‹ De la ville au moulinChapitre 5 sur 15 · DE LLE H · texte numérisé non relu

DE LLE H

J i us atten

Un l'amour, t la. ( ce d

c< b d a> oir pn oi un être qui ru i <>us

de rù et donl on i >quait la <reill< lit cela qui encerclait votre p ou La

lai it ur rien d utr « ela eni qiri

a H lai i Valèpe Chateilier sur ma boucl u que d'être pris pour un malhonn le irn-

tassé honteusement de la maison.

Et ce qui jusqu'alors n'avait été pour moi qu'un ennui mêlé de je ne savais quelle joie, devint brusquent l une crainte pleine d'angoisse.

« Est-ce que j'allais devenir capable de me jeter à i'imp viste sur la bouche de Valère Chatellier? » Une révolte toute faite de honte lit jaillir mes larmes. J'appuyais durement mes poings fermés sur mon cœur.

Non, non, et non. Puisque je ne veux pas me marier, j'échapperai à l'amour. Je ne suis pas une petite tille, Dieu merci! J'ai vingt ans bien sonn ] plus, ne suis-je pas Annette Beaubois? Anm e Beaubois, qui a peiné pour élever les en de s parents. Annette Beaubois, qui a

ses mu les en ramassant le blé derrière

à la faux et en chargeant, coi ae un

homj , des sacs de pommes de terre sur ses

s. Annette Beaubois, oui, consciente de sa f J ;()I1 courag.- et qui se défondra contre

1' >ur elle s'est défendu, ontre la

b la rancune.

tidi à vaincre, n'ai je pas P a ff< ion

(1 J e I ' !i I ou

'>> si mpiviiri! ,i oncle meunâ Hier encore

seul avec moi dans le fournil, n'a-t-il pas aussi appuyé ma tête contre sa poitrine, et posé sur ma nuque une main caressante? Et sa voix, au lieu de gronder n'était-elle pas pleine de vibrations harmonieuses tandis qu'il disait tout contre mon oreille : « Ma grande Annette! Ma courageus< lille ». Et pour finir, les doux baisers qu'il a pris l'habitude de mettre sur mes tempes comme pour les rafraîchir, ne valent-ils pas tous les baisers qui vous surprennent dans l'ombre et vous meurtrissent la bouche?

Je repris confiance en moi-même, et d'un léger tapotement sur ma joue brûlante je m'encourageais :

Allons Annette, hâte-toi d'aller reprendre ton travail au moulin où tu retrouveras le cher oncle dont la tendresse est si apaisante.

Malgré le peu de temps dont je disposais entre mes occupations, je ne négligeais pas Mme Lapierre. J'aimais à la retrouver assise bien droite sur sa chaise à haut dossier, un ouvrage de broderie entre les mains et son aimable visage levé vers moi. Les années ne semblaient pas avoir passé sur elle tant elle gardait de jeunesse dans toute sa personne; l'affection maternelle qu'elle m'avait témoignée au début s'était changée en une amitié plus libre qui nous permettait de tout dire. Elle n'ignorait pas ma décision contre le mariage mais elle eut vite fait de découvrir ce que je tenais tant à cacher :

— Vous l'aimez, Annette, et l'amour sera plus fort que vous.

Ainsi que Firmin, elle parla de ménages restant

m; i,\ \ 11,1,1; au MOULIN 95

mu , in:,ijti 1 la mort. Selon elle, l'unour de Valère

hatellier joint a mon acceptation des durea

oho »l*' la vie, offrait boute garantie dans cette

union, ri fil.' nin, suppliait de ne pas mettre

<>! I.' à mon [>i'< <• bonheur pour des « untes d'avenir que 1 n ne faisait prévoir enl Valère

et moi.

Je n* me laissais pas convaincre, car dans le

désarroi où se débattait ma pensée, ma vision du mariage s'enlaidissait encore. Ce n'était même plus la scène odieuse de mes parents que je voyais. C'était une sorte de bête possédant deux têtes haineuses dont l'une était faite d'un lourd marteau, et l'autre de pointes griffues. Et toujours ces deux effroyables têtes se balançaient face à face et se menaçaient.

Gela, personne ne pouvait le deviner et je n'osais l'avouer à personne. Je sentais bien que j'étais victime de mon imagination, mais plus j'essayais

I d'effacer la vision, plus elle devenait précise.

i Alors, pour raffermir ma volonté qui fléchissait

souvent, je m'efforçais de chanter une des berceuses de Manine :

Fille de la charité

Vous irez Parmi les enfants trouvés.

Je devins malade. Une langueur m'enleva nies forces et me rendit le travail pénible.

Tante Rude me regardait de travers et me reprochait ma faiblesse :

— Tu n'es pas belle avec tes airs de poule couveuse.

DE LAtVILLË AU MOULIN

Oncle tnètitrief ne prenait pas non plus au sérieux les palpitations de cœur qui me pâlissaient soulâiri et me faisaient presque défaillir. Dans ces moments-là il désignait du doigt mon cœur et m disait en riant :.

— Prends garde qu'il ne soit pas d'accord avec toi contre le mariage.

Pourtant, ce matin, comme je m'affaissais manquant de souffle, il est venu à mon secours et m'a demandé avec intérêt :

Où as-tu mal ?

Je ne savais pas; je souffrais de partout, et je répondis en essayant de rire :

— Je crois que c'est dans l'âme que ça me fait mal.

Oncle meunier ne rit pas comme je m'y attendais :

Il se rapprocha en baissant la voix :

— Pourquoi refuser le mariage? Valère Chatellier a une âme aussi, n'y as-tu pas songé?

Non, je n'y avais pas songé, je ne songeais qu'à la bouche de Valère Chatellier, et de l'évoquer en ce moment me fut si désagréable, que je m'essuyai rudement les lèvres du revers de la main.

— Ohl fit oncle meunier.

Et il me quitta sans attendre ma réponse.

Parce que ma faiblesse augmentait et que mon teint devenait jaune, oncle meunier lit venir le médecin. C'était le même qui avait soigné Angèle, et il me connaissait bien. Il ne nie trouva pas très malade; il dit seulement en écoutant mon cœur :

— Gomme il est sourd !

Il ordonna tout de même une potion. Puis, tout

DE i \ \ ll.i i\ tfOl Ll

levant pour partir il dit à onc meuni :

Il bto jeune iilli

ur Manim 'in

u i \ eilleui intuition Pat» du bo ur

lu malheur de c x. qu'elle ime. A j lais- tidu compte de mon propre tou

que <1 Ile m'avait dit : «Si au moins, je pouvais

l'aider à sortir de < guêpier ». En ati pour alléger mon inui, elle m'abandonne ] qu la pelii" Reine. « Tu peux la garder, va, elle i loi au La ut qu'à moi. »

Lorsque le cœur trop lourd, je m'éloigne de ia maison, j'entends aussitôt :

Reine, cours vite rejoindre Annette.

Et Reine que je ne sais pas renvoyer me prend la main et marche fièrement à mes c< s. Elle me pose mille questions auxquelles je suis bien obligé de i tondre, et qui mettent en fuite pour un moment l'amour et ses exigences.

Et puis, comment ne pas regarder Reine courir fc sauter sur le chemin. Elle est légère et brillante comme un matin d'avril. Et les oiseaux ne s'enfuient pas à son approche.

Cette petite fille si attentive à ce qui vit autour d'elle n'apporte cependant à Péeôlë aucune attem a. Sa maîtresse venue pour n plaindi nous a dit :

— Sus yeux sont co me deux papillons bleus jui I de tous cotes.

Ses débuts, surtout, ont les. Non seu-

1 ment elle dé« I, i. i i . 'habeL mais encoi elle perdait co bamn il 1«; < taie qui lui servait

98 DE LA VILLE ttJ Jim LIN

à écrire sur L'ardoise. Clémence l'accusait <le la perdre exprès, par paresse pour ne plus avoir à écrire. Reine se défendait et pleurait : « Non, pas exprès ». Si, assurait Clémence, puisqu'elle l'emporte au dehors au lieu de la laisser en classe comme tout le monde.

Reine que j'interrogeai doucement m'avoua qu'elle emportait en effet sa craie, mais que c'était pour faire comme le petit Jésus qui la portait sur son épaule, en allant à l'école.

J'essayais d'expliquer la différence.

— Mais Reine, ce n'est pas sa craie qu'il portait sur son épaule, le petit Jésus, c'est sa croix. Une grande croix comme celle qui est sur la place de l'église, comprends-tu?

Oui, dit Reine. Et après un instant de réflexion elle demanda :

— Comment qu'il faisait pour écrire avec?

Maintenant elle va sur ses sept ans, et si elle

n'aime pas l'école, en revanche, elle aime les histoires, et rien ne lui plaît plus que d'entendre chanter sa mère. Ses préférences vont aux chansons qui réclament de la pitié, et s'il arrive à Manine de s'arrêter au beau milieu d'un de ce airs tristes et lents qu'elle déroule comme inconsciente, Reine ne lui laisse pas de paix qu'elle ne sache la suite.

Le soir, avant d'aller se coucher, elle se plaît à grimper sur mes genoux. Elle niche sa tête au creux de mon épaule. Et là, son petit corps bien serré contre le mien, elle essaye de compter les étoiles que le bon Dieu, dit-elle, dépose dans ses prés pour les éclairer.

hi; LA VII i ! \i Uni l.l

voulu 8 la dét pomper :

Non, I! ut-, il n'y a de pr< dans I i.

Elle i I fciée :

Si, il \ en a, je les \ m bien, moi.

.I«« a'ose plus la contredire, car certain» <, vers les étoiles clairsem 3, la voûte d'un bl< léger étend à m< yeux comme un immen inj) de lin.

Mon amour grandit. Malgré ma certitude de lo vaincre je m'en effraye souvent.

Dans cette lutte de tous les in mis, je garde cependant un caractère égal. Seuls mes goûts sont changés. J'ai toujours aime les fleurs de couleur tendre, et voici que je leur préfère celles de teintes violentes. Les roses rouges très épanouies m'attirent et je ne sais plus les respirer sans les déchirer un peu avec les dents. Parfois il me semble que mon corps est habité par une étrangère. Cette étrangère n'aime pas les enfants et je m'en éloigne, elle n'aime pas les fleurs simples et je les dédaigne, elle n'aime pas le sommeil paisible, et la nuit je rode comme un fantôme autour de la maison.

Le dimanche l'étrangère n'est jamais là. et j suis en pleine possession de mon corps. Je cueille les fleurettes et je respire doucement les ro s, je joue avec les enfants sous les grands chênes. Et au retour de la promenade, le cœur attentif et léger, je marche en m'appuyant au bras de Valèi Chatellier.

A l'heure de la s< nation, pendant l'échange

du bail fraternel, je sens mou cœur redevenir

wrd. Et tout en suivant des yeux deux silhouettes

rui s'effacent beaucoup trop vite dans la nuit, je dis avec une grande pitié sur moi-même :

— Pauvre Annette! Voilà ton bonheur qui s'en va.

J'essayais de me rapprocher d'Angèle afin de prier comme elle. Quoique nous habitions la même maison, elle et son mari étaient aussi distants de moi que s'ils eussent habité un autre village. Leur vie était réglée heure par heure, et rien, ni personne ne pouvait les obliger à y changer quoi que ce soit.

Firmin admirait leur entente et disait :

Ces deux-là sont unis comme les doigts de lo rnain.

Angèie n'avait aucun soupçon de ma peine.

Elle crut seulement, que ne voulant pas me marier je cherchais une compensation dans la prière :

— Parle h Dieu, il t'entendra, me dit-elle.

Dieu ne m'entendit pas, sans doute parce que

je ne sava pas lui parler.

Je demandais alors à An le :

— Comment faire pour avoir la foi?

De ce ton placide qui lui était particulier ell

répondit :

— Cherche en ton âme et tu la découvriras.

Ardemment je cherchai en mon âme, mais je

n'y rencontrai que mon amour pour Valère Chatellier.

Dans l'espoir que le recueillement me serait plus facile j'allais à la messe. C'était coin me un monde nouveau que je trouvais là, et je me sentai

LA VIL Mi M K0UL1

dans la fraîcheur do i el la don

il mis. Mais JG mVi' J. ai v la n

tir trop longue ' laur de l'eu ,1 ot J;» foi qui approcl

il. uirfi'' ei tyée <■■ moi- ;.

•tour au moulin, tan i qui je refoula i n amour pi : de trouble, An is 1 i m -

de la sainte communion chantait de voix in ei sans tim] i :

Mon coeur se tait ei mon âme est tranquille, I paix du ciel habite dans ces lieux.

L'} t m'apporta un engourdissement que je is ] Ha gi ison. La compagnie presque consd'oncle î r, sa bonne humeur et sa ten-

dre e ti jours en éveil me firent retrouver ma

n paêmp temps que ma gaieté.

Pour effacer les moments pénibles, j'avai aussi de loin en loin la compagnie du vieux poète, ainsi que l'appelait oncle meunier. C'était un h vieux chemineau qui ne s'arrêtait jamais plus i jour au moulin, mais qui laissait après lui des souvenirs si merveilleux que j'attendais sa

comme une récompense à mon travail et à

mon effort contre l'amour.

Il plaisait à tous ici, et Manine disait de lui : « 11 a bien plus d'histoires que de pain dans sa besace. »

C'était vrai, il savait des histoires sur les bêtes sur le tant . Il en savait sur la forêt ei sur

h lac sur la pluie, le et le iL EJ1 sa voix

qui j< ne pouvais comparer à aucune autre, i dt

pour moi une musique étrange qui éclairait ma pensée et mettait mon cœur à l'aise.

Trois années auparavant oncle meunier et moi avions ramassé le pauvre homme à moitié mort de froid et de faim, sur la route. Réchauffé et rassasié d'une bonne soupe, il avait refusé le li; que je lui offrais, et j'avais dû le conduire à la grange et lui laisser faire son trou au milieu du foin ainsi qu'il l'exigeait.

Le lendemain, inquiets de sa faiblesse, nbufc étions retournés vers lui dès le matin. Cette simple intention l'avait touché comme un fait inimaginable. Jamais, au grand jamais, nous avait-!

dit, personne n'avait eu pareil souci à son endroit Et, pris d'une reconnaissance infinie, ne sachant quoi nous offrir en retour il nous avait récité des vers composés la veille dans la neige et le vent glacé.

Les mots disant boute la désolation du paysage d'hiver ne nous apprenaient rien. Nous savions

qu'à cette époque de Tannée,

Tout était au repos, lo vallon, la montagne, Les longs peupliers gris et les chênes touffus.

Nous savions que, par les temps de neige,

Des bandes d'oiseaux noirs passaient sur la campagne Et fuyaient en criant vers des lieux inconnus.

Mais ce que nous entendions pour la première fois, c'était la voix extraordinaire du vieux chemineau. Elle s'élevait comme d'un instrument vibrant de plusieurs cordes à la fois, et quoique nous fussions tout près de l'homme, sa voix nous

in: LA vil. i ai? \ioniJN

pai I beaucoup moins sortir de lui-i

que du I de foin, d< poutres de h ge, et d(

sacs de blé étai autour de nous.

Oncle meunier en ait n coi ti s i, et sitôt >rs, il m'avait dit :

« Mazettel il sait chanter le vieux. »

Le chemineau était reparti deux joins plua !, quitte à mourir de faim et de froid no peu plus loin, s'ennuyant déjà sous notre toit. A m- r

mandations de prudence, il avait répondu en chantant :

Je voudrais comme les uiseaux Mourir au fond des bois.

Il revenait maintenant au hasard des jours. Et si pendant l'été, il aimait à dormir sur l'herbe, tout contre la barrière du pré, l'hiver, il était heureux de retrouver la grange et son foin.

J'aimais à le voir arriver de la route. Il avançait à tout petits pas raides, et le bâton qui le soutenait était presque aussi courbé que lui. Ses cheveux tout pareils à des effilochures de vieille soie blanche descendaient jusque sur ses épaules, et sa barbe qui s'élargissait aux pommetl . lui couvrait pr- { ue tout le visage; mais dans ce visage où tout semblait flétri et passé, je décou \ vite les ;;x qui me faisaient penser à deux fleurettes fraîches poua 3 dans les broussailles d'une haie

d'hiver.

. P;,r ,me nui t de ce dernier automne, alors que je chi lais le sommeil hors de la maison, le vieux Memmeau m avail appelée :

• a ' ,MI asseoir auprès de moi, jeune fille. »

Et tout de suite il avait pris dans ses mains mes pieds nus, gla< 3 de rosée, afin de les réchauffer un peu.

Au toucher de ces vieilles mains caressantes

j'avais retenu mon secret qui voulait s'écha >per.

Cet homme qui chantait toujours n'avait peut-

ître jamais connu la souffrance d'amour, et ce

• i ait pas lui qu'il fallait attrister de ma peine.

Ado ïs tous deux à la barrière du pré nous

ions restés longtemps silencieux. Et comm e r ompatir à ma tristesse, il avait enfin parlé de luimême.

« Lorsque je n'étais icore qu'un enfant, m m nouvellement remariée n'a rien fait pour me retenir auprès d'elle quand l'homme m'a jet dehors, comme une bête malfaisante, par une triste ournée de février. »

Et sans me laisser le temps d'une parole de consolation le vieux poète avait chanté :

Alc> m'en allais sur les routes de France

Le long des buj >ns noirs et des fosg boueux.

Sa chanson avait dit d'abord toute la m- ance et l'hostilité des êtres contre ce garçon de douze ans seul sur les routes, puis la voix s'était étendue davantage pour dire la joie des nuits passées à la belle étoile, pour dire aussi cette joie nouvelle de tenir dans ses mains de vieillard, « deux pieds blancs, deux pieds de jeune fille ». Et au son de cette voix qui paraissait sortir tout à la fois du pré, de la rivière et des bois d'alentour, le sommeil était accouru et m'avait bercée jusqu'au malin.

Vïl

T pan cl s vents (h Jars arrivaient en tron

et balayaient la campagne. La plui éj «'t

rude frappait la terre, coulait en nappes sur 1 penti utrainant au fossé le sable et les cailloux, lee brindilles et les feuilles mortes. Par instant, le vent, las de souffler si fort, se reposait mais Ja plu jamais lasse continuait à lustrer les branches, le toit des maisons, les épines des haies et l'herbe courte des prés.

On eût di [ue le vent et la pluie tenaient à laver

et à brosser tout ce qu'avait sali le vieil hiver afin

que tout soit net et propre pour l'arrivée du do ;

prin ups. Nous-mêmes, comme dans l'attente

L'un hôte important, faisions nettes et propres nos

Heures. Oncle meunier pai lit les murs au lait

chaux, et tante Rude, M me et moi, mettions

tous n< ». faine briller les meubles et lei

ferrures.

Tout se réveillait dans la campagne. Les jardins ;omri! » à. 06 parer de \ er1 . et dans les ï

inanl -, le 1 ment brebis et le meu te- MK'iit des vache innonçaient déjà do nombreuses

naissances. Cette année ma basse-cour ne s'est augmentée que des volailles d 'Angèle. Ces nouvelles venues ne font pas très bon ménage avec les anciennes, ce qui me fait rire. Mais Angèle ne rit pas lorsqu'elle aperçoit une de ses poules saignante et déplumée. Cette créature apathique et silencieuse jusqu'alors est en passe de devenir une fermière de premier ordre. Ce fut chez elle une transformation rapide qui nous surprit tous. Du jour au lendemain, sans qu'elle en eût donné la raison, elle éloigna sa chaise de la fenêtre et supprima pour toujours couture et broderie.

Comme pour rattraper le temps perdu, ses longues jambes ne restent pas cinq minutes en repos, et ses pieds chaussés de sabots font plus de bruit dans la cour que les cris de toute la volaille en bataille.

Ainsi que tante Rude, Angèle lient à ne faire tort à personne, mais de même, elle entend ne rien abandonner aux autres de ce qu'elle croit lui appartenir. Parce qu'elle occupe la plus grande partie de la maison, il lui a semblé juste de prendre la plus grande partie du jardin. Elle en a fait autant pour le pré, y marquant sa part, avec défense formelle aux enfants d'y aller jouer. Tante Rude la complimente et lui donne des conseils sur l'élevage mais Angèle se moque de ces conseils; elle comprend l'élevage d'une autre manière.

Le printemps ne s'est pas fait attendre; il est arrivé clair et nu comme un petit enfant, et riant aux averses qui semblaient jouer à cache-cache avec lui. Très vite il s'est vêtu de toutes couleurs,

hi; i.\ VILLE M MOULIN 107

parfume ù toutes l< fleurs, cl , devenu n on

tour pour un temps, il a cha \ giboulées et J es

eléi blanches et i m i >v la monl agn<

BUT la plaine et sur I C01 UX.

Sur moi aussi il a régné on maître, courbant ma olonté à ses caprioes. Tout* • : forces que ,j uiscs pendant l'hiver viennent de s'enfuir ave

cette lin de mai. Et hier, au moment du baiser fraternel, sans que je le veuille et sans que je puisse m'en empe ier mes deux mains se sont appuyées aux épaules de Val ère Chatellier, et ma bouche est allée au devant de la sienne. Il s'est dégagé avant que mes lèvres ne l'eussent touché, et une lourde honte me fit plier le buste.

Aussitôt Firmin me prit le bras en disant d'une voix forte :

— Mais tu l'aimes!

J'osais regarder Valère Chatellier. Il fixait sur moi le regard aigu d'autrefois, et ses yeux paraissaient phosphorescents dans son visage devenu trop blanc.

Firmin comme transporté répétait :

Tu l'aimes! Annette, je te dis que tu l'aimes! Sans cela...

Devant mon silence il me secoua tout frémissant :

Sois donc franche, dis-le donc que tu l'aimes!

Je ne pouvais pas le dire, et je fis oui de la tète, mais, oh! que j'étais lasse! 11 me fallait nv asseoir tout de suite. Et presque défaillante, je me laissai tomber sur l'herbe du chemin.

Le silence fut notre ami pendant de longues minutes.

l>l<; LA VILLE i\ tf01 LIN

Valère ( lhatellier, écroul mprès de moi, enfouisait son vi dans l'herbe tendre, et Firmin, la

joue tout contre ma joue, respirait, profondément comme s'il espérait mettre ainsi dans sa poitrini un peu de ce bonheur qui passait.

Ce fut lui qui ramena le bruit en disant à Valère : Allons, relève-toi, montre un peu ta face au toiles et dis-leur que tu es joyeux comme un pauvre homme qui vient de faire un héritage;

Les étoiles étaient en effet si nombreuses qu'on eût dit qu'elles s'étaient groupées pour mieux nous voir. A leur clarté je cherchais la joie de Valère Chateilier sur ses traits, mais elle n'était encore que dans ses yeux qui brillaient étrangement.

11 resta la face levée, puis tout doucement il se mit à rire. C'était sûrement ainsi qu'il riait lorsque, petit garçon, il recevait un jouet longtemps désiré.

Je me sentais délivrée de toute souffrance et j'avais envie de rire aussi.

Firmin subitement debout, la voix et les gestes vers tout ce qui nous entourait, montrait son ami et lançait avec éclat :

( — Regardez-le; il était seul dans la vie, et voici qu'il a trouvé une compagne.

Sa joie était grande à lui aussi, et tout en se moquant du rire muet de Valère, il sautait à une telle hauteur qu'il semblait vouloir atteindre les étoiles. Manquant de souffle il vint se reposer auprès de moi, et soudain, il dit :

— Quelle chance! Vous serez mariés avant mon départ pour le régiment.

A ce mot de mariage, je repoussai brutalement la main de Valère qui tenait la mienne.

i»i: i u.i .1: MOULIN 1

I la hideui I Le ■ | \< d

or i lin cl !

lam Je n'ai paj 1 d deux

leux-là dont je oup infini

j'osai enfin parler du monstre. Je e leur m i

bel qu'il m ppa] i ; les suppliai de q<

p. : oblig f au

II furent ef] s do mon exaltation, et prom ehercJ r un remède à ce mal, que ni l'un ni l'autre n'avait pu soupçonner.

V l'instant de la séparation, ce ne fut pas un bai r fraternel que j'échangeai avec Valùre Chatellier mais ce fut un baiser sans fièvre et plein de résignation.

Oecupi au jardin depuis la pointe du jour, et lass< léjà du poids de la bêche en cette chaude m binée de juin, j'allai m'asseoir auprès du vieux qui bordait un chemin semé d'orties et de bouts de ferraille. J ais là, tournant le dos au soleil, et les yeux à moitié clos sous la clarté trop vive lors- |u'une ombre lente passa sur moi. Croyant à l'arrivée de quelqu'un, je tournai la tête vers le eheii II n'y avait personne, mais sur le mur un chat jaune ac s'avançait avec pn tution en me

gardant. 11 s'arrêt. it en face de moi, el on regard méfiant et hardi, resta fixé sur le mien pendant quelques condes. Brusquement il s'enfuit ouplc, i iautaçt adroitej nt les pierres crou-

lai mous* . Dans sa cour par bonds

s, uro jaune et Mao ie brillait ou

8 ' l ,r ° et il me sembla qu'il portait

no DE LA \ II, U, VU MOI LIN

un manteau splendide, qu'il ployait et déployait

pour mon plaisir.

Depuis mon aveu d'amour à Valero, tout ce qui ne m'est pas coutumier m'inquiète et me semble avoir une signification. Que me voulait ce chat vêtu comme un prêtre à la grand messe un jour de Pâques?

Je me levai pour reprendre ma bêche. Et voici qu'il y eut tout à coup dans Pair comme une grande nouvelle. A cette heure où l'on ne sentait pas un souffle de vent, une petite feuille se mit à remuer devant moi. Aussitôt d'autres remuèrent, puis toutes, comme si de feuille en feuille on se passait la nouvelle. Dans la haie proche ce fut tout de suite comme un bruissement de rire. Ce bruissement j oyeux gagna les pommiers, les cerisiers et les pêchers, jusqu'au gros noyer dont les larges feuilles s'agitèrent et me firent penser à des mains battantes.

Étonnée, je cherchais d'où pouvait bien venir le vent, lorsque le facteur que je n'avais pas entendu s'approcher me tendit une lettre par dessus

la barrière.

Je ne connaissais pas l'écriture de Valère Ghatellier, et cependant je fus certaine que cette lettre venait de lui. Je l'ouvris avec crainte. Que pouvaitil avoir à me dire qui ne pût attendre jusqu'à demain dimanche? Il disait :

« Habiter ensemble dans ce pays sans être mariés il n'y faut pas songer, le feu prendrait de luimême à notre maison et les arbres du verger ne voudraient plus donner de fruits. D'accord avec votre frère, voici ce que je vous propose :

« Je quitterai ma place à l'automne, et cela sans

LA Vil 1.1 AU MOIII.

re| pu le Firmin doit partir au giment à cette époqu .f«' chercherai un emploi dans un utrevilL > ù il \ < acile de me rejoindre, et

aii aoufl pourrons vivre tranquilles dans notr amour et notre pauvreté... »

Tout s'éclairait. L'idée de vivre aux i es de

Val ère en dehors du mariage ne n it pas venue, et cette idée [n'indiquait à cette heure un cl a tellement facile que je m'y engageai au ilôt. Valère et moi. moi et Valère sans autre lien q noi profond amour, pour le temps qui nous restait vivre. La vision de haine n'avait rien à faire ici, et je compris bien que je n'avais plus à la redouter.

Une joie immense me fit courir à travers le jardin, mes mains se tendaient vers l'espace, mes doigts s'ouvraient comme les pétales d'une fleur épanouie, -et mon corps me semblait plus léger qu'une feuille sèche dans le vent.

Autour de moi, tout le jardin brillait et bruissait. « Oh! vous le saviez petites feuilles, vous le saviez grands arbres qu'un bonheur venait à moi, et vous avez raison de vous réjouir car maintenant Annette Beaubois ne troublera plus votre sommeil en i îant la nuit à la recherche du sien propre.

« Et toi aussi, beau chat, tusavais la nom et

pour me l'apporter tu as mis ton manteau couleur de neige et de soleil. »-

Pendant tout le jour il y eût dans ma tête connu, lebourdonnement d'u n essaim qui ne sait où se poser.

Manine dont le doux regai me suivait, finit par chan ec malice :

Ma I i répond

h ' h dope,

Après le repas, tandis que les enfants mènent leur tapai dans la cour en attendant d'âlleï au li' je ne peux résister au d r de m'éloigner de la maison. A peine engagée dans le chemin, Manine m'appelle et demande :

— Tu vas au village?

J'indique le sens contraire :

Non, sur la route.

Elle se moque :

Jusqu'au bois des grands chênes?

Je fais non de la tête, en riant comme elle.

Je n'ai aucune intention, je veux seulement être seule et marcher un peu pour apaiser cette joie qui me soulève de terre et me serre la gorge comme un n ais mal. Je vais à grands pas.

Des bergers rentrant des champs me souhaitent Je bonsoir, et leurs chiens quittent le troupeau pour V p me flairer.

Je vais, et les paroles de Manine sonnent à mes oreilles. « Jusqu'au bois des grands «.houes ? » Deant moi, tou,t au bout de la côte, je l'aperçois ce bois des grands chênes. II [ le à son faîte les dern îs lueurs du jour, mais le long ruban de roule qui y mène se perd et s'efface dans le soir qui

s'avance.

L'air est doux, la vigne est en fleurs, et toute la campagne sent la rose et le miel.

« Jusqu'au bois des grands chênes » me souffle la voix moqueuse de Manine. Et brusquement je décide d'aller jusque là. Comme si cette décision aplanissait toute difficulté, ma gorge se desserre et une grand e îrénit é m'envahit.

Près d'une maison du bord de la route, deux

DR i \ \ ILLF /M dOl I.IN

igeiîiont ai ; chuchotent en ni

lillfj

\ nt r et, loi qi b y queli i-

,ni i. . entends inl :

I )ù vas-1 ii belle M 1 1 1 ants Mille enfants

( >ù . i n belle boîl eui Mille enfants Charmants.

Et tout en continuant nia roule, légère de cœur autant que de corj mêle ma voix à la leur pour

• uxn ie coin t :

Je \ u bois céleste Mille enfants Mille enfants

Je vais au bois c ste Mille enfants

Charmants.

J'ai en\ chanter encore, de chanter à pleine

voix, rien ! pour moi seule, mais la nuit qui s'étend pour le repos commande le silence. Lés p tes tilles se taisent et je fais comme elles,

Les d ; 1 tiré ont BisparU du faîte îles

arJ . Ui buée fine s'élève de la terre, et ce à un signal, les lumières du ciel apparaissent les unes api les autres.

J< toujours à ands j s. Pour né pas trou-

bler le sili <■ je marche sur l'accol I et, der-

mes talons, je sons se rèdri r les herbes fou-

i ell< cherchaient à reconnaître celle qui | à cette beure tardive. Dos soufiles doux

iefrôl( vis <-i, .d oii iux de nuit rapides

et silencieux, passent et repassent au-dessus de moi comme pour faire bonne garde à ma solitude.

Je ralentis en arrivant au grand bois. Il forme une masse épaisse, et cependant une clarté venue d'en haut se glisse entre les arbres et les montre chacun à leur place. Le bruissement des feuilles me rappelle celui du jardin : on dirait que les chênes se font part de ma venue et s'en réjouissent. Je leur parle tout bas : « Je vois bien, grands chênes, que vous savez la nouvelle; mais ce soir je ne veux pas me promener sous vos branches; je veux seulement me reposer auprès de vous comme auprès de vieux amis, puis je reprendrai le chemin de la maison en compagnie de la nuit qui se fait si belle et si douce pour fêter mon bonheur. »

Soudain je cesse d'avancer. Un homme de haute taille est sorti du bois et s'en vient à ma rencontre. Tout de suite, et malgré l'obscurité je reconnais Valère. Il me rejoint sans hâte, essoufflé pourtant comme s'il venait de fournir une course éperdue. Et dans le bourdonnement intense qui m'emplit

les oreilles, j'entends :

— Depuis que je sais votre amour, Annette, je viens ici tous les soirs pour calmer le désordre de

mon cœur.

Le désordre de mon propre cœur est tel que tout mon corps s'affaiblit et que je m'appuie à Valère comme je m'appuierais à un arbre.

Le silence s'étendit en moi comme autour de moi, puis sans force ni pensée, étroitement serrée contre Valère Chatellier, je franchis avec lui le fossé qui nous séparait du bois des grands chênes,

C'est aujourd'hui le dernier jour de septembre. C t aussi le dernier dimanche qui doit nous réunir tous au moulin. Firmin s'en va faire son temps dans une ville de la Marne, et Valère Chatellier s'est assuré un emploi à Bordeaux où je dois le rejoindre à la fm de la semaine.

Tous trois nous sommes assis dans la maison avec la porte grande ouverte. Il fait beau comme en été. Manine berce et chante sous le gros noyer, et les enfants sont partis à la récolte des premières châtaignes.

Nous nous taisons; tout a été dit entre nous et le moment d'agir est venu.

A nos pieds un carré de soleil fait luire les dalles fraîchement lavées. Des fourmis s'en approchent et n'y trouvant rien à glaner se hâtent d'aller plus loin. A leur tour, des mouches en quête de chaleur viennent s'y poser confiantes. Elles n'y restent pas longtemps non plus, car une énorme guêpe les pourchasse et les emporte entre ses pattes. Deux léjà ont bé saisies, et lorsque la méchante revient ir la troisième fois, j'éloigne les mouches d'un léger coup «le !»■ tte. La guêpe irritée les cherche,

et se lance après son ombre qu'elle prend pour uni proie, et parce que son ombre lui échappe, elle tourne sur elle-même et bourdonne furieuseï ni.

Etes-vous bien sûrs de ne rien regr< nous demande tout à coup Firmin.

Valère chasse rudement la guêpe en répondant : L'heure est à l'espoir et s'il y a des r< e1 ils viendront à leur temps.

Firmin approche son visage du mien et me regarde dans les yeux :

— Mais toi, toi, Annette Beaubois, as-tu Iongucment pensé à ceux que tu vas laisser derrjère toi ?

Ainsi que Vaière Chatellicr je suis toute à l'espoir; mon amour me paraît plus puissant que toui et la vie s'allonge devant moi si pleine de bonheur

que le plus petit regret ne peut y trouver sa place. Firmin voit tout cela dans mes yeux lorsque j e dis :

Avec les jumeaux j ai fini ma tâche ici.

C'est vrai, lit-il .

Et il se détourna pour ajouter :

— Il s'agit maintenant de laisser vivre en |»ai Annette Beaubois.

Il nous quitta pour aller courir la camp; voulant emporter à la serne, disait-il, un souvenir frais de tout ce qu'il aimait dans le pays.

Je restais seule avec Valère Chatellier dans le carré de soleil. Une grande douceur était sur moi nalgré les paroles inquiétantes de Firmin.

A ceux que je vai laisser derrière moi je sius plus nécessaire. Les jumeaux ont déjà commencé le métier qu'ils ont choisi, et de plus, l'amour fraternel qui les unit les rend presque insensibi à toute autre affection.

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