CHAPITRE XXXJ
Comment l'empire sortit de la maison de Gharlemagne. '
L'empire, qui, au préjudice^ de la branche de Charles-le-Ch^auve , avoit déjà été donné aux bâtards de celle de Louis -le- Germanique ', passa encore dans une maison étrangère par l'élection de Conrad, duc de Franconîe, fan 912. La branche qui régnoit en France , et qui pbuvpit à peine disputer des villages , étoit encore moins en état de disputer l'empire. Nous avons un accord passé entre Charles -le -Simple et l'empereur Henri I, qui avoit succédé à Conrad. On l'appelle le pacte de Bonn *. Les deux princes se rendirent dans un navire qu'on avait placé au milieu du Rhin, et se jurèrent une amitié éternelle. On employa un rnezzo termine assez bon. Charles prit le titre de
1 Arnoul et ton fils Louis iv.
2 De Tan 936 , rapporté par Aubert-le-Mirc, cod. donaùonum jûarum, ch. xxvn.
XiyRE XXXI, CHAPITRE XXXl. I99
roi delà France occidentale, et Henri celui de roi dé la' France orientale. Charles contracta avec le
roi de Germ^ie, et non avec l'empereur.
. CHAPITRE XXXH.
Comment la couronne de France passa dans la maison
de Hugues Capet.
< L'hérédité des fiefs; et l'établissement général des arrière-fiefs éteignirent le gouvernement politique et formèrent le gouvernement féodal. A# lieu de cette multitude innombrable de vassaux que les rois avoient eus , ils n'en eurent plus que quelques-uns dont les autres dépendirent. Les rois n'eurent presque plus d'autorité directe : un pouvoir, qui dey oit passer par tant d'autres pouvoirs , et par de si grands pouvoirs, s'arrêta ou se perdit avant d'arriver à son terme. De si grands vassaux n'obéirent plus , et ils se servirent même de leurs arrière-vassaux pour ne plus obéir. L#s rois, privés de leurs" domaines, réduits aux villes de Reims et de Laon, restèrent à leur qaçrci. L'arbre étendit trop loin ses branches, et la tête se sécha. Le royaume se trouva sans domaine, comme est aujourd'hui l'empire. On donna la couronne à un des plus puissants vassaux.
Les Normands ravageoient le royaume; ils ve-
aoo de l'esprit des lois.
noient sur des espèces de radeaux ou de petits Mtimwts , entroient par FenAoïichure des rivières, les renjontoient, et dévastaient le pays dès deux côtés. Les villes d'Orléans et de Paris airetoient ces brigands ' ; et ils ne pouvoient avancer ni sur la Seine ni sur la Loire. Hugues Capet, qui possédoit ces deux villes, tenoit dans ses mains les deux clefs des malheureux restes du royaume:
on lui déféra une couronne qu'il étoit seul en état de défendre, C'est ainsi que depuis on a donné l'empire à la maison qui tient immobiles les frontières des Turcs.
L'empire étoit sorti de la maison de Charlemagne dans le temps que l'hérédité des fiefs ne s'établissoit que comme une condescendance. Elle fut même plus tard en usagé chez- les Allemands que chez les François * : cela fit que Fempire , considéré comme un fief, fut électif. Au contraire % quand la Couronne dé France sortit de la maison de Charlemagne, les fiefs étaient réellement-héréditaires dans ce royaume : la couronne , comme un grand fief, le^fut aussi.
Du reste , on a eu grand tort de rejeter sur le moment de cette révolution tous les changements
* Voyea le câpittdaire de Charlei-U-Chaave, de fan 877$ apud Cari stac um, surrimportance deParis,deSaint-Deitt6 et des châteaux sur la Loire, dans ces temps-là.
a Voyea^ ci-devant le ch. xxx, p. 195. t
donna à Lothaire ces prétentions* qui lui réussirent si mal. Quand Agobard écrivit poiir ce prince * , il allégua la disposition dé l'empereur même, qui avoit associé Lothaire à l'empire, après que, par trois jours déjeune et pat* la célébration des saints sacrifices, par des prières et des aumônes, Dieu avoit été consulté; que la nation lui avoit prêté serment ; qu'elle ne pouvoit point se parjurer; qu'il avoit envoyé Lothaire à Rome pour être confirmé par le pape. Il pèse sur tout ceci et non pas sur le .droit d'aînesse. H dit bien que l'empereur avoit désigné un partage aux cadets, et qu'il avoit préféré l'aîné : mais en^ disant qu'il avoit préféré Paîné, c'étoit dire en même temps qu'il auroit £u préférer les cadets.
Mais quand les fiefs furent héréditaires, le droit d'aînesse s'établit dans la succession des fiefs; et par la même raison dans celle de la couronne qui était le grand fief. La loi ancienne qui formait des partages ne subsista plus : les fiefs étant chargés d'un service, il fallpit que le possesseur fut en état de le remplir. On établit un droit dé primogéniture ; et la raison de la loi féodale força celle de la loi politique ou civile.
* Les fiefs passant aux enfants du possesseur, les
seigneurs perdoient la liberté d'en disposer; et
1 Voyez ses deux lettres 1 à ce sujet, dont l'une a pour titre de 4ivisione imperii.