DES MARQUES DE LA VOCATION A L ETAT ECCLÉSIASTIQUE EN GÉNÉRAL
Puisque , comme nous l'avons établi , il faut admettre la réalité des vocations sacerdotales, il est nécessaire qu'il y ait des marques au moyen desquelles il soit possible de les reconnaître, et qui en soient la manifestation authentique. Sans cela, la Providence de Dieu serait en défaut. Ces marques existent , en effet ; et quiconque apportera à l'étude de sa vocation , avec une intention droite, la diligence convenable, les reconnaîtra sans peine en lui-même, s'il est véritablement appelé.
Les marques de la vocation à l'état ecclésiastique sont de trois sortes :
i° Un miracle ou une manifestation surnaturelle par laquelle Dieu ferait connaître qu'il appelle telle ou telle personne au sacerdoce. C'est ainsi qu'ont été appelés les Apôtres.
2° Un ordre exprès intimé par l'autorité légitime; par exemple, si le Pape, eu égard aux besoins de l'Église, ordonnait à un laïque ou à un religieux d'être prêtre , à un prêtre d'être évêque.
3° Un ensemble de faits d'où l'on puisse conclure, avec une probabilité suffisante, la présence d'une vraie vocation.
Cette dernière marque est la plus ordinaire ; c'est la seule dont nous ayons à nous occuper ici.
La vocation , dans le plus grand nombre des cas, se révèle donc à nous non directement, mais indirectement. Elle se conclut par voie d'induction. Mais cette induction, quand elle est fondée, n'en donne pas moins
une certitude suffisante. Ce n'est pas la certitude métaphysique excluant toute possibilité d'erreur; c'est la certitude morale d'après laquelle nous nous dirigeons avec confiance dans la conduite ordinaire de la vie , et dont nous devons nous contenter dans la recherche de notre vocation.
Les marques au moyen desquelles on peut s'assurer de la légitimité de sa vocation, sont de deux sortes : les unes sont négatives, les autres positives.
Les marques négatives sont les conditions exigées dans un sujet, pour qu'on puisse le juger appelé au sacerdoce. De leur absence, on peut conclure aussitôt que la vocation n'existe pas, et que le sujet doit être écarté. Mais elles ne suffiraient pas par elles-mêmes pour permettre d'affirmer la présence d'une vocation divine. Tout au plus peut-il en résulter une présomption favorable.
Les marques positives sont les indices plus ou moins décisifs qui manifestent une vocation et permettent d'en reconnaître et d'en
constater la réalité. Elles présupposent les marques négatives qu'elles complètent. Comme celles-ci , elles sont rigoureusement requises, puisqu'elles forment la base sur laquelle s'appuiera le jugement qui sera porté. De plus, quand elles se présentent dans un certain ensemble, elles donnent sur la vérité de l'appel de Dieu cette certitude morale à laquelle on veut parvenir.
Nous allons exposer les unes et les autres dans les chapitres suivants.
Terminons celui-ci par une observation.
Les détails dans lesquels nous allons entrer sur les marques de vocation au sacerdoce ont une double application et , par là même, un double but.
i° Ils seront la matière de l'examen de conscience qu'exige de chaque aspirant au sacerdoce l'étude de sa vocation, et des notes qu'il doit remettre sur cet objet à son directeur. Ce sera un tableau dans lequel il verra se dérouler devant ses yeux toutes les qua-
lités qu'il doit posséder et les conditions qu'il doit réaliser, pour qu'il se puisse croire vraiment appelé au sacerdoce.
2° Outre cette application immédiate des développements qui vont suivre, que devront se faire à eux-mêmes les aspirants au sacerdoce, il convient d'en signaler une autre qui mérite aussi de fixer leur attention.
Une de leurs sollicitudes, quand ils seront prêtres, sera de discerner, parmi les enfants confiés à leur direction, ceux que Dieu appelle à son sacerdoce. Nous avons dit déjà avec quelle délicatesse, quelle prudence, quelle discrétion il faut procéder dans ce choix, pour ne pas engager témérairement dans la voie du sacerdoce des enfants qui ne doivent pas être prêtres. Or, l'exposé que nous allons donner des marques de vocation pour le sacerdoce renfermera, pour aider à porter à cet égard un jugement prudent, des observations utiles qui, après avoir servi aux élèves du Séminaire à connaître leur vocation, les aideront plus tard à découvrir celle des
autres. Dans plusieurs des détails qui vont suivre, nous aurons surtout en vue cette seconde application.