‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 65 sur 102 · SAR AURAS A · texte numérisé non relu

SAR AURAS A

ETES x F* cu RS

Les écrivains que l’auteur des Annales avait pris pour guides, Xiphilin, Suétone, Josèphe, Sulpice Sévère, présentaient le prince, le Sénat, les chevaliers, le peuple, comme une réunion de gens n'ayant d'hommes que le nom, chez qui dominait l'instinct de la bassesse et du crime. Mais tandis que les esprits élevés, tels que Montaigne, en qui vibrait le sentiment de la dignité humaine, se refusaient à admettre l'exactitude complète d’un pareil état de choses, le pseudo-Tacite se plait à la peinture de cette démoralisation générale.

Or, ce sont bien-là les idées de Poggio et qu’il exprime maintes fois, idées qui résultaient de ce qu'il voyait alors en lui et autour de lui. Dans son dialogue De Infelicitate Principum, il fait dire à Niccoli, à qui un des interlocuteurs demande pourquoi il est plus enclin à blâmer qu’à louer : « L’explication est facile; c’est le résultat de l'expérience que j'ai acquise par une longue pratique de la vie: Car en louant les hommes j'ai toujours été déçu parce qu'ils étaient plus méchants que je le supposais; en les blâmant, je ne me suis jamais trompé. Parmi les hommes, le norabre dés mauvais est si grand que tous sont imprégnés de crimes; il y a tant d'hypocrites qui préférent sembler qu'être honnêtes, tant de gens qui cachent leurs vices sous une enveloppe de vertu, qu'il est dangereux et mensonger de louer quelqu'un. »

Aussi Politien disait-il de lui! : «On le vit toujours attaquer les princes, déblatérer sans mesure contre les mœurs des hommes, dénigrer les écrits de tous les savants; il n'épargnait personne. »

I n’est pas admissible que les hommes d’État qui dirigeaient le vaste empire romain aient eu des idées aussi

! Politien, Opera, loc. cit., p. 637,

étroites que celles qui leur sont attribuées dans les Annales. Ce n’est donc pas un écrivain qui aurait été en relation avec eux, ce n'est pas Tacite qui les eût fait parler et agir de la sorte. Il en est autrement pour Poggio. Occupé des affaires ecclésiastiques, des intrigues de la cour romaine, des rivalités des princes italiens, il ne pouvait que voir et juger les événements par les petits côtés, tout subordonner à de mesquins intérêts personnels.

L’homme du xve siècle se montre ainsi à nous. Quand, avec Henri IV, Sully, Richelieu, se manifesteront de grandes conceptions gouvernementales, les écrivains à leur tour élèveront leurs pensées et leur style. Corneille fera parler aux hommes d'État romains un langage tout autre que celui

que leur prête habituellement l’auteur des Annales.

Non seulement dans les défauts de l’œuvre, mais encore dans ce qu’elle renferme de beau, dans cet amour passionné pour la liberté, on peut reconnaître Poggio et son époque.

« Le réveil à Rome, dit M. J. Zellert, de la tradition républicaine transmise de siècle en siècle par les Crescentius, les Arnaud de Brescia et les Rienzi, fut peut-être une des premicres conséquences de la renaissance des leltres anciennes en Italie. Tandis qu’on procédait au Vatican à l’élection de Nicolas V, un noble Romain, Stephano Porcari, épris de ces antiques idées de liberté, avait cru le moment venu de restaurer la république. Quoi! il n’y a si chétive ville dans les États de l’Églisé, avait-il dit au peuple rassemblé dans l’église d’Ara-Coeli, au Capitole, qui n’ait.ses lois, sa charte, et, en échange d’un faible tribut, sa liberté, et Rome seule ne jouirait pas de ce bienfait? Quel petit domaine, à la mort de son tyran, ne profite de l’occasion pour détruire ou

1 J. Zeller, Italie et Renaissance, 1883, t. I, p. 28.

| limiter la tyrannie? Et Rome seule manquerait d’un. courage

| qui se trouve chez les plus humbles! »

1 4 À ) Rien ne permet de penser que Poggio fut au nombre des conjurés qui, six ans plus tard, tentèrent de renverser le

|| | pouvoir politique du pape, ni que l’échec et la mort de

| Porcari mfluèrent sur son abandon, peu de temps après, du

| secrétariat romain et son retour définitif à Florence. Mais

| ches étaient à la cour pontificale, ses vœux étaient pour la

Il aux éloges qu’il a donnés à Porcari, on sent que, si ses attaliberté de Rome.

Dans le dialogue De Infelicitate Principum Poggio fut | certainement plus inspiré par l'envie que par la philosophie; son esprit démocratique s’y manifeste cependant par l’énumération des crimes et des vices des princes, qu’il oppose all aux disgrâces des écrivains de génie tels que Pétrarque,

Dante, Boccace. Il se montre le fier citoyen d’une glorieuse NE | république.

Page 1