‹ De la voie préauriculaire dans les interventions sur le conduit auditif et le rocher: Procédé GangolpheChapitre 22 sur 25 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Des Corps Etrangers du conduit auditif externe.

Les malades qui viennent consulter pour ces accidents, présentent le plus souvent des symptômes qui ne sont pas dus seulement à la présence du corps étranger, mais qui résultent surtout des efforts infructueux qui ont été tentéspour les extraire. Nous ne nous occuperons ici que des corps étrangers solides.

Ces derniers peuvent siéger dans différentes parties du conduit auditif externe ; il est nécessaire d'établir des distinctions qui faciliteront l'exposé du traitement.

1° Le corps étranger est dans la portion externe du conduit auditif.

2° [lest dans la portion osseuse du conduit.

3° Ilest en partie dans le conduit, en partie dans la caisse.

4° Il est dans l'oreille moyenne : visible ou invisible.

Quand le corps est dans la portion externe du conduit auditif, il arrive souvent qu'il se trouve dans la portion fibro-cartilagineuse, lorsque l’on n’a pas encore fait de tentatives pour l’extraire. Alors l’extraction en

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est toujours facile. Mais ordinairement on a cherché à l'extraire et pendant cette opération, il a été poussé dans la portion osseuse près du tympan, sans avoir produit de désordres. ;

Dans ce cas l'extraction est difficile et dangereuse si l’on emploie des instruments spéciaux : tels que la curelte de Leroy, d’'Etiolle, modifiée par Richet, la canule-pince de Bonnafont, ete. |

Le corps étranger a-t-il uné forme arrondie et une surface lisse, les difficultés sont plus grandes puisqu'il roule sous l'instrument avec lequel il devient difficile de prendre un point d'appui.

Parfois le corps à extraire est enclavé dans la portion osseuse du conduit. C’est alors qu’on se décide à une opération proposée par Paul d'Egine et que nous décrirons tout à l'heure avec les interventions sanglantes.

Le corps étranger est en partie dans la caisse, en partie dans le conduit. Dans ce cas, la membrane du tympan a été perforée pendant les tentatives d’extraction, soit par le malade, soit par le médecin. Miot, dans son Traité des maladies de l'oreille, tome I, cite, dans cette catégorie des corps étrangers, des épingles et des petits morceaux de bois.

À ce sujet, il rapporte l'observation suivante, que nous résumons :

Un garçon de café, après avoir tenté et fait tenter inutilement une extraction de corps étrangers, vint me trouver pour me prier de lui retirer un morceau d’allumette qu’il avait-depuis huit jours dans l'oreille. Après avoir enlevé le pus renfermé dans la portion osseuse du conduit, je constatai l’état

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suivant : les tissus du fond du conduit avaient une rougeur considérable; la surface du tympan, d’un gris blanchâtre, terne, pelliculeuse dans ses parties antérieures, présentait à sa partie postérieure une rougeur diffuse assez marquée; vers sa partie postéro-inférieure on voyait en raccourci un corps allongé d’un gris noirâtre assez bien fixé dans la perforation dont les lèvres étaient boursouflées, rougeâtres, sanguinolentes. Le corps étranger reposait sur la paroi inférieure de la caisse et déterminait depuis huit jours des douleurs que les calmants énergiques ne pouvaient faire disparaître.

L'auteur enleva avec difficulté le bout d’allumette en le fixant à la pointe acérée d’une tige coudée; cet obstacle enlevé, on vit une large perforation et l’intérieur de la caisse complètement remplie de pus.

Enfin, il nous reste à examiner le cas de corps étrantranger situé dans la caisse suivant qu'il est visible ou invisible.

Dans ces deux cas, le tympan est détruit en totalité ou en partie; la chaîne des osselets peut être arrachée et les parois de la caisse dénudées.

Quand le corps'est visible, s’il est volumineux, irrégulier de forme, on a conseillé de l’extraire avec des pinces plutôt que d’instituer le traitement des injections d’eau tiède qui repoussent le corps étranger dans l’intérieur de la caisse au lieu de l’en faire sortir.

Enfin, quand le corps est invisible, on peut faire des tentatives en agissant avec beaucoup de lenteur.

On voit combien sont défectueux tous ces procédés. Pour Miot et beaucoup d'auteurs, les terminaisons funestes qu’on a eu à déplorer, à la suite d'introduction d’un corps étranger dans l'oreille, sont plus le fait des

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désordres commis pendant les tentatives d’extraction que celui de la présence du corps étranger.

L’extarclion directe des corps étrangers par la voie naturelle est très souvent périlleuse. On ne voit souvent pas ce qu’on fait par le peu d'éclairage du conduit auditif externe et on risque de détruire le tympan, d’ar- : racher la chaîne des osselets etde dénuder la caisse en partie, comme dans le cas suivant, cité par Miot:

Une jeune enfant de cinq ans, me fut amenée vers la fin du mois de février 1867. En jouant elle s'était introduite dans l'oreille un bouton de chemise qui fut poussé plus profondément pendant les tentatives d’extraction. — On mena l'enfant chez un médecin qui procéda immédiatement à l’extraction ; divers instruments furent introduits: le tympan fut perforé, les osselets détruits en partie et la caisse du tympan dénudée. — Pendant les deux séances d’une heure environ chacune, il survint des douleurs atroces. Un médecin spécialiste n’eut pas plus de succès. |

Miot ajoute ensuite les réflexions suivantes, qui ne sont pas sans intérêt, contre les tentatives imprudentes auxquelles se sont livrés des spécialistes les plus distingués :

« Le fait de ce bouton inaccessible à la vue et au toucher paraît étonnant, quand on considère le peu d’étendue de la caisse. Mais quand on songe aux efforts développés pendant les tentatives d'extraction, on peut concevoir comment le corps fortement repoussé a pu être enclavé dans une-anfractuosité. » ;

La recherche des corps étrangers est d’ailleurs ren due difficile par la sensation pierreuse que donne le

promontoire et par la profondeur et l’étroitesse du conduit auditif.

- Les procédés chirurgicaux nécessaires pour se frayer un chemin jusqu’au corps étranger immobilisé dans la profondeur de l’oreille ont été jusqu'ici fort insuffisants Le plus ancien est celui de Paul d’Egine : On pratique à la face interne du pavillon, au niveau de son insertion mastoïdienne, une incision demi-circulaire pour créer ainsi un conduit anormal permettant l’introduction des instruments et l'extraction du corps étranger.

De Trœltsch propose de détacher, chez lesenfants, la paroi supérieure du conduit auditif externe de l’écaille du temporal et d’aller avec un levier ou une aiguille à anévrysmes courbe jusqu’à la membrane tyÿmpanique, ce qui chez eux est facile; par contre chez les adultes, c’est la partie inférieure qu'il faut choisir comme point | de sortie.

Langenbeck fit une fois l'extraction d’un corps étranger de la caisse, en pratiquant derrière le pavillon une incision semi-lunaire, jusqu’à l’os, dans la région mastoïdienne et en détachant le périoste et le conduit cartilagineux. Il put ensuite retirer le corps de la caisse.

D’après Gruber, on pourrait essayer d'extraire le corps étranger de la caisse par une ouverture pratiquée dans l’apophyse mastoïde.

Ces interventions sanglantes ont été contestées par beaucoup d'auteurs ; les avantages attribués à cette méthode, d’après Miot, sont imaginaires, car l’incision permet d'arriver seulement dans un point situé en dehors du corps étranger, lorsque celui-ci est situé au

fond du conduit auditif externe. Au lieu d’un canal naturel, le conduit auditif externe, on crée un passage artificiel masqué en partie par le sang provenant des vaisseaux sectionnés.

Pour nous, ces procédés chirurgicaux sont moins dangereux que les interventions directes ; néanmoins le jour créé par la voie des auteurs précités nous paraît bien insuffisant.

Avec le procédé de M. Gangolphe, au contraire, on peut directement aborder le conduit auditif osseux, dans toute son élendue, au besoin réséquer. la portion antérieure du cercle tympanique, explorer avec un jour énorme la caisse du tympan.

Donc, voie facile, large, éclairage direct du conduit auditif osseux et de la cavité de la caisse du tympan; telle est la supériorite de l'opération préauriculaire.

Polypes de l'oreille.

Ces productions morbides se rencontrent à la surface des portions fibro-cartilagineuses etosseuses du conduit auditif externe, à la surface du tympan et de l’oreille moyenne.

Comme pour'les corps étrangers, on peut les diviser en quatre catégories au point de vue opératoire :

1° Les polypes qui siègent dans les deux tiers externes du conduit auditif externe ;

2° Ceux qui siègent dans les deux tiers internes;

3 Ceux qui siègent à la surface du tympan ;

4 Ceux qui siègent à la surface interne de la caisse,

Nous nous occuperons seulement des trois dernières catégories.

Les polypes qui siègent à la partie interne du conduit offrentjune consistance variable. Leur base d'implantation est souvent très large. Leur exploration est rendue souvent difficile par le fait qu’ils saignent facilement dès qu’on les touche, même à un contact léger.

Quant à ceux qui siègent à la surface du tympan, il est de toute nécessité de se rendre compte de leur base d'implantation, car elle est formée en totalité ou en partie par des tissus mous, hypertrophiés, qui ont pris naissance sur une partie osseuse saine ou cariée.

Il faut donc enlever les parties molles et favoriser l'élimination des parties cariées.

Enfin lorsque le polype est dans la caisse, le tympan est détruit dans presque toute sa totalité, on présente une ouverture dont la largeur est variable. Dans les deux cas, il est difficile d'atteindre le pédicule, surtout quand le polype sort du méat et remplit le conduit. C’est dans ces cas que des auteurs ont amené une paralysie faciale en allant cautériser à l’aveugle dés polypes profondément insérés à l’intérieur de la caisse (1).

Bouisson (de Montpellier) (2), dans une clinique faite à l'hôpital St-Eloi, a proposé, pour atteindre ces polypes, le décollement du conduit auditif en décollant le pavillon de l'oreille au niveau de ses insertions mastoïdiennes.

(1) Miot. Polÿypes de l'oreille. Paris, 1871. (2) Bouisson. Montpellier médical, 1869.

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