‹ De la ville au moulinChapitre 7 sur 15 · LA V1LL' M ffl u UN · texte numérisé non relu

LA V1LL' M ffl u UN

mi sentais incapable de quitter l< i plier idc on fille ingrate. Brusqu» -in- nt je commençais. San mens ment aucun, j'annonçais ma volonté de vivre avec Valère Chatellier en dehors du mariage, j'en donnais les raisons, et j'avouais l'accord fait

ce sujet entre Valère, Firmin et moi.

Oncle meunier m'écoutait en silence, je sentais son bras trembler sous le mien et j'entendais les contractions de sa gorge qui refusait de laisser passer sa salive.

Il dit enfin :

— Tu abandonnerais les jumeaux?

J'affirmai ma décision :

Il faut que je parte oncle meunier. J'aime Valéry

lus que les jumeaux, plus que Firmin, plus que moi même...

Une pudeur m'empêchait de tout dire et je me tus, car il ne me venait plus que des mots inutiles. Lui aussi avait une pudeur qui l'empêchait de se renseigne? plus amplement. L'air embarrassé il

disait :

Au moins, tu n'es pas?... Dis-moi, est-ce que?...

Je songeais que la vérité valait mieux que tout et pour lui épargner la question qu'il ne savait comment poser je répondis avec franchise :

Oui, oncle meunier, je suis sa femme.

Ce fut comme une catastrophe qui arrivait.

Oncle meunier lâcha mon bras pour me faire face :

— Sa femme I toi? sa femme!

Et cet homme que j'avais toujours connu si

doux leva le poing. Je ne reculai pas sous la menace. Quelque chose en moi se révoltait et gronî ait, et je me sentis capable de lever le poing aussi.

■ i; l,\ VILLE Al- Moi IJ

Oui i r.'iiiin-'. ai jo commis <m cri pnolo n m ht m lit pua >

baisse m poing, : udemenl irre.

il mi, un atpli ' ' | * , < ; rei :

\nnrih"! ma grande Armel il i que j

ais i pur»' et S) cour;

Humili courl. le front.

il m'attira et m'oblig< à p-

pr de lui :

Pardon Annelfo, pardon ma grau- fllle,

ait-il.

Et < ucement ii lissa mes cheveux.

La voix plus ferme il reprit :

— Je n'ai guère le droit de t'adresser des reproches.

Et rapidement, comme s'il se débarrassait d'un fai au pénible, il m'apprit que tante Rude et lui s'étaient unis bien avant leur mariage. Tante Rude, Ile de fermiers aisés n'avait pas manqué de prétendants plus riches et aussi bien tournés qu'oncle meunier, mais c'était lui qu'elle avait choisi, lui imposant son amour un soir comme Valère Chatellier m'avait impo le sien. Il rêvait alors d'un corn; *ne douce et faible, et le caractère autoride tante Rude, son incompréhension dr êtres, l'avai ont de suite choqué comme une tare physique. Cependant, lorsqu'elle avait annoncé à fous 1 prochain mariage, il ne I' ii pas

avou cou mant qu'il n ;hap i ai lus

b amour que son cœur avait iiiii par accepter. L< qu'i] i isa de pari un mélange de honte et i Ldtion me fit dire :

Dli! oncle, pourquoi sommes-nous faits ainsi.'

Il laissa passer un silence avant de répondre : C'est peut-être ainsi que c'est bien puisque nous ne pouvons faire autrement.

Il se leva et tout en marchant il me rendait

justice.

— Crois-tu donc que je ne voyais pas la lutte

que tu soutenais? Elle vaincra, me disais-je. Et j'étais fier comme si ce fût moi le vainqueur.

Il mit sur mes tempes le tendre baiser auquel j'étais accoutumée, et il dit encore :

A l'âge où les jeunes filles rêvent d'amour joli tu ne pensais, toi, qu'à travailler pour assurer l'existence des enfants des autres, et ainsi que tu as connu la peine des mères avant d'être femme, la passion t'a surprise avant l'amour.

Il serra plus fort mon bras sous le sien :

Aie confiance en ton amour Annette, Val ci a une âme toute pareille à la tienne.

Le jour baissait à notre retour. En sortant d'un chemin creux, le soleil rouge et terne nous apparut comme une grosse boule venue d'en haut et qui roulait lentement au revers du

coteau.

Oncle meunier retrouva toute sa gaieté pour me dire :

Tu vois, Annette, tout tombe, au ciel comme sur la terre.

A partir de ce moment les rires ne s'arrêtèrent plus entre nous. Et derrière le moulin, alors que nous étions seuls encore, il m'arrêta :

— Puisque tu pars, emporte au moins quelques conseils de ton vieil oncle.

Et, la tête inclinée drôlement, les yeux clos et

DE i \ VILLE ai W0UL1

deua doi oollé i ' ; i : "ii iH.-z, il dit en

sillanl

N» 1 fais torl à per lonn .. Plan i méchanl Il rouvrit Loi i ( "ivuiiis ses yen . naoqueui :

B1 urtout donne la main au> pet its enfants.

Dans la cour du moulin tante Rude lit quelque

pas à notre rencontre. Se doutail de la v ?

Elle nul a sans raison son rire au nôtre. B1 cette

fois je vis bien que c'était l'espèce «le bra i qui couvait toujours au fond de ses yeux qui lui faisait des prunelles si magnifiques.

Le jour de mon départ un vent violent s'éleva dès le matin. Les arbres si calmes la veille se tordaient et gémissaient comme s'ils craignaient d» mourir. Le gros noyer lui-même était balancé en tous sens. Ses branches, comme prises de peur, se détachaient de lui et sautaient en sifflant sur le toit de notre maison.

Reine que le vent inquiétait presque autant que mon départ, vint prendre sa pose habituelle sur mes genoux. A la tenir ainsi une voix infiniment tendre chanta tout de suite en moi :

« Reine, petite Reine, chère petite fille que j'ai vue naître, de qui j'ai entendu le premier cri de souffrance, et vu les beaux yeux s'ouvrir à la lumière du jour; Reine, petite Reine, qui as si cruellement meurtri mon sein de fillette en y cherchant. a vie, un soir, tu es là, sur mes genoux, et tu poses sur moi bon regard plus bleu que les papillons bleus l'août. Je t'aime, petite Reine, je t'aime d'un amour profond, et cependant je vais te quitter, et

qui lit si je i e p< errai jamai ' »

Col de si Reine entendait parfai Minent celte hauson de mon cœur, elle demanda :

— C'est pour gagner plus d'argent, que tu t'en vas d'ici?

— Oui, petite Reine.

Les papillons bleus quittèrent mon visage pour s'envoler au dehors :

— Oh! regarde, Annette les hirondelles s'en vont aussi.

C'était vrai, malgré le vent, les jolis oiseaux s'appelaient et se groupaient pour le départ.

Les papillons bleus rentrèrent et se posèreni de nouveau sur mon visage tandis que Reine disait :

— Les hirondelles reviendront. Et toi?

Moi aussi.

Quand ?

Je ne sais pas petite Reine...

Ah! tu vois!

Les beaux cils battirent et les papillons bleus laissèrent échapper deux perles brillantes que je recueillis avec mes lèvi .

— Elles sont trop belles pour les laisser perdre, dis-je en m'eiïorçant de sourire.

me rit franchement et sa gaité refoula d'autres perles qui s'apprêtaient à suivre.

Dans le même instant la vieille horloge ton a comme pour m'avertir que le temps de partir était venu.

Je posai l'enfant à terre, et une demi-heure dus tard, Manine et oncle meunier, grimpés sur le marchepied du train, me donnaient chacun à leur tour, un solide et chaud baiser d'adieu.

Dans la garie de Bordeaux où déjà des lui brillaient de toutes parts, je cherchais des ye Valère C.li Hier parmi la foule. Je le cherchais trop loin, il était là tout près, et sa voix me fit rsauter. Je passais vivement mon bras sous le sien, et peu après tournant le dos à la ville, nous heminions le long du fleuve qui miroitait de place m place sous l'éclairage des quais.

■tte arrivée de nuit dans ce pays inconnu me

ausait un réel malaise. Ce fleuve dont j'entendais

le glissement sourd à mus côtés me faisait penser

à une bête sourno nous suivant dans l'on v.

lt tout de suite je dis ma préférence pour la p ri\ qui i ssait tranquille entre les prés du

moulin.

e pour éloig r ce souvenir Valè Cha-

bellier, ton! en marchant, pariait d'amour et de

paix. Il disait sa joie de ma venue à son premier

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