CHAPITRE I
Histoire nosologique de l'anémie des mineurs.
On peut considérer dans l'histoire de l'anémie des mineurs, deux périodes bien distinctes : une période que j'appellerai médicale, et une période scientifique. Non que je veuille établir une opposition entre ces deux mots, médicale et scientifique, qui marchent si bien ensemble ; mais je crois indiquer par là, que la médecine pui-e avait fait son œuvre avant que la science fut venue la confirmer. En effet, dans la première période, pour ainsi dire légendaire, l'art fut obligé d'intervenir avant la science: des épidémies sévissaient, réclamant des secours immédiats, et ce fut d'après l'étude clinique des symptômes, et plus tard, d'après les indications fournies par les autopsies.
que l'on |)ùt souproiuKM- d'abord, puis connailrc la iiiUiirc du mal, à un moment où la science n'avait pas encore jeté ses lumières sur la question de l'anémie.
Aussi serait-on mal venu à reprocher aux médecins, qui les premiers décrivirent l'épidémie d'Anzin, de lui avoir donné le nom d'un état morbide qui n'en fut probablement que la conséquence. Nous devons plutôt faire honneur aux deux mémoires de Hallé (I) d'avoir attiré sur l'anémie l'attention des médecins, en même temps que celle des hygiénistes sur les conditions sanitaires si défectueuses dans lesquelles gisait alors la population ouvrière des mines.
Car lorsque Jean-Nocl Hallé donna le nom d'anémie à la maladie dont furent atteints au
(1) '|o Observations sommaires sur uiio maladie qu'on pout nommer anœmie, ou privation de sang, qui a attaqué les ouvriers d'une galerie dans une mine d'antliracite ou charbon de terre en exploitation à Anzin, Frênes et Vieux-Condé, près Valenciennes, et qui a été suivie et traitée sur quatre de ces ouvriers, à l'hospice do l'Ecole do Médecine. (Paris, 1802, in-8", dans la bibliothèque médicale, tome vi, p. 195 à 203, et dans le journal de Médecine do Corvisart, tome ix, an xni, p. i, 17, 71, 158).
2" Observations additionnelles sur l'anémie, ou privation do sang, qui a attaqué les ouvriers de la mine d'anthracite d'Anzin, près Valenciennes. (Paris, 1803, in-8o, bibliothèque médicale, tome vi, p. 342-40).
commonceinoiit de ce siècle les mineurs iI'Auziii, il employa un mot dont h signification n'était pas définie. II avait soin, d'ailleurs, de prévenir qu'il ne publiait que des observations sommaires sur une maladie « qu'on peut nommer anémie ou privdtion de sang, » laissant ainsi entrevoir qu'il existait, dans son esprit, sinon un doute sur la nature de cette affection, du moins une certaine hésitation sur la justesse de l'expression par laquelle il la désignait. C'est, qu'en effet, rien n'était moins net alors que le nîot et que l'idée d'anémie dans le sens où nous l'entendons aujourd'hui.
Bien que J.-C. Daumius eût employé le premier ce mot, en 1732, quand il soutint à Halle, sous la présidence de Michel Alberti, sa thèse deanœmiâ, bien que Lieutaud (1) eut fait une courte description de cette entité morbide, bien que Boerhaave (2) eut émis quelques opinions fort justes, et malgré les dissertations remarquables, soutenues devant Isenflamm, à Erlangen, par Kutter (1 764) et par Behr (1 766) sur la vraie et la
(1) PréciH de Médecine pratique, contenant l'histoire dos maladies dans un ordre tiré do leur siège, avec des observations et remarques critiques sur les points les plus iiitéri^ssaiits. Paris, in-8", '17o9.
(2) Pradectinnes ' acodemic.io do morMs ncrvorum, quos ex auditorum manuscriptis collectas edi curavit J. Ems, '!761, Leydo, 2 volumes in-S».
Causse anéinio, les nosograpliies de Sauvages (1), de Cullen (2), de Pinel (3), n'avaient pas même admis cette maladie dans leurs cadres pathologiques.
Et, cependant, si le mot anémie est d'origine toute moderne, l'état morbide désigné par ce mot remonte à la plus haute antiquité. Plusieurs passages d'Hippocrate nous prouvent que le père de la médecine connaissait les effets dus à un affiiiblissement ou à une diminution du sang. Car de tout temps on a eu des hémorrhagies, et l'état spécial qui en est la conséquence, n'a pu passer inaperçu des auteurs de la collection llippocratique. Cependant comme le fait remarquer notre maître, le professeur Potain (4), on ne doit pas, dans cette collection, « chercher une description réglée et dogmatique de la maladie, puisque l'école de Cos ne procédait pas de la sorte ; mais on peut y trouver épars presque tous les éléments de cette description. » Nous y apprenons, en effet, que « la plénitude et la vacuité » peuvent occasionner des symptômes
(1 ) Pathologia mcUiodica, sou de cognosccndis morbis. Lyon, i7o9, in-S". — Nosologia mctliodica, Genève, 1763, in-8", 3 volumes.
(2) Synopsis nosologiœ methodicœ, in usum studiosorum, Edimbourg, '1769, in-8o. „. , , ,
(3) Nosographio philosophique ou la Méthode de l'analyse appliquée à la médecine. — Paris, 1798.
(4) In Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, de Dechambre, article anémie.
analogues, et qu'un sang peu abondant amène la pâleur des tissus. Après Galien, qui déclare que l'on doit épargner les saignées aux Gaulois, parce qu'ils ont la peau blanche et pâle, et après Paul d'Egine qui défend aux personnes pâles de se mettre en colère, afin d'éviter les syncopes, on est obligé d'arriver à Jean Varandœus pour voir reparaître quelques indications. Dans son traité posthume de morhis et affectibus mulierum, paru à Lyon en 1615, l'ancien doyen de la Faculté de Montpellier emploie le mot chlorose, et signale les palpitations et les battements exagérés des artères, ainsi que les troubles de la respiration chez les femmes atteintes des pâles couleurs.
Le mot et la chose étaient donc connus quand Ilallé fit paraître son premier mémoire; en disant connus, j'exagère ; l'état anémique avait été décrit, il est vrai ; le mot d'anémie avait été déjà employé; mais le mot était passé presque inaperçu, et la maladie qu'il désignait était si peu déterminée, qu'on ne doit pas s'étonner si, jusqu'au second quart de ce siècle, l'anémie s'est pour ainsi dire identifiée à l'épidémie d'Anzin. Dans l'article signé Geoffroy et Nysten du Dictionnaire des Sciences médicales en 60 volumes, paru en 1808, en 1821, dans le Dictionnaire abrégé des Sciences
médicales de Panokouke, et, en 1833, dans le. Dictionnaire en 30 volumes, à l'arlicle signé Cliomel, l'histoire de celte épidémie tient la place principale dans la description de l'anémie; en sorte que, par suite de la publicité donnée par Flallé à son étude, l'anémie des mineurs occupa un rang dans le cadre nosologique avant même que l'anémie proprement dite eût conquis le sien.
Qu'était donc cette épidémie d'Anzin?
Pendant le mois de germinal de l'an xi de la république française, survint à Anzin, Frênes et Vieux-Condé, une épidémie qui frappa les mineurs occupés dans une galerie de la mine d'anthracite. Cette galerie était longue et l'air s'y renouvelait difficilement ; elle était située à une profondeur de 2l34 mètres ; la température y était à 17 degrés, « et l'eau qui filtrait à travers la mine exhalait une odeur de £îaz hvdro£?ène sulfuré et faisait naître des ampoules ou des furoncles sur les parties qu'elle touchait. » Cela n'empêchait pas les ouvriers, assure-t-on, de boire quelquefois de cette eau. « La maladie, dit Hallé, débutait par des coliques violentes, des douleurs d'entrailles et d'estomac, une gène de la respiration, des palpitations, la prostration des forces, la météorisation du ventre, des déjections noires et vertes; durée
(le cet état pendant 10-12! jours et môme plus; alors cessation des douleurs abdominales, pouls faible, concentré, accéléré, peau décolorée et, partant, une teinte jaune, marche difficile et accompagnée d'une extrême fatigue, palpitations fréquentes, visage bouffi, sueurs habituelles. Ce second état se prolonge pendant plusieurs mois et même au-delà d'une année, avec dépérissement et émaciation; enfin, les premiers symptômes se renouvellent, douleurs de tête affreuses, difficulté de soutenir la vue de la lumière et l'impression des sons, météorisation et douleurs du ventre, déjections purulentes. Une prompte mort termine ces derniers tourments. » On sait que la Société de l'Ecole de 3Iédecine de Paris consultée, conseilla des antidotes, croyant avoir affaire, soit à des coliques métalliques, soit aux suites d'une affection analogue au plomb des vidangeurs. On sait aussi que quatre malades des plus fortement atteints et depuis déjà longtemps (entre 8 et 15 . mois) furent envoyés à Paris et placés à l'hôpital de la Faculté, dans le service du professeur Hallé.
Quoique les deux articles de ce médecin aient été beaucoup moins lus que cités de seconde main, les faits sont tellement connus, qu'il est iiiiîtile de répéter les détails qui nous ont été
laissés. Rappelons seulement qu'il soumit les malades à un régime substantiel et les traita par des frictions mercurielles. Ce ne fut qu'après la mort de l'un d'entre eux, qu'il eut recours à une médication ferrugineuse ; car on avait trouvé, à l'autopsie, un corps tellement exsangue, des tissus tellement décolorés, que Hallé changea d'opinion sur la nature de l'affection, cessant de croire à un empoisonnement, pour admettre une disparition presque complète du sang. Des trois malades qui restaient, deux furent guéris au bout de trois mois, sans avoir repris une coloration bien marquée ; le dernier mourut accidentellement en revenant dans son pays. Lebleu, à Dunkerque, ne tarda pas à imiter Ilallé, en se servant de préparations martiales sur les malades d'Anzin qu'on lui avait envoyés et en obtint un résultat satisfaisant. On se hâta aussi à Anzin d'employer, et avec un égal succès, cette même médication sur les nombreux malades qui n'étaient pas rétablis, et sur ceux qui rechutèrent; car les rechutes furent fréquentes.
Des nombreux auteurs qui se sont occupés des maladies des mineurs ou des questions d'hygiène publique, la plupart, à la suite de Hallé lui-môme, ont attribué cette épidémie à une into-
xicalion par l'iiydrogène sulfuré. Ce fut ropinioii (leNysten et aussi de Jacobs (jui, en 1805, publiait un travail dans lequel il rappelait qu'on connaissait u des exemples semblables produits par des causes analogues : Boerhaave en a rapporté plusieurs venus à la suite de stimulus minéraux, salins, vitrioliques ou arsenicaux, mêlés à l'eau dans les entrailles de la terre; de pareils accidents se trouvent dans Delieau, Ramazzini et plusieurs autres auteurs (1). »
Presque tous les médecins (h? bouillère qui ont traité de l'anémie des mineurs se sont, dis-je, rangés à cette opinion. Je citerai spécialement Liégeard, Van den Brœck, Scliœnfeld, Riembaull, Buisson (2), Riche (3), Boëns-Boisseau surtout qui indique même, dans son livre (4), des habitants d'Anzin pouvant encore témoigner de l'odeur d'hydrogène sulfuré qui s'exhalait alors de la galerie malsaine. Notre maître, le professeur Tardieu, ne
^ \ I t -oiisidcTcitiDiir, .-iiii iii iiiahuiu; (|ui a rogu.; pariiii los ouvriers dos mines de eharbon d ?. terre, situées près Valencieuues, 180b. Jn Journal général de Médecine, tome XXIV, p. I -29.
(i) Etude médicah^ sur l'ouvrier bouilleur, thèse de Paris, I8G(), p. 'ï.i.
Qi) C. niche. Patholojîie du bouilleur, thèse de Paris. 1874, p. '2\).
( i) Traité pratique du.^ maladies, des accideuls et des dillormités des houilleurs, par Ho.-iis-lîoi-^seau lîrii- ^^'dles, 18G2, in-8", p. 07.
voit dans rx'tte épidémie qu'un scorhut (*lironi(jiie. François, de Louvain, croit (jue, dans l'épidémie d'Anzin, les elïéts d'un empoisonnement par l'acide sulfhydrique se sont trouvés réunis aux symptômes de ce qu'il appelle l'anémie-asphijxie, la(|uelle est, d'après cet auteur, très-fréquente chez les liouilleurs.
Nicolaï n'ayant pas trouvé d'hydrogène sulfuré dans les mines dont il avait analysé l'air, s'est cru autorisé à nier que l'hydrogène sulfuré ait été la cause de l'épidémie d'Anzin. Il aurait donc fallu pour qu'il admette cette influence que l'hydrogène sulfuré se trouvât en tout temps et dans toutes les mines. Mais c'était réclamer alors des épidémies continuelles.
Kuborn citant, d'après l'ingénieur Chévremont, les garçons de bain de Borcetle et d'Aix-la-Chapelle qui n'éprouvent pas de pareils accidents pour respirer ce même gaz dans de fortes proportions, et s'appuyant sur ce fait « qu'on ne trouve pas de traces d'hydrogène sulfuré dans la plupart des mines en Belgique, ou que les quantités en sont si minimes qu'elles échappent à l'analyse, » ne veut pas non plus croire à son influence dans cette épidémie.
Fossion l'imputerait plutôt à l'acide carbonique, et Paul Lorain (1) refuse de se prononcer. D'autres
(1) In Dicliounaire (1(>. Médecine et de Chirurgie pratiques d(^ Jaccoud, Article Anéiiiic des minours.
auteurs ciiiiii, parmi les(jue!s on doit citer Tanquorol (les Planches et Michel Lévy, croient à une anémie essentielle, spécifique, à laquelle les auteurs du Compendium de Médecine donnent le nom d'Anémie épidémique.
Quoiqu'il nous paraisse toujours imprudent de se hasarder à (brmuler sur une maladie un diagnostic rétrospectif, surtout quand cette maladie n'a pu être étudiée que d'une façon incomplète par suite du degré peu avancé des connaissances chimiques d'une part, et de l'insutfisance alors presque ahsolue des signes cliniques de l'anémie d'autre paj't, nous avancerons timidement qu'un peu de vérité nous semhle se trouver dans chacune de ces diverses opinions. Et nous dirons que les malades d'xVnzin eurent réellement de l'anémie, une anémie confirmée et à un degré extrême, car quelques-uns avaient de l'œdème des extrémités, témoin, au moment de leur arrivée à Paris, ceux qui furent envoyés à Hallé. Mais hâtons-nous d'ajouter que c'était une anémie secondaire, une anémie consécutive à un état complexe, qui paraît avoir été un empoisonnement subaigu, sinon chronique, par des gaz méphitiques dont nous ne pouvons préciser la nature et peut-être aussi par les eaux qui filtraient des parois de la galerie.
L'épidémie d'Anzin n'était cependant pas la première de ce genre, elle avait eu des précédents. Nous ne parlerons, que pour mémoire, d'une épidémie qui exerça ses ravages, vers le milieu du xiv""' siècle, dans les mines métalliques du Harz. Sur celte épidémie, mentionnée dans le grand ouvrage de Héron de Villefosse (1), à laquelle vinrent se joindre les brigandages de bandes armées et un éboulement subit qui fit suspendre l'exploitation de ces mines pendant plus dé cent ans, nous ne possédons aucun détail précis. En revanche, si, comme le faitremar- (juer Ozanam (2), les médecins qui soignèrent les mineurs d'Anzin avaient connu les travaux d'iloilinger, \< ils auraient de suite employé une méthode curative qu'ils n'adoptèrent qu'après des tâtonnements. » En eflot, Uolfinger avait observé une première fois, en 1777, et une seconde fois, de 1 785 à 1 792, une épidémieanalogue à Schemnitz, en Hongrie. Mais là, ce n'était pas dans des houillères, c'était dans des mines d'or et surtout de plomb argentifère que la maladiesedéveloppa. Hoffîngervit jusqu'à 1 ,129 mineurs frappés dans ces épidémies.
(1) Héron de Villefosse: Do la richesse minérale, 3 volumes in-4-, I^aris, 1810-1819, p. 57.
(2) Histoire médicale des maladies épidémiqiies, S'oe édition, 1835, tome iv, p. 173.
En analysant les symptômes (\uv. présentèrent les mineurs de Scliemnitz eomparativement à ceux qui furent observés h Anzin, on remarque que les signes rationnels de l'anémie sont presque identiques dans les deux cas. Mais tandis qu'à Anzin, les malades avaient des selles fréquentes souvent liquides, claires, brunes, jaunes, verdâtres; à Scbemnitz, au contraire, Hoftinger avait constaté une constipation opiniâtre. Les selles étaient dures et recouvertes d'un vernis luiileux (Ozanam). A Schmnilz, point de transpiration; à Anzin, des sueurs profuses ; à Scliemnitz, les malades avaient de véritables aiihralgies, des douleurs atroces dans les membres inférieurs, dans la colonne vertébrale; à Anzin, on ne voit mentionnées d'autres douleurs, en dehors d'une céphalalgie affreuse dans les degrés extrêmes de la maladie, que des coliques, qui, d'après Tan(|uerel des Planches, devraient être attribuées plutôt à l'acide muriatique oxygéné, au muriate d'ammoniaque et aux autres ;intidotes administrés aux malades, qu'à la maladie ellemême.
Pour nous rendre compte des causes de l'anémie de Schemnitz, nous né possédons pas de renseignements suffisants sur les détails de l'exploita-
lion de ces mines, au iiioiiieiit où sévirent les épidémies dont lloiïinger nous a laissé la relation médieale (1). Mais si l'on eonsidère le grand nombre d'ouvriers atteints dans un temps relativement très-court, l'apparition subite de l'afïéction en 1777, alors que les mines de Schemnitz étaient exploitées bien longtemps auparavant, car elles étaient déjà en activité au commencement du xvi""' siècle ; si, de plus, on réfléchit à la non-réapparition d'accidents de ce genre depuis 179:2, on ne peut s'empêcher de croire que cette épidémie a dû son origine à des causes extrinsèques au travail même de ces mines, à des causes étrangères aux conditions habituelles des travaux souterrains ; et l'anémie que les mineurs de Schemnitz semblent, d'après les symptômes décrits, avoir présentée, ne nous paraîtra avoir été, elle aussi, qu'une anémie secondaire développée à la suite d'une intoxication métallique, probablement saturnine, à laquelle se sont peut-être ajoutés les effets d'une intoxicationpar des gaz délétères. Mais ici, on ne peut qu'émettre une opinion, et l'on n'y attribuera, et
(1) Hoffinger. 1" Do solectis medicamentis, 1777. ' 2" Sendschreiben ùber den Einfluss der Anquickung dcrgold-und silborhaltigen. Erzesauf dioOcsundluMt der Arboiter. Salzbufg-Zoituiig, 1793. Hd. S. [, .'596.
forl jiistomcnl, qu'une valeur liypothétique.
Sauf une petite épidémie de môme nature signalée par ïïanot, et qui fut observée quelque temps après celle d'Anzin, à Wasmes, en Belgique, dans la mine des Vanneaux, on n'a plus revu d'anémies épidémiques.
A mesure que se sont développées nos connaissances hématologiques, à mesure que les signes cliniques fournis par l'auscultation nous ont mieux permis de diagnostiquer l'anémie vraie, ces grandes épidémies se sont obstinées, semble-t-il, à se soustraire à notre observation. Depuis que Bouillaud, venant féconder la découverte de Laënnec, nous a appris à connaître la valeur des souftles anémiques du cœur et des gros vaisseaux, depuis les travaux de Marshall-Hall sur les eftets des pertes de sang, depuis les recherches expérimentales du professeur Piorry sur les anémies locales, la symptômatologie de l'anémie a été créée. D'un autre côté, les études de Prévost et Dumas, de Denis (de Commercy) et de Le Canu faisaient connaître, la composition chimique du sang; tandis que les recherches de Fœdisch, d'Andral, Gavarretet Delafond, puis de Becquerel et Rodier, venaient éclairer d'un nouveau jour la composition et les
altérations éli'mentaii'os du liquide sant^uiii, et nous apprenaient riiifliicnce do la dimintilion du cliiflre des globules rouges dans-Ia production de l'anéniie et de la chlorose. Aujourd'iiui, (juclles (pie soient les divergences d'opinion, les obscurités et même les inconnues qui planent encore sur cette grande question, bien moins que nos devanciers nous courons le risque de méconnaître l'anémie quand elle existe, où de l'affîrmer lorsqu'elle n'existe pas.
Singulière fortune des choses de la médecine! Nous ne voyons plus guère aujourd'hui la plétb 't e sanguine, qui, au commencement de ce sieek; encore, était si fréquente. « Cet état est trèscommun, écrivait-on en 1821, on sait quel tempérament l'offre le plus ordinairement, quelles causes le déterminent, quels effets en résultent dans nos organes. Do l'état opposé, ou anémie, les praticiens n'en ont qu'une idée très-vague. Depuis Lieutaud, on n'en a guère parlé que pour la présenter comme une sorte de cas rare » (1). Cinquante ans plus tard, en pleine Académie des Sciences, notre illustre maître, le professeur Bouillaud, affuMiiait et se faisait fort de prouver que la moitié du genre humain est anémique (2).
(1) Dictionnaire abrégé des Sciences médictdes. Pancliouckc, tome i, p. 42o.
(2) Comptes-rendus des séances de l'Académie des Sciences, mai 1872.
D'où provient donc un tel changement?
L'organisme de l'homme a-t-il pu en si peu de temps se modifier à ce poini? Assurément non. C'est là science qui a marché en se développant, et de nouveaux points de vue ont été découverts qui n'étaient pas même soupçonnés auparavant. Les progrès de la chimie, ceux de l'anatomio microscopique, de la physiologie et de la clinique, ont permis de connaître la composition normale du sang, la nature de ses éléments, ses altérations et leurs effets, et il n'est pas jusqu'à la physique qui n'ait contribué à ces progrès en fournissant l'analyse spectrale (1).
Nous sommes dans la phase scientifique de l'histoire de l'anémie. Examinons ce qu'est devenu l'anémie des mineurs pendant cette période. Nous l'avons déjà dit, on n'a plus observé d'anémies épidémiques, on n'a vu que des cas isolés d'anémie. Chomel en a cité une courte observation. << Un enfant de 14 ans, qui mourut à l'hôpital des enfants malades (service de M. Guersent), dans un état tout à fait anémique, avait été employé pendant quelque temps dans une mine de charbon de terre, à Valenciennes, où il avait contracté son
(I) Ou sait l'iniportancR acquise par les recherches spsctroscopiques dans rôtudc des combinaisons des gaz avec les globules du san^?.
allkiioii. A rouvei'turu(*a(lav(;riqu(î, loiil (Hail d'une; pâleur extrême, la peau, les tissus membraneux et les parenchymes ; les*ystèmes artériels et veineux, ainsi que les divers réseaux capillaires, étaient complètement décolorés et contenaient, au lieu de sang, un liquide séreux à peine teint en rose. 11 existait en outre, une maladie du foie ; cet organe, d'une texture assez dense et onctueuse au toucher, offrait une couleur de cire jaune, et laissait suinter à peine quelques gouttelettes d'un sang séreux. » (1).
Je me contenterai de foire remarquer, dans cette observation, l'altération du foie, en la rapprochant d'une altération analogue du même organe qui se trouve rapportée dans l'autopsie du mineur d'Anzin faite par Hallé. Ces lésions indiquent nettement qu'il y avait chez ces deux mineurs autre chose que l'anémie.
En 1843, Tanquerel des Planches eut l'occasion d'observer à l'hôpital de la Charité, dans le service d'Andral, un cas d'anémie chez un jeune homme qui avait travaillé six ans dans les mines d'Anzin. Il recueillit longuement son observation et en fit le point de départ d'une histoire de l'anémie des mineurs (2).
(1) Dictionnaire en 30 volumes, tome ii, 1833, p. o83.
(2) Journal de Médecine de Beau, tome i, lRt3. p. 109.
Aiié (le 2(0 ans, co malade ol'frail la réunion de presque tous les accidents caractéristiques de l'anémie idiopathique, essentielle, ou chlorose, que l'on rencontre chez les jeunes filles; il avait des formes féminines, les organes génitaux incomplètement développés; pas de barbe. On ne trouvait pas d'affection organique. Tanquerel des Planches considère gratuitement les nombreuses pollutions nocturnes qu'avait ce jeune homme, comme étant l'effet non la cause de l'affaiblissement général; elles cédèrent aux ferrugineux. L'auteur s'appuie sur l'absence d'anémie chez ce malade, sur son affirmation, avant son entrée aux mines, pour attribuer le développement de son état morbide au séjour dans des souterrains humides et privés de soleil et de lumière. D'ailleurs tous les symptômes de l'anémie décrits par Hallé se trouvent réunis chez ce malade qui présente en plus les bruits anémiques du cœur et des vaisseaux, que Hallé n'avait pu constater avant la découverte de l'auscultation.
Les troubles des voies digestives dont souffrirent les mineurs d'Anzin n'étaient pas dus, affirme Tanquerel des Planches, à l'anémie; les médecins d'Anzin, qui, les premiers, ont soigné les mineurs malades dans l'épidémie, ont eu tort
(Je signaler ces symptômes parmi ceux de la maladie, et les auteurs qui citent Hallé ont manqué souvent de fidélité en négligeant de dire que ces accidents gastro-intestinaux doivent être attribués, soit aux purgatifs, soit aux antidotes administrés, soit encore à l'ingestion, dès le début, d'eau cbargée d'bydrogène sulfuré. Quant aux émanations charbonneuses, Tanquerel des Planches daigne les amnistier du reproche de produire cette anémie, puisqu'à Paris chez les charbonniers on ne la rencontre point. L'auteur ajoute que les mines d'Anzin ne donnent pas seules naissance à cette anémie idiopathique; toutes les autres houillères ont cette faculté. Car son malade, après avoir travaillé à Anzin, entra dans les mines du Borinage, et là son mal s'aggrava; dans ces dernières mines, au dire du malade, les ouvriers devenaient faibles et pâles. Tanquerel des Planches, en terminant son observation, assure que l'anémie des bouilleurs se traduit comme la chlorose, par les mêmes bruits cardiaques et artériels, qui indiquent l'appauvrissement du sang et disparaissent avec les ferrugineux.
Michel Lévy a parlé aussi d'un jeune soldat sortant des mines de Saint-Etienne, qui entra dans son service du Val-de-Gràce avec tous les symptômes de l'anémie, et, comme Tanquerel des Planches,
iMichelLévy n'a pas vu de différences entre ce cas et ceux observés par Hallé.
Des travaux plus importants, émanant de médecins des houillères, ont été publiés en Belgique, depuis Nicolaï jusqu'à Kuborn, en passant par Hanoi, Schœnfeld, François, Fossion, Demarquette et Boëns-Boisseau. Nous ne devons pas oublier de mentionner aussi des études faites à un point de vue hygiénique plutôt que médical, entre autrescellede Ducpétiaux sur le travail des enfants dans les mines de Belgique, celle de Villermé sur la santé des enfants et des adolescents des houillères de la Grande-Bretagne, et celle de Van den Brœck sur l'état physique et moral des ouvriers en Belgique.
En Angleterre, Alison, Cox, Webb, Wilson; en Allemagne, Kûpper, Brockmann, Pappenheim, Schirmer ont apporté leur tribut à cette étude.
En France, nous pouvons nommer avec honneur les articles du professeur Tardieu (1), l'ouvrage du docteur Riembault (â), les thèses inaugurales du docteur Bourguet (3), du docteur Buisson et du
(1) Dictionnaire d'Hygiène publique et de Salubritv>. S""» édition, Paris, 1862, 4 vol. in-8".
(■2) Hygiène des ouvriers mineurs dans les exploitatioii.s houillères. Paris, in-S", 1861.
(3) Kssai sur l'hvgiène des ouvriers bouilleurs, thèse de .Montpellier, 1864.
docteur lliclic, ;»insi (jue les iirliclcs d'iuw portée plus vaste, (pioique iiioins originaux, de Heaui^rand (1) et de Gauehet
Mais ces travaux confinent de si pirs à celui que j'ai entrepris, j'aurai si souvent à les citer, soit pour approuver leurs opinions, soit pour les discuter ou pour les combattre, (jue je crois inutile de les analyser à cette place.
(1) Arlicle: Mines, m Dict. oncvcl. dos Se. môd. de
Dechambro. .
(2) Arlicle: Maladie des minmn, in Dm. de !\led. et de Chir. prnt. de Jnccoud, tniiK^ xxii.