‹ De l’appendicite herniaireChapitre 22 sur 31 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Hernie inguinale droite étranglée. Opération. Présence de l’appendice cœcal gangréné, indépendant du sac. Mort. Autopsie. (Obs. recueillis par M. George Baumetz dans le service de M. Manec à l'hôpital de la Charité. Gaz. des Hop. 1859, p. 462)

Le nommé L.:.. àgé de 19 ans, peintre en porcelaine, est amené le 22 août 1859 à l'hôpital de la Charité avec tous les symptômes d’un étranglement intestinal. Le pouls est petit, la face profondément altérée, les yeux excavés, la langue rouge et sèche. A chaque instant ilest pris de vomissements dont les produits jaunâtres sont: analogues aux matières fécales. Absence de selles,

Ce garçon, d’une constitution très: chétive, tempérament lymphatique, a depuis huitans une hernie inguinale droit peu volumineuse, sans douleur, Il n'a jamais porté de baudage.

Huit jours avant son entrée à l'hôpital, le 14août, enfai=

sant un violent effort pour porter un seau d’eau, il sentit

une vive douleur dans sa hernie. Le soir, la douleur avait. beaucoup augmenté ; la hernie était rouge et Les parties environnantes tuméfiées. Le lendemain, les vomissements apparurent, il rejeta d’abord des matières alimentaires, puis dans les derniers jours des matières fécales.

Les selles devinrent de plus en plus rares. Jusqu'au mercredi 18 août, ily aeneu trois provoquées par troislayements ; mais depuis cette époque, le malade n’a pas été une seule

fois à la garde-robe.

Un médecin ayant été appelé conseilla au père du jeune malade de le faire conduire au plus vite à l'hôpital. Ce sage conseil ne fut pas suivi. Le père assura qu'il le guérirait bien lui-même et joignant l’action aux paroles, il appliqua tant bien que mal sur la tumeur un bandage herniaire ; mais au bout de quelques instants, il survint d’atroces douleurs et il fallut, comme on le pense bien, retirer l’appareil.

- Aucune autre tentative de réduction ne fut faite. Onappliqua seulement de la glace sur la hernie ; maïs les symptômes empirant de jour en jour, le malade se décida à entrer à l'hôpital, où il fut couché salle Ste-Vierge n° 25, dans le

service de M. Velpeau.

Nous avons déjà parlé des symptômes généraux, Voici ce

que nous donne l’examen local.

À la partie la plus interne de l’aine droite et suivant la direction du cordon, on trouve une tumeur ovalaire du volume d’une grosse noix ; cette tumeur est dure et ne présente pas la consistance d’une hernie. On sent en l’examinant avec soin une espèce de corde ou de cordon dur, qui est placé

entre la peau et la tumeur ; la douleur est très vive, la peau

= D est rouge, le ventre est ballonné dans toute sa portion sousombilicale ; il est douloureux à la pression.

En face de tous ces symptômes, M. Manec, chargé momentanément du service de M. Velpeau, juge l'opportunité d’une opération. Le malade est donc conduit à l’amphithéâtre. M. Manec, après avoir fait un pli à la peau, pratique une incision parallèle au grand diamètre de la tumeur, puis il passe à la dissection du tissu cellulaire qui est très enflammé et présente en ce point de petits foyers de pus. Cette dissection conduit sur un corps qui a toutes les apparences d’ur intestin gangréné ; ce corps est baigné par le pus. En l’isolant avec soin des tissus environnants, on s'aperçoit qu’il est formé par un cordon c'e la grosseur d’une plume d’oie qui d’une part sort de l’anneau inguinal et de l’autre se plonge dans le scrotum.Le corps est grisàtre, comme gangréné et on ne sent rien dans son intérieur.

La première idée de M. Manec fut que l’on avait affaire là à l’appendice du cæœcum ; l’appendice fut rejeté de côté. Au-dessous et adhérant à sa face postérieure, on trouve une poche à parois épaisses parsemées de petits points en suppuration, qui n’est autre que le sac herniaire. Ouvert avec la plus grande précaution, il laiss voir une très petite portion d'intestin étranglé. Cet intestin est d’un rouge vif peu foncé.

M. Manec procède alors au débridement ; le bistouri boutonné est porté à deux endroits, à l’orifice inférieur du canal -Inguinal et à l’orifice supérieur : l’anse herniée est légèrement tirée en dehors, l'intestin trouvé sain, peu congestionné relativement à la durée des accidents. On procède à

la réduction ; mais en ce moment le malade se débattant avec

violence et jetant les hauts cris, cette réduction devient très difficile. On soumet alors le malade aux inhalations de chloroforme et pendant le sommeil anesthésique l’on réduit avec facilité.

Restait Le corps cylindrique que M. Manec considérait comme lappendice du cœcum ; on cherche, mais en vain, son extrémité inférieure : elle paraît plonger dansle fond du scrotum. M. Manec alors abandonne sa première idée et dit qu’on pourrait bien avoir affaire, ainsi que l’avaient pensé quelques assistants, au canal spermatique altéré par le pus, la herni, pouvant avoir dissocié les éléments du cordon.

Une petite artère est liée à l’angle inférieur de la plaiepuis on procède au pansement ; trois bandelettes agglutinatives rapprochent les bords de la plaie, un pansement simple est appliqué par dessus, et le tout est maintenu par un spica. Le malade est rapporté à son lit; des onctions à l’axonge sont faites sur le ventre. Potion huileuse, lavement purgatif.

De midi à trois heures, le malade a trois selles ; pas de vomissements. À cinq heures, les vomissements reparaissent.

Le 23, au matin. — L’état du malade est bien aggravé ; pendant la nuit les vomissements n’ont pas cessé ; il n’y a pas eu de selles ; le pouls est filiforme, les extrémités sont froides et cyanosées, le ventre est ballonné, peu douloureux.

On enlève le pansement pour voir si l’intestin est resté en place : rien n’a bougé. On remet un nonveau pansement. Onction avec l'axonge sur le ventre, alèzes chaudes aux extrémités.

A onze heures, tous les symptômes dont on vient de parler ont augmenté ; le pouls est imperceptible ; le malade est complètement cyanosé. Potion cordiale, sinapismes.

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