‹ De la Voie Rectale et de son Utilisation en ThérapeutiqueChapitre 17 sur 25 · II. — Des suppositoires · texte numérisé non relu

II. — Des suppositoires

Quand on veut user de la voie rectale pour l’absorption des médicaments, on peut avoir recours à deux moyens différents : d’une part, les lavements dont nous venons d'examiner les effets, d'autre part, les bougies, les olives et principalement les suppositoires dont nous allons tracer l’étude. Les suppositoires, dit M. Henri Soulié, dans son « Traité de thérapeutique » sont comme des lavements solides ; ils ont pour excipient, en France du moins, le beurre de cacao, 4 grammes ordinairement. On pourrait se servir aussi de suif ou de savon. Les suppositoires sont depuis fort longtemps employés en médecine pour obtenir des effets locaux ou même des effets calmants. Mais l’idée de les utiliser pour l'absorption par le rectum d’une substance employée dans un but de thérapeutique générale est de date toute récente. D’une façon très étendue on peut employer un grand nombre de médicaments sous la forme de suppositoires. Le tableau ci-dessous, que nous devons à l’obligeance de M. Kugler, qui l’a publié et répandu dans le public médical, montre quelle variété on peut obtenir dans la composition des suppositoires.

Le tableau que nous donnons relate les proportions et la composition d'olives et de bougies dont

Lemanski

nous ne nous occupons ici qu'incidemment. Les

doses et les médicaments employés sont surtout de

notre ressort quand ils prennent la forme de suppo-

sitoires.

Dosage des produits incorporés au beurre de cacao. TS

Bougies au beurre Classification de Meticamente de cacao la substance Pour 100 grammes de masse ne mn ne 2 Re Re acide borique |10 gr. p. o/o acide chrysopha-| 2 »

Antiseptiques He Ê È Aristol $ »

préservatifs Se, : # resorcine 2 »

salol $ »

sublimé 10 cent. p. 0/o sulfate de thalline| $s gr. »

alun AS MP 10/0 Ô ergotine nc se fait pas Astringen ARC P gentS | ext, de coianhia 3 gr. p. o/o tannin 10 »

ext. de belladone| 2 gr. p. o/o ext. d’opium 2 »

Caiïmant cÉmpRee 5 = ù chloral ne se fait pas cocaïne 21CT-Ep-L0/O morphine I »

e Î or / calome $ gr. p: 0/0 chlorure de zinc| 1 »

CC éreunr iodoforme 2 »

autériSantS | Litrate d'argent |socent, »

oxyde de zinc |10 »

sulfate de zinc | 2 gr. »

créosote ne se fait pas

Olives au beurre de cacao Dose pour chaque olive

so cent. par olive ne se fait pas

2$ cent. par olive 10 »

ne se fait pas 2$ cent. par olive $ millig. »

25 cent. »

10 cent. par olive 25 »

10 cent. par olive $ »

2$ cent. par olive 2 »

so cent. par olive

Suppositoires au beurre de c cao Dose pour chaque suppositoire

so cent. par suppositoire ne se fait pas

25 cent. par sup.

s millig. »

ne se fait pas

10 cent. par sup.

s cent. par sup.

21 cent. par sup.

so cent. par sup.

(creosocom)

Les avantages des suppositoires sur les lavements,

dans certains cas, sont considérables et méritent d’at-

tirer toute l’attention du praticien. Bien plutôt et

ÉD 2 mieux que les lavements ils seront indiqués dans les cas d’intolérance stomacale, de médications prolongées, dans tous les cas où le médicament serait trop irritant absorbé par les voies digestives supérieures. De plus les lavements médicamenteux, je parle surtout de ceux qui ne sont pas donnés dans un but purgatif, sont très fréquemment mal tolérés par lè rectum et sont rapidement rejetés, de telle sorte que l'absorption, même en la supposant très hâtive, n’a pas le temps de se produire dans son intégrité. Le suppositoire, nous le démontrerons d’ailleur plus loin, d’une façon plus complète, peu irritant, reste à demeure et prolonge l’action thérapeutique. Il n’occasionne qu’une,gêne insignifiante et se trouve très bien supporté par le malade. Il est aussi permis de le renouveler aussi souvent qu'on le désire.

M. Dujardin-Beaumetz se sert souvent dans son service des suppositoires créosotés qu’il applique au traitement de la tuberculose et de nombreux succès sont venus couronner sa manière de faire.

M. Kugler a communiqué à cé sujet à la « Société de thérapeutique » le résumé d'observations très curieuses. Des expériences où il était lui-même sujet et observateur, lui ont démontré la très grande rapidité d'absorption de la créosote placée dans le rectum sous forme de suppositoires. On aurait pu croire que la créosote ainsi administrée irritàt considérablement la muqueuse rectale et n'agisse comme un révulsif iocal énergique. Des cas très

nombreux, où la créosote a été ainsi employée en suppositoires,ont montré qu’il n’y avait aucun accident local à redouter. M. Kugler a remarqué que cinq ou Six minutes après avoir placé le suppositoire, déjà dans les urines les réactifs décelaient des traces de créosote.

Mon ami, le D' Touvenaint, a eu l’occasion dans sa pratique civile d'observer des malades tuberculeux soumis au traitement de créosocones : presque tous accusent le goût et l’odeur de la créosote dans l'air expiré. Suivant leur expression, de suite après l’application du suppositoire « ils mouchent de la créosote. »

Ces résultats sont très instructifs et très encourageants en montrant encore une fois combien est rapide l’absorption des médicaments placés à demeure dans le rectum. De plus il semble que les doses peuvent être élevées dans de réelles proportions, sans occasionner d'accidents toxiques, ce qui constitue une précieuse ressource thérapeutique. En effet, le rectum se montrerait tolérant pour des suppositoires de créosote de un gramme.

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