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PHYSIOLOGIE DU RECTUM

L'étude du pouvoir absorbant du rectum, seul point particulier de physiologie qui nous occupe, tentre en grande partie dans le domaine plus large de la physiologie de l'absorption. La voie rectale n’est qu’une des voies nombreuses d’absorption de l’économie.

Dans ce chapitre, nous nous sommes réservé d’établir par quelles expériences les physiologistes ont fixé la solution délicate du problème de la rapidité d'absorption relative de l'estomac et du rectum. Ces savants dans leurs recherches se préoccupaient surtout de l’importance physiologique de la question: ils négligaient d’étudier l’administration des substances médicamenteuses par la voie rectale dans un but thérapeutique. Ceci fera plutôt la matière d’un de nos prochains chapitres.

Au commencement du siècle, Dupuytren avait eu l'intuition de l’énergie du pouvoir absorbant que peut présenter la muqueuse rectale. À son époque, les théories physiologiques allaient malheureusement tout à l'encontre des idées de Dupuytren. Et

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ce dernier négligea de contrôler les vues de son esprit par des expériences personnelles.

En 1824, Ségalas fit des expériences curieuses sur l’absorption intestinale, dans lesquelles il cherchait à se rendre compte de la voie suivie par les liquides mis directement en contact avec la muqueuse intestinale. Quoique cet ordre de faits ne se rapporte pas entièrement au rectum, leur conclusion devait être adoptée pour la muqueuse rectale. Car pour elle comme pour l'intestin grêle les liquides absorbés ne suivent que deux routes, les veines et les chylifères, origine des vaisseaux chylifères qui vont aboutir au tronc principal de la circulation lymphatique, le canal thoracique. Il nous a semblé intéressant de résumer rapidement les expériences de Ségalas.

Dans une lettre adressée au professeur Magendie et insérée dans le Journal de Physiologie, il écrivait qu'il avait fait plusieurs expériences tendant à prouver d’une manière positive, l'absorption exclusive par les veines des substances autres que le chyle, déposées dans le canal intestinal.

Au couts de cette lettre, Ségalas dit qu'il a repris les découvertes de l’illustre Magendiesur l'absorption des poisons déposés dans une anse d’intestin préalablement séparé par deux ligatures du reste de la masse intestinale. Ce segment d’intestin ne communique plus avec l’économie que par une seule veine et une’seule artère. Ces deux vaisseaux sont même dépouillés de leur gangue cellulo-graisseuse pour écarter de prime abord toute objection d'absorption

par les lymphatiques. Les expériences de Magendie

sont restées classiques.

À son tour Ségalas semble vouloir prouver l’ab- Sorption des substances confiées aux intestins par la voie des lymphatiques, il écrit en effet : « L’absorption par les veines est évidente pour la surface intestinale ; il ne s’agit plus que de savoir s'il en ‘est de même de l'absorption par les vaisseaux chylifères, qui, pour tous les anatomistes, je crois, sont une dépendance des vaisseaux lymphatiqués, de ces vaisseaux appelés absorbants par excellence, et regardés naguère encore par la plupart des physiologistes comme des agents exclusifs de l’absorption ».

Ségalas institua des expériences par lesquelles il voulait prouver l’absorption par les Ilymphatiques. Mais les conclusions furent moins nettes. L’absorption, il le remarqua, était toujours plus lente par cette voie:

Cette digression terminée, il faut arriver aux deux expérimentateurs Restelli et Stambio qui les premiers ont eu l’idée de rechercher si le rectum et l'estomac avaient un pouvoir absorbant différent. Dans leurs travaux ils se servirent de la strychnine et des sels de morphine.

Des chiens soumis à l’ingestion stomacale de la strychnine présentèrent au bout de 2$ minutes des accès tétaniques; tout au contraire, sionavaitrecours pour l'administration du poison aux injections recta-

les, les premiers symptômes d’empoisonnement se

montraient au bout de quinze minutes seulement. Quand on opérait sur des animaux de même taille, la mort survenait généralement au bout de 65 ou de 40 minutes suivant que l’on employait la voie stomacale ou rectale. Pour les sels de morphine, Bertelli et Stambio parvinrent aux mêmes résultats : il existait de pareilles différences suivant le mode d'administration de la substance toxique.

Ces expériences avaient lieu en 1847; en 1856, Briquet présentait à l’Académie de Médecine un mémoire important sur l'absorption et l’action des sels de quinine introduits par le rectum.

Les conclusions de Briquet ont trait surtout au degré de tolérance du rectum pour les sels de quinine. Il prouva qu’à condition de ne pas dépasser 2 grammes, les injections rectales de sulfate de quinine sont très bien supportées. Le bisulfate de quinine au contraire s’absorbe plus rapidement par l’estomac que par le gros intestin.

Des recherches enfin, qui sont trop importantes pour être passées sous silence sont celles de Savary. La Gazette médicale du 19 mars 1864, donne un compte-rendu des expériences faites par le D' W. Savary, professeur d'anatomie et de physiologie générales à l’hospice de Saint-Barthélemy, de Londres. Le compte-rendu primitif avait été publié par le journal anglais « The Lancet ». Le professeur de Londres avait étudié sur des lapins, des chats, des cochons d’inde et des chiens, la rapidité relative de l’absorption par l'estomac et le rectum de certaines

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RS Substances, telles que la strychnine, le cyanure de potassium, la nicotine. La variété des résultats dépendait absolument du genre de produits toxiques employés. Pour la strychnine en solution, en particulier, la rapidité d'absorption avait été bien plus considérable quand le poison était administré en lavement que quand il était pris par la bouche. Quand on expérimente avec la nicotine, les résultats sont justement diamétralement opposés.

En présence de ces résultats Savary s'était demandé si l'absorption était plus rapide suivant que l’on employait une voie plutôt que l’autre. Savary étudia plus particulièrement l'effet de la strychnine sur l’économie et l’intensité de son effet suivant le mode d'administration. Craignant que le suc gastrique ne retardât par son mélange avec la strychnine, la rapidité de l’action toxique, il donnait des lavements avec une solution de strychnine préalablement additionnée d’une certaine quantité de suc gastrique. Dans ces conditions les effets toxiques étaient pour le moins tout aussi rapides et aussi énergiques que si on s'était servi d’une solution de strychnine pure de tout mélange avec le suc gastrique. L'hypothèse première n’était pas justifiée : la lenteur relative d'absorption par l'estomac n’était pas due à la présence dans ce viscère du suc gastrique.

Savary, constata également que la présence des aliments dans l'estomac n’exerçait aucun rôle sur la rapidité de l'absorption des substances toxiques et en païticulier de la solution de strychnine. Tout au

contraire de ce qui a lieu pour la solution de strychnine, si on emploie la strychnine en poudre, l’absorption se fait plus rapidement par l'estomac que parle rectum. Savary pensa que ce phénomène était dû à l'action dissolvante du suc gastrique qui facilitait ainsi le passage dans les voies d'absorption.

Enfin pour terminer cette revue des principales expériences qui ont prouvé la puissance absorbante de la muqueuse du gros intestin il nous faut arriver aux travaux remarquables et très intéressants de Demarquay. Comme nous aurons l’occasion de revenir sur les travaux de ce célèbre savant, nous nous contenterons de dire que Demarquay, inspiré par les idées de Dupuytren et de Chomel, voulut savoir si l'absorption rectale de l’iodure de potassium était suffisamment rapide. Il donna des lavements d’iodure de potassium à un syphilitique et il observa que le médicament se retrouvait dans la salive au bout de deux à sept minutes. À notre avis Demarquay le premier, eut un but thérapeutique quand il administra par la voie rectale l’iodure de potassium. Certes aujourd'hui la méthode rectale a pris un développement considérable, aussi nous servirons-nous des expériences de Demarquay comme base de notre travail. Dans un prochain chapitre nous analyserons plus longuement les travaux de ce médecin. |

Dans l’état actuel des connaissances physiologiques on considère, il est presque inutite de le redire,

que le gros intestin peut très bien absorber des

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