III. — L'Esprit
Le prêtre doit posséder, à un certain degré, les dons de l'intelligence. Il n'est pas exigé qu'il soit un génie transcendant ; mais il ne faut pas non plus qu'il soit d'une infériorité intellectuelle trop marquée.
L'honneur du sacerdoce y est engagé.
L'incapacité intellectuelle du prêtre le rendrait l'objet du mépris public, ou du moins le priverait de l'estime et de la considération dont il a besoin.
D'ailleurs, le ministère du prêtre exige qu'il possède une science relativement étendue en dogme, en morale, en histoire, en exégèse , en droit canon. Sans parler des connaissances profanes auxquelles il ne doit
pas être étranger. La direction des consciences , l'enseignement et la défense de la religion lui créent, à cet égard, une obligation rigoureuse. Le défaut de science, porté à un certain degré, constitue, aux yeux de l'Eglise, une irrégularité canonique.
Or, le prêtre ne peut parvenir à l'acquisition d'une science suffisante qu'à la condition de n'être pas entièrement dépourvu du côté de l'intelligence.
Enfin, l'administration d'une paroisse exige une certaine entente des affaires, de l'habileté à manier les esprits, la connaissance des hommes et des choses , de la perspicacité pour trouver une solution aux difficultés qui se présentent. Toutes choses qui, non moins que la science proprement dite, supposent que Ton possède à un certain degré les dons de l'esprit.
Cette vérité présupposée, essayons de nous rendre compte de ce qui constitue l'aptitude intellectuelle exigée dans un aspirant au sacerdoce.
DES MAR G.VTIVES D1
On peu: ;guer trois sortes d'esprits
auxquels cette aptitude fait défaut : le prits bornés, les rits irréfléchis et
i° L'escrit borné -lui qui manque de
la première condition que requiert l'exerc; de l'intelligenc juverture pour voir et
comprendre. L'esprit ouvert saisit avec facilité le :és qu'on lui de même que l'œil , quand il est sain , discerne l'objet placé devant lui ; cette facilité manque à l'esprit borné. La c. ance et la perspicacité lui font défaut: il ne comprend p Et pourtant, circonstance digne d'attention, étroitesse d'esprit , qui rend incapable de faire aucun progrès dans le ne ricompatible avec une mémoire heureuse. On a vu des enfants capables d'apprendre des te et difficiles à retenir, et de eciter sans broncher: mais absolument dépourvus d'intelligence pour comprendre ce qu'ils apprenaient qui explique un phénomène que nt les
éducateurs de la jeunesse ont été à même de remarquer. Des enfants qui , au début des études, alors que la mémoire surtout s'exerce, donnent de bonnes espérances; mais qui, dans la suite, à mesure que le rôle de l'intelligence proprement dite devient plus nécessaire, perdent peu à peu leur supériorité et finissent parfois par devenir tout à fait incapables.
Un phénomène tout opposé se produit dans les esprits lents, qu'il faut bien se garder de confondre avec les esprits bornés. La lenteur de l'esprit peut, au premier abord, sembler de l'incapacité. Mais fécondée par un travail soutenu et bien dirigé , elle donne à la longue des résultats plus satisfaisants, parfois, que ceux qu'aurait donnés une compréhension rapide mais superficielle.
20 L'esprit irréfléchi diffère de l'esprit borné. Il comprend , mais il n'approfondit pas. Il est incapable de se recueillir, de fixer son attention sur un objet, de concentrer sur cet objet toutes les forces de son intelligence
pour le comprendre, le pénétrer, en acquérir une science complète.
Quelquefois ce défaut est tellement prononcé, qu'il constitue une véritable incapacité intellectuelle. Cela a lieu , en particulier, lorsqu'il persiste au delà des années de l'enfance , et que celui en qui il se remarque est parvenu à l'âge d'homme sans avoir réussi à s'en corriger. Mais le plus souvent, sa présence dans les enfants , à moins qu'il ne soit porté à un degré extraordinaire, ne doit pas inquiéter outre mesure. L'enfant est toujours plus ou moins irréfléchi ; c'est le défaut de son âge. 11 ne faudrait donc pas, au moins généralement, se hâter, pour ce seul motif, d'écarter un enfant du sacerdoce , auquel peut-être Dieu l'appelle.
3° Un défaut beaucoup plus grave et aussi beaucoup plus irrémédiable que le précédent, est la fausseté de l'esprit. L'étroitesse est relative à la perception des idées, l'irréflexion à l'attention nécessaire pour les approfondir,
la fausseté tombe sur le jugement qui les unit ou les sépare.
L'esprit faux ne manque pas de perspicacité ; il possède parfois une force d'application assez puissante ; les dons de l'intelligence ne lui font pas défaut. Mais il juge mal. Cet instinct du vrai, ce sapor veritatis qui fait apprécier les choses de l'esprit, comme un goût délicat fait apprécier la saveur des aliments, ce bon sens qui saisit avec sûreté les relations réelles des idées, qui supplée, en beaucoup de cas, à la science, et auquel la science ne supplée jamais , lui manquent absolument. On dirait que chez lui ces précieuses qualités sont remplacées par une qualité toute contraire, une sorte d'attrait pour le paradoxe, de penchant instinctif pour le faux. La cause de cette tendance d'esprit se trouve le plus souvent dans une vue incomplète de la vérité. Au lieu d'envisager les questions à tous leurs points de vue, l'esprit faux ne les voit que sous un aspect, dans lequel il se concentre et s'obstine. C'est pourquoi l'esprit faux est
presque toujours entêté. N'essayez pas de raisonner avec lui. En vain vous lui présentez, pour le convaincre et le ramener dans la voie droite, les arguments les plus péremptoires ; il ne vous suit pas. Malgré tout ce que vous pouvez lui dire, il poursuit sa route qu'il croit être la bonne. Et si, comme il arrive souvent, il est logique, rien ne l'arrêtera dans ses déductions ; il les poussera jusqu'au bout, sans même reculer devant les plus absurdes conséquences.
Ces sortes d'esprits sont dangereux; ils devraient être sévèrement exclus du sacerdoce.
Dans les questions spéculatives et dogmatiques, ils peuvent tomber dans de graves erreurs , contre lesquelles les décisions de l'Eglise ne seront pas toujours une barrière suffisante.
Mais c'est surtout au point de vue pratique qu'ils sont à craindre. Dans la conduite de la vie, dans le gouvernement des hommes, dans le maniement des affaires , l'esprit faux
se révèle par l'absence de savoir-faire , par un manque absolu de tact, par des gaucheries et des maladresses inouïes. Entre les mains d'un homme dont l'esprit manque de justesse, les affaires les plus simples s'embrouillent et deviennent insolubles. Il prend tout à rebours, fait naître à plaisir des difficultés, éloigne et aigrit par ses procédés blessants , et finalement ne réussit qu'à créer à tout le monde et à se créer à lui-même des embarras et des entraves. De telles gens sont en administration de véritables fléaux.
C'est donc là un point sur lequel il faut porter une attention particulière dans le discernement des vocations sacerdotales. Lorsqu'on découvre dans un enfant les pronostics d'un jugement faux, quelque chose de bizarre, d'original, de singulier; de l'entêtement; une tendance à ne pas agir, parler, penser comme tout le monde, il sera sage de l'écarter. C'est là malheureusement un défaut difficile à reconnaître au début de la vie. A peine perceptible dans l'enfant, il est encore
peu sensible dans le jeune homme , il ne se révèle pleinement que dans la virilité. Ce n'est qu'une observation très attentive qui permettra d'en reconnaître les premiers symptômes.
Il est à remarquer aussi que la fausseté de l'esprit ne se corrige pas. Car, pour qu'il fût possible de s'en défaire , il serait d'abord nécessaire d'en constater la présence en soi; or, si l'on pouvait se reconnaître ce défaut, on ne l'aurait pas. Aussi, on convient volontiers de certains défauts; on avoue qu'on a l'esprit lent, qu'on a peu de mémoire ; mais qui convient qu'il manque de tact et de jugement ?
Lorsque les défauts intellectuels que nous venons de signaler dépassent une certaine limite, ils sont autant de signes d'absence de vocation. Mais quelle est cette limite? On sent, qu'en pareille matière, une assignation précise est difficile.
D'abord , les degrés d'intelligence ne se déterminent pas au moyen d'un thermomètre, comme les degrés de froid et de chaleur.
Ensuite , pour juger si un degré donné d'intelligence est suffisant ou insuffisant, il est nécessaire de tenir compte de beaucoup de circonstances. — i° Ce qui a pu être suffisant à une époque, peut ne pas l'être à une autre. — 20 Un diocèse abondant en sujets se montrera naturellement plus difficile en cette matière qu'un diocèse où les vocations sont rares et en nombre insuffisant. — 30 Enfin, dans un sujet doué par ailleurs de qualités éminentes , on se montrera moins exigeant que dans celui qui ne rachète par rien ce qui lui manque du côté de l'esprit.
Le seul juge compétent ici est l'Évêque. Connaissant les besoins de son diocèse , il est le meilleur appréciateur des qualités que doivent posséder ses prêtres pour y faire le bien. C'est donc, dans les cas douteux, à son autorité qu'il faut s'en rapporter.