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CHAPITRE II

Voix eunuchoïde. Description.

Conditions anatomo-pathologiques.

La voix eunuchoïde, autrement dit, voix de châtré, est cette voix particulière, supérieure d’un octave à la voix normale, dont sont affectés certains individus, longtemps après l’époque où se sont manifestés chez eux les premiers phénomènes de la mue de la voix.

À peu près analogue comme timbre à la voix infantile, elle se rapproche cependant un peu plus du soprano féminin. Son intensité est également plus forte, en raison de la plus grande puissance pulmonaire des sujets chez lesquels on la constate.

On peut assez facilement expliquer cette différence de timbre, qui sépare la voix eunuchoïde de la voix infantile. En effet, si chez les individus atteints de cette infirmité le larynx s’accommode toujours de façon à produire des sons de fausset, les résonnateurs constitués par les cavités susglottiques ont subi un accroissement en rapport avec celui

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des autres parties du corps et n’harmonisent plus les les sons produits de la même façon que chez l’enfant, d’où la différence de timbre des deux voix. ,

Cette différence se retrouve la même chez l’eunuque, car chez lui le larynx a subi un arrêt de développement complet par suite de la mutilation qu'on lui à fait subir, tandis que les résonnateurs se sont régulièrement développés, aussi le timbre de sa voix est-il moins criard, et, dans le célèbre chœur de la chapelle Sixtine, les eunuques servaient à établir une sorte de liaison harmonique entre les voix extrêmes de l’enfant et celles de l’adulte.

Ce type de voix n’est pas rare, et il n’est pas de médecin qui ne rencontre dans le cours de sa carrière des sujets affectés de cette triste infirmité, qui peut briser leur avenir en leur interdisant l’accès de certaines profes sions, sans parler des ennuis multiples que leur occasionne un tel défaut de langage.

Il ne faut pas confondre, avec ce type de voix, la voix douce, flûtée, particulière à certains individus dont le larynx par ses petites dimensions se rapproche d’un larynx de femme.

Loin d’être pour eux un sujet de ridicule, elle est plutôt un avantage. Son timbre est agréable et les tenorini en offrent le type.

Chez l'eunuchoïde, le larynx ne présente pas la petitesse du larynx de l’eunuque, ni même celle du larynx du ténorino. Il est normal, parfaitement développé et en rapport avec la taille et l’âge de l'individu. Généralement, et nous reviendrons plus loin sur cette particularité, le larynx présente de grandes dimensions.

Comment se comporte-t-il donc pendant l’émission des

note sons pour produire ce type de voix si particulier qui est la voix eunuchoïde ?

Peu d'auteurs ont cherché l'explication de ce phénomene., Fournié, au congrés de laryngologie de Milan, en 1880, dans une communication sur la voix eunuchoïde est un des rares auteurs qui se soient occupés sérieusement d’élucider cette question.

A lexamen laryngoscopique on observe, dit-il, les particularités suivantes : « Tandis que, dans les conditions ordinaires, on voit, au moment de la production du son, les rubans vocaux se rapprochér l’un de l’autre laissant entre eux un espace elliptique, dans lequel le souftie devra passer; chez l’eunuchoïde, les rubans se rapprochent également, mais sans se toucher complètement en arrière et circonscrivent dès lors au lieu d’un espace elliptique un espace triangulaire en forme de V dont le sommet est en avant. En même temps, on voit que les rubans sont très tendus d’arrière en avant et que l’ensemble de l’organe se porte en haut et en arrière. En faisant émettre des sons plus élevés, la disposition que nous venons de signaler reste la même avec cette seule différence qu’il y a un peu plus de tension et que l’ouverture du V diminue en arrière.

A priori, cette explication nesatisfait guère, étant donné ce que nous savons sur la formation de la voix de tête et on ne comprend guère qu’un son aigu puisse être donné par une glotte ouverte en arrière, par la seule influence du procédé de la tension des cordes vocales. Du reste, les quelques auteurs qui ont repris la question sont tous unanimes’ à rejeter la théorie de Founié et leurs observations touchant la disposition de la glotte pendant l’émission de la voix eunuchoïde concérdent: toutes. : :° : : :

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Dans tous les examens laryngoscopiques pratiqués par M. Garel chez des sujets présentant le type de voix eunuehoïde, il a toujours trouvé que les cordes vocales prenaient, pendant l'émission des sons la position dela voix de fausset et jamais cet auteur n’a trouvé la soie en V signalée par Fournié.

Dans les Archives de laryngologie italienne de 1887, le D' Trifiletti publie une observation de voix eunuchoïde. Il s’agit d’unindividu de vingt et un ans, typographe, dont tout les organes, y compris les organes génitaux, sont normalement développés. Le larynx présente également sa forme et ses dimensions normales, en rapport avec l’âge et le sexe de l’individu. On n’y constate qu’un peu de tumé faction et de rougeur d2: la muqueuse coexistant avec un état semblable des muqueuses pharyngienre et nasale.

Pendant la phonation les cordes vocales paraissent accolées en arrière ; il enest de même de la partie intercartilagineuse de la glotte. Elles sont un peu écartées en avant suivant l’acuité des sonset circonscrivent une ouverture ovalaire allongée qui donne passage à l'air. Elles ne semblent pas tendues et vibrent surtout dans la partie interligamenteuse de la glotte.

- En somme, pendant la phonation, les cordes vocales ne prennent pas la position normale de la voix de poitrine, mais se rapprochent au contraire de celle de la voix de tête.

De plus, en observant bien la glotte, a au moment où ellé se disposé à la phonation, on note des mouvementsindécis, désordonnés des cordes et de toutes les Hi qui concourent à l’occlusion de la glotte.

On voit, par cette observation que nous venons 48 ré-

ER AE sumer brièvement, qu’ à l’examen laryngoscopique le D' Trifiletti n'a pas constaté chez son malade la disposition de la glotte en forme de V signalée par Fournié, mais bien que les cordes vocales prennent la position de la voix de tête.

Nous devons en un autant, ajoute-t-il, pour la tension des cordes vocales, qui est la même AE lorsque le larynx émet des sons de tête.

Il nous reste à signaler ce fait que, dans plusieurs des observations que nous rapportons, le malade présentait un certain état parétique des muscles dularynx. Ce phénomène, qu’on peut attribuer à de la fatigue vocale ou à un peu de pharyngite, très fréquente chez-les sujets atteints de voix eunuchoïde, ne peut servir de point de départ à une théorie qui ferait résulter ce type de voix d’un trouble parétique des muscles du larynx, car il est loin d'être constant.

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