CHAPITRE III
Des considérations développées dans le chapitre précédent , il résulte que le choix d'un état de vie n'est pas une chose indifférente. Il n'en est pas, au contraire, qui mérite de notre part une plus sérieuse réflexion. Si, comme le dit le texte sacré, il faut qu'un conseil sage précède toutes nos démarches : Ante omnia opéra tua verbum verax praecedat te, et ante omne actum consilium stabile (i); combien plus en doit-il être ainsi pour une démarche aussi importante! En effet, quelque opinion qu'on adopte dans les contro-
(i) Eccles., XXXVII, 20.
verses précédemment exposées touchant le décret divin relatif aux vocations , toujours est-il que le choix d'un état de vie est de toutes les déterminations que nous pouvons prendre la plus décisive et la plus sérieuse ; elle ne doit donc pas être prise au hasard et sans réflexion.
La sagesse la plus élémentaire demande qu'avant de se fixer sur le choix d'une profession quelconque, on s'assure, par un examen attentif des conditions qu'elle exige et de ses ressources personnelles , que l'on peut s'y engager sans témérité.
Cet examen doit être plus approfondi encore, s'il s'agit de s'enrôler dans une famille religieuse. La vie du cloître, en effet, impose à celui qui l'embrasse des obligations graves, et, de plus, l'engagement que Ton contracte en y entrant est irrévocable.
Mais une étude longue et réfléchie est surtout indispensable lorsqu'il est question de se consacrer au service de l'Église dans le sacerdoce. Pour le faire légitimement, en
j6 DE LA VOCATION SACERDOTALE.
effet, il faut s'être assuré qu'on y est appelé de Dieu, et, par conséquent, avoir reconnu en soi les marques de la vocation divine.
L'examen doit être , en ce cas , tout particulièrement sérieux ; c'est pourquoi nous croyons devoir entrer à ce sujet dans quelques détails.
Il faut distinguer, dans l'étude d'une vocation ecclésiastique, deux périodes : l'une, qui a pour théâtre la famille et le collège ; l'autre, qui commence à l'entrée du Grand Séminaire.
Première période.
Une vocation sacerdotale ne saurait être étudiée de trop bonne heure. Puisqu'elle est divine, Dieu en dépose le germe dans les âmes de ceux qu'il prédestine à l'honneur d'être prêtres; et ce germe, pourvu que le milieu soit favorable, et qu'il ne soit pas contrarié dans son développement, fera tôt ou tard, mais souvent dès le début de la vie, son apparition.
Le soin d'en discerner les premières manifestations appartient d'abord aux parents qui, témoins de l'épanouissement de l'âme de leur enfant, initiés aux instincts par lesquels elle se révèle, seront, s'ils sont attentifs, les premiers confidents du précieux attrait qui porte au sanctuaire cet élu de Dieu ; et, s'ils comprennent leur mission, loin de l'étouffer, ils en aideront le développement. Quand les familles étaient chrétiennes, ce devoir était rempli ; aujourd'hui malheureusement, le plus souvent, ce n'est plus sur elles qu'il faut compter pour le discernement des vocations.
Au défaut des parents, c'est au curé, au confesseur, au catéchiste que revient cet honneur. Parmi les enfants confiés à leur sollicitude, ils en ont discerné un qui se distinguait parmi ses camarades par son intelligence, sa piété, sa modestie. Peut-être Dieu leur découvre en lui un futur prêtre. Toutefois, ils ne se hâteront pas de porter à cet égard un jugement définitif. Ils ne se hâteront pas surtout de faire entrer cet enfant dans la carrière
des études; ce qui l'exposerait, s'il n'est pas véritablement appelé, à l'alternative : ou, s'il arrive au sacerdoce, d'être un triste prêtre, ou, s'il n'y parvient pas, d'être un de ces déclassés qui sont le fléau de notre société. Mais ils feront, des indices de vocation qu'ils croient découvrir, l'objet d'un très sérieux examen ; ils s'efforceront, par tous les moyens que la prudence leur suggérera, de connaître les dispositions physiques, intellectuelles et morales du sujet sur lequel leur attention s'est portée , en tenant particulièrement grand compte, pour la décision à prendre, de la droiture du jugement, condition capitale pour une vocation ecclésiastique.
Lorsque, tout mûrement pesé, on juge, non avec une certitude absolue, impossible en pareil cas, mais du moins avec une notable probabilité, qu'on se trouve en présence d'une vocation sérieuse, on peut sans témérité tenter l'épreuve du Petit Séminaire. Là, sous la direction d'un supérieur éclairé et expérimenté , la vocation du sujet sera soumise à
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un nouvel examen et à un contrôle plus attentif. Il arrivera quelquefois que les. espérances du commencement ne se réaliseront pas, ou que, du moins, des doutes graves s'élèveront sur la solidité de la vocation. Une grande prudence, une délicatesse extrême devront alors diriger dans la conduite à tenir. 11 faudra que le supérieur sache discerner une crise passagère de symptômes vraiment alarmants, et ne pas s'exposer, par une sentence trop précipitée, à écarter une vocation qui peut-être eût été précieuse pour l'Église. Si pourtant l'on constatait, par une étude d'ensemble, que l'appel de Dieu fait défaut, il ne faudrait pas laisser poursuivre des études qui n'auraient plus de raison d'être; ne pas attendre pour cela l'entrée au Grand Séminaire; et faire connaître au sujet, reconnu impropre au sacerdoce, qu'il doit prendre une autre voie.
Seconde pe'riode.
Jusqu'à l'entrée au Grand Séminaire, l'étude
de la vocation d'un sujet pour le sacerdoce s'est faite, pour ainsi dire, en dehors de lui. Son attention, il est vrai, a dû souvent être appelée sur cet objet. On lui a fait, dès le début, envisager le sacerdoce comme le terme vers lequel ses études le dirigeaient. Son confesseur, ses supérieurs se sont inspirés de cette pensée dans les avis qu'ils ont eu occasion de lui donner; et souvent, dans le cours des années passées au collège ou au Petit Séminaire , cette perspective a été alléguée par eux pour prévenir ou pour arrêter de regrettables entraînements.
Toutefois, ce n'a pu être là qu'un préliminaire à l'étude personnelle de la vocation à laquelle il y a pour chacun de nous obligation grave de se livrer , lorsque , parvenus à l'âge de la maturité, nous sommes en état de nous rendre compte des desseins de Dieu sur nous. Que cette obligation existe , nous n'en pouvons douter. Quelles qu'aient été les marques de vocation découvertes en nous par ceux qui ont pris soin de notre enfance
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et de notre jeunesse, ce serait de notre part une témérité coupable que de contracter un engagement comme celui du sacerdoce, sans nous être assurés par nous-mêmes de la vérité de l'appel divin. Le respect pour l'ordre providentiel de Dieu, l'intérêt de l'Église et des âmes, nos propres intérêts nous en font un rigoureux devoir. Le Grand Séminaire est incontestablement le milieu le plus convenable pour faire cette étude. Lorsque l'on y est admis, on est parvenu à un âge où la raison est assez développée pour permettre de se déterminer à bon escient sur le choix d'un état de vie. Là, d'ailleurs, tout se réunit oour faciliter cette étude. La vie sacerdotaie s'y déroule aux yeux des séminaristes dans toute sa vérité ; déjà même le règlement auquel ils sont soumis leur en fait faire l'expérience et l'essai ; le recueillement qui y règne , les exercices de piété qu'on y pratique , le sérieux des études auxquelles on y est appliqué sont, pour cela, autant de conditions éminemment favorables,
C'est donc au Séminaire que la vocation doit être étudiée. J'ajoute qu'il le faut faire aussitôt qu'on est entré dans cette maison. Il importe beaucoup, en effet, que l'on sache de bonne heure à quoi s'en tenir sur cette grave question ; qu'on ne laisse pas s'écouler une partie notable des années du Séminaire sans y penser sérieusement; que, par exemple, on n'attende pas, pour étudier sa vocation, que l'on soit à la veille de contracter les engagements sacrés du sousdiaconat.
Si la vocation est réelle, le soin que l'on aura mis à l'étudier de bonne heure procurera deux grands avantages :
En premier lieu, instruit dès le début du Séminaire, par le moyen de cette étude, de ce que requiert le sacerdoce en ceux qui y aspirent, on travaillera plus efficacement à réaliser en soi l'idéal divin du prêtre, en épurant de plus en plus ses intentions et en rectifiant ce qui jusque-là s'y serait glissé d'impur ou de trop humain.
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En second lieu , fixé désormais sur le but vers lequel on doit tendre , on s'y portera avec plus d'ardeur ; les exercices du Séminaire, qui aident si puissamment ceux qui y sont fidèles à atteindre ce grand but , auront plus d'intérêt , on en comprendra mieux les avantages , et la pratique en semblera moins pénible.
Si la vocation n'est pas sérieuse, et que, par une erreur regrettable, on se soit engagé dans une fausse voie , il y a plus de motifs encore de se hâter dans l'étude dont il s'agit, et de ne pas laisser, par exemple, passer la première année du Séminaire sans y avoir mûrement pensé. Dans ce cas, en effet, il n'est pas expédient que le séjour dans la maison se prolonge; il est, au contraire, à tout point de vue , urgent qu'il se termine le plus tôt possible.
D'abord, il n'a plus de raison d'être. Pour celui qui ne doit pas être prêtre, le Séminaire n'a pas de signification. Les exercices qu'on y pratique, les exhortations et les avis qui y
sont donnés , les études auxquelles on y est appliqué n'ont pas de but. Le temps que l'on y passe serait bien plus utilement employé à se préparer à la carrière à laquelle la Providence destine.
Ajoutons que le séjour dans le Séminaire d'un sujet qui n'est pas appelé présente quelques dangers. — Dangers pour le sujet lui-même , qui prenant à dégoût les pratiques pieuses qu'il a été contraint de subir, sera exposé plus tard à abandonner même les pratiques essentielles de la vie chrétienne. Combien de fois, en effet, les directeurs "des Séminaires n'ont-ils pas eu la douleur de voir tomber, non seulement dans l'indifférence religieuse , mais dans l'impiété, des jeunes gens que, durant plusieurs années, iis avaient eus sous leur conduite, et auxquels la vie du Séminaire a été plus nuisible qu'utile ! — Dangers pour la communauté que ce séminariste mal appelé n'édifiera pas, scandalisera peut-être, et qui, le plus souvent, subira de sa part une influence fâcheuse.
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Enfin, cette prolongation de séjour dans le noviciat du sacerdoce, d'un sujet sans vocation, est dommageable à ses parents, à ses bienfaiteurs, au diocèse, qui s'imposent pour lui des sacrifices qu'ils ne feraient pas s'ils connaissaient la vérité.
Après avoir montré la nécessité qui s'impose à nous d'étudier notre vocation, et déterminé le temps le plus favorable pour y procéder, nous devons faire connaître quelles sont les conditions requises pour que cette étude atteigne son but et nous découvre la voie dans laquelle Dieu veut que nous le servions.
i° La première est, avant de commencer, d'écarter fidèlement plusieurs obstacles qui nous empêcheraient de discerner la vérité.
Signalons d'abord la dissipation , qui fait que tout livré aux impressions des choses extérieures , on est incapable de rentrer en soi-même par une réflexion sérieuse, pour se
bien rendre compte de l'état de son âme, de ses attraits, de ses penchants, de ses aptitudes. L'affaire qu'il s'agit de traiter est exceptionnellement grave ; elle est complexe et délicate; elle exige, de la part de celui qui l'entreprend, un travail personnel considérable, surtout une attention soutenue. Un esprit dissipé, évaporé, irréfléchi serait incapable de s'y appliquer. Voilà pourquoi l'étude de la vocation doit être renvoyée au Grand Séminaire, où tout invite à la réflexion et tend à donner à l'esprit des habitudes sérieuses. Voilà pourquoi même, quelque utilité qu'il y eût à faire l'examen de la vocation dans les premiers jours de l'entrée dans cette maison, on attend que, par quelques mois d'application aux exercices qui s'y pratiquent, on ait acquis le degré de maturité qu'un tel examen exige. Ce n'est en effet généralement que vers le milieu de la première année que les aspirants au sacerdoce sont invités à étudier leur vocation , et reçoivent pour les y aider des instructions spéciales. L'étude de la vo-
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cation n'est pas l'œuvre d'un enfant , mais d'un homme. Il faut donc, pour s'y. livrer, être un homme, par le sérieux, la gravité, le recueillement de la vie ; il faut savoir faire généreusement le sacrifice de ces épanchements extérieurs, de ces conversations inutiles, de ces folies d'imagination, de ces lectures frivoles qui entretiennent la légèreté de l'esprit et rendent comme impossible tout travail de réflexion. C'est alors que, dans la lumière de Dieu, le séminariste pourra parvenir, en se connaissant lui-même, à connaître quels sont les desseins de Dieu sur lui.
La. crainte humaine de n'être pas appelé est un obstacle qu'il n'est pas moins important d'écarter, si l'on veut sincèrement connaître sa vocation.
Toute la vie jusqu'à l'entrée au Séminaire a été dirigée vers le sacerdoce. C'est dans la perspective de ce but qu'on a commencé et poursuivi ses études. Il se présente alors comme l'unique voie possible, et la seule
pensée de manquer ce but inspire une sorte de terreur.
Si je ne suis pas prêtre, que deviendrai-je ?
Revenir à la profession de mes parents ? Je n'ose y songer. Je n'ai ni le courage, ni la force physique nécessaires. D'ailleurs, à l'âge où je suis parvenu, il est trop tard pour faire l'apprentissage de cette profession et acquérir l'aptitude et la dextérité qu'elle exige.
M'engager dans une carrière libérale serait plus acceptable. J'y ai quelquefois pensé et peut-être m'y suis-je à certains moments senti attiré. Mais l'entrée de ces carrières est aujourd'hui comme encombrée; la diffusion exagérée de l'instruction a multiplié le nombre des jeunes gens qui y aspirent, et tous sont loin d'y pouvoir parvenir. D'ailleurs, pour prétendre à ces carrières, il faut des conditions que je ne puis remplir. Il faut surtout des ressources qui me font complètement défaut. De ce côté donc toutes les issues sont fermées pour moi.
Aux difficultés que je rencontrerai pour
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me créer une existence et m'ouvrir un chemin dans le monde, si je ne suis pas prêtre, viendront se joindre les ennuis que me causeront les reproches de mes parents, de mes bienfaiteurs, de tous ceux qui s'intéressent à ma vocation et désirent mon entrée dans le sacerdoce. On a fait pour mon éducation ecclésiastique de nombreux sacrifices, et peutêtre on les a faits en fondant sur mon sacerdoce des espérances intéressées. Si je me retire, que va-t-on dire ? De quelles récriminations ne serai-je pas l'objet ? Que dis-je ? Ne serai-je pas réduit de la part de ma famille au plus triste abandon ? N'ai-je pas même à craindre de voir, à ma sortie du Séminaire, la maison paternelle se fermer devant moi ? Cela s'est rencontré.
C'est là, il faut en convenir, une situation pleine d'angoisses; et combien n'est-il pas à craindre que la perspective de telles éventualités n'exerce une influence décisive sur Fétude de la vocation et ne lui donne une direction absolument fausse ?
Il importe donc , si l'on veut sincèrement voir la vérité, de se débarrasser de toutes ces préoccupations et de s'établir, par rapport à la vocation, dans une parfaite indépendance. Il faut envisager l'avenir, non au point de vue inférieur des intérêts temporels et des jugements des hommes, mais à celui de l'ordre providentiel qui, ici spécialement, doit être l'unique règle. Quelles que soient les difficultés, on doit avoir confiance que Dieu, si l'on agit avec droiture, les aplanira. Il est évident d'ailleurs que, même temporellement parlant, ce qui importe par dessus tout, c'est que l'on suive la vocation à laquelle on est appelé. De là dépend le bonheur de la vie.
Le troisième obstacle qu'il faut écarter, avant d'entreprendre l'étude de la vocation , serait une détermination prise d'avance à ce sujet, une conviction arrêtée que l'on doit être prêtre. Il n'est pas rare de trouver des sujets qui entrent au Séminaire avec
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cette conviction. Leur vocation n'a jamais été pour eux l'objet d'un doute, toujours ils ont envisagé le sacerdoce comme le but vers lequel ils devaient tendre ; ils n'ont pas d'autre perspective. Ils ne se posent donc pas la question de savoir s'ils sont appelés ; le problème, à leurs yeux, est déjà résolu. Ils suivent toutefois, avec une attention convenable, les entretiens qu'on adresse aux séminaristes sur la vocation; ils font les examens prescrits; ils ont, à ce sujet, avec leur directeur les entretiens ordinaires. Extérieurement, ils agissent comme s'ils doutaient, comme s'ils cherchaient une solution. Mais ce n'est pas sérieux. Au fond, sans qu'ils s'en rendent bien compte , ils estiment que l'étude qui se fait au Séminaire de la vocation, utile sans doute à plusieurs de leurs confrères, n'est pour eux qu'une formalité à laquelle ils se soumettent pour se conformer à l'ordre commun. Est-il besoin de dire qu'avec une telle disposition la recherche de la vocation est absolument illusoire ?
Donc, quels qu'aient été les antécédents, quelles que soient les décisions qui ont pu être données, croyons qu'il n'y a rien de fait et que tout doit être remis en question. On doit procéder comme si on était dans la plus complète incertitude. Ce n'est qu'à cette condition que l'étude à laquelle on se livrera satisfera la conscience, et que l'on parviendra à connaître avec une pleine certitude la volonté divine.
2° La seconde condition qu'exige l'étude de la vocation est la prière.
En toutes choses la prière est nécessaire, parce que, en toutes choses, nous avons besoin du secours de Dieu.
Elle est spécialement nécessaire pour le succès des œuvres surnaturelles, dans lesquelles les ressources humaines abandonnées à elles-mêmes seraient totalement impuissantes.
Mais elle l'est d'une manière plus spéciale dans l'examen d'une vocation sacerdotale. Ici , en effet :
a) Le but à atteindre est d'une capitale importance , puisqu'il s'agit de savoir si tel sujet doit ou non entrer dans le sanctuaire pour exercer les fonctions sublimes du sacerdoce, démarche qui aura nécessairement en bien ou en mal pour l'Église, pour les âmes, pour le sujet lui-même, les plus graves conséquences.
b) Le problème à résoudre est difficile. Ce sont des éléments complexes qu'il faut dégager, des nuances délicates qu'il faut discerner, et dont il y a lieu de tenir compte pour arriver à former un jugement. Le travail à exécuter ne se peut mieux comparer qu'à celui qui consiste à séparer un métal précieux de l'alliage impur auquel il est mêlé, un diamant de la croûte terreuse qui le recouvre. Pour accomplir avec succès ce travail et parvenir à la lumière que nous cherchons , le secours divin, qui s'obtient par la prière, est indispensable.
c) Enfin, il s'agit, dans l'étude d'une vocation, de connaître la volonté divine. Or, quel
moyen plus sûr pour la connaître que de demander à Dieu lui-même, par une prière fervente, de nous la manifester ?
Lorsque les Apôtres au Cénacle voulurent donner un successeur au malheureux Judas, ils ne s'en rapportèrent pas à leurs lumières pour le choisir; mais ils se mirent en prières, et conjurèrent avec instance le Seigneur de leur montrer l'homme de son choix : Orantes dixerunt : Tu Domine qui corda nosti omnium, ostende quem elegeris (i).
Imitons-les. Nous voulons savoir si vraiment Dieu nous appelle ; prions-le de nous le découvrir. Ne cessons de lui demander, avec le Psalmiste, qu'il nous montre la voie dans laquelle il veut que nous le servions : Notant fac mihi viam in qua ambulem (2) ; et de lui dire avec saint Paul : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse : » Domine, quid me vis facere (3) ? Conjurons-le de ne pas per-
(1) Act., I, 24.
(2) Ps. CXLII, 8.
0) Act., IX, 6.
mettre que l'irréflexion , l'amour propre, ou des considérations humaines, inspirées par la chair et le sang, nous égarent dans l'importante étude à laquelle nous allons nous appliquer.
Ce doit être là, durant le temps spécialement consacré à l'étude de la vocation, l'objet de toutes nos prières. Il convient de nous proposer cette intention au saint sacrifice de la messe, dans nos communions, dans nos visites au Saint-Sacrement, dans la récitation du chapelet. Il sera bien d'offrir à Dieu, dans cette même intention , toutes nos bonnes œuvres.
Est-il besoin d'ajouter que cette invitation à la prière ne s'adresse pas seulement à ceux qui, incertains de leur vocation, travaillent à la connaître ? Il faut que, comme au Cénacle, la communauté tout entière s'unisse dans une supplication fervente, afin d'obtenir de Dieu qu'il daigne manifester sa volonté, en répandant sa lumière sur chacun de nous, qu'il éclaire les dirigés dans l'examen qu'ils ont à
faire et les directeurs dans la décision qu'ils devront donner.
Ce n'est pas assez encore ; non seulement nous prierons, mais nous ferons prier. Nous intéresserons à la grande question de notre vocation les bonnes âmes que nous connaissons, les prêtres qui ont surveillé notre éducation sacerdotale, nos bienfaiteurs et bienfaitrices, les communautés religieuses avec lesquelles nous sommes en communion de prières.
Il faut être fermement convaincu qu'il n'y a pas de plus puissant moyen de parvenir sûrement au but que nous voulons atteindre, et que, touché de nos prières, Dieu ne nous refusera pas, pour nous y aider, le concours de sa grâce.
30 A la prière il est nécessaire de joindre Temploi des ressources que la Providence met à notre disposition pour faire utilement l'étude que nous allons entreprendre. Cette étude devra consister en trois choses :
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a) Ecouter avec attention et docilité- les entretiens sur la vocation qui sont adressés aux séminaristes. Ils nous indiqueront la marche à suivre dans nos recherches, les marques d'une bonne vocation et le moyen d'en reconnaître en nous l'absence ou la présence. Nous y trouverons les matériaux à mettre en œuvre dans le travail que nous allons entreprendre.
b) Nous faire à nous-mêmes, dans un sérieux examen, l'application de ce qui nous est dit. C'est le travail personnel. Ce travail doit consister à se rendre compte , au point de vue de la vocation au sacerdoce , de ses dispositions dans le passé, dans le présent et même par rapport à l'avenir. Ce sera une autobiographie aussi détaillée que possible, dans laquelle on fera entrer tout ce qui sera de nature à éclairer le directeur. On y relatera, sans ^e flatter soi-même, et avec franchise, le pour et le contre, ie bien et le mal, les raisons de croire à la réalité de la vocation au sacerdoce et celles qui pourraient en
faire douter. C'est ici surtout qu'il importe de se débarrasser de toute idée préconçue, d'écarter toute considération d'intérêt propre, de se mettre à l'abri des illusions. Ce travail ne doit pas être la plaidoirie d'un avocat qui veut gagner sa cause, mais l'exposé consciencieux d'un juge d'instruction, ou le tableau fidèle tracé par un historien impartial. Il sera bon, pour fixer les idées et ne pas s'exposer à des omissions importantes , d'avoir recours aux notes écrites.
c) Toutefois notre but, en nous livrant à ce travail, ne sera pas d'arriver à prendre de nous-mêmes une décision. Nous serions mauvais juges dans cette cause qui est la nôtre. Mais nous communiquerons à notre directeur le résultat de nos recherches et les notes recueillies par nous. Nous compléterons ces notes par les réponses que nous ferons, en toute franchise et droiture, aux questions qu'il nous adressera, et nous attendrons avec humilité la solution qu'il croira devant Dieu devoir nous donner. Mais, ne l'oublions pas,
cette solution ne devra nous tranquilliser qu'autant que les documents sur lesquels elle s'appuiera , et que nous aurons fournis , seront complets et fidèles.