‹ De Léon XIII au [Sillon].: Une conjuration réactionnaireChapitre 7 sur 9 · LES MONARCHISTES REVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

LES MONARCHISTES REVOLUTIONNAIRES

Dans une lettre à la Libre Parole dont je ne retrouve plus la date exacte mais que son auteur ne démentira pas, M. Charles Maurras, le plus remarquable des écsrivains royalistes, s'est expliqué clairement sur la manière dont il fallait s*y prendre pour restaurer la monarchie.

«t Organisons donc la pensée des bons Français, écfivailil : qu'en face d'un ignoble gouvernement de fait (la République) se relève l'image pure du gouvernement national (la monarchie), tel que le désire, à son insu^ la nation. » Mais comment faire 7 A cette question qu'on lui pose, M. Maurras répond qu' « il faut recruter, dans la masse des vrais Français, une minorité pleine d'aud8U5e et d'énergie. !ï faut que nous formions la brigade de fer. » Et dès lors, « Témeute est-elle un bon moyen ? Très bon. La conspiration î Excellent. Le coup d'Etat ? Parfait. Faut-il s'adresser à un général, avoir i.n préfet de police ? Quand* nous y serons, nous aviserons... » {Lettres à Edouard Drumont),

M. Maurras a repris sou'vent cette idée, notamment dans un article de V Action Française du 15 décembre 1903, lequel n'était lui-mênie que la reproduction des principales pages d'un^ brochure publiée quelques jQurs plus, tard par les soins de la Gazette de France, sous oe

titre : « Jules Ij^malire et son ami, — Un nouvel élat d'esprit politique. — Sotes et commentaires par Charles Maurras ».

Cofriinent faire te monarchie ? se demande l'auteur. Kt il répond :

f-a foule suit toujours ;

Elle suit \(*s minorités «énergiques :

tZes minorités font l'histoire.

.Si un*; de ces minorités énergiques faisait ia monarchie, M. Jules Leifiaitre estime que cette nouveauté serait accueillie sans défavi'ur : on soni.t même, en général, « plutôt content, n

Les Français du xi.V siècle ne ressemblent pas aux Romains 'de Brutus. Ils n'ont pas la haine des rois. Ils sont aassi peu républicains que possible. Mais il ne sont pas royalistes : et le problème n'est pas du tout de les rendre royalistes : ce problème est d'instituer la royauté, de la faire. (Jn^' fois faitp. elle serait accueillie, que dis-je, applaudie de tous.

Mais comment la faire ?

Je réponds qu'il faut faire la Monarchie comme on a fait tous les Gouvernements du monde, depuis que le m(inde a iiii nom :

- Par la force.

Et un peu plus loin :

11 faut faire la Monarchie par la force.

J'ai pris soin de défendre cette réponse. Mais il est et noter quVlhî est fort éloignée de déplaire au pays. Une solution vig(jureuse et même violente ne serait pas impopulaire. Elle serait môme extrêmement populaire. Celui qui u dit la France aime la poigne a dit un grand mol. La France sent bien quil lui faudra se dégager par la force des maitniw au.xquds son ét-at de désorganisation, bien plus que h»ur propre astuce la abandonnée sans défense.

Kt un peu plus loin encore :

Nous avons essayé plusieurs fois de ce grand « moy«n >*. MaoMnlion, puis Boulanger, enfin Déroulède l'ont étudié.

Mac-Mahon se crut lié d'honneur envers l'anarchie. Nous savons par Barrés {dans VAppel au soldat, pagfe 210,1 qu'il manqua à Boulanger l'audace de l'esprit. Il craignit les Ckâtiments de feu Victor Hugo. • Déroulède eut Taudace qui manquait à son chef. Il lui manqua évidemmenl une idée raisonnable. Son idée plébiscitaire signifiait des éventualités si parfaitement anarchiques qii« les chefs de l'armée devaient reculer devant elle. Comme l'a fort bien dit Buffet, on ne sort pas du gâchis poiu* entrer dans le chaos.

Déroulède, il est VTai, avait des compagnons qui auraient pu corriger l'erreur de son calcul : ils ne sentendjalent pas entre eux, ils ont été frappés de la môme impuissance que lui.

Si l'opposition nationaliste, catholique et conservatrice veut avoir la force pour elle, elle doit se conformer a trois conditions : elle doit s'accorder sur le but du coup à frapper ; cet accord doit se faire sur une idée, et sur une idé(^ juste.

Et enfin :

Sans doute, il restera toujours parmi l'opposition nationale des dissidents bonapartistes, plébiscitaires, républicains. Mais noas avons vu que leurs passions sont éteintes et que la raison condanme leur solution. Ils ne pourront compter pour rien de plus dans les rangs de la minorité énergique. Elle sera iinanimejnent royaliste. Ayant adopté ce programme positif, elle agitera et transformera l'opinion publique. On n»» s'en tiendra plus aux stériles plaintes. Quand on gémira du présent, on concevm avec netteté un avenir différent. On verra quelque chose, on verra autre chose. On ne dira plus la République ou Vinconnu ; le second terme de. l'alternative sera défini et clair. On possédera la formule d'une espérance. Les socialistes peuvent dire quelle est la valeur révolutionnaire et la force brisante d'un bon programme positif . La situation pourra même en être mûrie, la solution hâtée. En tout cas, la première occasion qui sera offerte sera saisie par une troupe agile, forte, exercée et mue d'une même pensée.

— Et vous voyez que ce sera la pensée royaliste ?

— Elle esft seule satisfaisante. Le vrai seul peut faire l'union qui est indispensable à votre énergie, sans laquelle la révolution désirée ne se fera pas.

— Que faire donc ?

— La Monarchie.

— Comment la faire ?

— Par la force.

Le 10 décembre 1903, M. Léon de Montesquiou fait à Poitiers, sous la présidence de M. Vaugeois, directeur de V Action française, une conférence royaliste. A cette occasion, M. Maurras adresse à M. de Montesquiou une lettre où nous relevons les déclarations suivantes :

Il n'y a qu'un moyen de renverser la République, c'est de faire la Monarchie. Il va sans dire que nous ne voulons pas renverser la République par des moyens légaux, car ce renversement se trouve justement interdit par im article de la loi constitutionnelle voté voici quelque vingt ans. La loi défend de toucher à la République. Eh bien, nous voulons y toucher. Nous voulons renverser la République, comme on a renversé tous les gouvernements qui ont été renverses depuis que le monde est monde. Nous voulons renverser la République par la violence. {Action française du 1" janvier 1904).

Et encore :

Nous sommes prêts à l'action Immédiate, si elle devient à l'instant même, possible. Nous sommes parfaitement prôtB h, aller visiter les autorités de tout ordre, tenter, solliciter, harceler les dépositaires de la force publique, afin de les pousser à un acte d'indiscipline et de désordre apparent qui rétablisse en France l'ordre national et la discipline réelle {Action française du 1*' janvier 1904).

Le BuUetin de l Union des Femmes Royalistes de France (n« de mars 1907) a profité de celte vigoureuse leçon de M. Maurras. Voici, en effet, le conseil qu*il donne à ses élégantes lectrices :

En vérité, les socialistes révolutionnaires nous ont donné un exemple que nous, gens d'ordre, destinés à restaurer

Tordre français par tous les moyens, nous ne saurions trop méditer, pour nous en inspirer, le cas échéant (Ij.

a Par tous les moyens » : c'est, en effet, la formule d'action des monarchistes de VAction (rançaise et nous avons là-dessus une déclaration significative de M. Vaugeois, directeur de la revue, qui polémiquant, au mois de juillet de Tannée 1900, avec M. Léon Bourgeois, ancien président du conseil, écrivait oed :

Bourgeois — (on dit Bourgeois) — a récemment attaqué' les idées de VAction française à propos de notre enquête sur le protestantisme, au nom de la tolérance, de la solidarité et de plusieurs autres « vertus ». De ces vertus, comme de toute vertu d'ailleurs, vous savez qu^un vrai nationaliste doit éviter l'indécence d*en jamcUs parler, futrce pour les discuter. Nous ne sommes pas des gens « moraux », que ce soit bien entendu, une fois pour toutes. Nous sommes des bandits, puisque nous ne sommes pas démocrates. Je suis moi, personnellement, un bandit, j'en avertis mes amis car je souhaite un coup d*Eiat ; f applaudirais, si je voyais le règne des lois aboli par un tifran {Action française du 15 juillet 1900).

Six ans plus tard, le môme M. Vaugeois termine un article sur l'affaire Dreyfus par ces mots de bataille et d'espérance :

L'avenir est à nous, aux Français, parce que nous le prendrons et le ferons comme nous le voulons : par tous les moyens (Action française du 1" août 1906).

(IJ. Ces lignes sont ù. rapprocher des suivantes, . extrait^ d'une .interview du citoyen Passérieu reproduite par le journal révolutionnaire La Voix du Peuple du 17 mars 1907 :

. n Nous emploierons Jojua les moyens pour préparer l'équitable répartition de la richesse. Et, tous le9 moyens, c'est l'action directe, c'est; le Sjabotûge n.

A noter que la formule de ÏAction française : par tous les moyens, ce n*est. pas moi qui la souligne, mais M. Vaugeois.

De pareilles excitations ne peuvent manquer d'engendrer chez ceux à qui elles s'adressent, un état d'esprit particulièrement violent, et Ton ne s'étonnera donc point en lisant les extraits suivants du compte-rendu sténographique d'un meeting organisé par le Sillon, en février 1906, au début de la crise provoquée par les inventaires des églises, meeting qui pennit aux monarchistes d'exposer coram populo leurs méthodes d'action (1). Marc Sangnier venait d'expliquer à l'auditoire

(1) V. le Sillon du* 25 février 1906 et l'ai-ticle intitulé ; Le devoir présent des catholiques. — Le meeting des Soeiétés savantes.

Dans le Sillon du 10 février 1906, M. Henry du Roure écrivait avec beaucoup de sens :

ce ... Ce n'est pas toujours h la voix des curés qu'ont obéi les catholiques qui se sont opposés par la violence t l'inventaire des églises. Tous les Journaux conservateurs le constatent, et plusieurs avec satisfaction :

a Les radicaux, lit-on dans le Soleil, feignent de croire que le clergé a donné le mot d'ordre. Rien n'est plus faux. Ce sont les laïques qui débordent les clercs... Ici, c'est un curé qui veut parler de conciliation : ses paroissiens le conspuent. Là, c'est un curé qui recommande le canne : les ndèles le bousculent. Ailleurs, dans la crainte que leur curé ne se montre trop accommodant envers l'agent du fisc, les catholiques renferment dans la sacristie et se font assaillir par la force armée... »

En vain, à Sainte-Clotilde, M. l'abbé Gardey, trouvant les portes de son église barricadées, sans môme qu'il eût été prévenu, voulutril rappeler que c'est au curé seul qu'appartient le soin de faire la police de son église... Çn vain, le curé de Saint-Pierre du Gros-Caillou essaya-t-il d'alléguer les Instructions de l'archevêque... « Noire chef, c'est Dieu », lui fut-Il répondu. Et, quelques instants après, un dès manifestants, M. Odelln, lu! disait : a Nous sommes ici chez nous, l'église est h nous ; ces biens sont à nous ;

comment le SiUon^ dans un domaine où Taulorité religieuse était évidemment souvetraine, s'était imposé pour règle de n'agir qu*en conformité avec les instructions de réîxiscopat et du clergé. Un contradicteur royaliste, M. Watrin, demanda la parole et voici comment il justifia rattitude violente de ses amis :

Je sais que je vais soulever une véritable tempête, nriuis je tiens cependant ù le dire. C'est que si les catholiques subissent si souvent des défaites de la part de leurs adversaires libres-penseurs, c'est qu'ils ne savent pas, que nous ne savons pas revendiquer tout ce que nous avons fait : je veux parler des admirables guerres de relii^ion qui ont délivré la France de l'hérésie... {Vives protestations ; applaudissements dans le {and de la salle.)

Eslrce que ce n'étaient pas des catholiques ceux-là qui, sous la direction du duc de Guise, ont su se débarrasser des traîtres protestants 7 Et je vous demande un peu si, demain, toute la France chrétienne n'applaudirait pas si, en une seule nuit, elle se débïirrassait des sectaires et des traîtres de notre époque ? {Violent tumulte).

Marc Sangnier. — Ecoutez, camarades. Voilà des paroles qu'il est bon d'entendre. Cela éclaire la situation.

M. Watrin. — Je disais que la nuit de la Saint-Bartliélémy avait été une nuit splendide pour le triomphe de la patrie et de la religion. Notre grand tort, à nous, c'est ae ne pas savoir répondre lorsqu'on nous jette cerlaines dates

vous n'êtes que le gérant de la paroisse ; nous en sommes les maîkes » (V. Eclair du 3 février).

Peut-être est-ce là ce qu'on appelle être « catholique loui court » — ù moins qu'il ne faille reconnaître dans ces paroles étranges l'elat d'esprit de certains réactionnaires qui, dernièrement, s'écriaient, dans une réunion du Sillon : €< Nous ne sommes pas catholiques romains ; nous sommes catholiques français ».

On sait que M. l'abbé Gardey, mis en quelque sorte moralement à la porte de son église, offrit au cardinal RichaiLl sa démission de curé de Sainte-Clotildc et quil ne con-eniu à la rrtiror que >ur l»'s instances du vénérable archovGqii^.

à la tète. A ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir et nous parleni des Croisades, des Guerres de Religion et de Tinquisitîon, vpus pouvez répondre : « Ce n*est pas nous, nous ne datons que de 35 ans », mais TEgllse catholique ne date pas de 35 ans, elle a fait la France grande et belle et nous •devons, nous catholiques de France, prendre l'Eglise dans son ensemble ou la rejeter : il n y a pas de milieu.

C'est parce que je suis partisan des mouvements de violence, c'est parce que j'estime que la violence seiUe peut nous débarrasser d'une corruption qui nous étreint, que je viens vous dire qu'il n'appartient pas au clergé, qu'il n'appartient pas au Pape dç diriger un mouvement pareil.

Certes, il faut, en tout ce qui concerne l'âme, le domaine spirituel, il faut obéir aveuglément à nos Pasteurs légitimes. Mais, tout à Theure, Marc Sangnier citait une phrase de l'Evangile : « Rendez à César ce qui est à César et laissez à Dieu ce qui est à Dieu ». Je ne viens pas dire qu'il faudrait que ce soient le Pape, les Cardinaux et les prêtres qui prennent la tôte d'un mouvement révolutionnaire : non, c'est aux laïques à faire ceci. Mais quand on a vu le mouvement d'enthousiasme qui a secoué les catholiques qu'on croyait avachis depuis longtemps, il ne faut pas l'enrayer et venir, après les pompiers, jeter des douches d'eau plus froide encore sur la bonne volonté des catholiques.

Cette <-;i<ilion so passe de cornmnntaifps. Nous remarquerons seulement que les journaux catholique» qui, comme VUnivers et surtout la Croix, ne se lassent pas, depuis quelques années, de faire au Si'lon une guerre de coups d'épingle et de procès de tendanjces, n'ont pas eu un mot de blâme pour ces scandaleuses théories. Il semblerait qu'aux yeux de ces censeurs vigilants, la qualité de inonarchiste excuse tout, tandis que le péché de démocratie doit être un motif suffisant de perpétuelle suspicion.

Dans le jardin de l^ (< action française n

Les royalistes de V Action Française pensent de la démocratie ce qu'en pensait Tun des écrivains dont ils se réclamient le plus volontiers, Ernest Renan. A leurs yeux, elle n'est rien de plus qu'une erreur théologique. « Grattez le démocrate, lison.s-nous dans leur revue (1), vous trouvez le théologien ».

Théologie, métaphysique, droit, morale : autant de rêveries fécondes en billevesées sociales et politiques, ce Ne vaudrait-il pas mieux, s'écrie l'un des rédacteurs de V Action Française (2), exclure de la politique cette idée métaphysique du droit ? » C'est elle, en effet, qui a engendré la Déclaraiion des Droits de VHomme dont se meurt la Fremce.

Les plus fines et les plus gracieuses intelligences Irançaises, écrit M. Vaugeois, pour peu qu'elles aient trempé dans le brouillard chrétien au temps de leur jeunesse, restent exposées à la contagion. On en a pu trouver une cu- • rieuse preuve dans celte petite phrase échappée récemment à M. Jules Lemaître : « Nous tenons encore, — dit-il à peu près dans un article de VEcho de Paris, — nous autres républicains nationalistes, pour... la très idéaliste Déclaration des Droits de VHomme... »

(1) Action française du J" janvier 1904, p. 84. (2/ Action (rançaise du 1*' juillet 1901, p. 79.

... S il ne faut point s'enthousiasmer et « tenir » pour une « Déclaration des Droits de rHomme », c'est qu'une (elle M Déclaration » est toute froide, n'ayant ni corps, ni sang, ni mouvements de vie : on ne « tient » pas, quand on a quelque chevalerie dans Vdfne pour un Contrat écrit sur une Bible. [Action française du 1" septembre 1900, p. 349 et 350).

<c Brouillard chrétien » et « contrat écrit sur une Bible » ne sont pas mal. Ah î si quelque Marc Sangnier avait parlé ce langage, de quels anathèmes n'eut-il pas été l'objet de la part du monde « bien pensant » !.,.

M. Vaugeois, d'ailleurs, est philosophe. Et ce qu''il dit, il sait pourquoi il le dit :

L'expérience nous a appris que le sentiment aveugle, couri <:f instable, qui porte les hommes vers leurs pareUs, ne les renseigne pas sur leur propre nature, non plus qii6 sur colle dos autres ; qu'ils ne savent point par lui, de quoi ils sont oapabl^^i^ ou incapables, pour l'établissement et la ronservation de leur société ; — et que c'est donc à l'historien de leurs actes, ou plutôt de leurs ordinaires façons d'agir, et non point à Vinterprète de leurs rêves, — au savant et non point au praire, — qitil incombe de leur prcacrirr les lois à observer pour vivre ensemble.

Tout sentiment religieux, toute aspiration métaphysique, et, K'i) général, tout espoir concernant l'avenir de V Humanité, — si cet espoir ne se résout pas en une déduction tip(.f de son passé et de son présent, — risque de faire sombra le politique dans la plus impuissante des folies. {Action française du 15 octobre 1900, p. 621).

Considérations analogues de M. Lucien Moreau sur <( l'idée positive du droit » :

... Il sfUTiit h:en étrange que la .société existât aux fms d assur»3r à chacun le maximum do ses droits : ou bien la protection des faibles serait tout .^on but et nous retomberions dans la morale des esclaves... Diviniser le droit iii'.i''(ini. c'est f.iirc œuvre do mystique, non de savant. Mais

reruarquons que tout savant qui accède puur la preuiière fois aux questions politiques peut être aus-si infecté de sun-ivanccs Itiéologiques que le plus superstitieux des électeurs. Ceux qui appliquent l'esprit et les méthodes scientifiques aux phénomènes sociaux n'y constatent jamais que des forces...

Nous n'avons donc que faire de « l'esprit de justice » ni des « aspirations vers le droit » dont parle M. Benda ; ce sont,' chimèi*es surannées, bonnes pour les esprits attardés dans la conception métaphysique, qui, incapables de raisonner, se précipiteraient, si on leur ôtait ces superstitions Cl), tout au fond d'un égoïsme barbare. {Action française du !•' avril 1900, pp. 576 et 577).

Ainsi lancés dans la voie du positivisme, les lecteurs de V Action Française ne durent éprouver nulle surprise quand la revue royaliste publia les feuillets extrait.s du journal de M. Octav;> Tauxier. Cet écrivain qui s'était converti à la nionarchie, mourut trop tôt pour que ses nouveaux amis eussent la joie de mettre à profit looite sa science et tout son talent. Du moins voulurent-ils éditer quelques-uns do ses papiers intimes.

Dans sa lettre d'adhésion au parti royaliste, on note ce passage :

l/f'goïsrne est pour lindividu le moyen de pour-voir à son existence, et le prinri[>e do la stabilité de celte existence.

Los rédacteurs de la ^Science sucialc aiment à par loi* après Le Play, du Plan Providentiel : ils conçoivent sous ce vocable ou plutôt ils constatent que Iharmonie totale d'une société tient uniquement à l'exercice de l'égoïsme dos unités qui la composent, c'est-à-dire quelle est agrégée et prospère, non du (ait des qualités altruistes, mais par la seule recherche pour chaimn de son intérêt propre, exclusif. Ce n'est que lorsque Vhomme est tourné à la rerhrrchr de son intérêt à lui, que cft hum nie serl la socictô.

{[] Ce qui veut dire appareaiinent qu'il faut tout de même une « religion pour le peuple ».

Que résulte-t-jl de ceci, sinon que rien de grand, de général, n*eBt viable qui repose seulement sur Tamour d'autrui (exceptons comme hors de discussion, les groupements religieux), sur le dévouement^ la vertu, la conscience, forces infimes, rares, {^agiles : (antômes I Que valentelles, ces apparences, en présence de Tégoïsme, expression totale de l'être qui « veut vivre » ? {Action française du 1" avril 1902, pp. 573 et 574).

Ce sont ces oonsidérations qui ont amené M. Tauxier à la monarchie. Cet extrait de son journal en témoigne :

Le moyen le plus naturel, le plus humain de faire marcher les affaires de l'Etat, c'est de les mettre sous la sauvegarde de Tégolsme, c'est-à-dire de l'intérêt direct.

En faire la chose (le terrain de prédilection) du dévouement, de la « conscience », de l'altruisme légoïsme trop fin pour être vulgaire), c'est les mettre sous la sauvegarde de choses fragiles ; (c'est agir à rebours des moyens de la nature).

En conséquence, il faut faire des choses publiques les affaires toutes personnelles et privées d'un homme sacré : un bien de famille.

Pour rendre sensible cette raison, il faudrait d'abord montrer fortement que rien n'est viable, n'est stable et même n'existe que 1^3 instuutions basées sur l'intérêt ; que c'est Tégoïsme qui a tracé « le plan providentiel », qu'il est le moteur de la vie sociale ; que les qualités altruistes ont un rôle à peine sensible, nul dans l'ensemble ; que les hommes d'ailleurs n'ont aucune aptitude à ce qui n'est pas de leur intérét immédiat et direct, [Action française du 1" décembre 1903, pp. 380 et 381).

N'objectez pas les commandements d*une morale plus idéaliste. M. Tauxier vous répondra par oetle note de son journal :

Comment le point de vue moral est uji point de vue anarchiste. — 11 est ferment utile à petites doses ; mais le point de vue véritable, fondamental, sans lequel il n'y aurait pa.s

de société, partant pas de moralité, est le point de v\ie : Co'iservaiion de Vespèce qui se nomme : préjugé héréditaire ou préjugé tout court {Action traniçaise du 1" janvier 1904, p. 32).

Et n*objectez pas des scrupules de religion. En effet :

Plusieurs idées à noter :

1* Sur la religion et son e{tet destructif sur la société.

Les hommes tendent à réaliser dans là société leurs idées religieuses, c'est-à-dire des idées nées de leur vis-à-vis avec le monde, l'Absolu, Dieu ; en conséquence^ ils déforment la société pour la plier à des fins religieuses qui sont non-sociales ou anti-sociales.

Il en résulte que la meilleure religion est la plus ancienne religion, ayant été usée et réformée par la vie sociale.

t* En conséquence, les fanatiques sont des hommes qui ont en vue un but autre que Vintérét sociai, et qui lèsent cet intérêt, dans la réalisation de leur fin religieuse {Action française du 1" décembre 1903, pp. 376 et 377).

Avant que ne fat publiée celte partie du îpurnal de M. Tauxier, un autre eoUaborateur de VAction Frafi" çaiÉe, M. Robert Launay, avait déjà répondu à M. George© Goyau, défenseur de la conception démocratique, par une lettre où nous lisons :

... Nous la voyons aujourd'hui (« la Marianne », c'est-à-dire la République) dans son ignoble maturité. Quelques-uns, et même de plus en plus nombreux, en ont une horreur définitive. Plusieurs qui ne nient pas sa laideur et sa turpitude, prétendent qu'il conviendrait de la regarder autrement ou que, mieux attifée, la gueuse serait acceptable, qui sait même ? charmante. Par exemple si l'on pouvait la transformer en décente chrétienne !

Mais sincèrement on ne compte pas celte conversion dans l'ordre des progrès r^'alisables. Allons plus loin, si elle s'effectuait, si les préceptes de Jésus-Christ, dépassant les limites de la morale particulière, prédominaient dans le

gouvernement, on sent que beaucoup de maux qui nous révoltent à Vheure actuelle ne cesseTaient pas d'empirer (l).

Lie Fils de l'Homme enseignait l'endurance des affronts, l'indifférence & l'abaissement, au dommage, la recherche même des humiliations. Les avantages temporels ne l'intéressaient guère, non plus que les royaumes de ce monde ou leur prospérité. Celte insouciance qui fait la vertu dans le privé, vaut infiniment moins pour la conservation des peuples. Et qu'est-ce, d'ailleurs, sinon le fameux Humanitarisme ? Le Socialisme collectiviste est un piteux plagiaire.

Cependant, à notre époque où l'intégrité non seulement de nos traditions essentielles, mais aussi de notre territoire se trouve en danger, ne serait-ce pas folie d'adopter pareille méthode ? Comme on le disait naguère justement ici, la meilleure politique ne consiste pas d'ordinaire à tendre la jouo droite après le reçu d'une gifle sur la gauche.

Sans remonter jusqu'à Gharlemagne, vénéré par l'Eglise et toutefois si peu scrupuleux en son métier d'Empereur conquérant, Ferdinand, que l'Histoire qualifie de Catholique, pécha sons mesure contre la charité du Sauveur, quand il lui fallut purifier son Espagne ; et Richelieu, vêtu do la robe cardinalice, oublia son caractère de pasteur religieux pour établir, avec énergie, l'unité de la France aux dépens des rebelles.

Par contre, les Papes s'attestaient respectueux et zélés continuateurs du divin Libéralisme, lorsque, sous peine dexcomniunication, ils contra gnaiont les divers Etats à sul)ir rinfc-ction isr^r-lile (2 nu même (itcheillaient dans les leurs,

l on siiil f[uo K' Pape Pio X afiirme au contraire quil imporl.' do tout établir dans le Christ : « Insiaurare omnia in (liristi) ».

'2 \:Aetion (rançaisc du V janvier 1904 cite naturellement avec éloge ces réflexions de son collaborateur et ami, ,\I. Jules Soury :

« lin Juif TXi' devrait point porter IT'ix'e, il ne devrait point sie^^M' dans un tribunal ni donner linstniction à des enfants chrétiens.

H Si V Aryen, qui a créé la science et la philosophit?, mérite seul le no!u d'Iuntiinf, Ir Juif n'CRt inénir pas un furnime.

pour le plus grand préjudice de Tllalie» cette écume de Vunivers. {Action (rançaise du 1" janvier 1903, pp. 88 et 89).

Tel est rétat d'esprit des écrivains que le nouveau parti royaliste considère à bon droit oomme ses leaders. Il y a beaucoup d'antichristianisnie dans les tendances de YAction Française et il y en a beaucoup à la base d3; ses conceptions, .

En veut'On un nouvel exemple ?...

Dans YAction Française du !•' avril 1901, nous trouvons reproduite la préface écrite par M. CharlejB Maurras au frontispice d*un volume de contes philosophiques qu'il publia chez Calmann Lévy, en 1894, sous ce litre Le Chemin de Paradis. Et voici ce qu'on y découvre :

... Bien que la rencontre en soit rare, dit M. Maurras, je ne conteste point l'appétit de l'indépendance, l'erreur belle et féconde dont quelques hommes sont aveuglés comme de leur sang. Mais la plupart ne l'éprouvent à aucun degré, si ce n'est comme suggestion et imitation machinale, ce qui est encore servir. Bien mieux, ces suggestions ont fait de récentes misères que nous avons eues sous lesi yeux : combien d'asclaves-nés de notre connaissance retrouveraient la paix au fond des ergastules d'où l'Histoire moderne les a follement exilés I

Mourant de Iftche inquiétude et pourris d'une élégiaque vanilô. encore faudrait-il que Tan. hfttât pour eux ce bienfait d\î carcan, ou les verrons-nous parvenus dans un état si avan^^-é de décomposition que leur chair en lambeaux empoisonnerait les murènes ?

Je présume qu'on évitera d'objecter à ceci le Christian nisme. La chaîne' d'idées que j'expose est très suffisamment

FA c'est bien ainsi que nos ancêtres. Celtes et Germains, ont

toujours traité cette engeance. « Je suis le premier à. recon-

« naître, a écrit un Celte, Ernest Renan, que la race sémî-

« tique, comparée à In race indo-européenne, représente

" réellement une combinaison inférieure de la nature hu-

« maine. »

paït?nnp ot chrOtierme pour mériter le titre de catholique (1) qui appartient h la religion dans laquelle nous sommes nés. Il n'est pas impossible que j*aie heurté chemin faisant quelques passages de la Bible, mais je sais à peine lesquels. D'intelligentes destinées ont {ait que Us peuples policés du sud de VEurope n'ont guère connu ces turbulentes écritures orientales que tronquées, refondues ^ transposées par VBglise dans la merveiUe du Missel et de tout le Bréviaire : ce fut un des honneurs philosopfiiques de l'EgUse, comme aussi d^avoir mis aux versets du Magnificat une musique qui en atténue le venin. Je, me tiens & ce coutumier, n'ayant rien de plus cher, après les images d'Athènes, que les pompes rigoureuses du moyen-èger la servitude de ses ordres religieux, ses chevaliers, ses belles Confréries d'oiivriers et d'artistes si bien organisées contre \e^ humeurs d'un chacun, pour le salut du monde et le règne de la beauté.

Ces deux biens sont en |?rand péril depuis trois ou quatre cents ans et voici qu'on invoque, au secours du désordre, le bizarre Jésus romantique et saint-siraonien de mil huit cent quarante. Je connais peu ce personnage et je ne l'aime pas. Je ne connais d'autre Jésus que celui de notre tradition catholique, «< le souverain Jupiter qui fut, sur terre, pour nous crucifié (2). Je ne quitterai pas ce cortège savant des Pères, des Conciles, des Papes et de tous les grands hommes de l'élite moderne pour me lier aux évangiles de quatre fuils obscurs... {.iction française du 1" avril 1901, pp. 543 et 544}.

fl) Ici, je veux dire au bas de la page 543 du fascicule de \\4ction française où je découpe cette curieuse et suggestive citation, M. Maurras pique cette note :

« Ceci est 1 illusion de la vingt-cinquième année. Le catholicisme est un dogme. Il ne prête ni aux mélanges, ni à la fantaisie... » (Noie de 1901).

L'intention d'un correctif est évidente. On verra plus loin dans quelle mesure il convient d'en tenir compte.

(?) ... sommo Giove

Che fosti 'n terra per noi çrucifisso !

Dahte, Pg. VI, 118, 119.

Ainsi, au regard de M. Maurras, le grand mérite du catholicisme, c'est d'avoir réduit ou paralysé autant qu'il se pouvait, les énergies u destructives » — comme s'exprime son ami M. Tauxier — que renferme le christianisme. Pour les royalistes de VAction Française, le catholicism'e ne vaut, à oe qu'il parait, que dans la mesure où ces messieurs s'imaginent qu'il a été « usé et réformé par la vie sociale ». En tronquant, en refondant, en transposant u les évangiles de quatre juifs obscurs )>, — de quatre juifs qœ l'Eglise a mis sur ses autels, mais qui, puisqu'ils sont juifs, (( ne méritent même pas le nom d'hommes )>, si l'on en croit M. Jules Soury, — et en atténuant et le venin du MagnificcU », le catholicisme romain s'est acquis la reconnaissance et l'amitié de ces convertis d'une espèce nouvelle qui saluent en lui « la religion de l'ordre )) et l'inévitable auxiliaire de la politique monarchiste !... « La chaîne d'idées que j'expose, explique M. Maurras en 1894, est très suiffisanunent païenne et chrétienne pour mériter le titre de catholique ». Et j'accorde qu'en 1901, il veut bien reconnaître que le catholicisme, en tant qu'il est « un dogme )>, a ne prête ni aux mélanges ni à l«a fantaisie )>, mais, le 9 décembre 1906, dans une profession de foi de « romanisme » qu'on peut retrouver dans son livre « Le dilemme de Marc Sangnier » (1) et où

(1) Rendant compte, dans la Chronique du Sud-Est, de ce livre de M. Maurras, M. Joseph Varmond concliit en ces termes son très juste et très pénétrant article :

« Il y a lieu de prendre garde aux efforts intelligents des néo-monarchistes, qui tentent d'accaparer le catholicisnio, et de restaurer l'ancienne solidarité du trône et de Tautel, démolie par Léon XIII. On voit bien tout ce que le parti monarchiste gagnerait à cette restauration ; mais on voit encore mieux tout oe que l'Eglise y perdrait. Si l'on n'y prenait garde, les partisans non catholiques de 1 Eglise catholique feraient oublier sa physionomie strictement religieuse.

y on constate assurément quelque a fantaisie »» et quelq'je " mélange >», il exprimera tout de même cette idée, qui n'a pas cessé de l'obséder, d'une sorte de catholicisme païen dont ITiarmoni use cc»n'ibiiiaîson dcit, à C'iup sûr, plaire infiniment aux m athées cléricaux » de ï.iclion Française t

Je P-nls Romain, pronon^x-t-îl. ï>arce que Rome, dès le ronsul Mari us et le divin Juies jusqu'à Théodose, ébaucha la première configuration de ma Fi-aiice. Je suis Romain parce quâ Rome, la Rome des prrtrei cl des papes, a donné hi solidité éternelle du sentiment, de^ mœurs, de la langtir. '/u culte, à l'œuvre politique des généraux, des administrateurs et des juges romains. Je suis Romain, parce que si mes pères n'avaient pas été Romains comme je le suis, la première invasion barbare, entr^É» le v et le x* siècle, aurait fait aujourd'hui de .moi i.ne espèce d'Allemand ou de Norvégien. Je suis Romain, parce que, n'était ma romanité luté 1 aire, la seconde invasion barbare, qui eut lieu au xW M».'Cle, l'invasion proloslante aurait lire dt* moi une espèce de Suisse. Je suis Homaiii des que j'abonde en mon être historique, intellectuel et moral. Je suis Romain, parce que si je ne l'étais pas je n'aurais à peu près plus rien de français. {Barbares et Romains, brochure éditée par la Société (lançaise dlmprimeiie et de Librairie, pp. 19 et 20j.

Que l'on vcuillo bien se donner la peine de rapprodier de taules les citations qui pi'écèdenl, cette formule du nouveau Credo royaliste et qu'on nous dise, après c^'la, si cette conception du catljolicisme « religion de Tordre », n'est pas annoncée et comme commandée

Un iJilermne de Charles Mauiras risquerait d*opi)oser l'un a l'autre le r.atholicisme et le Christianisme. L'-essai qu'il vi.'Ut d'éf'rire sur (ou plutôt contre) la «« démocratie rellgi*;us»' » fait craindre un essai de catholicisme païen, Heureiisemfinl, Ir-s successeurs des apôtres veillent sur ihérilage du (".liribt : l'Eglise « de l'ordre » saui-a empéclicT ce 'l' -lurdre ».

par tout le système positiviste et quasi-rnalérialiste des iondateurs et des collaborateurs les plus éminents de V Action Française.

' Cela n'empêche pas que M. l'abbé Dt^lfour, l'un de ceux qui, précisément, ont travaillé avec le plus d'ardeur à faire au Sillon et aux catholiques démocrates une réputation d'hétérodoxes ne soit plein d'indulgence pour M. Maurras et pour ses amis. SI Marc Sangnier avait jamais écrit la moitié ou le quart de ce qu'ont écrit les Tauxier, les Robert Launay,*les Vaugeois et les Maurras, avec quelle indignation M. Delfour ne s'exclamerait-il pas : « Viam sequilur damnosam ! » Mais dès lors qu'il s'agit d'adversaires des idées démocratiques et républicaines, M. Delfour se transforme d'inquisiteur en ax'ocat... Sans doute, sans doute, ^^. Maurras a commis quelques paradoxes. Mais ces paradoxes sont charmants. C'est de la jeunesse, c'est de la vie, et la jeunesse et la vie sont toujours un peu téméraires. Il faut beaucoup leur pardonner, sous peine d'injustice.

Et dans la Croix, dans la pieuse Croix de M. Féron- \'rau dont Mgr Delamaire, coadjuteur de Cambrai, n'hésitait pas à dire, dernièrement, qu'elle est (( quelque cliose comme l'incarnation de l'idée catholique en France » (1), M. Delfour donne libre cours à sa man-

(1) V. la Croix du 19 octobre 1907.

Le 22 février 1906, au banquet de clôture du deuxième congrès général des œuvres catholiques de conférences et de projections, M. l'abbé Poulin s'était déjà exprimé en ces termes : i

« Je bois à M. Feron-Vrau, à M. Feron-Vrau qui a hérité de rOrdre 6es Assomotionnistes cette lourde tâche... ii VI. Feron-Vrau qui est à lui seul toute une congréfjation... {Rires et applaudissements) au vaillant qui n'a pas iiésiie ù assumer une si grosse, une si lourde res,ponsabilitc.

« Le bon Dieu lui a donné cette superbe inspiration et le voilà aujourd'hui à la tête d'une armée d» curés, de vicail'cs. de religieux.

« Nous sommes des milliers, des légions derriorc vous, iDiitc l'nrmée des curés, quoi I (Rires).

suétude et à ce large esprit de tolérance qui, comme chacun sait^ est la caractéristique de son tempérament

M. Charles Maurras et ses amis, écrit-il, surent éditer,, au début de leur campagne intellectuelle, quelques paradoxes éclatants. Et après ? Bon pour M. Fidao (2) d'apparaître semi-académique et centre gauche ou centre droit dès sa plus tendre jeunesse. M. Maurras a mis dans ses Juvenilia, parfois damnables, une originalité et une verve à quoi ne nous ont pas accoutumés les vieux jeunes doctrinaires de 1907. Ils sont bien trop soucieux de ne point se brouillez^ avec l'opinion 1

Ce que les catholiques attendent du directeur de VAction française, c'est moins une polémique justificative qu'une profesisnon de foi très nette. Dans votre positivisme, Monsieur

« N'est-ce pas, Monsieur Feron-Vrau, que ce n'est pas banal de voir des milliers d'hommes noirs, toute l'armée cléricale qui suit votre mot d'ordre. {Rires et applaudissements).

« Je me réjouis de cela, car nous savons bien qu/en obéissant ii M. Feron-Vrau, nous obéissons au Pape et à rEgUse dont il est le fidèle serviteur ». (Vt/s applaudissements).

Le toast de M, l'abbé Poulin se trouve reproduit à la page 91 du compte-rendu du Congrès, édité par la Maison de la Bonne Presse, 5, rue Bayard, Paris.

Il ne faut rien exagérer et il convient de tenir compte, en l'occurrence, de la bonne humeur naturelle de M. l'aibbé Poulin, dont l'esprit primesautior et Timagination pittoresque aiment à se traduire en formules piquantes. Mais tout de même, il est & craindre qu'à forre de s'entendre complimenter de la sorte, M. Feron-Vrau et ses collaborateurs en viennent à .se croire les chefs de l'Eglise de France et les arbitres des discussions entre catholiques. Et si ce n'est pas là du laïcisme, qu'est-ce que c'est ? Et, enfin, sï tout cela ne doit po'^ nous acheminer au « parti catholique », quel nom faudra-t-il donner à l'organisation politicoreligieuse dont la Croix ne cosse pas un soûl instant de poursuivre la réalisation ?...

(2) Allusion * un très remarquable article publié par M. Fidao, dans le Correspondant du 10 décembre 1905, sous ce litre : « Un nouvel ôtat d'esprit politique. — Les postulats de r« Action [rançaise ».

MaurraSj dans voire athéisme, dans votre machiavélisme politique, dans votre semi-r&nanisme, nous voyons surtout des exercices livresques chers à un jeune Scholar transcendant. L'heure de la maturité a «onné pour vous. Dites enfin que vous êtes catholique, car cous Vêtes jusqu'au lond du cœur, vous Vêles jusqu'auœ moelles. {Croix du 10 avril 1907).

Malheureux Marc Sangnier, heureux M. Maurras !.. (1)

On nous dira peut-être que, depuis un an ou dix-huit mois, V Action Française a évolué et qu'elle n« publieraiit plus aujourd'hui des thèse^s aussi effrontément antichrétiennês que celles dont nous avons indlqpué •ci-dessus les grandes lignes. C'est, en effet, probaJ5le et lia raison en est simple. Peu à peu YAction Française s'est étendue en nomlMre et en influence politique. D'école, elle se transforme progressivement en parti et comme, parmi ses adhérents, le nombre est assez giraiid de ceux dont les sentiments catholiques répugneraient au positivisme des Vaugeois et des Maurras, ceux-ci se trouvent inévitabl^oment entraînés à atténuer ce cpi'il

;ij II y a, tout juste à l'opposé d»^ positivistes et des K alh-'es cadioiiqucs » de VAction française, des catholiques qui se confe&sent, qui communient, qui s'efforcent de surnaluraliser par la réception des Sacrements leur vie tout entière. Mais, dans le domaine des questions libres, ces catholiques « pratiquants » affichent des idées qui dé* plaisent à M. l'abbé Delfour. Et alors, sans les nommer, — à la Croix on évite le plus souvent de nommer ceux que l'on attaque, afin de n'être pas exposé & les voir invoquer leur droit de réponse, — M. l'abbé Delfour, dans ce môme article, les exécute avec une charité toute sacerdotale : « On connaît, dit-il, un certain nombre de catholiques pieux, très pieux, voire mystiques, qui tournent autour du Dogme comme les commerçants véreux autour du Code ».

L'insinuation est bien lancée et la Croix, qui la prend à son "conipte, est un bien honnête journal.

y avait de trop vif et de trop aigu, jusqu'ici, dans leur enseignement. Ulnstiiut d'Action Française s'est môirta adjoint comme collaborateurs, M. Tabbé Gaudeeu, actuellement titulaire d'une chaire dite « dui Syllabus »> et M. l'abbé de Pascal qui professe « la philosophie sociale » dans la « Chaire la Tour dn Pin ». C'esit l'a théologie mise au service de la monarchie et si la première se comporte aimahlement à l'égard de la seconde» n'est-il pas juste que la seconde fasse à la première quelques coivoessions ?...

Cependant, nous avons quelques bonnes raisons de penser que los intellectuiels de VAction Française ne pousseront pas l'opportunisme jusqu'à rétracter nettement, sans équivoques ni réticences, les propositions au moins susprsclc^s que l'on sait. Tout au plus tenteront-ils un effort poufr les expliquer (1). Mais à la

(1) Ils s'y sont fssaydi?, en effet, et j'ai lu, dans {Action française du 1" novembre 1907, leur réponse à M. Fidao.

Elle est habile, cette réponse, et l'on! voit bien que le savoirfaire d'un théologien a concouru à la rendre telle. Mais l'une de ses habiletés, et peut-être la principale, consiste^ à coup sûr, dans Iç retard apporté h sa publication. Ces messieurs voulent bien nous dire que si elle n'a été prête qu'en août lî>07, c'est-à-dire vingt mois après l'attaque qui la rendait nécessaire, il faut chercher le motif de cette surprenante temporisation dans racldvité exceptionnelle dépensée, depuis lors, par VAction [rançaise dans des débals moins philosophiques. Je croirais plutôt, et d'autres croiront avec moi qu'il était de bonne tactique de laisser s'élever, entre les textes accusateurs produits par M. Fidao et les cxphcations au moyen desquelles on se proposait de les innocenter, le brouillard bienfaisant de Voubli et ce nuage d'imprécision qui, en enveloppant la mémoire du lecteur bénévole, le rend moins apte à se défendre contre les séductions d'un plaidoyer adroitement construit. Le fait est que si l'on confronte les explications de VAction française en 1907 avec les articles qu'elle a publiés antérieurement et que cos explications ont précisément pour objet d'interpréter, on ne se sent nullement convnincii. L'au-

différenoe de ce qui s'est passé, au di»re de M. Maurras, pour les versets du Magnificat, ils découvriront malaisément la musique qui pourrait en extirper complet ement le venin.

En attendant, Tathéisme de quelques-uns de oes directeurs de conscience du parti royaliste continue de s'aifirmer de la manière la plus intéressante.

C'est, par exemple, M. Jacques * Bainville qui, le 21 mai 1907, adresse au journal le Temps une lettre de rectification dans laquelle il se plaint qu'on Tait qualifié d? « royaliste et catholique » :

Royaliste, je le suis devenu, en effol. Nù dans une famille républicaine doni le chef était même de longue date

teur de la réponse à M. Fidac s'attache, sans doute, à démontrer qu*à Y Action Irançaise, on a toujours subordonné la politique à la morale, voire aux préceptes de la théologie catholique, et qu'en conséquence Ton est toujours resté dans les limites de rortJîodoxie, mais ce n'est pas sans peine qu'il arrive à concilier — s'il y arrive — cette prétention avec les déclarations si souvent répétées des écrivains les plus érainents de son groupe. Il n'est même pas très difficile de surprendre dans son argumentation plus d'une trace de ce positivisme antt-chrôtien que MM. Vaugeois. Tauxier et Robert Launay ont recommandé avec tant d'insistance. On y retrouve, sous plus d'une forme, cette assimilation de la politique aux sciences phj'siques et naturelles, qui fait le fond de tout le système, et cette préoccupation de ne point « confondre la morale et la politique ». qui risque d'aboutir, en bien des cas, à la négation pure et simple de l'idéal le plus nécessaire et du progrès le plus légitime. Et il faut probablement que les choses soient ainsi, car si Y Action française abandonnait complètement et sans arrière-pensée ses positions du début, elle perdrait du môme coup toute son originalité. Hypothèse peu vraisemblable. Il y a, dans les tendances de Y Action française et tout au fond de l'esprit de ceux qui la dirigent,' trop de paganisme latent et trop de machiavélisme pour que son « catholicisme » soit jamaLs autre chose q\ie la « religion de Perdre », c'est-à-dire un calliolicisme de raison d'Etat au service des conceptions monarchiques.

- lOG-

abonné du Temps, la lecture quotidienne que j*ai faite, d^ puis ma dix-liuiliènie année, du BuUetin de VEtranger n'ft pas été sons contribuer h me faire abandonner l'idéal répi^blicain. Quant à être « catholique », votre collaborateur, qui le dit, me l'apprend. Est-on « catholique » lorsque après avoir clé baptisé on a reçu une éducation intégralement laïque et que l'on ne partage pas les croyances du catholicisme tout en se déclarant Tami respectiieux et l'allié très ré>olu de la religion nationale ? C'est "bne question.

En effet, c'eM une queslâon. Mais M. l'abbé Delfourtiè Ta-t-il pas déjà résolue : « Dans votre athéisme, cher nfiomsieur, vous êtes catholique jusqu'aux moelles ! >»

Void, maintenant, M. Jules Soury.

M. Jules Soury interrogé par le Mercure de France au cours de renquôte faite par cette revue sur le sentiment religieux chez nos contemporains, déclare entre autres choses :

L'honnête homme peut donc, sans feinte et sans hypocrisie, accepter le joug de la religion où il est aê. Libre à lui dinterpréier^ dans un sens de plus en plus rattiné le$ croyances de ses (rères et de ses sœurs. S'il est galant homme, il ne scandalisera aucun de ces humbles et de ces petits qrii prient si bien & leur manière. Renan Ta reconnu, non sans leur envier peut-être la joie, la consolation et la force de l'oraison 1

L'homme qui sait et qui réiléchit ne peut plus se reposer sur aucun dogme d'église, pris à la lettre^ ni déposer son bâr ton de pèlerin sous le portique d'aucun temple. Mais, s'il ne prie comme ses frères, qu'il prie du moins avec eux, et que, s'il attache un autre sens axuc symboles de la toi où il est né, qu'au moins les simples n'en soient pas offensés, eux qui puisent t^ujoui's presque tous les motifs d'aimer et d^ faire le bien, la paix intérieure, la résignation à la douleur de vivre, dans ces vieilles disciplines de l'esprit humain, — les religions. (Mercure de France du 15 avril 1907).

Les catholiqineis ne seDtiront-ils pas tout ce qu'il y a d'offensant pour leur croyance dans cette indulgente pitié ? (1)

En somme, le catholicisme n*est peut-être bien qu*une erreur socialement nécessaire. Et c'est pourquoi il faut u s'incliner deivant son dogme sans essayer dei le comprendre »>. Le mémo M. Jules Soury va nous fournir un nouveau témoignage de cette mentalité qui donne aux excellents ecclésiastiques de la Croix de si belles espérances.

La Libre Parole, & propos de Tenterrenient religieux d'un franc-maçon militant^ avait écrit cpie;, sans doute, comme tant d'autres, oeit anticlérical s'était converti au moment de la mort. Elle reçut aussitôt de M. Jules Soury une lettre dont voici quelques passages particalièrem«ent significatifs :

(1) Chose curieuse, c'est un libre-penseur, M. Georges Guy -Grand, qui écrivait à propos de cette attitude de M. Jules Soury et de ses amis : « Il est possible que des catho< liques ne s'en trouvent pas offensés... Quant à mol, si j'étais encore catholique, cette façon de comprendre ma religion me paraîtrait une injure ».

Et en quelques lignes émues et sing\ilièrement éloquentes, M. Guy-Grand opposait à cette conception de l'idée religieuse l'exemple de Brunetière :

« Quand un croyant arrive a se convaincre, non seulement de l'utilité sociale, mais encore de la vitalité spirituelle d*une religion, son effort constant, son plus cher désir doit être de prendre place parmi les' fidèles de cette religion. Je comprends qu'on ne le puisse pas toujours swns luttes, j'admets très bien qu'on aille de l'extérieur à. Tintérieur, de futilité à la croyance ; mais encore faut-il s'efforcer vers la croyance, vers le centre de vie spirituel. C'est un strict devoir de conscience, surtout quand il s'agit de ce que les croyants regardent comme le plus haut mode de vie : la religion. Voilà pourquoi la conversion progressive et douloureuse d'un Brunetière nous emplit de tant de respect. »

Va frère .* catholique se fait enterrer dans l'Eglise où il est né. Vous en inférez qu'il « a confessé l'erreur où il était tombé en reniaat sa foi première ».

C'est une arme à deux tranchants que vous maniez, et qui m'atteindrait aussi, moi et tous les athées qui, par traditiqn, par nationalisme, donc par politique, assistent aux, cérémonies du culte d'une Eglise qui, avec l'Armée, a fait la France».

Je suppose que le corps d'Albert Monniot sera comme celui de Fuslel de Coulange, comme mon humble bière, porté à l'église de la paroisse. A-t-il la foi ? Je n'en sais rien. Mais il faudrait avoir Tesprit simpliste d'un primaire pour estimer que le geste héréditaire d'un Français de Frùnco, lorsqu'il s'agit des funérailles, doit être d'accord avec ses convictions scientifiques sur l'univers et sur la vie.,

Le Laboratoire est une chose, l'Oratoire en est une autre...

... Il existe en Franoe, mon cher confrère, toute une, Eglise d'athées catholiques. Au moins ne sont-ils ni hérétiques, ni sacrilèges : ils sont étrangers aux sacrements ei s'inclinent devant le dogme sans essayer de le comprendre.

L'Eglise de France, en ces dernières persécutions, n'a peutêtre pas ou de défenseurs plus resi)ectueux et plus dévoués. [Libre Parole du 31 août 1907).

Il est des catholiques, il est des prêtres, il est des religieux qui feignent la surprise et qui, pour un peu, nous accuseraient d'étroit esse d'esprit, quand nous leur montrons, avec un sourire interrogateur, cet ag^e-noulUenient des^ athées de VAction Française devant la » religion de l'ordre ». Cest ainsi qu'ur^ bénédictin, collaborateur de la Gazette de France et du. Réveil Français, dom Bcssi», nous inflige, à ce propas» une petit? leçon de tolérance : , '

On voas objecte, écrit-il à ses amis royalistes : Maurras» et ceux qui forment la gauche de VAc4ion française n'ont, pas la foi. \'ou9 pourriez leur riposter que cela ne les re-. garde pa<^. Mais puisqu'ils s'en occupent, où ont-ils vu que-, dos callioliqiK.'S ne pouvaient contracter aucune alliance avec

(les non-cnlholiqups pour nlloindre un but commun dont l'FgUse doit en somme bénéficier ?... {Aclion [rançaise du l'r août 1907).

Nous n'avons vu cela nulle part, mon Révérend Père, sinon dans vos jouimanx royalistes et dans certaines feiiilles catholiques. Seulement, il pe s'agissait pas, cette fois, de la collaboration de vos amis avec les athées cléricaux dont M. Jules Soury vient de nous faire le portrait : il s'agissait du Sillon qui avait commis le crime impardonnable d'organiser avec des pro^ testants un meeting tendant a magnifier les bienfaits: de la civilisa4ion chrétienne et à la défendre contre les agressions du matérialisme et de l'athéisme.

Peu à peu, gémissait la Croix, on en arrive à ces unions de catiioliques avec des protestants — non plus sur lai point déterminé (1), comme la lutte contre ralcoolisme ou la ))ornographie, alliance de circonstance qui est tout indiquée, — mais à une alliance habituelle, à une collaboration qu'il est impossible de ne pas réprouver [Croix du 29 juin 1907}.

Et la Semaine Religieuse de Quimper (2) de renchérir sur la Croix et de s'indigner à la pensée que l'on a pu voir a le président du Sillon figurer sur des affiche.3 vi

(V Suivant son liabitude. la Croir ne nomme pas ceux qu'elle vise et qui pourraient l'obliger d une rectification ou à une mise au point. Mais tous ses lecteurs savaient qu'il s'agissait du Sillon.

(2) Semaine religieuse de Quimper du 19 juillet 1907. L'organe de révêché confond ici — est-ce intentionnellement?, — deux meetings dont l'un avait pour objet de protester contre la pornographie et auquel prirent part l'abbé Viollet, le pasteur Comte, M. Vimart et Marc Sangnier, et dont lautre est celui-Ki même auquel nous avons fait allusion. C'est à 00 dernier que Marc Sangnier et le jeune pasteur Soulier ])arlérent éloquemment de la civilisation chrétienne en péril.

A J 'appréciait: on de la Croix et de la Semaine de O^^iniP^T* il no safiïf pas d'opposer l'opinion de dora Besse : celle ilô

parader dans des tribunes à côté de pasteurs protestants tels que Peyric, Soulier, Comte, et de libres-penseurs comme Raoul Vimart, dans le but de oollabor-er au salut de la civilisation chrétienne en péril ! »

Malheureux Sillon / dirons-nous encore, et bienheureuse Action Française ! Le péché de démocratie aggrave tout, mais la vertu d<e monarchie légitime tout.

Dans l'ordre religieux, les textes qu'on vient de lire en sont la preuve. Il en est de môme dans Tordre socaiil. Combien de fois n'a-t-on pas reproché aux démocrates catholiques leur soi-disant socialisme ! (1) Eh

Léon XIII a plus de poids. Voici donc ce que le Pape défunt écrivait, il y a quinze ans, à l'évêque de Grenoble :

« Tout en se tenant ferme dans raffirmation des dogmes, et pur de tout compromis avec l'erreur, il est de la prudence chrétienne de ne pas repousser, disons mieux, de savoir se concilier daas la poursuite du bien, soit individuel, soit surtout social, le concours dç tous les hommes honnêtes. La grande majorité des Français est catholique. Mais, parmi ceux-là mêmes qui n'ont pas ce bonheur, beaucoup conservent malgré tout un fond de bon-sens, une certaine rectitude que l'on peut appeler le sentiment de Tàme naturellement chrétienne. Or, ce sentiment élevé leur donne, avec l'attrait du bien, l'aptitude à le réaliser, et plus d'une fois ces dispasitions intimes, ce concours généreux, leur sert de préparation (pour apprécier et professer la vérité chrétienne. Aussi n*avons-Nous pas négligé, dans nos derniers actes, de demander à ces hommes leur coopération, pour triompher de la pers(^cut'on sectaire, désormais démasquée et sans frein, qui a conjuré la ruine morale et religieuse de la France » {Lettre à Mgr Faia, 22 juin 1892).

fl) Ce n'est pas dans la revue Le Sillon ni dans VEveil dàmocratîque, mais bien dans l'organe de VAssociatîon catholique de la Jeunesse Française que nous rele\t)ns les déclarations suivantes :

« ... Et si, d'aventure, nous rencontrons sur la voie de ces réformes sociales, des hommes qui ne partagent point nos croyances, même qui les combattent, écrivait M. Georges Piot, vice-président de l'A. C. J. F., ne craignons point cependant de marcher avec eux, pour faire triompher, par

bien, ron peut être assuré qu-e le môme grief ne' sera pas formulé ocmtre les royalistes de V Action Française» Pourtant, voici une affirmation qui n'est pas sans intérêt :

Sur les deux plans de la vie sociale, la politique et l'économique, deux organisations jeunes, mais qui sont bien l'expression de l'expérience séculaire de notre peuple, poursuivent une action panillèle, inspirée par %m même instinct et tendant au même but : la destruction du régime républicain et démocratique. C'est V Action française et c'est la Conlédération Générale du Travail {Action {rançaise du 15 septembre 1907. — La Révolution sociale ou le Roi, par : Un Syndiqué : Georges Valois).

Je livre ces lignes aux méditations de nos braves bourgeois conservateurs et aussi à celles d« nos socialistes républicains et j'arrête là mes citations.

Penl-être estimera-t-on que j'auirais pu les faire moins longues, mais il m'a paru qu'il importait de mettre à la disposition du lecteur une documentation assez complète pour lui permetti^ de se faire une opinion raisonnée sur rétat d'esprit d'un mouvement politique qui transforme lo catholicismiC en arme de parti et sur les entreprises duquel des journaux religieux comme Y Univers et la Croix gardent un silence complaisant, alors qu'ils se montrent si sévères pour ceux d'entre leurs coreligionnaires qui, n'étant ni positivistes ni athées, se permettent tout simplement d'être démoci^a- \es et républicains.

un accord momentané, des revendications qu'ils ont, plus ou moins inconsciemment, empruntées à notre Evangile » {Annales de la Jeunesse catholique du 1" mars 1907).

Page 1