‹ De l’anémie et specialement de l’anémie chez les mineursChapitre 12 sur 17 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des influences individuelles dans la production de l'anémie des mineurs.

Après avoir signalé les causes d'anémie que les mineurs puisent dans le milieu spécial où ils opèrent leurs travaux, après avoir décrit l'influence même de leur travail et celle des minerais qu'ils exploitent sur le développeunnent de cette affection, il me reste à examiner les causes d'anémie, plus nombreuses encore, que les mineurs trouvent en eux-mêmes.

Soit que l'homme apporte en naissant une prédisposition à acquérir l'anémie, soit que, par des excès, par une mauvaise hygiène, par une alimentation insulïisante, il en favorise le développement, soit encore que des maladies aiguës ou clu'oniques viennent la lui connu uniquer, on voit combien sont multiples les influences individuelles qui aboutissent à l'anémie.

Devrait-on s'étonner que l'anémie fut fréquente chez les mineurs, puisque outre les causes d'ané-

inie qui lui sont communes avec les autres hommes, il en trouve de si nombreuses dans sa profession et dans le milieu où il l'exerce.

Injluencc de l'hérédité.

Dans les pays où la profession de mineur se transmet de père en fils, les enfants viennent au monde avec certains caractères professionnels, certaines difformités, que Boëns-Boissau a décrits dans les lignes suivantes.

« Si vous trouvez en chemin un homme de taille inférieure à la moyenne, avec une grosse tète, des cheveux courts et souvent clair-semés, à face large, épanouie, sans expression, sans mobilité, d'un teint bistre ou blafard, maculé à une foule d'endroits, surtout sur le nez, les tempes et autour des yeux, de taches bleuâtres ou noires, -les unes irrégulièrement linéaires, les autres ponctuées, trappu, mais fortement constitué, épaules larges, cou court et gros, narines ouvertes, mains carrées, bras assez longs et généralement bien conformés, jambes courtes cambrées de telle façon que les pointes des pieds regardent en dedans, les talons et les mollets en dehors, genoux rapprocJiés, hanches plates, bassin évasé vers le bas; vous pouvez déclarer

liardiment que vous avez vu un liouilleur-né, ou un houillcur de l'ancienne époque (1). »

Ce type est devenu rare aujourd'hui, il tend à disparaître, même en Belgique.

A mesure que les procédés d'exploitation se sont améliorés, le travail des mineurs est devenu moins pénible, et les causes d'infirmités acquises n'existeront bientôt plus.

En même temps, la législation des divers pays s'est inquiétée de la situation des enfants qui entraient beaucoup trop jeunes dans les mines, et étaient soumis à des travaux trop durs pour leur âge, alors que l'ossification est encore loin d'être complète. C'était là la principale origine de ces déviations et de ces arrêts de développement de certains de leurs membres.

D'un autre côté, on a restreint le nombre des femmes qui travaillaient dans le fond des mines, et on ne les occupe qu'à faire des travaux moins fatigants ; en sorte que les herchcuses, qui étaient si souvent chlorotiques, n'engendreront plus tant d'enfants ciiétifs et malingres.

Déjà, Ducpétiaux (2) avait constaté que le nom-

(i) Traitj pratique dos maladios, des aiîcidonts et dos difformités des liouillnurs. lîriixellcs, iSG'â, in-S", pnge (),

('2) Du travail des enfants dans les mines et les houillères de la (irande-Iirelagne et de la JJelgique. Annales d'iiyjï. ol de méd. légale, tome xxix, page 241.

brti dos enfants racliitiques avait diminué depuis l'établissement de rails dans les galeries.

Les diverses causes de l'anémie héréditaire des houilleurs seront donc bientôt disparues. Et si le lymphatisme, si les diathèses scrofuleuse, tuberculeuse et syphilitique laissent trop souvent leur empreinte sur la constitution de l'enfant et le disposent à l'anémie, du moins ne peut-on en accuser le travail même de leurs parents.

2° A(je.

Si les enfiints entrent dans les mines quand leur développement n'est pas encore terminé, s'ils se livrent à de trop rudes labeurs, l'anémie ne tarde pas à apparaître; une anémie essentielle qui puise un degré spécial de gravité dans la période physiologi(jue où se trouve l'enfant.

Tant qu'il n'a pas atteint et même dépassé l'âge de la puberté, l'enfant a autre chose à faire qu'à réparer les déperditions de ses tissus; il doit croître et se développer. Jusqu'à la période où les désassimilations organiques viendront équilibrer les fonctions assimilatrices, l'enfant ne doit pas produire un travail exagéré. Il Amt qu'une grande partie de son alimentation soit consacrée à l'évolution, à l'accroissement des organes, et un excès de travail l'empêchant d'atteindre ce résultat, le conduit à l'anémie.

En France, la loi de 1813 avait interdit d(\ià l'entrée des en^ints dans les mines avant l'âge de 10 ans. Anjourd'hui, la loi du 19 mai 1874, défend l'admission des enfants dans les travaux souterrains avant lage de 1 ^ ans révolus. Jusqu'à 16 ans, voici les- conditions spéciales de travail qu'un décret a déterminées.

« Article P'". — La durée du travail effectif des enfants du sexe masculin, de 12 à 16 ans, dans les galeries souterraines des mines, minières et carrières, ne peut excéder 8 heures sur 24 heures, coupées par un repos d'une heure au moins.

Art. il — Les enfants de 12 à 16 ans ne peuvent être occupés aux travaux proprement dits du mineur, tels que: l'ahatage, le forage, le boisage, etc. Ils ne peuvent être employés qu'au triage et au chargement du minerai, à la manœuvre et au roulage des wagonnets, à la garde et à la manœuvre des portes d'aérage, à la manœuvre des ventilateurs à bras et autres travaux accessoires n'excédant pas leurs forces.

Les enfants employés à faire tourner les ventilateurs ne pourront y être occupés pendant plus de (juatre heures, coupées par un repos d'une (1 ^>;ni-heure au moins. »

En AiigUîtcri'o, (hîpuis ]HÏ2, les {'iifanls ne sont plus admis dans les mines qu'à partir de 10 ans. En nelgi(|uo aussi, on ne les admet guère avant l'âge de 10 ans.

Malheureusement, tous les pays sont loin d'avoir adopté ces mesures protectrices de la santé des enfants; et, en Sicile, on en voit trop souvent, dès l'âge de 8 ans, transportant sur leur dos, dans des paniers ou dans des sacs, les minerais de soufre ou de sel gemme depuis l'intérieur de la soufrière jusqu'au jour, ou enlevant les déblais dans les galeries de recherches.

<i Ce mode grossier d'extraction, dit l'ingénieur de Labretoigne, est encore le seul en usage dans toute la Sicile; et, il est môme inhumain ; car, ces charges disproportionnées, que l'on fait ainsi porter à des enfants non encore formés, exercent peu à peu, sur leur santé les plus pernicieux eftéts. » (1).

Dans les houillères du Nord, les enfants étaient principalement occupés tantôt, en raison de la petitesse de leur taille, à détacher le minerai dans les couches trop peu épaisses pour permettre l'entrée d'un adulte ; tantôt et plus souvent, ils

(1) Notice sur les mines de soufre dans la Sicile. Jn Bulletin de la Société de l'Industrie minérale, (juillet à août 1862), p. 99.

étaient utilisés au traînage tlu chai'bon ; d'autres fois, ils éVdient le veur s dé terre. Cette dernière tâche consistait: « à remplir avec des débris de schiste, de grès houiller, de calcaire carbonifère les endroits d'où l'on a retiré la houille, et qui ne doivent pas servir à former une galerie, » (1) et leur travail durait 12 à 14 heures par jour.

On voit combien ces pauvres petits êtres étaient soumis à des causes de dépérissement précoce. Et, sans parler des affections cardiaques, ni des maladies des voies respiratoires, qui trop souvent étaient la conséquence de ces excès hâtifs de travail, l'anémie survenait bientôt avec tout son cortège de symptômes d'aflaiblissement.

Cette anémie de la puberté, qui retentissait sur toute la vie du mineur, n'occupera plus dans un avenir prochain une place que dans riiistoire.

5" Sexes.

Le travail souterrain des femmes dont l'action anémiante s'étendait jusque sur les enfants, est aussi en voie de disparaître.

(0 F. J. n. Buisson. Etude fnédicalc sur l'ouvripr houilljur, Paris, 18G(). p. 12.

Et quand In lk;Igi(jiie, suivant tanlivemonl rexoniple que lui ont donné l'Angleterre et la France, aura banni, à son tour, les femmes de l'intérieur des galeries des mines, l'anémie des mineurs aura perdu en elles un très-fort appoint.

Dès leur jeune âge, en eftet, mêlées aux jeunes garçons, elle3 se livraient autrefois à de mêmes travaux, et l'on sait combien ils étaient pénibles.

Aussi, chez elles, quand arrivait le moment de l'évolution menstruelle, la chlorose manquait rarement d'apparaître. Leur développement général en subissait le contre-coup, et sous l'influence persistante des excès de fatigue musculaire, sans compter ce qu'avait d'immoral ce travail souterrain sans distinction de sexe, ces femmes s'affaiblissaient. Et, doit-on s'étonner si elles ne donnaient plus tard naissance qu'à des produits egeneres /

4" Influence de l'habitation et du vêtement.

Lorsque, en quittant leurs galeries de travail, les mineurs rentrent dans des maisons malsaines, basses, humides, étroites, malpropres, peu éclairées et mal fermées ; quand le désordre et la misère viennent joindre leurs funestes effets à ceux que produisent les fatigues, souvent extrê-

mes, (les travaux de la journée, un délabrement général survient bientôt dans l'organisme.

Aussi les hygiénistes ont-ils fréquemment démontré l'importance d'habitations salubres sur la santé des ouvriers. De là, l'établissement de cités ouvrières, de corons. Mais le progrès n'était pas suffisant, et l'on s'est aperçu bientôt qu'il était préférable d'encourager les ouvriers à bâtir, en développant chez eux des instincts de propriétés.

C'est à ce but que l'on tend depuis quelques années, dans plusieurs pays.

En Allemagne, l'Etat fait construire lui-môme des maisons pour les vendre aux ouvriers ; on aide ceux qui désirent construire eux-mêmes par des avances de fonds, par des primes et par l'abandon du terrain nécessaire en pleine propriété (1).

En Autriche, on a construit, pour les ouvriers, de vraies casernes, dont les conditions hygiéniques sont cependant préférables aux logements insalubres, dans lesquels deux ou trois hommes occupaient quelquefois le même lit.

(1) Voir in Revun universello dos mines, novembre et décembre i873, le compte-rendu do l'exposition de Vienne. Institutions ouvrières spéciales aux mines et à la métallurgie, par Habets.

l;js

Les soins de propreté corporelle et la propreté dans les vêtements, exercent eux aussi une certaine iniluenee sur la santé des ouviiers. Et la négligence sordide dans laquelle vivaient autrefois, surtout en Angleterre, beaucoup de mineurs, devait contribuer pour sa part au développement de l'anémie.

5" Influence de l'alimentation.

L'influence d'une alimentation malsaine et insuffisante sur la production de l'anémie, est immense. C'est une de ses causes les plus fréquentes.

Obligé par sa profession à produire une forte somme de combustions organii^ues, le mineur doit ingérer une nourriture capable de réparer les pertes considérables de ses tissus.

Les expériences du professeur Jules Béclard (1) ont démontré que la contraction musculaire s'accompagne d'une élévation de température.

On savait déjà, depuis les expériences de Lavoisier (2), que l'iiomme en repos ne consomme que 24 litres d'oxygène par heure, tandis qu'il

(\) De la contraction musculaire dans ses rapports avec la température animale. Paris, i8Gi.

(2) Mémoires de l'Académie des Sciences. 1789, p. 573.

en absorl)e 63 litres, lorsqu'il soulève des fardeaux. Lassaigne (1) a observé qu'un cheval expirait 34!2 grammes d'acide carbonique par heure, quand il était resté en repos, et 746 grammes, après avoir couru pendant 15 minutes. Cette production de chaleur, cet excès dans l'absorption de l'oxygène, cet excès d'acide carbonique exhalé prouvent que tout travail musculaire s'accompagne de combustions organiques, qui exigent une plus grande quantité d'oxygène pour aboutir à la formation d'acide carbonique.

Par contre, l'observation a démontré que l'homme consomme moins d'oxygène à jeun que pendant la digestion, dans la proportion de ^6 à 37 litres par heure (expériences de Lavoisier), que des animaux soumis à l'inanition en consomment moins que les animaux bien nourris, (expériences de V. Regnault)

Cette différence dans la consommation d'oxvgène se traduit par un abaissement dans la température, en même temps que les animaux privés de nourriture sont réduits à brûler leur tissu, pour maintenir l'équilibre de la chaleur animale.

(1) Journal de Chimie médicale, 1849, tome v, p. i3.

(2) Annales de Chimie et de Physique, S"™" série, 1849, tome xxvi, p. 299.

On voit (juels cfïcts désastreux j)r()(luii'a sur l'organisme humain un travail musculaire prolongé chez un individu (jui s'alinienle peu ou mal ; car on se souvient que le muscle en se contractant détruit des glohules.

La fatigue, puis l'anémie surviendront rapidement, et l'ouvrier sera hientôt réduit au repos forcé.

Comme exemple de l'influence de l'alimentation sur le travail, le professeur Gavarret cite le fait suivant: (1)

« Dans un établissement industriel du département du Tarn, M. Talabot a ainélioré l'état sanitaire des travailleurs, en introduisant la viande de boucherie dans leur régime alimentaire. Sous l'influence d'une nourriture à peu près exclusivement végétale, chaque ouvrier perdait moyennement quinze journées de travail par an, pour cause de fatigue ou de maladie; du moment où l'usage de la viande fut adopté, la perte moyenne par tête et par an, ne fut plus que de trois journées de travail. »

Un fait analogue s'est produit, il y a plusieurs années, dans notre houillère ; les ouvriers arri-

(i) Les phénomènes physiques do la vie. Paris, 1869, p. 180.

vaieiit à leur travail coniplétemcnt à jeun. On les obligea presque à manger au moins de la soupe, en leur facilitant les moyens de. s'en procurer. Et l'on remarqua depuis, que le nombre de journées perdues, pour cause desimpie fatigue, devint beaucoup moindre qu'avant cette innovation.

Aujourd'hui, presque partout, tant par suite de l'élévation des salaires que par une meilleuré intelligence de ses besoins, le mineur a singulièrement amélioré son alimentation.

Et, si beaucoup cherchent encore à faire des économies exagérées sur leur nourriture, si la plupart sont loin de s'accorder ce que Payen appelait V alimentation type, le vin n'est plus pour eux chose inconnue dans leur maison, et la viande de boucherie apparaît sur leur table dans d'autres jours qu'aux grandes fêtes.

On n'en voit plus guère se nourrir exclusivement avec du café au lait, comme autrefois dans le bassin du Nord, ou avec des pommes de terre. Et peut-on trouver étonnant que l'anémie, que toutes les maladies, du reste, trouvassent chez des mineurs se nourrissant si mal, un terrain l)ropice à leur développement.

Les lois de la physique moderne nous ont appris que la ehaleur se transforme en mouvement ; or, l'homme puise principalement sa chaleur dans les aliments ; et, s'il se livre à des mouvements musculaires continus et persistants, il aura besoin de recourir à une alimentation plus riche et plus abondante, qui puisse fournir une plus grande somme de combustions, dont l'effet utile permet de produire un plus grand travail. De plus, le muscle en contraction ayant à la fois besoin d'oxygène et d'azote (expériences d'Helmoltz) (1), les mineurs devront avoir recours à une alimentation suffisamment riche en matières azotées ; ils devront manger de la viande.

6° Des excès.

Il existe encore un autre groupe important de causes d'anémie. Je veux parler des excès de toute nature auxquels les mineurs se livrent trop souvent. Soit que l'homme dépasse, dans ses travaux journaliers, la limite que ses forces devraient lui assigner, soit que, par des veilles prolongées, il arrive à un épuisement nerveux, soit que, par des excès d'un autre genre, malheureusement trop répondus dans les classes ouvrières,

(1> Ilehnoltz. De la consommation de matière dans la contraction musculaire. (Mullers, Archiv. 1845).

il fasse un grand abus des boissons aleooliques ou se livre à des orgies de tout genre, un afï'aiblisscnient progressif survient qui fait bientôt place à l'anémie.

A la houillère dont je suis médecin, où l'on ne permet pas aux ouvriers d'excéder la durée habituelle de leur travail, les mineurs sont soustraits à cette cause d'affaiblissement. Mais cependant, beaucoup d'entre eux trouvent moyen de satisfaire leur besoin d'activité. La plupart possèdent un champ, un jardin, qu'à la fin de leur journée de travail souterrain, ils cultivent euxmêmes.

Puisent-ils dans la différence, qui existe entre ce travail en plein air et le travail de la mine, une sorte de délassement, qui amène chez eux une tolérance spéciale à travailler cinq à six heures de plus que leur journée d'ouvrier ne le comporte? Le fait est que ceux qui se livrent à ce travail supplémentaire, et ils sont nombreux, ne paraissent pas en ressentir une fatigue capable de diminuer leur énergie dans leurs travaux de mineurs.

Quant aux excès alcooliques, qui trop souvent marchent de pair avec des excès de tout genre et un désordre complet dans la vie physique et

morale do l'individu, leurs ciïets sur la santé générale et leur influence sur la production de l'anémie, pour être moins immédiats, n'en sont pas moins très-réels et encore plus marqués que les conséquences d'excès dans le travail.

Si, chez les mineurs Français, ces excès se rencontrent moins fréquemment que chez les mineurs Anglais, Belges, Américains ou Allemands, on les constate toutefois-, plus ou moins isolément, chez de trop nombreux ouvriers.

Que si nous cherchons à nous rendre compte du mode d'action de l'alcool sur la genèse de l'anémie, nous serons réduit à nous demander si l'abus des boissons alcooliques n'aboutit à l'anémie qu'en diminuant d'abord l'appétit et en enrayant ensuite les digestions, ou si l'alcool exerce une action directement altérante sur le sang et en particulier sur les globules.

Depuis les travaux de Magendie (1), de Bouchardat et Sandras (2) et de Lallemand, Perrin et Duroy (3), on sait que l'alcool existe en nature dans le sang des alcooliques et peut en être retiré par la distillation.

(1) Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, tome m, p. 55.

(2) Annales de Chimie ot de Physique, 1847, tome

(3) Du rôle de l'alcool et des ancsthésiqucs dans l'organisme. Paris, 1860, in-8", p. - 63.

Malgré les expériences, en apparence conti'a- (licloires, sur les effets du mélange direct de l'alcool avec le sang, mélange qui tantôt amène et tantôt n'amène pas la coagulation, suivant que l'alcool est plus ou moins concentré, on savait aussi depuis longtemps que chez les individus morts dans l'état d'ivresse, le sang est nair et diffluent comme dans les cas d'asphyxie.

Magnus Hiiss, puis Maurice Perrin avaient de plus constaté la richesse du sang des alcooliques en granulations graisseuses.

Mais s'ils sont d'accord sur ces points, les physiologistes sont encore loin d'expliquer d'une même manière l'action de l'alcool sur les échanges gazeux de la circulation.

Bœcker (1) pense qu'il fixe si intimément l'oxygène sur les globules que les oxydations organiques en sont entravées. Jung (2) admet une véritable paralysie des globules. Le professeur Bouchardat (3) croit que l'alcool est brûlé dans le sang aux dépens de l'oxygène des globules, qui, privés de ce gaz, sont asphyxiés; tandis que Maurice Perrin suppose que l'alcool exerce dans le sang une action de présence qui em-

(1) ' Bonckor, Frank's Maf^azin, tomo iv, p. 762.

(2) Dos oiïols pliysiolnrriquos et tliôrnpoutiquo.s do l'alcool, th. de Paris, 1809.

(3) In Nouvelle Encyclopédie des Sciences médicales,

péchant l'cxlialatioii pulmonaire de l'acide carbonique, met obstacle aux phénomènes de l'hématose.

Enfin, le docteur Angel Marvaud fait intervenir la théorie dialytique de Graham pour expliquer « comment l'alcool peut enrayer la nutrition et la vitalité des globules sanguins, en déterminant, dans leur intérieur, un arrêt et un entassement des matériaux devenus impropres à leur fonctionnement, et en enrayant du même coup le pouvoir attractif et électif qu'ils exercent sur les matériaux utiles et réparateurs contenus dans le sérum. » (1).

De toutes ces théories un fait ressort évident, c'est que l'alcool, empêchant les combustions organiques, diminue la production de la chaleur animale. Et s'il peut dans les fièvres jouer un rôle utile en faisant baisser la température et en diminuant les déperditions trop rapides de nos tissus; si, à dose modérée, il peut favoriser le travail musculaire, soit à titre d'excitant des nerfs moteurs, soit qu'en se détruisant il fournisse aux muscles l'oxygène dont ils ont besoin pour leur contraction, soit encore qu'en agissant comme anti-dépcrditeur et en diminuant la produclion

(I) /n Mémoires et liulletia de la Société de Médecine de Jiordeaux, 1871, p. 320.

de l'urée, il accumule, dans le sang, de l'azote qui est très-favorable aux contractions musculaires, » (Angel Marvaud), l'alcool ingéré à trop haute dose et trop fréquemment, produit des effets désastreux.

Duménil, de Rouen, a cité (1) un cas d'anémie aiguë qui paraissait occasionné par des excès alcooliques.

Engel a observé une diminution de la masse totale du sang chez les buveurs (1845), et l'on sait que la dipsomanie se complique souvent d'une anémie excessive.

Que sera-ce, si, aux excès alcooliques, viennent s'ajouter des excès vénériens, des veilles prolongées, des repas peu ou point réglés, l'abus du tabac, tous les désordres, en un mot, qui forment le cortège habituel de l'inconduite?

Pour ne parler que de l'anémie on conçoit combien son développement se trouvera favorisé par cet ensemble de causes d'épuisement.

T Les fièvres intermittentes et l'anémie.

De toutes les maladies, celle qui semble porter les atteintes les plus rapides et à la fois les plus tenaces sur les globules du sang et sur

(1) Gazette hebdomadaire de Médecine, '1862, p. 23.

lis

les organes licinat()poïéti({Lies, c'est la fièvre paludéenne. Ses effets se traduisent bientôt et sans qu'il soit besoin d'arriver à la période de cachexie, par une diminution notable dans le nombre des globules du sang. Et il semblerait même que c'est la matière colorante de ces globules détruits qui vient s'accumuler, sous forme de pigment, dans la peau, dans la rate et dans le sang (mélanémie) de ceux qui sont restés soumis trop longtemps à l'impaludisme.

Dans beaucoup de pays de mines on a noté la présence de fièvre intermittente, et il y aurait une question intéressante à résoudre, qui consisterait à rechercher si les travaux des mines sulfisent à engendrer la malaria.

On sait que depuis les grands travaux de l'édilité parisienne, les fièvres intermittentes se sont multipliées à Paris dans des proportions remarquables; et l'on a constaté que les terrassiers étaient les premiers et les plus fréquemment atteints. D'autre part, si on ignore absolument la nature du miasme générateur de la fièvre intermittente, il est reconnu aujourd'hui qu'il ne se transmet pas d'homme à homme, qu'il se développe là où des matières végétales se trouvent en décomposition dans un milieu humide ou dans un terrain en stagnation, et que son

I tl)

(li'vcloppeinent est favorisé par la clialour qui active les décomposiLions organiques. Les marais ne donnent pas de fièvre, quand leur surface est congelée ; ils n'en donnent plus, s'ils sont complètement desséchés par la chaleur solaire, l'humidité leur faisant défaut.

Clémens (1) a constaté, en outre, que les marais qui dégagent beaucoup d'ozone ne produisent pas de fièvre.

Or, dans beaucoup de galeries de mines, on trouve la plupart des conditions qui fiworisent le développement de ce miasme tellurique, chaleur humide et matières végétales en décomposition. Mais il y manque un élément qui jusqu'ici semble jouer un rôle assez important, c'est la présence d'un sol argileux, ou d'un terrain d'alluvion.

Quant à la présence de l'ozone, j'ai fait, dans le pays que j'habite et où les fièvres paludéennes régnent à l'état endémique ainsi que dans les environs, des recherches qui, jusqu'ici, me paraissent fort peu concluantes. J'ai exposé à l'air libre, une première fois à une fenêtre, dans l'intérieur des maisons, des papiers ozonométriques, et au bout de deux jours, je n'avais pas

(I) Zcits. Fiir Staatsarz. 1853.

I oO

encore obtenu la réaetion earacléristique de la présence de l'ozone dans l'air.

Dans la mine j'ai obtenu le même résultat; mais ce jour-là un papier ozonométrique, placé en dehors de mon habitation, a bleui un peu.

Mes observations confirmeraient donc, quant à l'extérieur de la mine, les observations de Clémens, puisque l'absence d'ozone ou d'autres fois sa présence en très-petites proportions coïncide avec de nombreux cas de fièvre intermittente, mais elles n'éclairent aucunement la question de la production de fièvre par les travaux de mines.

Il faudrait, pour juger ce point, faire des observations dans un pays de mines où l'ozone serait abondant en dehors et absent au dedans de la mine. Si des fièvres se développaient chez les ouvriers de ces mines, et seulement chez eux, cela prouverait que les travaux des mines peuvent engendrer le miasme paludéen.

Quoiqu'il en soit, la fièvre intermittente est relativement très-commune chez les mineurs et en particulier chez les bouilleurs. Schirmer (1) a signalé la fréquence de la fièvre intermittente parmi les bouilleurs de Grunberg ; il en a observé

(1) Maladies des mineurs de Grunberg, traduction de Boaugrand, (Annales d'Hygiène publique, 1859, ■2'"" série, tome xi).

Ii)1

17 cas dans la soulc année de tandis qu'il ne l'a jamais observée chez les habitants de cette localité ou des environs qui ne travaillent pas à la mine.

Moll, de 1862 à 1867, a compté dans les mines delà Haute-Silésie 10 cas de fièvre maremmatique sur 100 maladies. EtHezsey, à Hodritsch, a observé la fièvre d'accès dans une proportion de 15 pour 100 (1).

Le docteur Boëns-Boissau (2) n'a vu de fièvres intermittentes que dans des localités où elles sont endémiques, et sans qu'elles lui aient paru avoir aucun rapport avec la profession de bouilleur.

Cependant, ajoute-t-il, il existe à Liège, dans la classe ouvrière et surtout chez les mineurs, une affection remarquable qui tient à la fois de la névralgie et de la fièvre intermittente: c'est la fièvre topique.

Le docteur Kuborn (3) ayant, comme Schirmer, observé des cas isolés d'intoxication palustre chez 11 bouilleurs, tandis qu'il n'en observait pas chez les autres habitants de Seraing, s'est demandé, à la suite de Schirmer, s'il n'y avait pas dans

(1) Die Vorz uglichsten Krankheitcn der Bergleute, beobachtot zu Hodrilsch, in Schmidt's jahrb., t, C. p. 323.

(2) Loc. cit. p. 55 et suivantes.

(3) Loc. cit. p. 152 et suivantes.

la profondeur des liouillères, des causes de fièvre intermittente. Avec beaucoup de prudence, il conclut de son étude, qu'avant de donner une place dans la nosologie des bouilleurs à la fièvre paludéenne, il faut attendre « que des observations recueillies dans d'autres localités, viennent en confirmer l'existence. »

Si donc on ne peut affirmer que les mines joient des foyers de fièvre intermittente, la fréquence de cette fièvre cbez les bouilleurs en fait une cause non discutable d'anémie.

Et, en effet, les cas les mieux prononcés d'anémie, que j'ai eu l'occasion d'observer, se sont pour la plupart rencontrés cbez des sujets qui étaient en proie sinon à la cacbexie paludéenne, du moins avaient subi, et quelquefois déjà à plusieurs reprises, des atteintes de fièvres ou de névralgies périodiques (1). Je dois ajouter que j'ai trouvé les fièvres à quinquina encore plus fréquentes cbez les femmes et les enfants des mineurs, qui babitent la campagne, que cbez les mineurs eux-mêmes. Et sur 237 cas de fièvres observés en quatre ans, 53 seulement se rapporteraient à des mineurs, les 184 autres se seraient présentés dans leurs familles.

(1) Le docteur Ricmbault avait aussi constaté que Vétiolemcnt se cache souvent sous la form(3 de la cachexie paludéenne, et il cite l'exemple do Commentry où les fièvres intermittentes sont endémiques.

S" Le rhumatisme et l'anémie.

Après les fièvres intermittentes, je dois placer les affections rhumatismales, qui se présentent si fréquemment chez les mineurs et s'accompagnent d'une anémie si profonde.

Cette anémie survient avec une rapidité extrême et on ne se rend pas un compte exact de la disparition subite d'un si grand nombre de globules.

La fièvre, si intense soit-elle dans le rhumatisme articulaire aigu, ne suffît pas à expliquer ce phénomène. Tout au plus pourrait-on, avec le professeur Potain, invoquer l'action spéciale du rhumatisme sur le système vasculaire, « mais l'interprétation ne va pas plus loin, et il faut avouer qu'en cet état elle demeure fort incomplète. »

L'anémie d'origine rhumatismale n'en est pas

moins très-tenace; mais on en triomphe moins

difficilement que de celle qui accompagne la

cachexie paludéenne. Quoique parfois ces deux

maladies soient entées l'une sur l'autre, dans

ma pratique, j'ai trouvé le rhumatisme beaucoup

moins fréquemment que les fièvres intermittentes;

et dans une période de quatre années, je n'ai

observé que onze cas de rhumatisme articulaire

aigu chez des mineurs, et neuf Cois sur onze j'ai noté une complication du côté du cœur. 6 cas de rhumatisme subaigu et 33 cas de rhumatisme monoartiçulaire (y compris les hydarthroses) sans réaction fébrile, se sont présentés à mon observation durant ce même espace de temps.

Influence des autres maladies aiguës on chroniques sur la 'production de l'anémie.

Je devrais, comme amenant très-souvent l'anémie, une mention spéciale aux maladies respiratoires particulières aux mineurs, mais ce que j'en ai dit, en parlant des poussières et des travaux qui occasionnent ces affections, me dispense d'y insister ici. Je réunis donc, dans un même groupe, toutes les maladies qui ne se présentant pas d'une façon plus spéciale chez les mineurs que chez les autres hommes, augmentent cependant chez eux le chiffre des anémiques. Et d'abord, il faut nommer les anémies qui succèdent aux hémorrhagies ; les traumatismes sont si nombreux dans les mines que cette cause d'anémie n'est pas négligeable.

La fièvre typhoïde, les fièvres éruptives et en particulier la variole, les pleurésies et la pneumonie franche sont autant de mahidies laissant constamment après elles de l'anémie. Mais cette anémie, une fois disparue, la cause

qui lui avait donné naissance, disparaît, à son tour, assez rapidement sous l'influence des toniques et d'une alimentation reconstituante.

Il n'en est pas de même des anémies qui accompagnent les maladies chroniques. Car ici, la cause anémiante persiste et, par un traitement analeptique, à peine peut-on empêcher l'anémie de gagner du terrain.

Je ne parlerai pas de l'anémie des tuberculeux; la phthisie est très-rare, au moins chez les bouilleurs, et quand elle est arrivée à un degré suffisant pour produire une anémie marquée, le mineur a été déjà obligé de quitter les travaux souterrains.

De l'anémie, qui accompagne la diathèse cancéreuse, je dirai également peu de chose, cette anémie s'accentuant surtout au moment où le cancer, déjà trop développé, empêche le mineur de travailler.

Une cause d'anémie et d'afltiiblissement parfois extrême, sur laquelle, à mon sens, on n'a pas assez attiré l'attention, c'est la présence d'helminthes et spécialement du tœnia dans les intestins des mineurs. Car un grand nombre de mineurs mangent chez eux et dans leur chantier beaucoup de lard et de charcuterie. J'ai vu, en quatre ans, 8 mineurs qui portaient un tœnia et qui présentaient des symptômes d'anémie très-prononcés. Aussitôt le

lœnia expulsé, les forces ont été rapidenienl recouvrées.

Je n'ai jamais observé, cliez les mineurs, l'ulcère simple de l'estomac, mais l'anémie qui l'accompagne, doit se rapprocher plutôt des anémies par hémorrhagies que des anémies dues à des troubles fonctionnels.

Les affections du cœur se compliquent aussi d'anémie, principalement dans leurs dernières périodes, quand survient la cachexie cardiaque.

Mais la dyspepsie tient encore et surtout a tenu une grande place dans l'étiologie de l'anémie des mineurs, parce qu'elle se lie souvent à une mauvaise alimentation, à l'irrégularité dans les repas, et quelquefois aussi à l'abus des alcooliques. Je ne ferai que rappeler, à ce propos, les dyspepsies dûes aux empoisonnements lents, soit par les gaz des mines, soit par les métaux de certains minerais.

On comprend aisément que la plupart des maladies, qui composent le cadre nosologique, pourraient être placées ici comme capables, à un moment et en un temps donnés, de se compliquer d'anémie. Il me suffira d'avoir appelé l'attention sur celles d'entre elles qui jouent îe plus grand rôle et se montrent le plus souvent dans la pathogénie de cet état morbide.

GHAPiTRE VI

Symptômes et diagnostic de l'anémie des mineurs. — Observations.

Si Von jugeait de la gravité d'une maladie et de son degré de fréquence, d'après le nombre de causes, qui sont invoquées comme étant capables de lui donner naissance, il n'en serait pas, pour le mineur, de plus redoutable que l'anémie.

Ce qui nous paraît aujourd'hui une exagération l'ut autrefois une vérité. Et, si l'on réfléchit aux conditions déplorables dans lesquelles s'effectuait jadis le travail des mineurs, on s'étonne moins que l'anémie fut, il y a trente ans encore, redoutée par les directeurs des mines à l'égal des plus grands fléaux.

Si l'on considère, en outre, qu'il est très-peu de maladies qui ne s'accompagnent ou ne soient suivies d'un plus ou moins grand état d'anémie, ou s'expliquera facilement que l'on trouvât tant

de inineui's anémiques, la pâleur de leur peau venant aider encore à en multiplier le nombre.

Il y a donc un grand travail d'élimination à faire dans cette étude d?. l'anémie des mineurs.

L'anémie a été, nous le croyons, excessivement fréquente autrefois dans les mines ; la durée du travail, ses conditions pénibles, l'aérage nul ou mal fait, les galeries étroites et basses, le charbon traîné par des hommes et trop souvent par des femmes et des enfants depuis la taille jusqu'au puits d'extraction, la descente dans les travaux et l'ascension au dehors très-fatigantes, la présence de gaz délétères non chassés parce qu'ils étaient peu connus, voilà pour la mine; des labeurs excessifs dès l'âge le plus tendre, une durée trop grande du travail journalier, une alimentation trop souvent insuffisante, des logements insalubres, parfois des excès de tout genre, et souvent la misère, voilà pour l'homme. Cet ensemble d'éléments suffisait, semble-t-il, à rendre assez fréquente l'anémie. On ne s'est pas contenté de cela, et l'on a rattaché à l'anémie des mineurs, dont on faisait une anémie spécifique, bien des cas d'anémie vraie ou fausse qui n'avaient aucune relation de cause à effet avec le travail souterrain.

Aujourd'hui les circonstances sont bien changées: les galeries sont bien aérées, elles sont pUis vastes, les chevaux ont été presque partout substitués aux femmes et aux enfants dans le traînage du charbon, les mineurs gagnent leur chantier et le quittent sans fatigue, leur travail dure moins longtemps, ils n'entrent dans les mines qu'à un âge où leur développement est presque complet, ils se nourrissent mieux, se soignent mieux, et trouvent presque partout des médecins que les compagnies mettent à leur disposition, en même temps que les remèdes leur sont concédés. Aussi l'anémie primitive estelle relativement rare chez le mineur de nos jours, et s'il est exposé comme les autres hommes à des causes nombreuses d'anémie secondaire, cet état morbide ne tire pas du moins son origine de la nature môme du travail auquel le mineur est soumis, ni du milieu spécial dans lequel il l'accomplit.

Comme le dit le docteur Riembault, « le médecin des mines vit au milieu des mineurs et soigne des mineurs, c'est-à-dire des hommes le plus souvent vierges de cachexie, non soumis aux causes peniirieuses de l'encombrement, pourvus

IGO

d'ailleurs de constitutions robustes, ou tout au moins endurcis par de rudes travaux et doués d'une grande résistance vitale. » (1).

Il en était bien autrement dans le passé; et si l'on veut rappeler à sa mémoire la description émouvante que Ramazzini nous a laissée de la situation des mineurs, nous aurons le droit d'être fiers, au nom de la civilisation, du progrès accompli. Ramazzini n'avait cependant pu connaître l'anémie des mineurs, il dit bien (2) les vapeurs « qu'ils avalent les rendent asthmatiques, sujets aux maladies de la rate, lents et presque léthargiques, et enfin ils tombent dans le marasme. » Il cite bien ensuite Hippocrate qui attribue aux métallurgistes une couleur pâle et livide. Mais il ne mentionne dans le 1**' chapitre consacré aux mineurs, aucun symptôme plus net de l'anémie.

On pourrait néanmoins trouver quelques indications plus explicites dans un autre chapitre consacré aux maladies des cureurs de puits.

« La plupart sont cachectiques, dit-il, à cause de leur mauvaise nourriture et de leur pauvreté,

(1) Ouvrago cité, p. 110.

(2) Essai sur les maladies des artisans. Traduction de Fourcroy. 1778, ch. 1.

ils ont le visage blême et livitle, et parvenus à peine à quarante ou cinquante ans, ils sont forcés de quitter leur métier avec la vie: telle est la fin de leur misère. Un médecin instruit, et qui connaîtra leur métier, trouvera facilement la méthode qu'on doit employer dans leurs maladies lentes ou aiguës. 11 saura qu'il faut réparer les forces de la nature affaiblie. » Et Ramazzini indique des frictions et des bains stimulants, puis il conseille « des ventouses scarifiées au dos » en ajoutant immédiatement après : le médecin « épargnera leur sang et aura soin de ne les purger que légèrement et à plusieurs reprises, pour ne pas abattre leurs forces, en se souvenant de ce précepte d'Hippocrate : Une pur galion violente nuit aux mouvements critiques chez ceux qui sont mal nourris. » (Loc. cit.. Ch. 49).

J'ai tenu à citer ce passage pour montrer que dès longtemps l'on connaissait les funestes effets (lu travail souterrain exécuté dans les conditions de l'insalubrité la plus complète. Et, si nous y ajoutons l'œdème des extrémités, nous aurons nommé tous les symptômes se rappi'ochant de ceux de l'anémie qui eussent été observés chez les mineurs avant que cet état morbide fut considéré comme une entité pathologique.

Nous avons déjà in(Ji({ué, dans le l'"" cliapitre, les principaux symptômes qu'Hoffînger signala dans les épidéniies de Schemnitz, et nous avons émis l'opinion que ce ne fut pas une anémie essentielle, mais bien une anémie consécutive à une intoxication saturnine; la nature de quelquesuns des symptômes, constipation, coliques, artliralgies, nous autorisent à les attribuer aux minerais de plomb que l'on exploite à Schemnitz.

Nous connaissons aussi les accidents qui marquèrent l'épidémie d'Anzin et nous y avons également trouvé un élément autre que l'anémie. Il serait superflu d'y insister à nouveau.

Je crois devoir rappeler les cas sporadiques d'anémie essentielle rapportés à l'anémie des mineurs dont Chomel, Tanquerel des Planches et Michel Lévy'ont cité chacun un exemple. Nous v avons trouvé tous les symptômes classiques de l'anémie, et la profession de bouilleur, que ces trois malades avaient exercée antérieurement, n'a apporté à la maladie aucun caractère pai'ticulier, si ce n'est dans son étiologie.

Il me reste à préciser les symptômes que présente, chez les mineurs, l'anémie primitive, celle qui reconnaît comme élément j)riucipal de

causalité le séjour prolongé et le travail clans les galeries des mines ; et d'abord je vais énuniérer les symptômes que j'ai le plus souvent observés chez les mineurs affaiblis, et qui m'ont paru pouvoir se rattacher à l'anémie.

Je prendrai pour type de ma description le bouilleur que je vois de près tous les jours.

De tous les mineurs du reste, le bouilleur est celui dont l'anémie a été le plus souvent étudiée. De toutes les mines, les houillères sont celles qui occupent le plus d'ouvriers au moins en France, en Angleterre et en Belgique. Au surplus nous trouverons, chez le bouilleur, complètement dégagées des influences anémiantes qu'ont beaucoup de minerais, les influences du milieu souterrain communes à tous les mineurs.

Le symptôme d'anémie le plus général et en même temps le plus apparent, c'est la pâleur cutanée. De cette pâleur nous connaissons la valeur symptômatique chez le mineur ; car nous savons qu'elle doit être attribuée à la privation de la lumière solaire ou plutôt à l'absence du hàle que les rayons du soleil donnent habituellement. Si, en effet, l'on regarde de près la face (le beaucouj) de mineurs, on peut, sous le teint

pàlc (Je la peau, apercevoir souvent une légère congestion rosée sous-épidermique.

La décoloration cutanée n'est donc qu'un effet négatif dû à la soustraction de la peau des mineurs aux rayons directs du soleil. Elle n'indique qu'une diminution dans la pigmentation des cellules de l'épiderme, et non une diminution de la circulation cutanée. La teinte pâle de la peau ne représente donc qu'un symptôme très-peu important au point de vue de l'anémie. Et s'il peut en imposer parfois aux observateurs superficiels et même aux médecins qui n'ont visités les mines qu'en touristes, le médecin instruit et sérieux ne lui accordera qu'une importance tout-à-fait secondaire, surtout quand il verra que chez la plupart des mineurs, cette pâleur n'est accompagnée d'aucun des autres symptômes de l'anémie.

Il est un groupe de symptômes qui se rencontrent assez fréquemment chez les houilleurs, et qui se rapportent bien à ceux de l'anémie. 11 ne se passe presque pas de journée sans que je voie venir à ma consultation un homme à la face pâle et amaigrie, aux traits tirés, aux yeux caves, qui se plaint de ressentir depuis quelque temps un degré extrême de fatigue. Même avant

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