OBSERVATION VI
Hernio inguinale droite. Appendicite extra-sacculaire. Opération. Mort (par M. Aug. Pollosson, d'après Charnoïs. Thèse de Lyon, " 1894).
Le nommé D... cultivateur, âgé de soixante-sept ans,
était porteur depuis plusieurs années d’une hernie inguinale
DU TR face à ayant à peine le volume d’un poing ét qu'il contenait plus ou moins mal au moyen d’un bandage.
Dans les premiers jours d’avril 1893, cette hernie augmenta brusquement de volume sous linfluence d’un effort ; elle remplit alors la moitié droite du scrotum atteignant un volume égal au moins à trois poings d'adulte ; à partir de ce moment, la hernie devient irréductible et les efforts répétés du malade et d’un médecin appelé restèrent sans résultat ; pas de phénomènes aigus d'étranglement, mais simplement douleur locale,
Le malade entre à l'Hôtel-Dieu Le 8 avril 1893 ; la tumeur herniaire est énorme, tendue et modérément douloureuse ; le pédicule présente au moins le volume de quatre doigts et ne paraît pas tendu ; l’anneau inguinal large ne paraît pas exercer une violente constriction sur ce pédicule ; on ne Juge
donc pas opportun d'intervenir et après de nouvelles tentatives très modérées mais infructueuses de réduction, on prescrit des applications de glace sur là tumeur et une diète rigoureuse; la douleur locale diminua légèrement pendant les premiers jours. De temps en temps expulsion de matières peu abondantes ; tous les deux ou trois jours on essaya avec douceur des manœuvres de réduction qui ne donnèrent pas de résultats.
15 avril. — Le malade a encore une selle et émet des gaz par l'anus ; le soir du même jour, augmentation de la tension dans la hernie qui devient douloureuse apparition de douleurs abdominales ; un vomissement survient.
Le 16 avril. — Au matin, le maladé est examiné ‘avec soin et on ne se résoud pas encore à une intervention parce que le
malade n’a encore eu qu’un vomissement; parce que l’état
Po général est encore bon et parce que la veille encore le malade a eu uneselle,
Dans la journée du 16 avril, les vomissements se répètent et deviennent plus fréquents, les douleurs abdominales augmentent en même temps que le ventre se ballonne ; le pouls devient petit et rapide.
En même temps, la peau du scrotum présente une augment tation de chaleur et un certain degré de rougeur. Ces symptômes s’aggravent rapidement dans la nuit. |
Du 16 au 17 etle 17 au matin. —Le malade dont les vomissements sont devenus fécaloïdes présente un état général tout à fait effrayant, On décide alors une intervention.
Incision des téguments, décortication du sac ; en isolant ce dernier, on constate en dehors de lui et à sa partie postérointerne une collection suppurée du volume d’un œuf siégeant dans le tissu cellulaire des bourses en dehors du sac et contre lui. Cet abcès est ouvert et nettoyé avec soin ; on incise alorsle sac sur sa face antérieure et l’on constate que la hernie contenait à la fois une anse volumineuse d’intestin grêle et le cœcum en même temps qu'une partie du côlon ascendant ; en même temps s'écoule une certaine quantité de liquide citrin à peine louche et nullement purulent.
Le cœeum est situé sur la face postérieure de la hernie ; on voit linsertionintestinalede l’appendice, on aperçoit pas tout d’abord son extrémité libre, mais en suivant cet appendice à partir du cœcum, on est conduit dans la cavité suppurée extra-sacculaire dont nous avons déjà parlé et l’on voit qu'en ce point l’appendice ulcéré est presque complètement sectionné.
On a donc affaire dans ce cas à l’inflammation d’un appen-
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dice qui était en grande partie extra-péritonéal et qui avait! donné lieu à une inflammation suppurative extra-sacculaire d’une manière analogue à ce que l’on observe lorque les appendicites intra-abdominales donnent lieu, non pas à une péritonite, mais à un phlegmon du tissu cellulaire de la fosse iliaque. Dans le cas présent, l’appendice ayant glissé avec le cœcum dans la hernie, n’a pas donné lieu à une inflammation péritonéale, c’est-à-dire intra-sacculaire, mais à une suppuration extra-sacculaire. L'intestin grêle hernié est réduit dans l’abdomen, mais la réduction du cœcum aurait nécessité la réduction du sac ou tout au moins de la partie voisine du méso-cœcum étalé et comme cette zône était le siège d’une inflammation suppurativé, il paraît impossible de la réduire malgré le nettoyage qui en a été fait.
Aussi la réduction étant considérée comme impossible, devait-on hésiter entre une résection intestinale suivi d’entérorrhaphie ou l’établissement d’un anus contre-nature.
L'état général du malade dont on n’aurait pas pu prolonger l'opération, fit rejeter l’idée d’une entérorraphie et M. A. Pollosson se décida à établir un anus contre nature en fixant vérs la partie supérieure de la plaie le cœcum et l’anse d’intestin grêle qui y aboutissait.
Ces deux bouts intestinaux sont adossés en canon de fusi] et la partie d’intestin qui était descendu dans la hernie est réséquée en même temps que le sac.
On compléta l’opération en réunissant par une suture l’incision des bourses, espérant ainsi que les matières intestinales seraient déversées au dehors et ne viendraient pas infecter la vaste cavité scrotale,
- L'ensemble de l’opération avait duré près d’une heure.
me Pendant les quelques heures qui suivirent, les matières s'écoulèrent par l’anus contre nature établi, mais le malade. ne sortit pas de l’état de collapsus dans lequel il se trouvait et succomba dansla soirée, le jour même de l’opé-
ration.
Nous pouvons faire suivre cette observation d’une réflexion c’est que le malade aurait, suivant toute probabilité, été opéré avantageusement vingt-quatre heures plutôt si l’on avait su attribuer aux premiers symptômes
leur véritable gravité.