‹ De la vocation sacerdotaleChapitre 20 sur 31 · II. — Prédominance · texte numérisé non relu

II. — Prédominance

Le sacerdoce, soit qu'on l'envisage surnaturellement, soit qu'on ne le considère que par son côté humain , apparaît à l'esprit comme quelque chose de si grand et de si beau, que pour peu qu'on ait dans l'âme un certain degré d'élévation et de noblesse , on doit se sentir attiré vers lui et estimer heureux ceux qui y sont appelés. Toutefois, cet

attrait général que l'on peut éprouver pour le sacerdoce, à raison de l'éminence des ministères qu'il donne le droit d'exercer, et du dévouement qu'il suppose, ne peut pas être considéré comme une marque de vocation.

Pour que l'attrait sacerdotal soit un indice vrai de l'appel de Dieu , il faut qu'il soit prédominant.

Expliquons , en entrant dans quelques détails, ce qu'il faut entendre par là.

Gardons-nous de confondre la prédominance de l'attrait avec la vivacité plus ou moins grande des impressions sensibles qui l'accompagnent. 11 y a des âmes ardentes, exaltées, enthousiastes qui sentent vivement; tout chez elles , les attraits comme le reste , a quelque chose d'impétueux. Ce n'est pas là ce qui constitue la prédominance. Beaucoup d'âmes bien appelées au sacerdoce ne sont pas susceptibles de ces mouvements violents , qui loin d'être requis pour établir la légitimité de l'attrait, seraient même plutôt une raison de la suspecter.

L'attrait que nous éprouvons pour le sacerdoce possède le caractère de la prédominance, lorsque parmi les diverses carrières que la société nous présente, et entre lesquelles nous avons à nous déterminer, le sacerdoce nous apparaît comme celle qui, tout pesé, répond le mieux à nos aptitudes, à nos goûts , à nos aspirations ; comme celle pour laquelle nous nous croyons faits, et à laquelle un instinct secret nous dit que Dieu nous appelle ; comme celle enfin qu'au moment de la mort nous serons consolés et nous nous féliciterons d'avoir préférée à toute autre.

Il est très vrai de dire que, dans un tel état de choses, l'attrait pour le sacerdoce l'emporte sur tous les autres. Il est, pour ainsi dire, la résultante de toutes les tendances d'une âme bien appelée.

La prédominance ainsi entendue est facile à constater, Signalons toutefois une grave illusion dans laquelle aisément on pourrait tomber. Un jeune homme, qui a commencé et continué ses études en vue du sacerdoce,

est entré au Grand Séminaire; et, sur l'invitation qui lui en est faite, il étudie sa vocation. Son attention est spécialement portée sur l'attrait sacerdotal ; et aux questions que lui adresse à cet é'gard le directeur de sa conscience, il fait sans hésiter une réponse affirmative. Mais ne se trompe- t-il pas lui-même? Bien souvent, en effet, il se trouve, sans que peut-être il s'en rende bien compte, dans une sorte d'impasse d'où il ne peut sortir que par une seule issue, le sacerdoce ; les autres carrières sont pour lui sinon inabordables, du moins d'un accès si difficile qu'il n'y a guère à y songer. C'est donc pour le sacerdoce qu'il faut se déterminer. Il se persuade que sa détermination est fondée sur l'attrait, tandis qu'au fond elle n'est qu'un pis aller.

Pour savoir s'il n'en serait pas ainsi et pour dissiper son illusion si elle existe, qu'il s'imagine qu'au moment où, dans sa cellule, il étudie sa vocation, quelqu'un le demande au parloir, et que là une personne qui s'intéresse à lui lui propose dans le monde un établissement

présentant tous les avantages qu'un jeune homme peut ambitionner, et dans lequel il trouvera, outre les satisfactions légitimes du cœur, une position à la fois honorable et lucrative. Cette hypothèse n'est pas une chimère ; elle s'est plus d'une fois réalisée ; en tout cas, elle est une pierre de touche infaillible pour connaître la vérité.

Que le séminariste placé en face de cette perspective s'interroge donc lui-même et se demande à quoi il se déterminerait si une semblable proposition lui était faite. Si son attrait pour le sacerdoce n'est pas une fiction, il la repoussera, protestant que se sentant appelé au service des saints autels , rien au monde ne pourra le détourner de ce grand but. Peut-être, cependant, une tentation aussi délicate le trouvera faible, et il ne se sentira pas la force de résister ; mais alors une voix intérieure lui reprochera cette défaillance , il reconnaîtra que ce ne serait pas sans remords qu'il abandonnerait le sanctuaire pour le monde , convaincu que ce se-

rait une résistance à l'appel de Dieu. Si, au contraire, l'attrait prétendu qu'il croyait avoir n'est qu'une illusion, il n'hésitera pas, il acceptera d'enthousiasme , et loin de regretter la vocation qu'on lui propose de quitter, il se sentira, en l'abandonnant, comme déchargé d'un fardeau qui lui pesait, et qu'il ne portait que parce qu'il ne pouvait faire autrement.

Nous engageons les jeunes séminaristes , qui ne seraient pas bien fixés sur la sincérité et la solidité de leur attrait, à tenter cette expérience.

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