne sommes que limites pour embrasser l'infini, dans cet ineffable et éternel amour qui est Dieu en tout, partout et toujours présent en nous, afin de le verser incessamment en tous nos frères et dans la société tout entière. Voilà la vraie solitude qui nous unit indissolublement à Jésus dans la plénitude de la vie unitive.

Ht» unnranQUE.

xxm.

TfeébaTde dv cœur.

0 sainte Thébaide du cœur, ouvreE-*nous Tocéan de vos solitudes I Que tont notre être se dilate et s'abime en Dieu par Tamour i C'est eu nous plaçant. Seigneur, k ce centre de la vie, e*est en ramenant tout à ce divin foyer, que nous pouvons sentir rayonner Tindéfini de nos âmes. Dans notre vie terrestre, nous sommes posés au milieu du temps et de Tespace, circonscrits par les limites que la puissance infi* nie a tracées à chaque être ; mais par cetamour spirituel où Tinfini nous touche, nous pénètre et nous fait un eu lui et avec lui, nous échappons à toutes les conditions du fini, et, dans Félan de notre enthousiasme , nous ceignons notre front de votre éternel diadème.

Ouvrez, ouvres, Seigneur, devant toutes les fecultés de notre être, ces abîmes inépuisables de pei*fection et d'amour; dilatez notre cœur dans votre amour infini, notre esprit dans votre vérité sans ombre, tout notre être dans votre éternité. Pendant que l'hymne de notre cœur monte vers vous pour célébrer votre gloire, vous murmurez à mon oreille ces paroles qui ne conviennent qu'à vous : « J'étais hier, je suis aujourd'hui et je serai dans tous les siècles, » vous dites à toutes les puissances de mon être : c( Vous serez toujours; vous avez commencé sous le souffle de mon esprit, vous serez sans fin au sein de mon amour. »

C'est là l'indéfini de mon âme : on dirait un mélange de votre vie incréée et de la vie de vos créatures. En tant que sortis du néant, nous ressemblons à tous les êtres que Dieu

a appelés à l'existence ; en tant qu'indéfinis, nous sommes une imitation de Dieu.

A la clarté de cette vérité écrite dans les entrailles mêmes de notre être, comprenez-vous Thomme n'ayant aucun re* gard, aucune pensée, aucun désir, aucun amour pour le monde de Dieu, et ne regardant jamais qu'à ce monde de la matière, figure passagère, image fugitive de Téternelle Patrre où Dieu nous appelle? Omon Dieu! l'homme, descendant peu à peu tous les degrés de la vie, au lieu de les remonter, a placé son cœur dans son esprit et son esprit dans ses sens, s'agenouillant devant la création dont vous l'aviez fait le pontife et le roi. Passant ainsi de la vie réelle à son image et de son image à la figure passagère qui la manifeste, il s'est fait semblable à l'animal. Qu'il place au contraire son es* prit dans sou cœur et son cœur en vous, mon Dieu, alors il vous sentira, vous touchera, vous goûtera par ce cœur spirituel où éclate dans toute sa majesté votre divine présence ; il vous verra, vous contemplera, vous adorera dans votre éternelle beauté par cet esprit du cœur, qui est le regard, Tœil spirituel et l'essor de son âme. Alors vous serez présent, agissant, vivant en lui de toute la plénitude de votre réalité, comme lui-même sera réellement présent, agissant et vivant en vous de la plénitude de sa vie. Alors « la figure de ce monde qui passe » lui apparaîtra ce qu'elle est véritablement, l'ombre de votre image, la réfraction du reflet de votre lumière, le vide qui manifeste l'apparence extérieure de vos perfections divines, le fantôme de la vie dont l'essence est en vous. Alors nos sens désabusés ne feront que certifier, par leur témoignage négatif, le témoignage positif du cœur spirituel qui vous sentira, vous goûtera, et de l'esprit du cœur qui vous verra. Alors l'homme, retrouvant

le vrai sens et rorientation de sa vie, conTertira sa douleur en joie, et prenant gaiement le chemin de la mort, sentira, comprendra^ par toutes les puissances de son être, que par elle il entre dans la vie, en rejetant celte forme vide qui n'est que la borne placée sur sa route pour en jalonner la distance. Quand viendra. Seigneur, le jour de la Jérusalem nouvelle? Pauvres exilés de la céleste patrie, nous avons suspendu nos harpes muettes aux saules qui bordent le fleuve divin qu'on nomme la création ; nous nous sommes assis, tristes et pensifs, sur les rivages du temps, entrevoyant à travers le vague de l'horizon l'aurore de Téternité, et nous nous sommes pris à pleurer les douleurs de l'exil, chantant de nos voix plaintives l'harmonie des psaumes qu'avaient redits nos pères. Est-ce Técho de nos gémissements ou la voix de nos larmes? Une voix se fait entendre. C'est la voix de Tamour, c'est votre voix, mon Dieu, qui nous parle. Nous avons trouvé la Jérusalem nouvelle en ce monde ; le ciel est descendu sur la terre. Voici Dieu lui-mémC; car voici Taïuour qui est Dieu.

A ces horizons de l'éternité nous apparaît celui ' qui daigna bénir cette œuvre, avant même qu'elle fût achevée. C'est à lui, du haut de ce céleste séjour, à offrir a Dieu, comme une prière d'adoration et d'amour, cet essai de nos faibles efforts, afin que, consacré par la douce affection qui nous liait*, il puisse recevoir de Dieu le don d'émouvoir l'âme de quelquesuns de nos frères.

^ Mp Sibour, archevêque de Paris.

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