I. et au? sa confiance dans notre union
te et lili les se n t à la nuit
ii sVm i . :ui i enl oui soufflait ec foi
uk'I.-ui'iiI .m clapd 3 -lu fleuve, ai cris des
bateliers sur la
à d'autres bruits
rive, a a autres nruits encore venant de la ville et que je ne pouvais préciser; mais bientôt, plus fortes que tous ces bruits, plus fortes que les mots d'amour de Valère, des voix chéries crièrent vers moi. Le vent les avait prises sur ses grandes ailes en passant par le moulin et maintenant il les dispersait à ma recherche.
« Toi, Annette Beaubois, as-tu longuement songé à ceux que tu vas laisser derrière toi? »
Dans mon cœur débordant d'amour pour un seul, il n'y avait pas de place aujourd'hui pour ceux-là. Pendant ce voyage de quelques heures seulement, et qui m'avait semblé plus long qu'une journée entière, aucun de ceux que j'avais laissés derrière moi n'étaient entrés dans ma pensée. Et voilà qu'ils se réunissaient et m'appelaient. Leur voix m'arrivait tantôt comme l'avertissement d'un danger, et tantôt comme un appel au secours. Et soudain j'eus peur. J'eus peur des voix chéries, j'eus peur de la nuit et du vent, des clapotements du fleuve et de ce pays que je ne connaissais pas et, toute frissonnante je tournai la tête pour regarder derrière moi.
Valère, avec de douces paroles m'obligeait d'avancer. Il m'entraînait, me serrant davantage contre lui. Et peu à peu, dans la chaleur de son corps si proche du mien, dans le soutien si ferme de son bras, je repris confiance et n'entendis plus que sa chanson d'amour.
Nous voici devant notre maison. La porte en est ouverte et sur le seuil une très vieille femme
3'efface pour nous laisser entrer; elle m'aide j
m LA Vil LE W Moi i IN 127
■ mon maiii et me conduit à la cuisine aste ei proj» pu le table esl m ! < où brûle
un feu vif qui Lance de jo euses étin< les. Je a'en approche toute jo u au lafemmeme
.lit aimablement :
Ce n jt pas une n on riche, mais quand on n i pas trop difficile...
Je n e les mains à la flamme et c st Valère
[ui i ni eu riant :
— Nous serions très mal à Taise dans une maion riche; nous avons des habitudes de pauvreté qui nous sont chères.
Tout en disposant deux chaises devant la table, la femme s'adresse de nouveau à moi :
Vous arrivez juste comme les hirondelles s'en vont.
Quelque chose dans ma tête s'effare. « Les hirondelles! Ah! oui, je les avais oubliées; elles partaient du moulin ce tantôt, elles m'ont suivie, le ent aussi m'a suivie... » Mais la femme ajoute : Elles partiront demain matin à la première heure, elles savent bien que la tempête amène le froid.
Je voudrais parler à mon tour, je voudrais sourire aimablement, mais il reste dans ma tête comme un grand vol d'hirondelles, et c'est en moi-même que je dis : « C'est vrai, leur voyage n'est pas terminé, il leur faut aller plus loin, beaucoup plus loin pour trouver de la chaleur; mais pour moi, la tempête peut amener du froid, beaucoup de froid, le feu est mon a i, il saura bien me protéger contre l'hiver qui s'annonce ».
La vieille femme comme gênée de mon silence
donne encore quelques détails sur le climat d'i< et la main sur le loquet, elle nous souhaite le bonsoir et s'en va.
Nous prolongeons notre repas. Valère dit s< espoirs d'avenir dans le travail, il est content de sa nouvelle place, et il parle ainsi de ses patrons :
— Le mari et la femme s'entendent à merveille. Tous deux sont honnêtes et commerçants comme le commerce même.
Il connaît déjà leur vie passée :
— Très jeunes encore ayant les mêmes goûts, ils ont débuté comme marchands ambulants sur les foires et marchés de campagne. Puis l'idi leur est venue de monter une boutique dans une petite ville; la boutique a prospéré; ils l'ont vendue pour en monter une autre ailleurs et ainsi de suite. Actifs et adroits, en une trentaine d'années ils ont réalisé une fortune. Mais s'ils ont aimé le travail ils aiment maintenant faire bonne chère, ils restent trop longtemps à table, les employés se moquent d'eux et le commerce périclite.
Et Valère tout heureux ajoute :
— Ma manière de faire leur plaît, et si je réussis à remettre d'aplomb cette maison qui tombe, mes appointements seront doublés et j'aurai des intérêts dans l'affaire.
Comme nous avons prolongé le dîner nous prolongeons la veillée. C'est vraiment aujourd'hui le jour de notre mariage. Nos deux chaises rapprochées devant la cheminée, nous regardons vivre le feu. Il semble qu'il brille ce soir pour notre plaisir et notre repos. Longtemps il déploie ses couleurs éclatantes, et las enfin de tant d'efforts, il
replie une à m flamm i, s'étend en braises
(li »ute la larj du foy< et fcou
ou menl <• ci i, s'endort.
I >ure d'aller < ! pour nous aussi
s nos su' Vali prend la lampe.
D< joi svi b, durent, sY! tient, et notre
ô ainsi que nous l'avions espéré reste faite d'amour, bonheur et de tranquillité. De plus m miracle s'est accompli, je ne suis plus boiteuse, a à ne; quelques lamelles de cuir pour hausser le talon de ma chaussure, une certaine façon de marcher sur la pointe du pied, et le balancement si désagréable s'est changé en une simple raideur du corps que peu de gens remarquent.
C'est moi qui ai voulu cela, afin de passer inaperçue au bras de Valère. Il a cédé pour ne pas me contrarier, car il n'attache aucune importance à mon infirmité :
— Ce qui importe, a-t-il dit, c'est que ton cœur ne soit pas boiteux.
Dans nos promenades par la ville, il nous arrive de nous quereller tout bas. Valère, oubliant que nous ne sommes pas seuls, se penche brusquement vers moi pour un baiser; je le repousse, lui faisant honte de cette familiarité devant les gens, et surtout devant les enfants dont les yeux étonnés nous nt. Il rit de mes scrupules, et il me dit :
« V comme c'est mal fait! Si je te battais les enfants auraient le droit de regarder. »
Nous avons un chien. « Rapide ». C'est un grand chien noir et blanc qu'une maladie mystérieuse
jette parfois sur le dos, la gueule écumante. A cause de cette maladie, son ancien maître voulait le tuer. J'ai été assez adroite pour l'en empê- !ier et le lui enlever. Aussi, « Rapide » qui sait cela ne quitte pas notre maison et quand nous passons près de son ancienne demeure il marche collé à ma robe, la tête droite et l'échiné effacée. A la suite de ses crises, le pauvre chien reste triste tout le jour. Le plus souvent son mal est subit, mais d'autres fois, on dirait qu'il le sent Aenir. Il s'éloigne de nous alors, et pourtant, dans sa plainte il y a comme un appel à l'aide. La crise passée il revient vers nous en rampant, et son regard plein d'humilité implore miséricorde. Nous l'aimons comme un camarade. Il accompagne Valère à son magasin et le soir, sans jamais se tromper d'heure, il va au-devant de lui sur la route.
Depuis plus d'un an que nous sommes ici, les longues lettres de Firmin et celles plus longues encore d'oncle meunier me relient au passé et m'enlèvent toute inquiétude au sujet de ceux que j'ai laissés derrière moi. Seules les lettres de Manine m'ont fait supposer qu'un souci la tourmentait. Aujourd'hui elle avoue enfin ce qui fait sa peine. Clémence ne veut plus rester au moulin. Devenue adroite à la couture, elle veut aller à Paris où elle compte trouver une place de mannequin dans une grande maison. Ainsi elle pourra satisfaire sa passion pour les belles robes tout en gagnant honnêtement sa vie, et si sa mère refuse de l'accompagner elle partira seule. Manine s'effraye de cetî volonté qui a toujours dominé la sienne. Elle pré-
voit (|i i lui Eaudra oéder encore. < «t pas qu'elle manque de confiance dans le savoir de Clémence ai dans son propre coui n is elli
aint l'air vicié de la grande ville | ur qui reste délii Et puis, dit elle la b d<
( llémence devient réellement Inquiél i
Reine qui profite toujours des lettres i s mère pour me raconter ses petites peine et se
jrandes joies, me charge cette fois, à l'occasion de Noël proche, de faire parvenir un bill >i
adressé :
A Monsieur père Noël
rue du Petit Jésus
au Ciel.
Bien au milieu de la page de beau papier fin, elle a écrit :
« Monsieur père Noël, avant, quand j'étais pas sage c'était pour de rire, mais depuis qu'Annette est partie je suis sage pour de bon. Je vou demand< Paris pour les étrennes de Clémence, et moi je voudrais une poupée boiteuse, comme Annette.
« Je vous remercie bien Monsieur père Noël.
« ReIxNi;. »
Sur du papier très ordinaire, et d'une ituri peu appliquée Reine me dit ensuite :
« Ils sont drôles ici, ils croient que ma lettre
au père Noël n'arrivera pas. Clémence se moque
le moi, mais maman dit qu'autrefois c'était
toujours toi qui envoyais les lettres de IN le et Nicolas parce que les enfants ne savent jamai bien l'adresse et que le père Noël ne demeure jamais au même endroit. Alors, j'ai mis une adresse comme ça, parce qu'il y a sûrement une rue du petit Jésus au ciel. Tu la changeras si tu veux l'adresse parce que moi j'en sais pas une autre.
« Ta petite Reine. »
J'ignore si Clémence aura Paris pour ses étrennes mais je sais bien que dans le soulier de ma petite Reine il y aura une belle poupée boiteuse.
Grâce à Valère, le commerce de ses patrons va maintenant à souhait. Eux-mêmes repris d'activité, parlent de vendre une fois de plus leur maison pour en monter une autre. Par exemple, dans celle-là ils installeront définitivement leur vieillesse. Ils la veulent vaste et luxueuse, comme récompense à leur vie de travail et ils hésitent entre Paris et Nice, ces deux villes de luxe.
N'ayant pas de famille, ils ont pris Valère en amiti et s'ils ne songent pas à en faire leur associe ils désirent en faire un chef sur lequel ils comptent se reposer en tout et pour tout.
Valère ne veut pas habiter Paris; il y a fait son service militaire et il en garde une impre -ion de resserrement qu'il craint d'y retrouver et qui lui rendrait le séjour pénible. Au contraire il aime Nice qu'il connaît bien et qu'il me décrit. Il y place ses patrons au bon endroit :
« Ces deux vieux vivront là comme des princes e pourront jouir de leur fortune si durement gagnée. >>
DE i \ VI Aif !V fN t38
Il n'oublie pa non plus pour nous la peti n on i de la vil] qi aotr< PW '"' fc
p mblé par le bruit de s'- 1
Au lieu de me r< r lui j'app ade
angemçnt,
Il ut i t réjouir, i it Vali DIOJ
qui installer c< p ponu J'y
tout' - ii intell bu verras, tu seras
fière de moi. De plus, le contrat q vu mi [ier à mes >atrons n'est pas à djèda ner, je t'assure, je pourrai t'oiïrir quelques bijoux et des robes qui te feront belle parmi les plus belles.
Je n'ai aucun - sir de bijoux, et les robes que je porte plaisent à Valère qui me trouve déjà belle parmi les belles, assurant que mon visage est comme une fleur, et mon corps de forme parfaite.
Je m'efforce d'être joyeuse et de rire avec lui, car malgré tout ce qu'il peut me dire, mon appréhension persiste. Pourtant je reconnais que dans cette affaire Valère gagnera en quelques innées do quoi s'établir pour son propre compte alors qu'il aurait pu i ter toute sa vie commis chez les autres. D'où me vient donc ce tourment d'i air? « Rapide » seul connaît ces moments d 1 oisse qui vont jusqu'aux larmes. La bonne 1 tient en face de moi, inquiet, pr aux
1 pies ausi I il. Je lui prends la tête
et rej 'de dap is yeux :
— Vo ut , chiens, vous sa ez des choses que nous ignorons, I moi, toi, ce qui arrivera-
Rapide se dresse, m che le visage, n chappe et saute de joie par la chambre. Et d< int sa
DE r LAWILLE AU MOULIN
gaîté je rembarre la sotte créature que — Allons, Annette Beaubois, tu es avec tes craintes.
je suis :
ridicule
C'est à Nice que sera monté le nouveau magasin de chaussures, et Valère est parti ce matin pour en choisir l'emplacement.
J'ai fait bonne figure à ce départ, mais l'heure d'après, je n'ai pu m'empêcher d'adresser une lettre qui arrivera sans doute à Nice en même temps que le voyageur. Qu'ai -je dit dans cette lettre? Je ne le sais plus. Je crains d'avoir troublé la joie de Valère et je me repens d'avoir écrit comme d'une mauvaise action. Pour faire cesser ce tourment, je sors de la maison.
Viens! Rapide! allons nous promener! Nous sommes en février, il fait froid et il n'y a personne dehors. Après avoir couru un bon moment sur la route, Rapide s'engage dans un sentier de vignes et je m'y engage à sa suite.
La dernière fois que je suis passée par ici, les vignes dénudées étalaient et emmêlaient leurs sarments et cela faisait au sol comme un rugueux tapis de cordes brunes. Aujourd'hui il n'y a pas de tapis, les vignes sont taillées et les ceps noirs et tordus sortent de la terre d'un gris sale. Une tristesse me prend à les regarder. Il me semble marcher dans l'allée d'un cimetière où les morts chercheraient à s'échapper de leur fosse. La plupart de ces ceps ont l'air de bras décharnés se dressant vers le ciel. Il y en a qui paraissent vous menacer de leur poing noueux, tandis que d'autres avancent deux doigts écartés comme pour vous
I VVIl.U. M! MOULIN 11
faire lea corn ave aalioe. Certains ont réussi à sortir leur ooude de ti el oude est si pointu qu'on devine qu'il deviendra vite cro tu. Quel ques-uns, oomme las d'attendre, font r s sur eux-mêmes, mais beaucoup ont un doigt
recourbé qui vous fait signe.
Je crains qui; ma robe ne s'accroche ceux-ci, et d'une caresse je roi ions mon chien qui veut s'en approcher :
N'y va pas, Rapide, ils te garderaient.
Le chemin aboutit à un petit étang que ]<• ne reconnais pas davantage. Malgré ses bords d'un vert tendre il me fait penser à une bête aux aguets derrière les roseaux. L'eau m'inquiète, elle est noire, immobile et comme huileuse. Un globule monte lentement du fond et reste là comme un œil vitreux. D'autres suivent avec la même lenteui et bientôt la surface, ce n'est plus que de gros yeux sans couleur qui me regardent. Puis quelque chose bouge et glisse dans les roseaux et, comme l'instant d'avant, je retiens Rapide qui veut s'élancer :
— N'y vas pas, mon bon chien!
Et prise de peur entre cet étang et les vignes, tenant fortement mon chien au collier, je reprends aussi vite que possible le chemin de la maison.
J'ai une surprise en y arrivant. Une lettre d Valère est. là. Je comprends que tout comme moi il n'a pas pu s'empêcher d'écrire aussitôt après son départ, et j'en ressans un extrême contentement. Sa lettre dit : « J'avais i'air bien tranquille en te quittant mais jo ne l'étais guère. C'est la première fois que je me sépara de toi, et je ne peux
pas dire l'étrange malaise que j'en garde. Mon Anneti je sens bien que si je te perdais je serais perdu aussi. Le bonheur que tu me donnes je le cache, et seuls les sages peuvent en voir l'éclat dans mes yeux.
« Je fais mon cœur large et doux, afin que tu puisses t'y reposer à l'aise. »
« Ton Valère. »
Je m'assieds et mes larmes coulent, mais Rapide sait bien que ce sont-là des larmes pour rire, il les lèche et il saute, il lèche la lettre et bondit joyeusement au dehors où il aboie le nez au vent, comme pour remercier celui qui est loin et qu'il aime de tout son cœur de chien fidèle.
La maison de commerce d'ici est vendue, et le beau magasin de Nice ouvrira ses portes dès que les menuisiers et les peintres en seront sortis. En attendant, Valère a décidé que nous passerions cette dernière quinzaine d'août au bord de la mer, sur une petite plage de la Vendée.
Firmin vient d'arriver pour profiter de nos vacances, et aussi, dit-il, pour nous confier son secret d'amour. C'est la première fois que nous le voyons vêtu en militaire. Jusqu'alors il a partagé ses permissions entre son père et sa mère.
Il n'a guère changé; son corps est resté mince et droit et la caserne ne lui a rien pris de sa gaîté moqueuse. Il tourne sur lui-même comme une toupie bien lancée pour nous faire admirer son costume de sergent :
Voyez comme je suis beau!
DE LA VII. i E vioi un 137
Noi •■ lui '■'■ " ,( ' li floua H
heureu i ne i Lvoir le dire de ces deux pen s p. oble.
P mu c.'iimic, Firmin, après a >ir visit< i maison et tenu un discours an cbi< , s'est
in] longuement de noti courante. Il a
ou irt les bras pour nous dire :
Comme votre bonheur est gra l !
Et Valère, en ouvrant les bras aussi a répondu: C'est que nous l'avons fait à notre taille.
Il riait et se moquait en disant cela, mais ses yeux avaient un étrange éclat dans son visage blême.
Le soir, dans le jardin éclairé seulement par les lumières du ciel, Firmin, tout à coup, nous a dit avec un léger tremblement dans la voix :
Elle est brune, et elle s'appelle Rose.
Cette jeune fille s'est fiancée à lui sans conditions, mais le grand-père qui l'a élevée est un vieux militaire qui n'accordera pas facilement sa petite fille à un jeune homme qui ne serait pas dans l'armée. Et Rose qui aime et respecte son grandpère n'ira pas contre sa volonté. Aussi elle presse Firmin de rengager afin d'aplanir entre eux tout obstacle.
Et Firmin reprend sa chanson :
Ses cheveux sont noirs comme la nuit, et ses joue ^ont roses comme son nom.
A peine arrivé au régiment il l'a lit remarquée se promenant au b s de son g nd-père dans le square de la ville. De beaux sous-lieutenants la suivaient ou la croisaient sans qu'elle eût Pair de s'en apercevoir. EL Firmin tout étonné de sa
chance, ne s'étonne pas moins de son audace :
— Croiriez-vous que moi, tout frais bleu et petit pioupiou d'un sou, j'ai attiré son attention
a la regardant au point de la faire rougir?
Valère n'approuve pas le rengagement :
— Ne te presse pas de prendre une décision; j< te garde une place dans ma maison de Nice.
Mais cela presse au contraire, car la libération de Firmin approche, et quoiqu'il n'ait aucun goûl pour le métier militaire, je vois bien qu'il pense à ce rengagement comme à la seule possibilité de se rapprocher de celle qu'il aime.
Sur la plage, nous restons tranquilles et sages comme des enfants surpris d'une trop grande récompense. Tous trois nous aimons la mer et nous ne nous lassons pas de la contempler. Il y a des soirs où l'on jurerait qu'un bateau chargé d'oranges vient de faire naufrage sur la côte, tant le flot semble rouler des milliers et des milliers de ce fruit. D'autres fois ce sont des étoffes moirées aux couleurs splendides que la mer étale à perte de vue. Firmin regrette de ne pas pouvoir les saisir pour les offrir à sa fiancée, et Valère regarde avec envie les tapis de soie bleue qui remontent lu fond et s'en vont en se balançant vers on ne
sait quel palais de fée.
A la fin de la première semaine nous décidons de longer la côte. Arrivés à un petit port d'embarquement, nous nous approchons d'un bateau de touristes en partance. Sur le pont, des marins s'activent, prêts à démarrer.
— Deux heures de traversée, et je vous ramène demain, nous dit en riant le capitaine.
DE LA VILLE kV MOULU 1
Un r er qui rit. aussi, nous invite :
\ , donc, le mer est douce.
Valère les yeus brillants de d^ r, se tourne vers
tous :
— On emBarque?
Et Firmin et moi de répondri isemble :
— On embarque.
Nous passons et voilà le bateau parti. Nous m • I; 1 mandons pas même où il nous mène. Deux heures de traversée et je vous ramène demain. Et, tout confiants nous gagnons l'arrière du bateau.
La mer n'est pas si douce que l'a dit le gros touriste, et son balancement indispose un peu Firmin. Mais Valère n'est nullement indisposé, il semble un autre homme sur ce bateau. Son teint s'est coloré, ses traits toujours un peu resserrés se sont ouverts. Il va et vient, d'aplomb sur le pont comme si il y avait toujours marché, et les mouvements de la houle le transportent de joie. Il joue avec les enfants; il se porte au secours des gens qui perdent l'équilibre. Il est fort, il est brave et s'il lui arrive de recevoir un paquet d'eau qui l'inonde, il rit à la mer comme à un >artenaire malin.
Firmin, le regard fixé au large me dit tout à coup :
— Pour mon amour, je braverai tout.
Il rapproche sa tête de la mienne et comme s'il
parlait d'une fatalité sur notre famille il baisse le ton :
— Vois-tu, nous autres, les Beaubois, l'amour nous est nécessaire autant que l'air et la lumière. Je sens que j'airne cette jeune fille pour la vie, comme toi In aimes VaK-re, comme notre mère
aimait notre père, comme oncle meunier aime tante Rude, et même comme Angèle aime son mari, car tu peux être sûre que pour lui, elle eût abandonné la prière et l'église.
Tout en écoutnat Firmin, je continue à regarder Val ère. Son exubérance m'étonne et m'effraie; je me demande s'il n'est pas fait pour autre chose que le magasin de chaussures, et la crainte me vient qu'il n'aime le danger. Mais ma pensée ne s'y arrête pas. Firmin a raison et je sens bien que quoi que fasse Valère, où qu'il aille, s'il le veut, je serai toujours à ses côtés.
Nous habitons à trois kilomètres de Nice un longue et vieille maison qui regarde la mer et que nous partageons avec deux autres ménages, un jeune et un vieux.
Ma voisine jeune est vive, petite et très coquette. Elle est courageuse aussi; levée en même temps que son mari elle chante en faisant sa toilette, puis, reluisante et pomponnée comme pour une fête, elle file aux provisions, revient avec la même hâte et s'installe devant une table où elle découpe des morceaux de soie qui lui servent à confectionner des fleurs. Son mari, presque aussi jeune qu'elle, est vendeur dans une parfumerie de Nice. Il sympathise avec Valère, et tons deux se rendent ensemble à leur travail.
Le vieux ménage occupe le logement le plus éloigné de nous; le mari est cordonnier et la femme piqueuse <ie bottines; tous deux rillent
ibur le m- a de Val* , et c'est sur leur indi-
îon que nous soj aes venus habiter ici, en
attendant de l er nue petite maison où nous
-ourrons de." mrer seuls.
Avec notre logement de plain-pied nous possédons, attenant au grenier et bizarrement construit une sorte de réduit que nous appelons la Tour. Ce réduit, nous l'avons aménagé avec l'espoir que Firmin viendrait y passer de temps en temps une de ses permissions.
Car Firmin s'est rengagé pour trois ans malgré son peu de goût pour le métier militaire, et déjà il est reçu dans la maison du vieux soldat comme fiancé de la jolie Rose.
Nos parents se sont montrés très satisfaits de ce rengagement, et le comptable m'a écrit au bas d'une lettre de ma mère. « Ainsi votre frère aura sa vie orientée, et il ne risquera pas d'être à charge aux autres ».
Je monte souvent dans la Tour, d'où l'on a vue autant sur la route que sur la mer. J'en ai orné les murs des photographies de toute la famille, et celle de Firmin qui semble me sourire me fait croire parfois que mon frère est là en réalité.
Auprès de mes courageuses voisines, j'ai tout de suite pris honte de mon oisiveté, et à leur grand contentement, j'ai entrepris la culture de leur part de jardin en même temps que la mienne.
Dans ce grand jardin, planté d'oliviers,- de citronniers et d'orangers, on ne sait pas bien où commencent et finissent les parts, personne du reste ne s'en soucie. Il s'agit seulement de ne pas toucher aux arbres dont la récolte n'est pas notre bien, tous les fruits appartenant à notre logeuse, la Crapaude, ainsi que l'a dénommée ma jeune voisine. Cette logeuse est une petite vieille qu'on rencontre souvent accroupie auprès d'un tas de
DE LA v LE \" MOULIN 141
pierre et comme 81 vi tnenta sont couleur <l< terre, il arrivé que l'on pass< ■ d'elle sans sdouter d sa pr enc Elle l> ite une sorte <le
rem un vieux puits, quoiqu'il y ait
encore as i d« place po elli m on. Sa
mise est eiïtouréi une haie d pines s< es,
e1 pe lonne de nous n'a droit à l'eau de son puits.
Je ) plais ici, pas autant qu'à Bordeaux ce ûdant; ] it-être parce qu'il me manque Rapide; le bon chien est mort dans une crise peu le jours avant notre arrivée ici.
Ce soir Valère n'est pas rentré en même temps que le voisin. Je l'attends, assise sur le rebord de la fenêtre. A peu de distance de moi il y a un amandier en fleurs; pendant le jour il a l'air d'un bouquet blanc que la terre offre au soleil, mais maintenant, sous la douce lumière de la lune, on croirait qu'il s'est enveloppé d'un voile pour dormir. Il doit être tard, car tous les bruits d'alentour ont cessé depuis longtemps. Il n'y a que la Crapaud e qui remue je ne sais quelles pierres dans sa cabane et les grenouilles du bassin qui mènent leur chant continu et sonore. Au loin, tout éclairage est mort; il ne reste, au bas du jardin, que trois lumières espacées qui font comme trois veilleuses à travers les arbres.
Comme il tarde, ce soir, Valère! Ses patrons l'auront encore retenu à dîner. Je n'aime pas le savoir si tard en ville; il rapporte de ces soirées une gaité qui ne me paraît pas toujours de bon aloi. Pourtant sa tendresse n'en est pas diminuée ces jours-là; il semble au contraire avoir une plus grande joie à me retrouver; ses bras me retiennent
144 DE LA VTLLl- AU MOULIN
plus longtemps coirl lui, i >aiser a plus de
violon neore.
Deux i s x'h nent de sonner à la p
J t-ce m aie ou est-ce deux heun Je
me 1 pour aller m'en as rcr. La nuit t
douce et je ne sais depuis combien de tem y suis assise à regarder la mer.
Il y a très peu d'étoiles dans le ciel, mais la lune, haute et ronde, est éclatante comme ui soleil le nt. Elle se reflète dans l'eau où elle forme de larges cercles brillants, et où elle trace un chemin clair comme pour permettre aux habitants du fond de se diriger vers la terre. Parfois elle disparaît derrière un nuage sans qui la mer cesse d'être éclairée; je crois voir alors, montant du fond des flots, une dame en robe sombre tenant une lampe à la main, mais avant que la dame n'ait atteint la surface, le nuage s'éloigne et la lune reparaît.
Un bruit venant de la route attire sou< in mon attention. C'est la bicyclette de Val ère; j'en reconnais le son. Encore une minute et voici. Il s'excuse de rentrer si tard et me gronde d'être restée à l'attendre. Il est plus nerveux que d'habitude encore; au lieu de pen ? i repos, il parle; il parle de son magasin dont la clientèle augmente jour en jour. Quel dommage qu'il n'ait pas d'argent! c te maison de commerce qui est son œuvre et dont il a le droit d'être fier, ses patrons ne demandent qi lui
céder. Si! avait de l'argent, il ! acl tout
de suite, avec toutes les charges qu'elle comporte, car dans quelques années tous les frais en seront
DE LA Vil am MOULIN U
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Noi dimanche s'e magnifique. Lq cil
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joli tau fleuri
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coqui ■ i [J «M :
— I ons m\ du \ peuil et d< s
per< s.
Je fais la grimace :
Pouah! i s œufs frais sont' bien plus appétissants.
11 essaye de sourire et i >rend :
Nous avons bu des vins si vieux qu'il fallait les tenir longtemps sur la langue pour en connaitr le goût. Il repousse le vin que je lui verse et réclame de Peau.
Il y goû à peine et Joigne en disant :
— Quand on a goûté liqueurs fortes, l'eau la plus pure vous semble méprisable.
11 bâille, se cule i a table et continue h conversation de la veillé : "
— Si le magasin était à moi, tu y trônerais comme une reine, et de jolies vendeuses mettraient des coussins sous tes pieds.
Je ris :
Et ainsi, je serais comme une bête de luxe qu'on met à l'engrais dans le plus beau pâturage. Il rit avec moi, sa main cherche la mienne et sa voix devient basse :
— Pardonne Annette, mais vois-tu après ces agapes, j'ai un tel désir de richesse que je prends peur de moi-même.
Je retiens sa main :
— Ne reste pas auprès de tes patrons, rentre au logis ton travail fini, c'est moi qui suis ton amie et cela jusqu'à la fin, quelque mal qu'il t' arrive en route.
Je le sais, dit-il.
Et ses yeux pâles reprennent de la vivacité.
Sous l'amandier fleuri un mendiant s'arrête et regarde notre table. Je lui tends un verre de vin
\. h M m km .m de pain, Il boit le vin d'un trait e1 m.'i le pain dan a pi pui i le ard mau-
\ il j Ile en s'en allant :
Pourquoi qu'ils onl bout ceu ' t, et moi rien '
Valère date de i
Jl nous cir.it riche le bonhomme.
Je ne ris pas comme lui; inquiète ouda n je réponds gravemenl :
Il a raison, nous le sommes.
A l'heure de la promenade, pour être >labl<
au c Let à la mer, je mets la robe bleue que Valère a choisie pour moi, parce qu'elle est de la même ouleur que me yeux et qu'elle fait loir mes ueveux blonds.
Iî le remarque, et tout son visage s'illumine; il tourne autour de moi, efface un bouffant, redresse un pli. Et, toute sa 1 i dresse revenue, il m'entoure de ses bras et dit avec ferveur :
— Je voudrais vi\re seul avec toi dans une forêt perdue.
Dans le logement d'à côté ma jeune voisine chantonne en se faisant belle. Et, cou une son mari la presse pour la promen.nie, elle lance à pleine voix :
Il faut i • «h- plaire à tous.
Pour que ton mari soii jaloux.
Et pour bien conserver tes droil Le faire enrager quelque!"»
Valère qui ne con unissait pas la chanson s'étonne et, rit aux éclats; il en oul>Iie ses désirs de richesse, et, à son tour il me presse de partir; il a hâte d'être
148 DE LA VILl. VU MOULIN
d l'air bleu, ë1 je vois qu'il a nais une crav bleue.
Nous sortons de la maison et g;
«urani le Lit chemin qui horde la mer.
Devant nous tout est bleu, immuablemenl n.
bra ers le rideaux de la fenêtre je vois q-
ers ma >rte un < liple [uejerecon our
les patrons de Valère. Je n'ai pas grand e
s reconnaître sans jamais les avoir vus au ravj tt; Valère me les a si souvent dépeints. Je leur trouve l effet l'air < raves gens, sar:
iinesse coi! sans mer* icel , mais tout ri
m< un peu vulgaires. Et je pense :
« Valère, avec sa belle intelligence, ne sera jamais la du es deux-là malgré leurs bons dîners. »
Par pi ; malice, je les laisse frapper deux foi avant d'ouvrir. L'homine demande :
— C'est vous mademo Bile Amietl
Ànn itte BeauboN, oui, monsieur.
Il fait un pas en avant :
— Nous venons vous pari -t.
Je barre le uil et dexh le à mon tour :
Voulez-vous m revoi i nom s'il vous ph ?
Il fait e nu p n avant comme pou
■ malgré moi et il reprend a ic mrance :
— Nous sommes les patrons de M. Cha Hier, et c'est de lui que nous venons vous parler.
Je m'efface et le couple entre sans cesser de se tenir par le bras. Je leur avance des chaises et je reste debout un peu inquiète. L'homme dit tout de suite :
M. Cliatellier est un garçon capable et non
décidé de r ■■ i affaire*, mais
»ur ila li faut ; il < t, ( • 'I n'en ; < pas
tout. \] nous i la ru Q
il I ! f
qi i le plu
iin i h \t ] qui ute :
Voi hi< >U8
(1 etite somme pour vivre en atten-
ant.
Je ne ressens aucune notion de ces paroles mantes; on dirait qu'elles ne s'adressent i et c'est avec calme que je demande :
Bst-c Vî. Chatellier qui vous envoie me
— Non, dit l'homme, il n'en sait rien, nous vou-
on irrang d'abord l'affaire avec vous.
Je me dirige vers la porte, et, tout en l'ouvrant, 1 d • le m< te calme :
C'est très bien, mais je préfère arranger d I Paiîa vec M. Chatellier. C'est lui
qu portera i >onse.
L omme et la f \mv se lèvent et en vont
■ me s'ils venaient do réussir une manii Je I rde s'< *ner s< nant
par le 1 ts et je pense encore :
« I i merci I V e vaut mieux que cela. »
Et sans perdr ma confiance un seul instant e lai >asser les h< i-es qui emmènent lente-
jour.
v mot de fronce
coim qu'uj ( 10S(
d'ui ersée,
k\ ni ouvertes sur ses dents
blanches il n'en finit pas de rire. Calmé enfin il dit en balançant sa chaise :
La femme riche qu'ils ont sous la main, ma grande Annette, je la connais, va : c'est Bambou.
Bambou?
Oui, Bambou; c'est une jeune et joyeuse créature qui aime à faire endêver les hommes; mais la masse de billets bleus qu'elle pourrait avancer pour l'achat du magasin paraît certainement une bonne affaire à mes patrons.
Il rit encore et reprend :
Ces braves gens sont incapables do juger Bambou; ils la croient simplement une écervelée que je mettrais à la raison en même temps qu'à la caisse du magasin; mais je t'assure que cette folle n'a aucune envie de lier son sort au mien, et, pour une fois, mes patrons se sont engagés là dans une mauvaise affaire.
Maintenant que c'est Valère qui parle de cela j'en ressens de la tristesse et je questionne :
Cette Bambou, elle faisait partie du dîner
de samedi dernier?
Oui, elle en faisait partie, comme elle fait partie de tous les dîners, de tous les soupers et de toutes les fêtes.
Il rit. il rit, comme amusé d'une bonne farce. Je voudrais rire avec lui, mais une lourdeur abaisse mes paupières et une griffe m'entre dans la gorge; cependant je réussis à dire :
Elle est peut-être lasse de tant de fêtes, et elle voudrait peut-être mener une vie plus calme auprès d'un seul.
DE LA VILLE Ai! M< l5i
Valère arrête le balancement de a chai :
Oh! ma grande An ttel ma tr< ; pur
Innettel bu ne peux p avoir < qu fc Bambou.
Bambou, c'est la joie e1 le tourm t des hommes,
et celui-là ait bien coupable qui pi tdi t
pour lui . il toute cette joie et tout e tourment.
il recommence à se balancer :
Sais-tu ce qu'elle a imagin Elle fait »if< à ceux qui l'aiment qu'elle va être ; les uni
pleurent de contentement et veulent l'épouser, et c'est alors qu'elle s'en sépare. Quant à ceux qui ne demandent qu'à rompre, elle les poursuit ef les menace, et cela l'amuse follement.
Et comme si cela amusait de même fol 1 en nt Valère, il rit longuement.
Puis, il revient à la démarche de ses patrons : Ils sont bêtes! Ils ne savent pas qu'Annette Beaubois est justement pour moi la riche affaire.
Il m'attire tendrement à lui en ajoutant :
Celle-là sur qui je peux appuyer ma pensée pour la rendre plus claire, et ma joie pour la rendre plus vive.
Je voudrais rendre à Valère sa douce caresse, je voudrais l'assurer de ma foi en l'avenir, mais en cet instant je revois l'étang aux yeux immobiles et vitreux. Je revois les coulées luisantes où quelque chose d'invisible bouge entre les roseaux. Un frisson de peur et de dégoût me fait nv appuyer davantage contre Valère, mais au lieu des mots de douceur qu'il attend, je répète tout haut, comme en rêve, les mots d'adi<'u de Mme Lapierre, « Que le destin qui nous a unis nous garde, a
Notr Jeu été notr r] er jou
de fête. Chaque samedi maint iant ramène Val r ivre et les dimanches se passent pour lui à dormir jusqu'au soir, et pour moi à m'ennuyer au logis.
J'ai toujours eu une grande répugnance pou les hommes ivres. Lorsque j'étais enfant, ils réapparaissaient comme des bêtes malpropres et malfaisan- je les fuy; 3 avec une i : >ur qui
faisait rire autour de moi. Valère qui sait cela, s'applique à dissimuler son ivresse, il m'affirme que son état est caus<'' par la fatigue d'une comptabilité difi ile qui le retient tard au rm «sin chaque fin de semaine.
Je ne le contredis pas, j'évite seulement de 1 regarder.
Aujourd'hui, c'est encore dimanche, et ce matin, au petit jour. Valère est rentré tellement ivre qu'il a manqué la porte et trébuché sur le seuil. Cependant il s'est redressé avant que ses genoux n'eussent toi ié terre et il a refusé la main que je lui tendais. Et, le corps droit, le regard fixe et les
DE LA VILLE Mr Mm i |
hraa en balancier il dirij ir ; la « imbre i
► i : té t o u t h i ■ i ■ ■ f i
'I j : du soi
Je li ferai plus d re
iiiiroi fois. A quoi bon! l'ivi /. lui n'i
un \ ice, c in acciden du : di:
qn n l'a • ne ] . ! qu'il en a hoi I e mi
uro ''il me il l1 que <• t p< irru
ii mal i qui ne h isse pas d-
Valère, eri ce moment, subit une sorte < ansorm ion que ie a la plénitude de sa
[u'il acqui l", avec ses trent t, qu'est- donc alors qui « ro ses oreilles autrefois minces et transpa-
rent* Ses longu mains se transforment pareille tent et les paumes en deviennent charnues et •olorées. N'est-ce pas aussi l'assurance de son Ire e commerciale qui enlève toute timidit* ■i< on sage et fait de ses yeux pâles c eux I brill uev tes qui s'a lUyeiit
i foi ment sur les i ls qu'il i . Tout
uigmente en Valère Chatellier, sa ^ ix basse devient itante et son pas sonne dans la maison
■ celui d'i aître. Va-i-il perdre ce je ne
esapei sonjri< prit
va- lotir ir en môme ten 3 qiie son corps?
Contre mon espoir, Valère ne s'est pas 1 eillé iour le r as du >ir. Je lui iarl is obi
ase t cou lui pass. sùnlin mouillé
sur li il m'a éloignée d ui nain brutale,
« liai moi tra quille, je veux dormir. »
J'ai refermé la porte de la chambre et suis mon e dans la tour, en disant :
« Dors, Valère, dors aussi longtemps que cela te sera nécessaire, tu peux même prendre ma part de sommeil, car je sens bien que je n'en aurai pas besoin cette nuit. Je n'ai pas besoin de nourriture aon plus, et, quoique je n'aie pris aucun aliment de toute cette journée, mon estomac est plus lourd que s'il était chargé de pierres.
Pour me sentir moins seule j'ouvre la petite fenêtre carrée, et je m'y accoude. C'est ici que je passe mes veillées du samedi; je reste là des heures i. souhaiter le retour de Valère, et à guetter sa silhouette vacillante sur le court chemin qui nous sépare de la station des tramways. Aujourd'hui, je n'ai personne à guetter sur le chemin, et dans le jour finissant, je regarde ce coin de jardin enserré entre la cabane de la Crapaude et un mur qui borde la route. Dans cet enclos, à part un citronnier complètement couché, et malgré cela chargé le fruits, il n'y a que des pierres; des pierres de toutes formes et de toutes tailles, entassées ou séparées mais auprès desquelles nulle herbe ne pousse. Juste au-dessous de moi trois pierres hautes e1 de formes inquiétantes sont groupées; larges et solides à la base, elles s'amenuisent et s'effilent jusqu'à devenir pointues comme des fuseaux. D'où viennent ces pierres trouées d'usure et rongées de rouille? et qui les a groupées ainsi?
Soudain je cesse de me pencher car l'idée me vient que si je tombais sur elles, je ne reverrais pius la lumière du soleil.
A cette heure, le ciel est tout voilé de brume,
i ! \ \ n.u: att MOI LIN 1
et ta mer bn an! cachi u mm
eoiivcr! inv m loin, UH6 I'»' ban< di
erre s'avance dan l'eau, Suc ce1 an< ■,
un palais v ient di cli irer et brille comm \ ille en1 i< re. Bxii ah a I soi
Je i trie souvii as l'a oir vu. I peul i ; re la demeu de la « me en ro
[ui se pron flots : d lum
Justement la lune qui a < je :: ,,;
le la montagne o, vo d< bn aussi
et la mer pour la regarder veni roulève par endroit sa couverture grise.
Cette veillée d'avril est chaude comme une veillée d'été au moulin. Et voici que ma pensée s'en va vers ceux que j'ai laissés derrière moi. C'est la mer que je regarde, mais c'est le moulin que je vois ; je le vois distinctement, avec sa rivière aux rangées de saules se penchant tout tordus sur la rive; je vois ses prés, i baies et son jardin potager; je vois même ses grands arbres avec ses personnages mystérieux juchés au faîte et se balançant mollement dans le vent frai Je vois encore la maison et son large foyer, la cour tout encombrée de paille et de fumier où les enfants menaient un bruit assourdis i!.< les soirées du dimanche
étaient si joyeufi et si douces. Je voudrais avoir le regret de ce temps-là, mais le n et ne vient pas à mon appel; il sait bien que la tristesse qui me vient de Valère m'est plus précieuse qi la gaîté du temps passé. J'éloigne ces souvenirs qui sont pour moi comme des choses mortes, et du fond du cœur je dis aux chers délaissés :
— Jumeaux charmants, douce Manine, jolie