‹ De la vocation sacerdotaleChapitre 12 sur 31 · V. — Passions · texte numérisé non relu

V. — Passions

Dans le langage ordinaire , on appelle passions ces mouvements plus ou moins violents qui s'élèvent spontanément en nous à

la présence ou à la pensée de certains objets, et nous portent soit à nous y attacher, soit à les repousser. Nous n'avons pas à faire ici une théorie des passions ; mais le sujet que nous traitons ne nous permet pas de les passer entièrement sous silence, car elles s'y rattachent par des liens étroits.

Les passions ont dans notre vie un rôle très important. Elles peuvent être les inspiratrices de grandes vertus ; elles peuvent aussi, si elles sont mal réglées , entraîner aux plus monstrueux excès. Il n'est donc pas indifférent, quand on fait l'étude d'une âme, au point de vue de la vocation, de rechercher quelles sont les passions qui prédominent en elle et ce qu'on peut en espérer ou en craindre.

Nous portons tous, dans notre cœur d'hommes, le germe des diverses passions. La différence qui existe, sous ce rapport, entre les hommes, se tire de la prédominance de ces mobiles, qui n'est pas la même en tous ; chaque homme, en effet, porte en lui-

même une passion qui l'emporte par sa violence sur toutes les autres, et cette passion n'est pas la même en tous. De plus, cette passion prédominante n'a pas toujours le même degré de violence.

Or, il y a quatre passions principales dont la prédominance dans l'âme d'un aspirant aux Saints Ordres devrait donner de sérieuses inquiétudes sur son avenir sacerdotal. C'est l'orgueil, l'avarice, l'intempérance et l'impureté.

i° V orgueil. - — Cette passion consiste dans une estime exagérée de son mérite, de sa science, de sa vertu, de son importance, qui fait qu'on se préfère aux autres et que l'on affecte sur eux une supériorité qu'on s'efforce d'établir et de faire reconnaître. Elle renferme comme une sorte d'idolâtrie de sa personne. Ses conséquences sont : le mépris des autres, l'esprit d'insubordination et d'indépendance qui prend parfois des proportions étranges, la difficulté à se soumettre à une direction d'où qu'elle vienne, une indomp-

table opiniâtreté , une ambition démesurée.

Rien assurément de moins sacerdotal que de telles dispositions. Travaillant dans la hiérarchie, le prêtre a un rôle essentiellement subordonné. L'Église, dans son ordination, lui fait faire une promesse d'obéissance ; la soumission à l'autorité doit être comme la loi de sa vie. Il ne serait donc pas conforme aux règles de la prudence d'engager dans le sacerdoce un jeune homme dans lequel la passion de l'orgueil se présenterait avec un certain degré de violence. Il est remarquable que les plus grands écarts que le clergé ait eu à déplorer dans ses membres, ceux surtout qui se rapportaient à la doctrine, ont eu leur cause principale dans les inspirations de l'orgueil. Il y a, sous ce rapport, une surveillance attentive à exercer sur ceux dont on étudie la vocation pour discerner en eux les germes de ce vice. En certains cas, il faudrait exclure sans miséricorde.

2° V avarice. — C'est l'attache désordonnée à l'argent, le besoin d'amasser et de thé-

sauriser. On sait à quels excès ce vice entraîne. Odieux en tous, il est dans un prêtre, dont la vertu propre devrait être le détachement des choses de la terre, particulièrement choquant. Un prêtre avare est non seulement impuissant à faire aucun bien ; il est de plus toujours, pour les fidèles, la cause d'un grand scandale. Il est évident que si, dans l'étude d'une vocation, on avait des raisons sérieuses de pressentir une telle éventualité, on devrait se montrer sévère. Malheureusement, il y a là un discernement très difficile à faire. L'avarice est la passion de l'âge mûr et surtout de la vieillesse ; dans l'enfance et dans la jeunesse elle ne se révèle que faiblement, et lors même qu'alors quelques symptômes inquiétants se découvrent, ils ne sont pas suffisants d'ordinaire pour permettre de porter un jugement sur ce que deviendra cette passion naissante. Il y a là cependant un objet d'étude qui ne doit pas être négligé.

30 L'intempérance. — Une honte particulière s'attache à ce vice dégradant. Il a pour

caractère propre d'être presque toujours incorrigible ; les exemples d'ivrognes vraiment convertis et corrigés sont cités comme des exceptions extrêmement rares. Il faut conclure de là qu'un sujet dans lequel on constaterait cette triste passion , qui aurait pour la boisson un penchant violent, qui a été plus d'une fois entraîné à des excès en ce genre, ne peut pas être admis à participer aux Ordres.

4° L'impureté. — Ce doit être là un objet tout spécial d'examen dans ceux qui se préparent au sacerdoce. L'Église exige des prêtres la continence parfaite; et rien n'est plus contraire à la sainteté sacerdotale, rien n'est plus déshonorant pour le prêtre , pour le sacerdoce tout entier, pour la religion ellemême que la violation de l'engagement d'être chaste contracté dans la réception du sousdiaconat. Or il y a des natures tellement portées à la recherche des satisfactions sensuelles, qu'un tel engagement serait pour elles une souveraine imprudence. C'est sur-

tout en présence de cette tendance voluptueuse, qui souvent tient à l'organisme et au tempérament , qu'il convient de se montrer sévère.

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