CHAPITRE XXIV
Que les hommes libres furent rendus capables de posséder
des fiefs.
Tai dit que les hommes libres alloient à la guerre sous le comte , et les vassaux sous leur seigneur. Cela faisoit que les ordres de l'état se balançoient les uns les autres ; et quoique les leudes eussent des vassaux sous eux, ils poli voient être contenus par le comte, qui étoit à la tête de tous les hommes libres de la monarchie. -
D'abord * ces hommes libres ne purent pas se recommander pour un fief, mais ils le purent dans
la suite ; et je trouve que ce changement se fit dans lç temps qui s'écoula depuis le règne de Gontran jusqu'à celui de Charlemagne. Je le prouve par la comparaison qu'on peut faire du traité d'Ândely * passé entre Gontran , Childebert et la reine Brunehault, et le partage fait par Charlemagne à ses enfants , et un partage pareil fait par Louis-le-Débonnaire *. Ces trois actes contiennent des dispo-
1 Voyez ce qne j'ai dit ci-derant au lîr. xxx, chap. dernier, vert la fin.
3 De l'an SSy f dans Grégoire de Tours, bV. ne.
1 Voyez le chap: suivant , où je parle plut an long de ces partages, et les notes où ils sont cités.
18a de l'esprit des lois.
sitions à peu près pareilles à l'égard des vassaux; et comme on y règle les mêmes points et à peu près dans les mêmes circonstances , l'esprit et la lettre de ces trois traités se trouvent à peu près les mêmes à cef égard.
Mais pour ce qui concerne les hommes libres il s'y trouve une différence capitale. Le traité d'Andely ne dit point qu'ils pussent se recommander pour un fief; au lieu qu'on trouve dans les partages de Charlémagne et de Louis-le-Débonnaire des clauses expresses pour qu'Us pussent s'y recommander : ce qui fait voir que , depuis le traité d'Ààdely, un nouvel usage s'introduisoit, par lequel les hommes libres étoient devenus capables de cette grande prérogative*
Cela dut arriver lorsque Charles-Martel ayant distribué les bieûs, de l'église à ses soldats, et les ayant donnés partie en fief, partie en aleu , il se fit une espèce de révolution dans les lois féodales. Il est vraisemblable que. les nobles qui avoient c(éjà des fiefs trouvèrentplus avantageux de recevoir les nouveaux dons en aleu, et que les hommes libres se trouvèrent encore trop heureux de les recevoir en fief.
UVRE XXXI, CHAPITRE XXV, iSS