‹ De L’Atomolyse Et De Ses Applications En PhysiologieChapitre 6 sur 31 · JO · texte numérisé non relu

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que, quand l'alcool produit par la fermentation a dépassé une certaine limite, la fermentation se ralentit en même temps que la production de l’acide carbonique, et que, corrélativement, la température s'abaisse progressivement alors qu'il reste encore dans le moût une quantité de sucre capable d'alimenter la fermentation. C’est à cette occasion qu'il fit voir qu’il fallait, pour ralentir et finalement suspendre le processus fermentatif, moins d'alcool amylique et plus d'alcool méthylique que d’alcool éthylique. Le pouvoir antifermentescible et antithermique était en raison inverse des poids moléculaires des alcools expérimentés : cette loi fut ultérieurement vérifiée par Audigé et Dujardin-Beaumetz sur les chiens auxquels on faisait absorber divers alcools par injections sous-cutanées, pour connaître leur activité physiologique ou plutôt toxique. De ses expériences R. Dubois concluait que, non seulement l'alcool, en raison de son pouvoir exosmotique considérable par rapport à celui de l'eau, empêche la pénétration du liquide sucré dans les cellules de levure de bière, mais que, pour celleci, comme pour toutes les cellules d’ailleurs, cette même action exosmotique sollicite - l’eau à sortir des cellules des tissus vivants, lesquels peuvent contenir jusqu'à 98 pour 100 d’eau, ainsi que l’on sait, chez certains animaux, comme la Méduse par exemple, et de 85,8 pour 100 pour le cerveau (substance grise) et pour les muscles de l’homme de 75,7 pour 100 en moyenne. =

. Toutefois, R. Dubois avait vu que l'alcool n'’agit pas de même sur les organismes suivant qu'il est très dilué ou bien concentré, même administré en égale quantité, suivant surtout qu'il est donné par voie stomacale ou par injections souscutanées. En ce qui concerne l'ingestion stomacale, il démontra expérimentalement ce que n’ignoraient pas les buveurs, à savoir qu'une parie de l'alcool, quand il est assez dilué, subit une sorte de fermentation, de digestion stomacale qui le transforme en acide acélique. Les acétates alcalins formés ainsi dans le sang étaient brûlés dans les tissus et devenaient des

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aliments respiratoires thermogènes. Ainsi s'expliquaient les divergences des partisans de l'alcool aliment thermique et de l'alcool antithermique, ainsi que l’immunité relative de l'abus des boissons fermentées, par rapport aux boissons distillées concentrées.

Mais si l'alcool, en vertu des lois de la dialyse, de l’osmose, pouvait agir en empêchant, en ralentissant seulement la pénétration de liquides aqueux nutritifs dans les cellules et même en provoquant l’exosmose de ces sucs nutritifs et de l’eau nécessaire au fonctionnement normal de la cellule, 1l n’en était pas moins certain qu'une certaine quantité d’ He devait aussi, par voie d'échanges osmotiques, pénétrer dans le bioprotéon cellulaire. On savait même qu'il s’accumulait de préférence dans certains tissus, comme le foie et le cerveau. Pourtant, dans l'intoxication aiguë par les alcools ou par l’éther, ne dépassant pas les limites de l'ivresse ou de l’anesthésie, on ne découvrait aucune modification histologique de nature à expliquer les profondes modifications du fonctionnement normal survenant dans ces conditions.

C'est à ce sujet que R. Dubois rappela les curieuses expériences du physicien anglais Graham sur les colloïdes minéraux. En taillant de petits cubes de la substance gélatineuse, obtenue au moyen de l’hydrate de silice ou d’alumine, et en les plongeant dans l'alcool, la forme et la constitution coiloïdale des petits cubes d’hydrogèle ne change pas, mais leur volume diminue parce qu'une petite quantité d’alcool a chassé, en se substituant à elle, une proportion relativement considérable d’eau. Mais, chose plus curieuse encore, si l’on transporte le cube d’hydrogèle devenu un cube d'alcoogèle dans un courant d’eau, peu à peu l'alcool est à son tour éliminé par l’eau en vertu d’une acfion de masse. Dans l'organisme la circulation du sang et de la lymphe joue le même rôle que le courant d’eau dans les expériences mémorables de Graham : les tissus qui avaient fixé de l'alcool, alors que les humeurs en étaient chargées, repassent de l’état d’alcoogèle à l’état d’hy-

drogèlé, grâce à la suspension de l'apport de l’agent toxique et à son élimination progressive par le poumon et par les reins, notamment.

Les remarques faites par R. Dubois, à savoir que l'action inhibitrice comparée des alcools est en raison inverse de leur poids moléculaire, était corroborée par cette autre loi, due à Béclard, que le pouvoir osmotique des liquides est en raison directe de leur chaleur spécifique. L'eau est le liquide qui possède la chaleur spécifique la plus élevée, et celle-c1 est diminuée en raison directe de la quantité d'alcool qu'on lui ajoute et aussi des poids moléculaires des alcools employés. Pour abaisser dans une même mesure le pouvoir osmotique de l’eau ou d'un liquide aqueux nutritif, il faudra donc moins d’alcool amylique que d’alcool éthylique et moins d’alcool éthylique que d'alcool méthylique; 1l faudra encore moins d’éther puisque sa chaleur spécifique est inférieure à celle des alcools précités, d'où son pouvoir inhibiteur plus considérable. Il devait en être de même pour les autres liquides organiques neutres analogues, ce qui engagea R. Dubois à entreprendre sur l’action de ces derniers sur la substance organisée une série d'expériences, dont les principaux résultats ont été consionés dans de nombreuses notes ou mémoires que Je vais ana- 8 J lyser rapidement".

Tout d'abord, on peut lire, dans l'article Alcoots, Toxicologie générale de Ch. Richet / Grand Dictionnaire de Physiologie) |17|, la seule allusion suivante aux expériences de

1 Ainsi qu'il a été dit dans l’Introduction, les premières expériences de R. Dubois furent faites au Laboratoire de la Clinique de Béhier, à l'Hôtel- Dieu de Paris, en 1870, elles furent interrompues pendant la guerre, leur auteur étant parti comme chirurgien aide-major aux armées; c’est pour ce motif que la publication de ces recherches n’eut lieu qu'en 1874. On trouvera les renseignements complémentaires qui ne sauraient trouver place ici dans le premier voluïne du Grand Dictionnaire de Physiologie de Ch. Richet, à l’article « Alcools » (p.234-244) de R. Dubois. Mais le texte n'en fut pas publié intégralement; il fut privé de ses principales conclusions. Dans un article spécial :

Alcools { Toxicologie générale) [17] Ch. Richet a développé ces conclusions, sans indiquer leur origine exactement,

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R. Dubois : « R. Dubois (1870) avait émis l'hypothèse ingénieuse que l’alcool agit par sa force exosmotique en déshydratant les tissus. D'autre part Béclard avait montré que le pouvoir exosmotique est d'autant plus grand que la chaleur spécifique est moins élevée; et enfin, d’après les lois de Dulong et Petit, les chaleurs spécifiques sont en raison inverse des poids atomiques. En reliant ces trois lois l'une à l’autre, on voit clairement que plus le poids de la molécule s'élève, plus est accrue la puissance exosmotique (et par conséquent déshydratante) de la substance alcoolique. » C’étaient là les conclusions de R: Dubois.

D'autre part, les Recherches expérimentales sur les alcools par fermentation de Dujardin-Beaumetz et Audigé sont de 1879, c'est-à-dire postérieures à celles de R. Dubois.

Valentino [26], après avoir combattu les conclusions de R. Dubois sur l’action de l'alcool, fait quelques expériences qui prouvent l'exactitude de ces conclusions, et il les assimile, en constatant d’ailleurs (p. 84) que toutes ces données sont parfaitement d'accord avec la clinique qui montre une énorme déshydratation de l'organisme, hypersécrélion de {oute nature aboutissant à une concentration de sérum sanguin.

Puis (p. 84), le même auteur ajoute : « le peu d'alcool qui passe dans la cellule nerveuse y exerce son action toxique, incoordination motrice, convulsions, etc. L'alcool qui persiste à l’entour des cellules détermine un courant cellulifuge de sérosttés ; l'apport de sérosités d'autres points de l'organisme tend à réparer les pertes d'eau que subit le protoplasme; c'est une action toule simple, basée sur d'élémentaires principes d'équilibre dans la constitution des humeurs, et on s'étonne vraiment que R. Dubois, pour expliquer la réparation des pertes d’eau, invoque l'existence d’un centre de déshydratalion : hypothèse purement gratuite. » On a le droit de se demander où Valentino a pu trouver pareille conclusion dans les travaux de R. Dubois : c’est cette étrange affirmation qui est purement graluile.

Et

Des critiques de la théorie de R. Dubois sur le rôle de l'alcool et des anesthésiques généraux ont été formulées par Overton [24|. Elles sont mal fondées. Cet auteur admet bien que le phénomène de déshydratation intervient dans la narcose, mais il s'exercerait par l'accumulation de l'alcool dans les lipoïdes cérébraux dont il changerait l'état physique. Les plasmolipoïdes auraient pour action de régulariser les fonctions osmotiques des cellules animales et végétales. Il fait donc intervenir la question d’osmose, c’est-à-dire d’hydratation: Il prétend, à tort, que R. Dubois n’a pas tenu compte de l’aceumulation des anesthésiques généraux dans les cellules chargées de lipoïdes, mais seulement de la déshydratation. C'est une erreur grave, 1l est à souhaiter qu’elle n'ait pas été voulue par son auteur. Sarvonat, d’ailleurs, en a fait justice [48]. « M. le « professeur Dubois, dit cet auteur, avait, en outre, vu depuis « longtemps que les anesthésiques se localisent sur les lipoïdes. « La majeure partie des vapeurs anesthésiques traversent le « blanc ou albumine de l’œuf, pour aller se condenser dans le « Jaune ou vitellus, comme ferait une substance colorante ayant « plus d’affinité pour le noyau de la cellule que pour son proto- « plasme. Or, le vitellus de l'œuf se rapproche bien davantage « par sa composition chimique du tissu nerveux que l’albu- « mine, et il est possible que l'élection plus marquée des « anesthésiques généraux pour le tissu nerveux chez l'animal « vivant ne reconnaisse pas d'autre cause. »

En rapprochant ces faits de ceux qu'il avait observés sur les graines et sur les fruits (orange, moutarde, amande amère), et qui tous montrent l’action déshydratante des vapeurs anesthésiques, M. le professeur Dubois conclut que l’anesthésique général a une action déshydratante sur tout ce qui est vivant, mais agit principalement sur les éléments hipoïdes, où il se fixe de préférence. Ces remarquables conceptions, si frappantes dans leur fécondité et leur simplicité, étaient bien antérieures aux publications d'Overton. Quoique M. le professeur Dubois eut été très catégorique sur ce point, dans un travail qui a eu

une grande publicité [12] et que M. Overton connût les travaux en question, puisqu'il à combatlu les idées de M. Dubois sur la déshydratation, mais, en passant sous silence ce qu'il avait dit de l'élection des anesthésiques généraux sur les lipoïdes, certains expérimentateurs français ont adopté les idées d’Overton qui ne sont en définitive qu’une reproduction incomplète de celles de M. Dubois puisqu'on en a retranché la déshydratation, qui est, en somme, le fait capital.

L’action exosmotique déshydralante des anesthésiques généraux, dans la catégorie desquels rentrent les alcools, a bien été mise hors de doute par les recherches de Stefanowska et Joteyko | 18} sur les infusoires et les nerfs, par ceux de Fauré- Frémiet [29] sur Glaucoma viridis, puis par ceux de Lapicque et Legendre, de Nageotte, etc.

Mais encore une fois R. Dubois n'a pas prétendu que l'action de ces agents se bornait à une simple déshydratation du protoplasme, ainsi que le prouvent les travaux que je vais maintenant analyser.

Ce qui précède pourra peut-être sembler en dehors de mon sujet et superflu : il n'en est rien pourlant, car la question de la localisation, de l'élection des vapeurs de liquides organiques neutres agissant sur la substance organisée, a, comme on le verra, une grande importance pour expliquer les phénomènes intimes du mécanisme de l'atmolyse qui, comme je l'ai dit,'est née des recherches de R. Dubois sur l'action physiologique des alcools et des anesthésiques généraux.

Les faits consignés dans cette seconde partie de mon historique de la question de l’atmolyse ont plus directement trait à la découverte de ce procédé d’analyse physico-chimique et physiologique.

En 1883, R. Dubois communique à laSociété de Biologie un travail intitulé : Recherches préliminaires sur le mode d'action de quelques liquides organiques neutres sur la substance organisée [5]. « On a placé, dit-il, dans des cloches contenant « de l'air saturé : 1° De vapeurs de chloroforme ; 2° d’éther;

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3° d'alcool éthylique; 4° de vapeur d’eau seulement, des poires prises sur le même arbre, au même moment, dans un même état de maturité et à peu près de même poids. Quelque temps après, les poires placées dans l'air chloroformé avaient pris une teinte feuille morte; celles qui étaient au contact de l’air éthéré n’ont pas tardé à subir la même modification, et enfin celles qui se trouvaient dans l’air alcoolisé n’ont acquis la même teinte brunâtre qu’au bout de deux ou trois jours.

« La coloration de celles qui avaient séjourné dans l'air simplement saturé de vapeur d'eau n'avait pas changé plusieurs jours après.

« À mesure que la coloration feuille morte s’accentuait davantage, on voyait sortir à travers l'épiderme des fruits, lequel ne semblait pas altéré, de grosses gouttes qui ne parurent êlre autre chose que de l’eau légèrement sucrée. Rien de semblable ne s'était produit pour les poires placées dans l’ar humide. »

De ces premières observations R. Dubois tira les conclu-

sions suivantes : les trois liquides organiques neutres expérimentés, chloroforme, éther, alcool, ont déterminé dans le parenchyme des fruits des altérations très analogues : 1° En ce qui concernait le changement de coloration, et 2° en raison de la perte dans les trois cas précités de l’exsudation d’une notable quantité de suc sucré. « Enfin, dit R. Dubois dans

cette note, malgré la perte d’une certaine quantité de liquide sucré, les fruits modifiés par ces vapeurs possédaient encore une saveur sucrée plus accentuée qui rappelait celle des fruits cuits. Leur décocté, obtenu en faisant bouillir pendant longtemps leur tissu dans l’eau, réduisait une plus grande quantité de liqueur cupro-potassique que le liquide obtenu en opérant de la même manière sur le parenchyme des fruits conservés dans l'air humide qui, d'ailleurs, avaient un goût fade et un aspect farineux. »

En outre, il y avait lieu de noter que les altérations s'étaient

produites successivement, d’abord sur les fruits placés dans l'air chloroformé, un peu pl us tard sur ceux qui se (trouvaient dans l'air éthéré, et enfin, mais avéc un intervalle de temps plus long que dans les He premiers cas, sur les fruits Pt dans l’air alcoolisé. :

Au bout de trois mois, les fruits placés dans l'air saturé de vapeur d'eau ne: paraissaient pas profondément modifiés : ils semblaient un peu plus müûrs seulement et des moisissures

s'étaient développées à leur surface. Rien de semblable ne s'était produit dans les autres cloches, mais la teinte brunâtre des fruits était plus accentuée ét la quantité d'eau perdue paraissait être plus considérable : les parois des cloches élaient couvertes de goutteleltes d’eau, ainsi que les fruits, et le coton sur lequel étaient posées les poires était imbibé de ce liquide.

Les fruits légèrement éssuyés avéc di papier de soie furent pesés; ils avaient perdu :

° Dans l’air chloroformé, qu p. 100 de leur poids primitif.

je — éthérisé, 2,00 — — — 3° — ARETE 2.63 — — 4° — humide, 1,14 — — —

En réalité, la perte d’eau devait être plus considérable que celle indiquée par ces chiffres, car une quantité assez faible, il est vrai, de ce liquide, avait dû être remplacée par une quantité équivalente de vapeurs de liquides organiques qui avait pénétré dans le parenchyme, ainsi que l’indiquait l'odeur des fruits soumis à leur action.

On peut être d'abord surpris que les poires placées dans l'air humide aient perdu.en poids plus que celles qui se trouvaient dans l'air alcoolisé, mais 1l convient de faire observer que les premières avaient müûri, ainsi que l'indiquait leur couleur, leur changement de consistance et la forte odeur de fruit qui s'était développée sous cloche : elles avaient vécu et, par conséquent, consommé une partie de leur propre substance; de

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plus, une puissante végétation de moisissures s'était formée à leur dépens.

De ces observations, on pourrait encore tirer deux autres conclusions :

1° Dans un même temps, la quantité d’eau perdue par des fruits placés dans l’air saturé de vapeurs de liquides neutres indiqués plus haut a été moins considérable dans la vapeur d'alcool que dans celle d’éther, et moins encore dans celle-ci que dans celle de chloroforme.

Il n’y a pas lieu d'être surpris d’un semblable résultat si l'on admet que les vapeurs se comportent comme si les liquides agissaient directement sous forme liquide, puisque nous avons vu plus haut que l’action exosmotique, à laquelle la sortie de l’eau du parenchyme cellulaire doit être attribuée, est d'autant plus forte que sa chaleur spécifique est moins élevée. Or, la chaleur spécifique du chloroforme est moindre que celle de l’éther, et celle-ci plus faible que celle de l'alcool, tandis que l’eau est de tous les liquides neutres celui qui possède la chaleur spécifique la plus élevée : c'est d’ailleurs le seul liquide neutre qui soit indispensable à l'exercice des phénomènes élémentaires de la vie. On sait aussi que la chaleur spécifique des liquides organiques neutres varie en sens inverse de leur poids moléculaire.

2° L'action exosmotique des vapeurs agit bien dans le même sens que l’action directe des liquides, mais nous verrons bientôt que ces deux actions ne sont pas identiques sur les parenchymes quand nous comparerons l’éfhérolyse à l'atmolyse par l’éther.

Ces expériences avaient encore été de la part de leur auteur l'objet d'une remarque intéressante. Aucune moisissure ne s'était développée sur les fruits placés dans les vapeurs d’alcool, d’éther et de chloroforme. En s'appuyant sur les idées théoriques qui l'avaient guidé dans ses expériences, R. Dubois disait que cela n'avait rien de surprenant, puisque, pour germer sur une poire, la spore de la moisissure avait besoin en

Tree premier lieu d'absorser de l'eau, comme toute autre semence, même avant d’absorber de l’oxygène : or, les vapeurs considérées ayant une action déshydratante sur les cellules, les spores ne pouvaient germer dans ces conditions.

L'auteur put conserver ainsi pendant plusieurs mois, sous des cloches remplies de vapeurs d’éther, des pièces anatomiques et même des animaux entiers. La seule modification extérieure apparente était la perle d’une notable quantité de liquide par exsudation. Celui qui s’échappait au travers des muqueuses était coloré en rouge par l’hémoglobine, mais ne contenait aucun élément figuré. On put même, dans ces cloches, conserver du sang. Dans ces conditions, les globules rouges n'étaient pas détruits ; ils paraissaient seulement rétractés et avaient été dépouillés de leur hémoglobine. On avait obtenu déjà facilement l’hémoglobine cristallisée du sang de divers animaux par son mélange direct avec l’éther.

Dès cette époque, R. Dubois avait fait remarquer qu'il avait trouvé ainsi un procédé d’embaumement et de momification ne ressemblant en rien à ceux qui avaient été mis jusqu'à cette époque en usage, en ce sens qu'il ne nécessitait n1 injection intravasculaire, ou autre, ni immersion dans un liquide et qu'il était d’un prix extrêmement modique. Ce fut le point de départ du Procédé d’'embaumement et de momification à l'air libre imaginé par R. Dubois et décrit dans un mémoire qui fut lu à l’Académie de Médecine par Brouardel, le 30 décembre 1890 [12]. Dès cette époque, R. Dubois faisait remarquer que l'emploi des liquides organiques neutres avait le grand avan tage de n’introduire aucune substance toxique pouvant gêner les expertises médico-légales,.

Dans un mémoire ultérieur intitulé : Zxpériences relatives à l'action de quelques liquides organiques neutres sur la substance organisée [5], R. Dubois rappelle qu'il a déjà établi expérimentalement que les fruits placés dans les vapeurs d'alcool, d’éther et de chloroforme perdent une certaine quantité de suc aqueux : t{ne s'agissait donc pas simplement d'eau

pure. En outre,'il y a augmentation de la densité, malgré la perte de poids résultant de l'exsudation du suc. Le tissu parenchymateux des fruits se contracte, de sorte que, si l’on plonge dans l’eau les fruits qui ont séjourné dans l'air humide et ceux qui ont été modifiés par les vapeurs organiques, les premiers surnagent, tandis que les autres tombent au fond du vase. Ce changement de densité s'explique fâcilement: Quand on fait une coupe du fruit et qu'on l’examine au microscope, on constate que les méats intercellulaires, jadis remplis de gaz, qui donnaient au tissu une teinte blanc mat, se sont gorgés de liquides évidemment sortis des cellules par exosmose, car celles-ci ne paraissent avoir subi d'autre modification qu'une légère rétraction.

R. Dubois fait remarquer à ce propos que les fruits chloroformés, éthérisés, ou alcoolisés par les vapeurs de ces liquides, prennent l'apparence de fruits gelés ou cuits. Ils deviennent translucides, tandis que ceux qui ont séjourné dans l’air humide conservent une teinte blanc mat qui va s’accentuant avec le temps. Enfin, malgré la perte d'une certaine quantité de suc sucré, ces fruits étaient plus sucrés que ceux restés dans l'air humide, et le produit de leur décoction réduisait une plus forte proportion de liqueur cupro-polassique.

On sait que certains parenchymes féculents, la pomme de terre, par exemple, prennent par la gelée une saveur sucrée. Ce fut le point de départ de comparaisons que R. Dubois devait développer plus tard entre le mécanisme d’action des anesthésiques locaux où généraux et celui du froid, en même temps qu'il faisait connaître le mécanisme intime du gel sur les tissus végétaux et animaux, qui devait être retrouvé plus tard par certains botanistes ignorant probablement les travaux antérieurs de R. Dubois |25-36-43|.

Ce sont ces mêmes recherches qui furent aussi l’origine de la découverte du forçage des plantes par les anesthésiques généraux |30|.

En raison du brunissement des fruits en expérience, R. Du-

bois chercha, sans y parvenir, à mettre en évidence la formation d'acide gallique ou pyrogallique, où bien encore d’un produit indiquant une caramélisation du sucre normal, sous linfluence de l’action de l'éther se comportant, dans ces circonstances, comme agent de déshydratation, Dans ce mémoire R. Dubois fait bien remarquer qu'il ne s'agit pas, dans l’action des vapeurs de liquides organiques neutres sur la substance organisée, d'une simple déshydratation, comme l’a dit plus tard, le professeur Dastre, à propos de l’extraction du ferment hépatique par l’atmolyse.

Les animaux conservés pendant très longtemps sous les vapeurs d'éther prennent une odeur de graisse rance, et l’on trouve, dans le péritoine des cristaux solubles dans le chloroforme, l'éther et l'alcool présentant les principaux caractères des corps gras. R. Dubois constate, en outre, 'que les vapeurs d’éther chassent l’hémoglobine du globule sanguin qui conserve à peu près sa forme et son volume, mais se décolore complètement. :

« Ainsi, dit R. Dubois, de même que ces vapeurs possèdent « la propriété d'attirer au dehors le suc des fruits, de même « on les voit ici exercer une action analogue sur le principal « élément du globule sanguin, l’hémoglobine », et il ajoute : « Ce qu'il y a de plus surprenant, c’est que ce sont précisé- « ment les principes immédiats, insolubles dans le chloro- « forme, l’éther ou l’alcool, qui sont chassés ‘de l'élément « anatomique par les vapeurs de ces mêmes liquides. ‘»

Et, pour bien marquer qu'ilne s’agit pas d'üne simple déshydratation, R. Dubois ajoute plus loin : « On peut s'assurer qu'il « en est toujours ainsi (exsudations de principes immédiats) « par une expérience bien simple. Il suffit de suspendre un « morceau de muscle dans un flacon bouché au fond duquel « se trouve un de ces liquides, on verra bientôt tomber goutte « à goutte un liquide chargé de divers principes non déter- « minés encore, mais qui ne se mélangent pas au liquide

« générateur des vapeurs. »

Dans ce mémoire, R. Dubois relate encore des expériences qui montraient que les vapeurs d’éther provoquent sur des cobayes une exsudation de sérosité sous-épidermique et que l'introduction des liquides organiques neutres dans le tube digestif n’y produit rien de semblable, mais permet facilement d'obtenir la momification de petits animaux. Les matières albuminoïdes des tissus préalablement soumis à l’action des vapeurs d’éther se dessèchent à l'air libre, sans élévation de température, avec une remarquable facilité. Il recommande l'emploi de liquides organiques neutres dans les morgues et les amphithéâtres de dissection, comme moyen de conservation pour remplacer l’action du froid, et aussi de dessication pour préparer à la crémation, et permettre de la réaliser économiquement el rapidement.

En 1883 également, R. Dubois relate de nouvelles expériences dans un mémoire à la Société de Biologie intitulé : Note sur l'action de quelques liquides organiques neutres sur la substance organisée |6|.

Dans ce mémoire, l’auteur rappelle qu’il a déjà montré que par les vapeurs d’alcool, d’éther, de chloroforme, en même temps que les tissus perdent de l’eau, ces dernières provoquent des mouvements, des déplacements dans ces tissus de liquides primitivement contenus dans des cellules séparées, et qu'il en résulte non seulement des réactions anormales, mais encore des dédoublements, par un mécanisme analogue à celui de la dissociation. Il avait noté, en particulier, l'apparition dans les interstices cellulaires de cristaux que l’on n'observe pas dans les conditions ordinaires.

R. Dubois rapporte dans ce mémoire les résultats obtenus en subsütuant des oranges aux fruits employés dans ses premières expériences. L'endocarpe des oranges est garni de grosses cellules allongées, gorgées d’un suc acide et sucré qui ne se trouve pas dans les autres parties du fruit à l’état normal. Les vapeurs anesthésiques font sorlir ce suc qui rencontre d'abord le mésocarpe feutré et amer, l'en imbibe comme une

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éponge. Si l’action se prolonge, le suc de l’endocarpe, qui s’est imprégné de certains principes rencontrés dans le mésocarpe, franchit l’épicarpe sous formes de gouttelettes qui tombent dans le récipient situé au-dessous de l'entonnoir supportant le fruit (v. fig. 1, p. 56). En outre, R. Dubois constate qu’il se montre dans l’endocarpe et jusque dans le mésocarpe des cristaux. Il se demande comment se forment ces cristaux : est-ce par des réactions chimiques résultant de l’entraînement et du mélange des substances en dehors de leurs cellules respectives”? Est-ce par simple concentration de celles-ci, ou bien parce que la solubihité de certains principes immédiats se trouve diminuée par la présence des anesthésiques? C’est ce qu'il se propose de rechercher ultérieurement.

Entre temps, 1l constate que les grosses cellules de l’endocarpe ne présentent aucune déchirure, aucun éclatement, ce qui prouve bien qu'il s’agit d’un phénomène osmotique et c’est surtout celte constatation qui le conduira plus tard à expliquer le mécanisme de l’action du froid, du gel chez les végétaux, car ces oranges ressemblent à des oranges qui auraient été gelées [25 et 33].

Contrairement à ce qu'il avait observé sur les poires, il constate que toutes les oranges ont augmenté de poids, fait qu’il avait déjà constaté sur les œufs de poule. Il attribue cette différence à la résistance plus grande opposée par la peau de l'orange et la coque des œufs à la sortie des sucs. Ces remarques conduisent R. Dubois à penser que l’on pourrait provoquer dans les parenchymes cellulaires des réactions qui ne se montreut pas dans les conditions ordinaires. A cet effet, il place dans deux cloches respectivement des semences de moutarde légèrement imbibées d’eau. Dans l'une des cloches. il n’y a que de l’air, et dans l’autre de l'air saturé de vapeurs d’éther. Au bout de peu de temps, les graines de moutarde contenues dans cette dernière dégageaient une forte odeur de moutarde, tandis qu’on ne constatait rien de semblable dans la cloche témoin, où les graines s'étaient couvertes d'une

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