‹ De la ville au moulinChapitre 14 sur 15 · DE 1 VILLE H · texte numérisé non relu

DE 1 VILLE H

e sa voix 1 petit qui ne la n-con

Il pleure si fort que je remonte la flamme du gaz toujours baissée par économie. Mais j'entends, il boulevard :

Éteignez! éteignez!

Je rebaisse le gaz, je ferme les épaix rideaux, et malgré cela j'entends encore :

— Éteignez! éteignez!

Je ne veux pas éteindre car, autant que Reine, j'ai peur dans l'obscurité et je sais qu'à la lumière les visages conservent du courage et de la fierté. Mais qu'a donc cette petite flamme de gaz à briller ainsi II semble que la pièce soit éclairée comme en plein jour. Tout reflète la lumière : les cuivres des meubles, la glace de la cheminée, les cadre pendus aux murs et même le verrou de la porte qui brille comme un phare. Ne sachant que faire pour affaiblir cette clarté, j'ôte moii tablier et l'enroule autour de l'abat-jour.

Les voix de malheur se taisent et le gros Ni-Jean cesse enfin de pleurer. Nicole se tient si courbée qu'on n'aperçoit plus de son enfant que deux petits pieds qui se croisent et se décroisent nerveusement. Manine et Reine, mal assises sur la même chaise, se tiennent fortement enlacées. Et Rose couvre de son corps le berceau de sa petite fille.

A mon tour je sors Raymond de son lit et le tiens sur mes genoux enveloppé dans sa couverture.

Au dehors, à présent, il se fait un silence comme si toute la ville était déjà morte. Nous attendons la bête qui va une fois de plus couvrir la ville et broyer des os. Une sorte de froissement dans l'air nous met aux écoutes. Et, presque aussitôt, nous

ni', la VILLE ' MOI

entendons I ol olaquetant et ronflant dei

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bement froides et je d< ut i ■ :

Tu as peur ' i s beaux : confianl de Raymond me

jgardent et sa jolie tête remue pour dire non. La bête étrange passe et chacune de nous frissonne et se penche davantage sur son enfant...

Peu à peu, des bruits familiers recommencent sur le boulevard. Une fenêtre s'ouvre, un pas traîne. Soudain, c'est la Berloque avec toute son allégresse. Aussitôt Raymond m'échappe et. malgré le froid, à moitié nu, il lève les bras, écarte les jambes, se balance et se disloque comme un pantin. Cela fait rire le gros Ni-Jean qui s'échappe à son tour des bras de sa mère pour remuer ses petons boulots, imitant maladroitement les pieds agiles de Raymond et tombant coup sur coup sur le derrière. Reine, prise elle-même d'une joie délirante, fait claquer ses doigts comme des castagnettes et rit, rit sans mesure.

Les mamans, craignant le froid, veulent recouper les petits; mais Raymond déclare qu'il n'a pas fini de danser et le gros Ni-Jean crie qu'il veut

sauter encore.

Au loin, la Berloque continue de lancer ses notes joyeuses. Malgré le bruit d'ici tout le monde l'entend, et c'est comme si elle disait à tous :

— Dansez, petites souris, Raminagrobis est

parti. Il reviendra demain peut-être, mais ce soir il a tant mordu et griffé qu il n'a plus jriffes pour vous déchirer les chairs ni de dents pour vous broyer les os. Et Reine qui comprend tous les langages chante avec la Berloque :

Dansons, dansons petites souris Raminagrobis est parti.

Les petites souris ne dansèrent pas longtemps par la suite. Jean Lapierre fut tué; et, quelques jours plus tard, oncle meunier mourait après une journée de travail au-dessus de ses forces.

Dans le même temps, une bête énorme appelée Bertha, plus féroce encore que les oiseaux de feu, broya les os de jour comme de nuit. Et, comme pour augmenter cette épouvante, les lettres si suivies de Firmin cessèrent brusquement de nous parvenir...

Dans le logement de Manine, il y a maintenant une douleur haute et dure qui nous empêche de nous rappeler que Firmin a été en vie, qu'il a été gai, tendre, faible et plein de courage.

Parce que Firmin est mort, tout est noir, tout

est mort.

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