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I. — Des lavements médicamenteux

Dans un chapitre précédent traitant de la physiologie de l'absorption par la voie rectale, nous avons rappelé le nom de Demarquay en nous proposant d'analyser ses recherches avec tout le développement que comportent des expériences aussi curieuses.

Dans ses « Recherches sur l'absorption des médicaments faites sur l'homme sain » le célèbre chirurgien, après avoir étudié les diverses voies d’absorption, s'occupe de la muqueuse rectale. Il rappelle que beaucoup de physiologistes et des médecins, niaient la rapidité d'absorption rectale, malgré les idées de Dupuytren et de Chomel qui savaient que l’opium agit bien plus vite quand il est administré par le rectum. Les expériences de Demarquay avaient pour but de confirmer les idées de Dupuytren, de plus elles visaient Ia guérison du malade, elles étaient faites avec une préoccupation éminem-

Lemanski s

nes Fe ment thérapeutique. C’est en cela qu'elles nous intéressent tout particulièrement et que nous nous proposons de les étudier dans ce chapitre.

Il s'agissait d’administrer à des malades l’iodure

de potassium et Demarquay songea à user des lavements.

« On fait administrer à des individus bien pot- « tants, écrit Demarquay, sous certains rapports, et « qui devaient être soumis à un traitement par l'io- « dure de potassium, un lavement de la contenance « de 200 grammes d’eau avec 1 gramme d’iodure de « potassium en dissolution. Dans quelques circons- « tances, j'avais fait vider l'intestin rectum ; mais le « plus souvent, le lavement était administré sans « prendre cette précaution ; nous avons répété l’ex- « périence plus de dix fois, et toujours elle nous a « donné un résultat curieux à constater, c’est-à-dire « que toujours nous avons tiouvé une absorption « plus prompte par le gros intestin que par l’esto- « mac. Voici le résultat des cinq premières expé- <tiencess

Première expérience : élimination en 7 minutes.

Deuxième > > 5 »

Troisième » » 5 »

Quatrième » » 6 > Cinquième » » 2 >

Demarquay fait ensuite ressortir toute l’importance de ces recherches qui démontrent queles subs-

tances solubles, dans ce cas, passent plus rapide

SIT ment dans le torrent circulatoire quand elles sont confiées au rectum de préférence à l’estomac.

Au point de vue de la thérapeutique de la syphilis, il était du plus grand intérêt de noter que l’iodure de potassium avait une action très énergique passant par la voie rectale et qu’il pouvait facilement être administré en lavements. Et ceci peut être d’une grande ressource pour le médecin qui doit ordonner ce médicament à des gens qui ont une grande répugnance de goût pour l’iodure de potassium.

Pour constater expérimentalement l'absorption par le rectum de l’iodure de potassium, c'était toujours dans la salive que Demarquay recherchait la présence de l'agent éliminé. « Les moyens de recon- « naître l’iodure de potassium, dit Demarquay, sont « très simples et à la portée de tout le monde: dans « la salive, on le trouve en faisant humecter conve- « nablement un morceau de pain à chanter, et enle « trempant ensuite dans l'acide nitrique un peu « étendu d’eau. Si la salive renferme de l’iode, le « pain à chanter prendra sur les bords, et ensuite sur « toute son étendue, une teinte violette ou bleu- « foncé, suivant la quantité d’iode éliminée. Quant « aux urines, tien n’est plus simple d’y déceler « l’iode, surtout quand il y existe en certaine pro- « portion. L’urine étant recueillie dans un verre à « expérience, on y verse une petite solution d’ami- « don ; cela fait, on y ajoute de l’acide nitrique en « agitant le liquide en expérience avec une baguette « de verre, et bientôt, si l’urine contient une cer-

« taine quantité d’iode, on voit le liquide prendre « une teinte mauve, puis violette et finalement « bleue. »

Depuis Demarquay, la thérapeutique s’est emparée des lavements médicamenteux dans un but de médication générale, et les expériences se sont multipliées. M. le D' Main, qui a acquis une très réelle compétence dans ce genre de recherches particulières, a retrouvé lui aussi l'iodure de potassium dans les urines. Jusqu'ici les substances dont on s’est servi le plus volontiers sont les préparations d’iode et de brome, la morphine, le salol, la créosote, l’hydrogène sulfuré, l’eau froide ou l’eau chaude, cette dernière substance plutôt, il est vrai, dans un but purement local.

M. Kœbner se sert souvent, quand il a en vue une médication looale ou générale, de la muqueuse rectale, lorsque dans les cas de syphilis ou d’asthme, il veut administrer les préparations iodées ou bromurées. Il assure même que l'iodisme serait ainsi moins à redouter et en tous cas moins grave.

M. Berlioz, dans son « Traité de thérapeutique », prétend que dans les cas où il serait urgent d’administrer l’huile de foie de morue à haute dose, si le malade avait une trop grande répulsion à boire l’hüile de foie de morue, il ne faudrait pas hésiter à essayer de la voie rectale, on usérait alors d’une

sorte d’émulsion, avec un jaune d'œuf par exemple.

M. Talichet, de Roanne, a préconisé dans le trai-

tement de la tuberculose des lavements de créosote ainsi formulés .

Créosote. .. . SE . 10 à 40 gouttes Gomme adragante . .... o,25 centigr.

Décoction de graines de lin.. q.s.

. Dans la fièvre typhoiïde, les lavements froids ont eu aussi leurs défenseurs. Foltz, de Lyon, fit des expériences précises qui démontrèrent que la réfrigération était par ce moyen presque égale que dans la méthode de Brand, mais plus passagère. Mais comme ïil s’agit ici, bien plus de phénomènes réflexes que de faits d'absorption, nous ne nous arrêterons que fort peu à cette médication préconisée par Krull, Eichhorst, Krauss, Chauffard dans l’ictère catarrhal et la colique hépatique. Les lavements chauds indiqués par M. Reclus pour combattre les affections. de la prostate, de la vessie, les hémorrhoïdes, etc., ne seront ici cités que pour

mémoire.

Bien mieux doivent nous attacher les essais tentés par Malherbe de Nantes, qui donna la belladone par l'intestin dans la colique de plomb, l’iléus et la hernie étranglée. Dans cette dernière, les lavements de tabac ont eu longtemps une certaine vogue. Bondui eut l’heureuse idée de donner l’arsenic eninjections intestinales dans les fièvres intermittentes, et Briquet avait recours, dans les mêmes affections, au bisulfate de quinine en injection rectale.

Dans les cas de cachexie paludéenne, Aran et

se Herpin avaient donné les lavements de vin et d’eaude-vie. Aran étendant plus tard son idée à d’autres affections où l'assimilation était difficile, pratique cette médication dans la chlorose et la cachexie syphilitique. Son traitement compta de beaux succès et fut imité par Debout, Giraud (de Draguignan), Villiam etautres nombreux praticiens. M. le professeur Pajot, lui aussi, a vanté les lavements de vin et d’eau-de-vie, dans les hémorrhagies par inertie de l'utérus. |

Pour la curation de la phthisie pulmonaire, il a été question d'utiliser la voie rectale dans l’administration des sulfureux. En 1886, M. Bergeon fit connaître à l’Académie de Médecine et à l’Académie des Sciences sa méthode dite du Zlavement gazeux, dans les maladies des voies respiratoires. La voie rectalé permettait, suivant l’auteur, de faire absorber une bien plus grande quantité d'acide sulfhydrique que la voie digestive supérieure. Ondevait mélanger l’acide sulfhydrique avec de l’acide carbonique: un. demi-litre d'eau sulfureuse, Allevard, Eaux-bonnes, Saint-Honoré, Challes, etc., traversé pendant une demi-heure par quatre ou cinq litres d’acide carbonique. Quand l'élimination pulmonaire est possible le passage de l'acide sulfhydrique dans l’économie n'offre aucun danger ; or, Claude Bernard avait déjà démontré que cette élimination se fait surtout par la surface pulmonaire, ce qui présente un incontestable avantage pour la guérison de la tuberculose. Des

faits nombreux attestaient la précieuse utilité de la

méthode de M. Bergeon, qui d’ailleurs institua avec M. le professeur Cornil des expériences sur des lapins dont les résultats furent très concluants. Les avantages de ce mode de traitement étaient surtout d'attaquer directement le bacille et d'arrêter ses effets nocifs, et de plus de modifier considérablement les phénomènes bronchitiques en restreignant l’expectoration. Voilà donc tcute une méthode thérapeutique dirigée contre la tuberculose et basée sur l’absorption rectale.

La créosote est un médicament, qui, on le sait, très préconisé dans la tuberculose, a tenté beaucoup d’expérimentateurs, et les résultats auxquels ils sont parvenus fort précis et très instructifs méritent d’attirer l'attention et comportent un développement analytique sérieux. Les travaux de M. Main, de M. Imbert, de M. Kugler et de beaucoup d’autres, tendent généralement à prouver que l’absorption de la créosote par la voie rectale est parfaite et se fait dans toute son intégrité. Les lavements créosotés sont très bien tolérés et passent rapidement dans l’économie. On retrouve la créosote dans les urines.

Les expérimentateurs ont beaucoup discuté sur la valeur et la perfection des réactifs employés pour la recherche de la créosote dans les urines. Mais il convient dé retenir ici qu’il est parfaitement démontré que la créosote passe très bien dans la circulation générale quand elle est confiée au rectum et cela

sans danger de produire d’inflammation locale. Les

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