‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 4 sur 102 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

Au commencement du quinzième siècle les érudits n'avaient à leur disposition aucune partie des œuvres de Tacite; on les cherchait en vain; on les supposait perdues.

Ce fut vers 1429 que Poggio Bracciolini et Niccoli de Florence mirent au jour un manuscrit qui contenait les six derniers livres des Annales et les cinq premiers livres des Histoires. C’est ce manuscrit archétype qui a servi à faire les copies qui ont été en circulation jusqu'à l’usage de l’imprimerie. Or, quand on veut savoir d’où et comment il était venu en leur possession, om constate avec étonnement qu'ils ont donné à ce sujet des explications inacceptables, qu'ils n’ont pas voulu ou n’ont pas pu dire la vérité.

Quatre-vingts ans environ après, on offrit au pape Léon X un volume qui contenait les cinq premiers livres des Annales. Son origine est également entourée d’obscurité.

Pourquoi ces mystères? Quelle confiance méritent ceux qui ont exhibé ces documents? Quelles garanties a-t-on de leur authenticité?

Dans l'examen de ces questions nous verrons tout d’abord que Poggio et Niccoli ne brillaient point par la délicatesse et la loyauté et que la recherche des manuscrits anciens était pour eux une industrie, un moyen d'acquérir de l'argent.

Nous remarquerons encore que Poggio était un des hommes les plus érudits de son temps, qu'il était en

PRÉFACE. IX outre un habile calligraphe, et qu'il avait même à sa solde des scribes dressés par lui à écrire sur parchemin d’une façon remarquable en caractères lombards et carolins. Des volumes sortis de ses mains pouvaient ainsi imiter à s’y méprendre, dit-il lui-même, les manuscrits anciens.

Une étude attentive de l’œuvre attribuée à Tacite nous permettra ensuite de reconnaître qu'un certain nombre de passages n’ont pu avoir pour auteur un personnage ayant occupé une grande situation à Rome au temps de Trajan. Nous verrons aussi que d’autres pages trahissent la plume d’un humaniste du xv° siècle. Nous pourrons, de plus, constater avec quels éléments ont été composées les Annales et les Histoires.

En cherchant enfin qui peut avoir été l’auteur de cette fraude littéraire, nous serons amenés à penser que, selon toute probabilité, le pseudo-Tacite n’est autre que Poggio Bracciolini lui-même.

Ce dernier point avait été déjà indiqué par M. Ross dans son livre Tacitus and Bra‘ciolinit, où se remarquent une grande érudition et une parfaite sincérité. Mais les arguments qu'il développe à l’appui de son Opinion ne sont pas tous bons; des considérations fort importantes à tirer de la correspondance de Poggio et des œuvres de Tacite ont échappé à son attention: il

LRoss, Tacitus and Bracciolini. The Annals forged in the XV century. Diprose et Bateman. London, 1878.

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