‹ De la vocation sacerdotaleChapitre 25 sur 31 · II. — Sentence de VÉvèque · texte numérisé non relu

II. — Sentence de VÉvèque

C'est de l'Évêque, premier pasteur du diocèse, que doit émaner l'appel canonique, sans lequel, quelles que fussent par ailleurs les marques de vocation, l'entrée dans l'état ecclésiastique serait une intrusion coupable.

La prérogative qu'il possède d'ouvrir ou de

fermer les barrières du sanctuaire, découle : i° du caractère sacré de l'épiscopat qui, en conférant à l'Evêque le pouvoir exclusif d'administrer le sacrement de l'ordre, l'investit par là même du droit de n'y admettre que ceux qu'il en juge dignes. Elle découle : 2° du pouvoir de juridiction que l'Evêque exerce sur tout son diocèse, pour le gouverner, pouvoir qui entraîne celui de se choisir des coopérateurs. Il a donc grâce et lumière, d'une part, pour régler les conditions d'admission aux Saints Ordres ; de l'autre , pour juger si les sujets qui se présentent afin d'être ordonnés, les remplissent suffisamment.

Primitivement, les Évêques exerçaient par eux-mêmes cette délicate fonction, l'une des plus importantes entre toutes celles que leur impose la charge pastorale. Mais bientôt les nombreux objets sur lesquels dut se porter leur sollicitude leur rendirent impossible le travail long et minutieux qu'exige le choix, la formation , la surveillance, l'appel enfin des ordinands. Ils ont donc été contraints de s'en

décharger sur des hommes désignés par eux, et qui , en vertu de cette délégation , fussent rendus participants de leur grâce.

Avant l'établissement des Séminaires, ce poste de confiance était rempli par l'Archidiacre qui occupait, dans le diocèse, le premier rang après l'Evêque. C'était à lui de s'enquérir de la vie et des moeurs des aspirants à la cléricature et aux ordres. Le mercredi des Quatre-Temps , on les lui amenait des différentes parties du diocèse ; il leur faisait subir un examen pour s'assurer qu'ils avaient la science suffisante , et il prononçait sur leur admission ou leur rejet. C'est en vertu de cette discipline que , dans la cérémonie de l'ordination , les sous-diacres qui doivent être promus au diaconat , et les diacres qui vont être ordonnés prêtres , sont présentés à l'Evêque par l'Archidiacre, qui sollicite, au nom de l'Eglise, leur ordination. L'Evêque, avant de les admettre, demande à son Archidiacre s'il s'est assuré qu'ils en sont dignes ; et après avoir entendu sa réponse

affirmative, il rend grâces à Dieu, et procède à l'ordination.

Depuis l'établissement des Séminaires, la charge autrefois dévolue à l'Archidiacre a été transmise aux directeurs de ces maisons. Ils sont, en ce qui concerne le choix, la préparation, l'appel des sujets qui aspirent à l'honneur du sacerdoce, les représentants de l'Evêque et les dépositaires de son autorité. La règle elle-même à laquelle ils soumettent les ordinands et les épreuves qu'ils leur font subir ont obtenu sa sanction. C'est donc vraiment FÉvêque qui continue de diriger et de gouverner le Séminaire , comme il gouverne le reste du diocèse. Quand les directeurs appellent un sujet aux ordres, c'est lui qui l'appelle; quand ils le repoussent, c'est lui qui équivalemment prononce la sentence.

Au reste , indépendamment des lumières surnaturelles et toutes spéciales que Dieu leur accorde , en vertu de leur délégation , et dans lesquelles il faut voir une participation à la grâce épiscopale , ils sont , même

humainement parlant, dans les conditions les meilleures, pour prononcer en cette matière.

i° Ils sont absolument désintéressés, et leur jugement ne peut être faussé par aucune vue égoïste.

20 Voués par état à Pétude des vocations, ils ont l'expérience requise pour ne pas se tromper.

30 Vivant avec les séminaristes durant plusieurs années, partageant tous leurs exercices de piété, de récréation et d'étude, unis à eux dans l'intimité de la vie commune la plus étroite, ils sont à même de les bien connaître et de porter sur eux un jugement équitable.

40 D'ailleurs , ils ne sont pas abandonnés en cela à leurs propres vues. Ils ont des principes et des règles qui se transmettent parmi eux comme une tradition; en sorte qu'à leur expérience personnelle vient s'ajouter celle de leurs devanciers.

Ils ont donc toutes les chances possibles de ne se pas tromper.

Pourtant , ils se trompent quelquefois.

Mais, hâtons-nous de le dire, quand ce malheur leur arrive, ce n'est pas d'ordinaire dans le sens de la sévérité, mais bien plutôt d'une excessive indulgence. L'affection qu'ils portent aux séminaristes, la crainte de les contrister, la perspective des embarras dont une exclusion serait pour eux la cause, pourrait parfois les aveugler et leur faire porter une sentence d'admission lorsqu'il faudrait en porter une toute contraire. Là est le dangerscontre lequel ils doivent surtout se tenir en garde.

De là trois conclusions pratiques :

i° Soyons pleins de respect pour les sentences prononcées par les directeurs du Séminaire sur l'admission ou le rejet des jeunes gens confiés à leur sollicitude. Plaignons-les de la lourde responsabilité qui pèse sur eux, et prions Dieu qu'il les éclaire; mais gardons-nous, sous quelque prétexte que ce soit, de les censurer ou de les blâmer, en ce qui concerne cette partie si grave et si délicate

de leur important ministère. La première condition, pour le faire avec équité, serait de connaître les motifs qui les ont déterminés. Or, la plupart du temps , ces motifs sont et doivent demeurer secrets.

2° N'imitons pas les séminaristes qui , préoccupés de la crainte de se voir exclus des Saints Ordres, se composeraient en présence des directeurs ; useraient à leur égard de dissimulation et d'artifice; affecteraient, pour se concilier leur estime et conquérir leur suffrage, des vertus et des sentiments qu'ils n'auraient pas, prendraient tous les moyens en leur pouvoir, pour éviter de se faire connaître tels qu'ils sont. Misérable calcul, par lequel, il est vrai, on peut parvenir à tromper les juges de sa vocation , mais en se trompant soi-même d'une manière encore plus funeste.

3° Acceptons avec soumission la sentence portée à notre sujet. Si elle est favorable , appliquons-nous à répondre à l'appel de Dieu manifesté par ses organes. Si elle est néga-

tive, croyons que, malgré la conviction contraire que nous pourrions avoir, Dieu en réalité ne nous appelle pas. Gardons-nous, dans ce cas, d'insister, de récriminer, de nous plaindre , comme si nous voulions entrer de force dans le sanctuaire. Il se voit en ce genre des choses pitoyables. On remue le ciel et la terre pour faire changer aux directeurs la décision qu'ils ont prise ; on frappe à toutes les portes; on fait jouer mille ressorts; on intéresse à sa cause des protecteurs , ou même des protectrices; on ira, grâce à des influences puissantes, jusqu'à faire parvenir ses réclamations au tribunal personnel de Tévêque. L'exclusion d'un sujet qui aurait dû demeurer secrète peut devenir ainsi une affaire retentissante. Hélas î Dieu permet quelquefois que ces intrigues réussissent. Combien ceux qui y ont recours seraient plus sages , s'ils se retiraient avec humilité !

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