H6 DE LA SCIENCE, DE L'ART
l'absolu au contbgent et au relatif, brisant en lui Tunité de la vie éternelle et divine, dans la multiplicité de l'espace et du temps, animalisant l'esprit dans la chair. « Mon esprit, dit Dieu, ne demeurera plus éternellement dans l'homme, parce qu'il est chair*. » Et comment est-il ainsi tombé, sinon en faisant acte d'appropriation : « Qui est notre Mîutre? s'écrie-t-il, nos pensées sont de nous , laUa nostra a nobis sunt, quis noster Dominus est ^ ? »
Ainsi comprise, la science c'est la chute, parce qu'elle est Tappropriation intérieure d'où découle cette appropriation extérieure, que saint Paul et après lui tous les saints, nomment la source de tous les maux. La rédemption, en replaçant Thomme dans la voie de sa régénération et de son retour à l'état originel, a donc dû tendre à remplacer là science par l'amour. L'amour donne au cœur, substantiellement et en réalité, ce que la science prétend savoir, sans pouvoir jamais aller au delà d'une démonstration toujours contestable de l'existence abstraite de son objet. L'amour fait sentir, fait toucher en nous et hors de nous la vie, dont la pensée n'est jamais qu'un vain simulacre, une forme vide. L'amour fait sentir Dieu et toucher nos frères, non dans leur enveloppe extérieure, mais dans leur substance intime elle-même. Cette parole n'est que l'écho de la Parole éternelle, qui enseigne que « l'amour est la vie, et la vie éternelle en nous^.»
Âh ! dans vos superbes dédains, vous avez traité de visions les pleines et saintes réalités des apparitions de l'amour. Eh bien I oui, c'étaient, en effet, des visions. L'homme
* Genèse, c. vi, v. 2.
" Ps. XI, V. 4.
' Saint-Jean, I Ep., c. ni.
ET DE ï.nNDUSTRIE ACTUELS. 117
contemplait face à face» et de la certitude du regard de soa âme, ce dont toute votre science ne parvient qu'à saisir i'i* mage dans le miroir de votre intelligence, ce dont toutes vos spéculations ne vous donnent qu'une abstraction stérile. Les saints atteignaient la réalité, dont vous essayez en vain.de fixer Tombre qui fuit; ils aimaient, jusqu'à reffusion de leur sang, ce dont vous discutez si tristement jusqu'à l'existence. Car aimer, c'est voir, et voir par l'amour, c'est savoir réellement. Vous ne savez pas, vous ne voyez pas, parce que vous n'aimez pas. Place donc à l'amour ! Saint Paul n'a-t-il pas dit : « La science sera détruite, la charité seule demeure*?»
WlsloB dem réalités par l^anioar el eonillttoiis
de cette fIaIou.
Cette vision de l'esprit par l'amour, nous l'avons déjà signalée, dans notre premier volume, lorsque nous disions : « Plus on remonte dans l'histoire de la primitive Eglise jusqu'aux temps apostoliques, plus on voit se manifester avec plénitude cet esprit qui vit au sein des réalités éternelles, comme dans un nouveau domaine acquis à l'humanité par le sang du Christ. Alors on ne démontre pas Dieu, ou le voit, on l'entend, on le touche, on le sent, parce qu'on l'aime ; il est en tout, il est partout, il est sur tout ; l'homme vit sans cesse en sa présence ; il sent sur lui son regard, entend sa parole , se meut sous l'action de son souffle ;
* I Cor., c. vil.
totit e^t plein dé lui^ tbut le ntànifesté an ci^tth à Tâmë, ft rëspritj rhoftirhe ëët réellement « eti dociëtë ateb lui, » et| eomiDe dit saitit Jeâti, <« muÈ dëlUèutbn^ ëti lui et il dé* meure ëti tiôus. » On ne détndntre pas rëxiétencé des ^ttges et riffittiomlitô de Tâttife, mais ^ti vit aVéc les mt\à et les esprits célestes, comme avec DiëU ; bit est ôil contact inëessaut, en conversatidfl avëë ëUx; lui seiiileut* présence ^ leur action ; tout est plein d'eux , tout les ifiânifestë. Noiis ti- Tons, nons demeurons, « nous eonversons^ dit séint Paul, avec les hôtes des cieux. » C'est là tislon, à tratërs léà ombres du temps, de ce que nou^ nommons les êtrëà in-* visibles. L*œil de l'esprit ne nous montre-t-il paà les Vrslleià réalités, comme l'œil de la chair nous manifeste les apparences phénoméniques ? Quand je conçois Dieu par l'amour, mon esprit voit aussi distinctement un être spirituel que mes sens en voient un matériel lorsqu'ils fixent le soleil. Quand, fécondé par le cœur où la charité, mon entendement, cette oreille de l'esprit, saisit ce que c'est que Dieu, il entend aussi clairement sa parole (|u6 mon qreilte de chair entend la parole huoiaine. Quand ma volonté aspire et savoure la céleste pureté^ la douceur ineffable de ce Dieu d'amour, elle perçoit aussi directement ces deux perfections de Dieu que mon odorat sent une rose bu que mon palais savoure un fruit. Quand cet amour de Dieu, imprimant en nous l'action de sa présence v nous nous sentons touchés jusqu'au plus profond de notre ôtre^ dans la prière et Ta* doration, nous touchons alors Dieu, et lui-môme nous touche spirituellement, comme des objets matériels se touchent par le contact physique» Nous pouvons dire la même chose de nos rapports avec les esprits célestes, les bienheureux, les morts, et tout l'ordre du monde invisible, te soiil là des
ET BË L'iftbuWfttË ActltELS. m
âits atitretiiéiil réëU que ténk tid'dbsérvë ifa titttUtâlif^të. L'amour de Dieu et ded thbâe» ittvisibleâ rioUd dobne bôtiseience de leUr réalité par léUfr mM vitUdtê ëii tioUs; L'homme spirituel perçoit, avee d'àUtâlU plUë de dartfi les merveilles du moadë dés ëspHtB; (|U'il e^t plUd habitue à les ineartiér en lui par TatUbur et par la pratique. »
Chimère f illUsibnl direz-?oUs, que cette prétendue vision $ qui n'appartiéui qu'aux lempë dupctstitieux. Chimère \ le mot est biisntôt dit; tAsih e$t-il i^cietitiflque d'ëlddër aindi d*Un mot la question^ àU lieu de Tétudiër pout' là HdbUdrë? Si VbUB Taviez étudiée, vbus ôauHeE d'abord qué éfet ordre de vifiion a ét(^ cru et pratiqué par l'Eglise dauf^ tblià leà tëUipà et dài\s toû« léi^ lieUx, et qu'il est au début de toute ttiéditàtiob, de tout exercice chrétien, qui d'ouvré tbujttUrâ par cette mise de rhoiritoe en présence de DleU. VoUiJ l*êcotitiaissez àvéë bous que DiëU, bien que be Se loealiÈâht nulle part, est réellement prësebt partout. S'il y est, k quel àigttè rhôtbttie recbntiàîtra-t-11 qu'il le vbit, et qu'il cottimùhique àvfec lui? De mêïbe qùfe rhofetnë reconnaît qU^l communie à la création', par la Sensation qti'il reçoit de Ce dibhdë visible, et qttë 1â pui^sahcé dé l'ëëpHt transforme en idée, ainsi il toit qu'il cbibtnunique avec DiéU, pàl^ lé sentiment â'àibdbr Spirituel que lë cbblâct diVib fait gérmei^ en Idi, et que l'acte dercâprlt transforme ëb réSblUilbU; eu pratique mbrâle. Vous avez slibplement l'idée dé Dieu : tôttB idée abstraite, n'étant point Dieu lui-t»ême, voUfe laisse Sàbi aibour vivant et sans cohtlusion pratique. Pour lioûs, ilouS sommet réellement ëbsa présence, ttoûs le Voyons, le sentons, le touchons par l'amour ; et ce contact diVirt se révélé par le sentiment suprême de sainteté et de charité, qui pénètre jusqu'à la moelle de nos âme6> d'une ineffable tên-