RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LE MÉCANISME INTIME DE L'ATMOLYSE
Pour bien démontrer qu'on ne doit pas confondre l’éthérolyse avec l’atmolyse par l’éther, et que l'exposition directe des substances au contact d'un liquide atmolyseur ne donne pas les mêmes résullats que leur exposition à l’action des vapeurs de ce même liquide, j'ai opéré de la façon suivante, comme l'avait fait autrefois le professeur R. Dubois, et sur les indications de ce dernier :
J'ai taillé, dans un bouillon colloïdal de gélatine-peptone servant aux cultures microbiennes, plusieurs cubes. La moitié de ces cubes a été immergée pendant vingt-quatre heures dans. une solution concentrée de tannin pour durcir la surface : l’autre moitié n’a subi aucune préparation de cet ordre. Tous les cubes ont été suspendus dans l’atmolyseur, au-dessus de petits récipients (verres à expériences). J'ai fait le vide à l’aide de la trompe à eau pour retirer le plus d'air et vaporiser le plus d’éther possible. Au bout d’une heure, les cubes qui avaient été plongés daus la solution de tannin, dont la surface avail été pour ainsi dire tannée, ont laissé transsuder de nom-
1 Dusors.
Atmolyseur du professeur Raphaë
Tu breuses gouttelettes et cette transsudation continuait encore au bout de quarante-huit heures. Les cubes qui n’avaient pas été immergés dans la solution de tannin ne présentaient à leur surface aucune gouttelelte.
La même opération a été répétée avec le même résultat en opérant sur des cubes formés simplement en dissolvant 125 grammes de gélatine pure dans 100 grammes d'eau. En remplaçant la couche tannée par une fine membrane organique, on obtient la sudation atmolytique, comme avec les cubes tannés.
Coxczusioxs. — Dans l'éthérolyse, les cubes auraient été déshydratés, comme dans l'expérience de Graham avec les colloïdes minéraux, et 1l se serait formé, par simple diffusion, un étherogèle. Dans les expériences précédentes, il est nécessaire, pour provoquer la sudation, qu'il existe entre le colloïde et la vapeur atmolysante une membrane, ce qui prouve qu'il s’agit d’une véritable dialyse. Il n’est pas même indispensable qu'il existe une vraie membrane, comme cela a lieu dans les cellules végétales en général; il suffit qu'il y ait autour du noyau colloïdal, ou autre, une partie plus dense que lui, comme c'est le cas dans la généralité des cellules animales dont l’endoplasme n'est souvent séparé du milieu extérieur que par un ectoplasme un peu plus densifié.
Ce n’est pas seulement le cas des cellules animales somatiques, mais aussi d’une foule de protistes ou organismes monocellulaires.
C'est à dessein que j'ai insisté (p. 62 et suiv.) sur la constitution intime du bioprotéon ou substance vivante, dont les éléments constitutifs fondamentaux prennent, dans l'état d'activité, la forme de vacuolides, c'est-à-dire de très petits leucites, comme l'avaient montré d’abord Raphaël Dubois, et plus tard Guilliermond.
Dans ces organismes élémentaires les conditions, dont je viens de signaler la nécessité, se trouvent réalisées et la dialyse par almolyse peut se produire entre le contour de la vacuole
OR eS
et le milieu extérieur au travers des parois de la vacuole. Il en est de même, à fortiori, pour les gros leucites, comme les chloroleucites, qui sont le siège de la fonction chlorophylienne et c'est ce qui permet la seule explication possible de cette découverte de Claude Bernard, à savoir que l’action des vapeurs anesthésiques suspend l'activité des chloroleucites, c'est-à-dire la fonction chlorophyllienne, en laissant subsister l’activité respiratoire qui semble s'effectuer en dehors des mitochondries où vacuolides, des microleucites, comme cela a lieu avec les globules du sang.
L'atmolyse est donc bien, en définitive, une dialyse provoquée par les vapeurs, agissant principalement sur l'eau contenue dans le bioprotéon pour s’y substituer, mais pouvant s'exercer aussi sur d’autres principes immédiats que l’eau, comme je le montrerai, en particulier, par l’action des vapeurs des liquides organiques neutres sur les graines oléagineuses, par exemple.
Signalons encore une autre différence entre le mécanisme de la dialyse entre liquides et l’atmolyse.
Dans les expériences dont je donne le détail plus loin j'ai expérimenté comparativement avec les récipients membraneux ouverts et avec ces mêmes récipients fermés et formant une cellule, une ampoule pleine et close.
Dans les tubes ouverts plongés dans un liquide osmotique, la dialyse se fut effectuée rapidement; il n’en a pas été de même pour les tubes ouverts plongés dans l'air saturé de vapeurs atmolysantes. On n'a observé aucune transsudation sur leurs parois, tandis qu'elle s'est montrée rapidement sur les parois des vésicules ou ampoules pleines et closes plongées dans ces mêmes atmosphères atmolysantes.
Cette expérience prouve, en outre, que, pour que l’exsudation ait lieu, il faut qu'une certaine pression s'exerce à l'intérieur du système par suite de la vapeur atmolysante qui déplace une quantité du liquide atmolysable parfois supérieur à son propre volume, ce qui semble paradoxal. Mais on sail,
depuis les recherches de R. Dubois et de P. Regnard sur l’action des hautes pressions sur les êtres vivants, que l'eau est fixée d’une manière particulière dans la cellule vivante.
R. Dubois a montré que, si l’on comprime à 700 atmosphères des cuisses de grenouille dans l’eau, les muscles fixent une certaine quantité d'eau qui s’en échappe quand cesse la pression : c’est ce qui explique comment les animaux retirés des grandes profondeurs arrivent à la surface comme s'ils avaient été cuits : ils se sont déshydratés, mais non desséchés. Ce que R. Dubois a appelé la fension de dissociation de l'eau et des tissus a été augmenté et c’est justement ce qui se produit dans l’action des vapeurs atmolysantes sur la substance organisée.
La pression intérieure peut exercer sur les parois une action analogue à celle qui se produit sur la membrane d’accroissement des cellules artificielles de Traube. La pénétration endosmotique distend la membrane et la rend plus perméable par accroissement des interstices moléculaires.
Expériences sur les vésicules closes.
Influence de la membrane, du liquide intérieur et de l’atmosphère atmolysante.
Quatre sacs pleins et clos, formés d'une mince membrane de caoutchouc, ont été introduits dans l’atmolyseur contenant des vapeurs d'éther :
Le sac A contenait de l'essence de térébenthine non rectifiée ;
Le sac B contenait de l'huile d'olive verdâtre;
Le sac C contenait de l’eau;
Le sac D contenait de la glycérine neutre.
Les quatre’sacs avaient été laissés préalablement à l'air libre et 1l ne s'était pas produit de suintement de liquide intérieur à la surface d'aucun d’eux.