CHIMIE INDUSTRIELLE
CARACTÈRES DE L'ACIDE OLÉIQUE DU COMMERCE. — Dans la saponification du suif par la chaux, cette graisse donne 50 0/0 de son poids d’acide oléique et 40 à #5 0/0 d'acide de margarique et stéarique, la valeur du premier est de 70 à 90 francs les 100 kilogr., tandis que les autres sont de 240 à 270. On le purifie grossièrement par le repos dans des caves, et filtration à travers des étoffes très serrées. Cette huile de suif ainsi obtenue est brune, jaune-rougeâtre en grande masse, jaune en petite quantité, elle rougit le tournesol, et présente une saveur âcre et une légère odeur rance. À —6 ou T°, elle se prend en une masse cristalline plus ou moins consistante. Sa densité est égale à 0,9003 à 15°. C’est le plus léger des corps gras liquides ; aussi l'acide oléique est-il introduit dans les mélanges frauduleux des huiles entre elles, dans le but de ramener ledit mélange à la densité normale de l’huile fraudée. il est employé particulièrement dans la fabrication des savons et pour l’ensimage de la laine dans les fabriques de drap. On le mélange avec de l’argile et il constitue sous le nom d’éther oléique, une excellente huile pour les cuirs, employée pour lui donner de la souplesse.
Celui obtenu par la saponification sulfurique, on en obtient de 30 à 35 0/0 par ce procédé, a une odeur viveet désagréable. Cette odeur persiste dans les savons préparés avec cet acide oléique, on l’emploie de préférence à l’ensimage des laines.
En France, la saponification se fait simultanément dans plusieurs usines, calcaire et acide, qui se prêtent un mutuel appui.
En Allemagne, la saponification calcaire est généralement employée.
APPLICATIONS SPÉCIALES ET CARACTÈRES DE L'ACIDE OLÉIQUE DES DEUX ORIGINES.— L’acide oléique suivant qu’il parvient d’une saponification sulfurique ou calcaire, présente des caractères particuliers que souvent il importe de reconnaître en vue des applications spéciales de ces deux variétés d'acides gras liquides. Très généralement l’acide oléique
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de saponification calcaire, quelque soin que l’on ait pris d’en extraire autant que possible les acides cristallisables, est toujours préférable à autre pour la fabrication des savons de soude, car ceux-ci sont plus durs et d’un meilleur usage que les savons à l'acide oléique de distillation par la saponification sulfurique. D'ailleurs, pour donner à ces derniers la consistance ferme que les consommateurs préfèrent, on est parfois obligé d'ajouter du suif aux matières premières, et le prix coûtant se trouve ainsi plus élevé. Une considération analogue tend à déprécier l'acide oléique de distillation, lorsqu'il s’agit de savons mous (ou à base de potasse) bien que l’on ajoute à l’acide gras un, deux ou trois dixièmes de résine et d'huile commune (ou plutôt des féces d'huile) car le rendement est, en tout cas, moindre de dix à douze centièmes que celui obtenu lorsqu'on emploie l’acide oléique de saponification calcaire. Celui-ci, par ces motifs, se vend, en général, plus cher que l’autre, bien qu’il ne semble pas préférable pour d’autres applications, l’ensimage des laines, par exemple.
L’acide oléique qu'on obtient par voie de décomposition avec l’eau sous toute pression, ou ce qu’on appelle la saponification à l’eau, a les mêmes applications que celui obtenu par sapouification calcaire. :
Il importe, en tout cas, de distinguer ces deux acides gras d’origines différentes ; on y peut parvenir en effectuant certaines réactions d’une manière comparative. Voici les procédés indiqués par M. Payen :
Si par exemple on agite ensemble 25 grammes d’acide oléique de saponification calcaire et 1 gramme d’un mélange de trois parties d’acide azotique avec une partie d'acide nitreux, la totalité du liquide se prend en une masse consistante. Lorsqu'on opère exactement de même avec l’acide oléique de distillation, le liquide ne se solidifie pas. Un phénomène contraire se manifeste lorsque l’on traite comparativement les deux acides gras par 1/100 de chaux, préalablement hydratée en fait de chaux; après le mélange intime dans des conditions égales, l’acide oléique de distillation se prend en une masse de consistance graisseuse plus ou moins prononcée, tandis que l’acide de saponificalion calcaire donne un mélange sensiblement fluide. En effet, chauflés l'an et Pautre à 100°, le premier se solidifie presque totalement, tandis
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que dans le deuxième 1/4 seulement du volume est consistant; la différence devient encore plus manifeste si l’on recueille de chaque mélange la portion solide sur un filtre entretenu à la température de 50°; enfin, un dernier caractère distinctif curieux, c’est que les savons calcaires lavés à l’alcool, puis décomposés par l’acide chlorhydrique donnent des acides gras inégalement fusibles, le premier (de distillation) à 34° 5, le deuxième (de saponification calcaire) à 33°.
L’acide oléique entraîne du fer lorsqu'il à été exprimé à la presse à froid ou à celle à chaud. Pour procéder à cette élimination du fer, qui paraît y être à l’état de protoxyde, on a conseillé de le faire passer à l’état de peroxyde, soit par une injection d'oxygène, soit par une injection d’air qu’on lance à l’aide d’une pompe foulante, pendant que lPacide bout à la vapeur, puis faisant bouillir à la vapeur d’abord avec l’acide sulfurique très étendu et en traitant, par un décoction de sumac, de tannin ou de noix de galle, en répétant cette opération jusqu’à ce qu’en évacuant chaque fois le liquide, on ait combiné lont le fer et obtenu un acide éminemment propre à la fabrication des savons, que cerlaines industries, telles que les teinturiers, les blanchisseurs, etc., rejettent ces savons renfermant du fer.
TRANSFORMATION DE L'ACIDE OLÉIQUE EN ACIDE PALMITIQUE. — Comme nous l'avons vu plus haut, cette découverte est due à M.Varrentrapp; on obtient des résultats industriels susceptibles d’être réalisés en grand. Dans une grande chaudière de tôle munie d’un agitateur à palettes de fer, on chauffe une lessive de potasse caustique marquant 36° ou même plus. Pour 1 d’acide oléique on emploie 2 1/2 de potasse fondue. On ajoute l’acide oléique, qui forme immédiatement un savon, puis on pousse le feu pour chasser l’excès d’eau jusqu’à l’apparition de vapeurs blanches. Au début le savon, presque solide ou fortement pàteux, est intimement mélangé à l’excès de potasse. Lorsque Paction commence, le savon se sépare de l’alcali fondu, puis se ramollit, devient spongieux par suite du dégagement d'hydrogène qui s’opère dans toute la masse; il convient alors de régler le feu de manière à ne pas avoir une décomposition trop rapide et un boursouflement qui pourrait faire déborder le produit. Vers la fin de l'opération on peut abattre le feu :
la masse s’affaisse et la température due à la réaction s'élève assez pour la fondre. L’agitateur peut fonctionner alors facilement. Après un refroidissement suffisant, on ajoute assez d’eau pour former avec la potasse et l'acétate une lessive de 20 à 25°, au-dessus de laquelle se trouve du savon palmitique gonflé et fondu ; on laisse refroidir, on soulire la lessive qui est concentrée à sec et calcinée, il reste donc du carbonate de potasse que l’on rend caustique pour une nouvelle opération.
Le savon palmitique est dissous à chaud dans dix fois son poids d’eau et traité par un lait de chaux ; la masse est chauffée dans un autoclave à six atmosphères. Dans ces conditions on obtient un savon calcaire palmitique en grains durs, ressemblant à du sable grossier facile à laver. Le liquide concentré donne de la potasse caustique. Le palmitate de chaux est décomposé par l’acide sulfurique ; les acides gras sont dis: tillés à la vapeur surchauflée et exprimés. Le rendement est d’environ 80 à 85 d’acide palmitique pour 100 d’acide oléique, et l’on retrouve la majeure partie de l’alcali employé. Malgré la durée de l’opération, la transformation n’est jamais complète, il reste de l’acide oléique non décomposé. Pendant la réaction, la masse d’où se dégage l'hydrogène est lumineuse dans l’obscurité. Outre l'acide acétique, on obtient de petites quantités d’acides gras volatils supérieurs.
CARACTÈRES DISTINCTIFS POUR RECONNAITRE LA PRÉSENCE DE L’A- CIDE OLÉIQUE DANS LES HUILES.— Comme je l’ai déjà dit, la densité de l’acide oléique à 15° étant 0,9003, de tous les corps gras liquides il est le plus léger, et sert, pour ce motif, dans les mélanges d’huiles, à donner la densité voulue. On reconnaît facilement l'acide oléique du commerce ou huile de suif dans les autres huiles par le procédé suivant: En agitant l’huile suspecte avec de Palcool moyennement concentré, on élimine l'acide oléique qu’on peut assayer par tous ses caractères; Il rougit le papier bleu du tournesol, et si l’on emploie une dissolution de tournesol, elle devient rose par l’action de l'acide oléique. Il décompose tous les sulfures; avec le bisulfure de calcium, 1! faitune effervescence, laisse dégager de l'acide sulfhydrique, etil y a coloration gris-noir. La fuchsine est insoluble dans les huiles et se dissout très bien dans les acides