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que la descente par les échelles fixes, il occasionne une marche souvent longue dans les galeries, oi^i l'on est exposé à des variations successives dans la température et dans la vitesse des courants d'air, toutes causes de maladies aiguës à frigore et par contre sources d'anémie.
Mais ces variations dans la température sont loin d'être aussi grandes, aussi brusques et, partant, aussi dangereuses que dans les descentes et surtout dans les ascensions par les bennes ou cufj'als.
Un ouvrier qui a travaillé pendant dix heures dans une atmosphère chaude, qui est tout en sueur, se trouvant en quelques instants transporté dans un air froid, voit tous les jours sa santé menacée.
Les chambres chaudes installées dans beaucoup de mines à côté des puits d'ascension, préviennent en partie ces dangers mais sont loin de les annuler.
Et de tous les systèmes le meilleur, quand il est praticable, serait celui de l'ascension par les tranchées ou par des escaliers aboutissant directement à des chambres chauffées, où les ouvriers se déshabilleraient, se laveraient et s'habilleraient.
5" Inlhiences professionnelles spéciales à chaque catégorie tV ouvriers.
Jusqu'ici je n'ai étudié que des causes d'anémie communes à tous les mineurs, je vais exposer maintenant les conditions spéciales à chaque catégorie d'ouvriers et pouvant constituer une prédisposition particulière à la production de l'anémie.
Je n'ai pas à entrer dans le détail des divers travaux nécessités par l'exploitation de chaque mine. Je diviserai les ouvriers en un certain nombre de groupes, constitués plutôt par la similitude des influences capables d'engendrer l'anémie, que par l'analogie de leurs travaux respectifs. Et je passerai successivement en revue les conditions qui exposent à l'anémie les mineurs aux rochers, les abatteurs de minerais, (piqueurs ou hâveurs) et les boiseurs, les chargeui's et les remblayeurs.
Les mineurs qui travaillent à l'aide de la poudre (bacneurs, mineurs aux rochers, bosseyeurs) sont exposés à des causes particulières d'anémie.
Tantôt, au moyen des pics, ils pratiquent des fentes dans les rochers, et si la masse n'en est pas trop dure, ils l'abattent sans avoir recours aux matières explosives. Tantôt ils se
servent, et seulement depuis quelques années, (Je machines dites perforatrices; mais, dans toutes les mines, quels que soient les moyens accessoires employés pour ouvrir les galeries à travers les rochers, on est souvent obligé d'avoir recours à la poudre ou à la dynamite. En éclatant, ces coups de mine exposent les ouvriers à beaucoup de dangers.
Et sans parler ici des traumatismes, ni des brûlures souvent affreuses, que l'explosion peut provoquer et qui n'aboutissent qu'à une anémie secondaire venant à la suite d'hémorrhagies ou de suppurations prolongées, il y a, dans les fumées qui accompagnent l'explosion, des causes d'asphyxie lente pouvant aboutir à l'anémie. Ces fumées sont un mélange de poussière et de gaz.
Les poussières de la détonation sont, d'une part, composées des résidus solides provenant de la combustion incomplète de la poudre, sulfate de potasse et sulfure de potassium, auxquels s'ajoutent, d'autre part, des fragments pulvérisés de la roche.
Les gaz sont formés par la décomposition chimique jies substances qui constituent la poudre et la* dynamite.
Les gaz qui proviennent de la déflagration de la poudre de mine sont un « mélange, dit
Combes (I), en proportions vraisemblablement variées, suivant le dosage de la poudre et, peutêtre aussi, suivant qu'elle est plus ou moins humide et que la eombustion est par conséquent plus ou moins vive, d'acide carbonique, d'azote, d'oxyde de carbone, de vapeur d'eau, d'hydrogène carboné et d'un peu d'hydrogène sulfuré. »
Les gaz produits par l'explosion de la dynamite, qui, comme on le sait, est un mélange de nitro-glycérine avec certaines matières solides et spécialement la silice ou l'alumine, sont : de l'acide carbonique en grande quantité, de la vapeur d'eau, de l'azote, de l'oxygène et, quel- (juefois du bioxyde d'azote. « La nitro-glycérino, dit Berthelot (2), produit sous le même poids trois fois et demie autant de gaz et deux fois autant de. chaleur que la poudre au nitrate. » Et sous le môme volume, elle produit près de six fois autant de gaz que la poudre de mine (Berthelot).
Nous avoiis vu l'influence pernicieuse de ces gaz quand ils sont inspirés en trop grande abondance, et nous ne reviendrons pas sur l'histoire de leurs effets. Il est utile d'ajouter
(1) Acragû des mines, in-So, Paris, 1839, p. 8.
(2) Cours de chimie organique du Collège de France. Sur la force de lu poudre et des malières explosives, /nl^evue des Cours scientifiques, du 23 janvier 1871, 7""' année, p. 759.
que la fumée qui suit la détonation des coups de mine a une odeur généralement désagréable et exerce sur les voies respiratoires une action fortement irritante. Une toux nerveuse, un peu de dyspnée, quelquefois des laryngites, et même des bronchites sont la conséquence de l'inspiration prolongée de ces fumées. Aussi est-il urgent d'activer immédiatement l'aérage dans les galeries où un coup de mine vient d'éclater.
Le séjour trop répété dans les fumées de cette nature amènera, on le conçoit, à la longue, un état d'anémie. Je dois cependant constater que dans mes observations déjà nombreuses, j'ai trouvé chez les mineurs aux rochers, après les irritations des voies aériennes signalées plus haut, des troubles dyspeptiques, des céphalalgies, des douleurs à l'épigastre coïncidant avec une pâleur accusée de la peau, plutôt qu'une anémie vraie.
Les ouvriers qui travaillent avec le pic, soit à l'abatage des rochers, soit à l'abatage du minerai, sont exposés à un autre ordre de dangers.
Je ne parlerai que pour mémoire des éboulements qui peuvent enfermer les ouvriers et surtout les piqueurs et les boiseurs, en leur interceptant toute communication avec les galeries ouvertes.
La mort par asphyxie, dàe à l'air eonfiné, auquel se joiut quelquefois la compression du thorax, quanti l'ouvrier lui-même se trouve pris sous l'éboulement, est trop souvent le résultat de ces accidents.
Mais si le déblaiement s'opère assez vite pour que la victime puisse être délivrée, respirant encore, elle souffre pendant quelque temps des suites de ces premiers degrés d'asphyxie qui, rarement, d'ailleurs, se traduisent par des symptômes analogues à ceux de l'anémie.
Les piqueurs respirent ainsi que les chargeurs les poussières de minerai lorsque celui-ci .est cassant et se dissocie facilement. Les boiseurs respirent également ces mêmes poussières mais en moins grande quantité.
Dans les galeries étroites, basses, quand la couche de minerai est très-mince, les piqueurs travaillent couchés, ou le corps à demi-courbé, ou encore à genoux le tronc penché en avant, en un mot, dans des postures très-gênantes comme dans le travail dit à col tordu. Ces postures pénibles, si elles se prolongent, peuvent amener dans une ou plusieurs régions du corps, une gêne de h\ circulation qui se traduit par des phénomènes d'anémie locale. (Engourdissement d'un membre, gêne de la respiration,
verligcs, etc.). Ihiiis ces mciiics galeries, les licrchcurs ou rouleurs ou traîneurs marchent à quatre pattes.
Les remblayeurs respirent des poussières qui varient suivant la nature du remblai employé, mais qui occasionnent rarement l'anémie: ils travaillent le plus souvent la nuit et j'ai pu constater que ce travail de nuit est quelquefois nuisible à leur santé; le docteur Bourguet (1) avait déjà émis cette opinion, et j'ai observé, de mon côté, qu'on est obligé de changer souvent de travail les remblayeurs qui travaillent la nuit. Et cependant les conditions hygiéniques de leur travail sont meilleures que dans le jour: moins d'ouvriers, moins dépoussières, pas de coups de mine, moins de lampes, moins de chevaux circulant dans les galeries, pas de privation de la lumière solaire, et néanmoins j'ai vu des symptômes d'anémie se produire chez un n-ombre relativement considérable de remblayeurs; car ce n'est pas impunément qu'on change l'ordre de la nature.
Il est enfin des cas exceptionnels qui exposent les divers ouvriers qui travaillent dans une galerie à un autre genre d'accident. Je veux parler de l'ouverture subite, parfois spon-
(1) Essai sur l'hygicno dos ouvriors houillcurs. Thèse do Montpellier, '!8Gi.
Umùe, (l'une coinmiinicatian avec des galeries abandonnées, restées longtemps fermées et dans lesquelles se sont accumulés des gaz toxiques, les uns exhalés des parois de la galerie, les autres formés par la décomposition de matières organiques, des bois de charpente par exemple. Les ouvriers sont alors menacés d'une explosion, si les gaz s'enflamment, ou d'un empoisonnement aigu, d'une asphyxie rapidement mortelle, s'ils ne s'enflamment pas.
Sur les hommes que la mort épargne, l'action de ces gaz ne se prolonge heureusement pas assez pour être une cause d'anémie.
5° In/hienccs des divers minerais sur la froduction de l'anémie. ■
Je passe à l'examen de l'influence de chaque espèce de minerai capable d'engendrer l'anémie.
Les plus dangereux, à ce point de vue, sont: les minerais de plomb, les minerais de mercure, les minerais arsénifères et, peut-être la houille, l'anthracite et le lignite.
Il est d'autres exploitations dont les minerais sont extraits à l'état de sulfures, pyrites martiales, pyrites cuivreuses, blende ; certaines exploitations allemandes dans lesquell es on favorise la production du vitriol par la décomposition de pyrites mises à découvert par une
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tranchée de mine et infiltrées par l'eau, et les exploitations mê:ne de soufre, qui peuvent à la longue donner naissance à l'anémie par des émanations de gaz sulfureux.
Pendant longtemps, l'anémie des mineurs a été regardée comme le monopole des houillères, mais aujourd'hui les procédés d'extraction de la houille se sont considérablement améliorés, l'aménagement intérieur des mines a été bien modifié, les lois de l'hygiène, mieux connues et mieux comprises, ont reçu une application plus sérieuse ; et le temps n'est pas éloigné où l'anémie sera devenue plus rare dans les houillères que dans d'autres mines, où l'on exploite des minerais dont les émanations sont plus malsaines ou même toxiques.
Dans les mines de plomb on trouve les conditions d'insalubrité inséparables de toute exploitation minière, réunies aux conditions d'insalubrité encore plus marquées provenant du triage sur place des minerais abattus. Cette opération, qui consiste à séparer le plomb de la gangue terreuse ou rocheuse qui l'entoure, développe des poussières contenant des particules plombiques.
Respirés ou se collant facilement sur la peau en sueur, ces fragments de métal finissent par amener les accidents d'une intoxication satur-
nino. Le caihonate do plomb étant plus facilement absorbé que la galène développe aussi plus facilement l'intoxication.
De tous les accidents saturnins, je ne parlerai que de l'anémie qui les accompagne ou les suit. Cette anémie excessive, dans laquelle les globules disparaissent avec une rapidité étonnante, si bien qu'en peu de temps le nombre des globules est moindre que dans les cbloroses confirmées, quoique le sang conserve une couleur rouge plus marquée, avait été déjà signalée par Andral. En même temps qu'ils diminuent de nombre, les globules augmentent considérablement de volume; ils deviennent énormes (Malassez).
L'aglobulie dans ce cas, est-elle due à une altération du foie et des reins, ou bien, comme l'avance le professeur Sée (1), est-elle produite par la fixation des molécules de plomb sur la protoplasma des globules qui sont d'abord altérés, puis détruits?
Nous n'avons pas à nous prononcer sur cette question.
Le nombre des empoisonnements saturnins ' varie beaucoup suivant les pays ; ces variations tiennent non-seulement à la nature des minerais
(I) Du sang et dos nnùmics, page '132.
exploitas et aux procéJû-s (rextraction, mais surtout à l'hygièno individuelle des ouvriers. Ainsi aux mines de sulfure de plondj de Gador, en Espagne, les accidents saturnins sont trèsfréquents. Dans le Yorkshire, où les ouvriers négligent les soins de propreté corporelle et se nourrissent mal, les cas d'empoisonnement sont beaucoup plus nombreux que dans les mines du Dcrbysbire, où les ouvriers sont soigneux de leur personne, ne travaillent que 6 à 8 beures })ar jour, font peu d'excès et s'alimentent bien.
Dans les n:ines de Pontgibaud, les précautions que l'on fait prendre aux ouvriers rendent, d'après les renseignements que j'ai pu recueillir, les accidents saturnins relativement rares.
A Bettino, en Toscane, et dans l'île de Sardaigne, où l'on a repris avec une nouvelle activité l'exploitation des mines de plomb que les Etrusques, lesPbénicienset les anciens Romains exploitaient déjà plusieurs siècles avant l'ère cbrétienne, le triage des minerais se faisant au debors de la mine, le travail souterrain y est moins insalubre (1).
Les mines de mercure offrent des conditions d'insalubrité encore plus grandes que celles de
('I) Voir la Revue universelle des mines et do l;i niûtallurgie dirigée par de Cuyper, 1S67. i"»-' livraison et juillet à décembre 1872.
il'.)
plomb, i-t à Ith'ia coiiuiic à Almatlcn, l'iiydrargyrisiiie est trop fi'cVpiont, même aujourd'hui, parmi les malheureux ouvriers occupés aux travaux de ces mines.
En \ain a-t-on réduit le nombre des jours de travail souterrain, le reste de la semaine étant consacré aux travaux extérieurs. En vain a-t-on réduit le nombre d'heures de travail quotidien, la santé des mineurs a encore beaucoup à souffrir des émanations mercurielles.
A Almaden, depuis quelques années, les ouvriers ne descendent dans la mine que tous les deux jours, leur travail ne dure que 6 heures, et ils ne restent guère exposés aux vapeurs du mercure que pendant 4 heures et demie (1). De plus, « des qu'ils commençent à ressentir les effets funestes du mercure, dit l'ingénieur Lahure, la descente dans la mine leur est interdite, et on les occupe, soit dans les chantiers, soit dans les ateliers (2) ».
On fait éclater le minerai à l'aide de la poudre, et on ne revient sur le lieu de la détonation (|uo le lendemain pour enlever le cinabre détaché, (jue des enfants d'une quinzaine d'années portent dans des paniers jusqu'au puits d'extraction. On
(\) Annales des mines, 1872, 3'"c livraison, p. 444. {■i) HuUelin de la Sociotâ de l'Induslric minérale, avril, mai, juin 1864, p. 491.
I ii)
comble le vide opc'ié par rcnlèvemciit du minerai au moyen d'un remblai en mac^onnerie.
Presque tous les ouvriers sont: « d'une pâleur et d'une maigreur affreuses » (Laliure, loc. cit.), et leur état sanitaire ne s'est guère amélioré depuis le voyage du docteur Roussel (1).
Quelle est la nature de l'anémie qui survient à la suite des accidents de l'hydrargyrisme chronique? Car, à côté de la pâleur, on signale des palpitations, de l'essoufflement, « un état enfin tout-à-fait analogue à la chlorose des jeunes fdles ; leur sang est, dit-on, dissous, se coagulant moins facilement et moins coloré qu'à l'état normal. » (Potain, loc. cit. p. 367).
D'après Germain Sée, le mercure agirait comme le plomb, il se combinerait avec l'albumine du plasma et la protéine, et ce ne serait qu'après avoir atteint les glandes muqueuses, que le poison modifierait d'une manière plus intense les éléments histologiques du sang. Quant à la diffluence, Germain Sée la nie absolument et affirme que « le sang mercurialisé prend plutôt de la consistance, et que la plasmine conserve sa coagulabilité. » {Loc. cit. p. ^75).
Bien que Varsenic ne soit pas exploité dans des mines spéciales, il se trouve si souvent associé,
(1) Lettres d'Espagne, (mines d'Almaden). In Union médicale, 1818, p. 403, 439, 459.
dans les minerais, au plomb, à l'argent, au cuivre, au fer (mispickel), au bismuth, au cobalt, au nickel, au soufre, etc., qu'il peut amener chez les mineurs des symptômes d'intoxication.
Après avoir à petites doses amené une certaine excitation dans les fonctions respiratoires, digestives et locomotrices et une coloration animée des tissus cutanés, il arrive à produire, si l'absorption se prolonge, des accidents qui se rapprochent des symptômes anémiques.
D'après Vogel, l'arsenic se combine avec les globules et les paralyse, « puis, cette combinaison tend à se détruire à son tour ; l'hémoglobine passe alors dans le sérum, et de là à travers les membranes capillaires. En même temps, il se localise dans la peau, qui prend une teinte bronzée et dans le foie, dont les fonctions hématogènes se troublent de façon à diminuer le nombre des globules. » (Sée, loc. cit. p. 192).
Quoique le soufre soit loin d'exercer dans l'organisme des effets toxiques comme le plomb, le mercure et l'arsenic, les conditions encore déplorables dans lesquelles se fait l'exploitation de ce métalloïde, rendent les mines de soufre très-dangereuses pour la santé des ouvriers. Heureusement, depuis quelques années, grâce à la surveillance de l'Etat, l'exploitation s'améliore, et le temps n'est pas loin, où l'on ne
verra plus des parents dénaUirés vendre, à vil prix, leurs enfants aux' industriels qui exploitent ces mines.
L'enlèvement du soufre à ciel-ouvert présente de moindres causes d'insalubrité que l'extraction dans des galeries, si courtes qu'elles soient.
Aux mines de Lercara, en Sicile, les excavations se font à l'aide du pic. « Le tirage à la poudre, dit l'ingénieur Fabri, est défendu par des règlements spéciaux des autorités locales, mais on ne peut pas dire qu'il soit complètement exclu des mines de Lercara. Malgré la défense, on a parfois recours à la poudre aux points où la rocbe sulfureuse est plus compacte, plus dure, comme le constate l'incendie de 1873, à Colle Croce. » (I). Outre le danger d'incendier la mine ou d'occasionner des éboulements par l'ébranlement de ces vastes excavations soutenues seulement par des piliers de minerai, l'explosion de la poudre est, pour les galeries, une cause d'insalubrité de plus par les fumées qu'elle dégage. Ces fumées sont difficilement chassées par un aérage irrégulier qui ne se fait que par les courants naturels qu'entretiennent les différentes ouvertures de la surface.
(i) Rapport fait au nom de la Commission chargée, par arrêté ministériel du 2 mai 187^, de l'inspection des mines de Lercara, traduction in Revue universelle des mines, etc., novembre et décembre 1875, p. 588.
Los autms causes de viciation et de raréfaction de l'air dans les soufrières, sont dues au dégagement d'acide sulfureux qui se produit généralement dans les incendies, d'hydrogène sulfuré, d'acide carbonique et de carbures d'hydro£^ène.
« L'hvdro2fène sulfuré est très-abondant et se trouve dissous dans les eaux stagnantes, qui le dégagent par l'agitation. L'acide carbonique, outre celui que produisent la respiration des ouvriers et la combustion des lampes, ainsi que l'hydrogène carboné, se dégagent de la roche et principalement des marnes bitumineuses. Aux mines Friddi, on constate un dégagement d'hydrogène carboné assez faible, il est vrai, mais dont l'accumulation dans les excavations abandonnées ou mal aérées peut donner lieu à des explosions. » (Fabri, loc. cit. p. 594).
L'influence pernicieuse de la respiration de ces gaz est connue.
Nous savons que le séjour prolongé dans des atmosphères qui en renferment une trop grande quantité, peut aboutir à une asphyxie lente et même à l'anémie. Nous n'y reviendrons point.
Quels sont les effets produits par la houille, le lignite et l'anthracite sur les ouvriers qui travaillent à leur extraction?
Devons-nous ydinollre, counno le prétend l(; professeur Fonssagrives, que le voisinage de grandes masses de houille échaulï'ée peut sulïire à faire éclater des symptômes comparables à ceux qui furent observés dans l'épidémie d'Anzin?
Cet auteur, en effet, dit avoir vu des accidents de ce genre, avec des coliques affreuses, sur des chauffeurs de navire.
Je n'ai encore observé rien de pareil sur les nombreux bouilleurs que, depuis plus de quatre ans, j'ai été appelé à soigner. Et cependant beaucoup d'entre eux travaillent dans des galeries excessivement chaudes, d'autres sont trop souvent occupés à éteindre des incendies partiels, d'autres encore travaillent dans le voisinage de feux auxquels on est obligé de disputer pied à pied le terrain qu'ils tendent à envahir. Mais si cette influence, directement pernicieuse du charbon de terre, ne me paraît pas suffisamment démontrée, en revanche j'ai pu constater de près certains phénomènes qui paraissent spéciaux aux mines de houille. Je veux parler de la température élevée qu'offre, en certains endroits, la couche de charbon. Dans deux parties très-rapprochées d'une môme galerie, ou dans deux galeries voisines l'une de l'autre, je fus surpris, lors de mes premières entrées dans la mine, de trouver un changement notable
(le température. Je venais d'éprouver une sensation (le froid, et, à quelques mètres plus loin, je ressentais une chaleur incommodante. Cette différence de température ne peut s'expliquer que par une combustion lente de la houille se produisant plus facilement dans certaines parties de la couche que dans les autres, sous des influences restées jusqu'ici insaisissables.
L'ingénieur H. Fayol, directeur de l'exploitation de la houillère de Commentry, a fait des expériences dans le but de rechercher la cause de cet échauffement partiel de la couche. En enfonçant un thermomètre jusqu'à une profondeur de plusieurs décimètres, il a constaté que la température était la même que sur la paroi de la galerie. Il en conclut que l'élévation (le la température ne tire pas son origine de la masse même du charbon, et n'est pas due à une ventilation moins parfaite, ni à la fermentation des matières organiques qui peuvent se trouver plus abondantes en certains points (ju'en d'autres, ni à une évaporation moins considérable de l'eau qui s'infiltre dans la plupart des gahîries, ni à la chaleur émanée des hommes et des chevaux. Les ouvriers souffrent quand ils travaillent dans ces parties de la couche, ils se fatiguent plus vite ; en vain presque tous (|uittent-ils leurs vêtements, ils ont bientôt leur
corps couvert de sueurs abondantes dont l'excrétion les affaiblirait à la longue, si l'on ne prenait soin de les changer fréquemment de chantier.
J'ai observé une éruption lichénoïde chez quatre ouvriers qui ont successivement travaillé dans un chantier très-chaud. La hauteur moyenne de la galerie est de 70 centimètres. La température y atteint 31, et les eaux, qui en imprègnent les parois, laissent déposer des cristaux de sulfate de fer et de sulfate de magnésie sur les bois de soutènement et sur le charbon lui-môme. Ce chantier communique avec des vieux travaux qui se trouvent en amont et qui laissent, descendre de l'acide carbonique, si bien qu'à 10 mètres du chantier on est obligé de fiiire usage d'un ventilateur foulant. Malgré ces conditions insalubres, je n'ai pas constaté d'anémie vraie sur les divers ouvriers qui s'y sont succédés. Leur éruption paraît être d'origine sudorale; et je crois devoir attribuer cette absence d'anémie à la précaution que l'on a de changer souvent les hommes du chantier.
A côté de l'élévation de température, à côté des exhalaisons d'acide carbonique, plus fréquentes dans les houillères que dans les autres mines, je ne dois pas négliger de mentionner l'influence des poussières venant encombrer et irriter
la nuiqueusc des voies respiratoires. 11 n'entre pas dans mon sujet de m'occuper des bronchites, de l'emphysème, ni des autres affections des voies aériennes si fréquentes chez les houilleurs et dont la respiration des poussières de charbon favorise si bien le développement.
Je devais pourtant une mention à ces maladies, parce qu'en apportant un trouble souvent profond dans les fonctions respiratoires, elles arrivent à crèner l'hématose et deviennent ainsi une cause
indirecte d'anémie.
11 me resterait à parler de l'influence de quelques autres minerais sur la santé des ouvriers qui travaillent à leur extraction. Mais de ces minerais, les uns n'ont aucune influence nocive ni par eux-mêmes, ni par suite des procédés faciles d'exploitation ; de ce nombre est l'or : ou ne dégagent presque aucune poussière et sont d'ailleurs extraits de couches généralement superficielles, comme les minerais de zinc et d'étain. D'autres ne doivent leurs effets toxiques qu'aux substances avec lesquelles on les trouve associés ou combinés ; de ce nombre sont l'argent et le fer. D'autres, enfin, ne puisent leur action malfaisante que dans des procédés d'exploitation très-défectueux. Dans ce groupe, je rangerai
cortaiiies mines de cuivre, celles du comté de Cornouailles, par exemple, et certaines mines d'argent du Mexique dont l'exploitation se fait dans des galeries très-chaudes, où la température atteint 40° et où les ouvriers sont d'ailleurs dans des conditions hygiéniques déplorables et souvent atteints d'anémie, (l)elacoux) (1).
(1) Journal dos Connaissances méd. prat. 1857-58.