‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 30 sur 102 · CONNAISSANCES GÉOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

CONNAISSANCES GÉOGRAPHIQUES

On demeure étonné de lire dans les AnnalesS que, durant son séjour en Egypte, Germanicus se rendit à Éléphantine

1 Montesquieu, Esprit des Lois, liv. XXII, ch. 22.

? Annales, NI, 16: Nam primo duodecim Tabulis sanctum ne quis unciario foenore amplius exerceret. Cf. éd. Naudet, note.

3 Tite-Live, VII, 16. Cf. éd. Lemaire, note.

# Montesquieu, Défense de l'Esprit des Lois, 1'e partie: USURE.

$ En admettant que l’unciarium foenus fût, comme le veulent des savants de nos jours, l'intérêt mensuel et non annuel, il n’en reste pas moins vrai que les XII tables ne fixaient pas d'intérêt légal.

6 Annales, II, 61.

et à Syènes, autrefois limites de l'empire romain qui s'élend aujourd'hui jusqu'à la mer Rouge. On se demande ce que cela veut dire.

Par subrum mare où % ipubox Oéacsx les Grecs et les Romains comprenaient le golfe Arabique, la partie de l'Océan qui baigne le sud de l'Arabie et le golfe Persiquef. C'est ce que savaient tous les marchands qui s’embarquaient à Myos Hormos, tous ceux qui avaient des relations avec l'Égypte. C’est ce qu’avaient écrit Strabon et Pline.

Dès la conquête du royaume des Ptolémées, les limites de l’empire touchaient donc la mer Rouge. Tacite n'avait pu l’ignorer.

On a par suite voulu voir dans ce passage une allusion aux conquêtes de Trajan?, qui aurait, selon Xiphilin, poussé ses armées jusqu'en Carmanie. Si telle eût été sa pensée, pourquoi Tacite ne l’aurait-il pas dit clairement?

D'autre part, aucune médaille commémorative, aucun monument épigraphique ne vient confirmer cette assertion. Mais en la prenant pour certaine, il faut convenir que les victoires de Trajan n’eurént aucun résultat sérieux, qu’il dut revenir promptement sur ses pas. En disant donc que les limites de l’empire romain auraient été reculées jusqu’au golfe Persique, Tacite eût tenu un langage analogue à celui d’un historien moderne qui aurait déclaré que Napoléon étendit l’empire français jusqu’à Moscou. Cela ne nous ‘semble pas admissible.

Dans un autre passage, l’auteur des Annales parle encore de la mer Rouge d’une façon assez étrange. Au x1v° livref, il dit que des ambassadeurs hyrcaniens, revenant de Rome

1 Strabon, Géographie, éd. Didot, 1. VI, e.3. — Cf. Pline, Hist. nat., VI, 98, 35. 2 Cf, Tacite, éd. Naudet, note.

3 Dion Cassius, Hist, rom., LXVIIT, 28-30, 33.

4 Annales, XIV, 25.

et retournant chez eux, dans leur traversée de l'Arménie, se rendirent auprès de Corbulon qui guerroyait dans le pays et venait de prendre Tigranocerte; et il ajoute : « Corbulon, de peur que les détachements ennemis n’enlevassent ces députés, après le passage de l’Euphrate, les fit escorter

jusqu'aux bords de la mer Rouge, et de là ils regagnèrent

leur patrie en évitant les frontières des Parthes.» C’est évidemment dire qu’ils prirent la voie de mer.

Les Romains croyaient, il est vrai, que la mer Caspienne communiquait avec l’Océan par le Nord, et que par suite on pouvait se rendre en Hyrcanie en contournant l’Inde et la Chinet. Mais à quel point de la mer Rouge Corbulon aurait-il fait conduire les Hyrcaniens? Ce ne pouvait être au golge Persique, en pays parthe. Serait-ce à Myos Hormos?

D'autre part les députés, qui connaissaient leur itinéraire à travers l’Arménie et se trouvaient à quelques journées de marche de leur pays, auraient-ils consenti à entreprendre un pareil périple? En tout cas, c’est bien témérairement que l'historien affirmait que les ambassadeurs embarqués sur la mer Rouge étaient arrivés sains et saufs chez eux.

51 l’on préférait supposer qu'il faille entendre que les Hyrcaniens furent reconduits sous escorte jusqu’à la mer Caspienne, que l’auteur a confondue avec la mer Rouge, une telle erreur ne saurait davantage être-attribuée à Tacite.

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